Efraín Ríos Montt

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Efraín Ríos Montt
Efrain Rios Montt, le 19 mars 2013.
Efrain Rios Montt, le 19 mars 2013.
Fonctions
26e président de la République du Guatemala
23 mars 19828 août 1983
Prédécesseur Fernando Romeo Lucas García
Successeur Oscar Mejía Víctores
Biographie
Nom de naissance José Efraín Ríos Montt
Date de naissance 16 juin 1926 (88 ans)
Lieu de naissance Huehuetenango (Guatemala)
Nationalité guatémaltèque
Parti politique FRG
Conjoint María Teresa Sosa Ávila

Efraín Ríos Montt
Présidents de la République de Guatemala

Efraín Ríos Montt (né le 16 juin 1926 à Huehuetenango) est un militaire et un homme politique guatémaltèque[1]. Il dirigea un coup d'État en 1982, dirigeant le pays d'une main de fer (état d'urgence) jusqu'à être renversé en 1983. Cette brève période fut l'une des plus meurtrières de la guerre civile guatémaltèque, qui fit entre 150 000 et 200 000 morts.

Carrière d'officier et de diplomate[modifier | modifier le code]

Ríos Montt commence sa carrière militaire comme cadet en 1946, diplômé de l'école des Amériques situé dans la zone du canal à Panama en 1950.

En 1954, alors jeune officier, il joue un rôle mineur dans l'opération PBSUCCESS, coup d’État, organisé par la CIA, qui entraîne la chute du président guatémaltèque Jacobo Arbenz Guzmán. Il sera promu général en 1972 puis chef de l'état-major.

En 1973, il démissionne de son poste à l'ambassade du Guatemala à Washington, pour participer à l’élection présidentielle guatémaltèque de mars 1974 comme candidat d'une coalition dirigée par le partido de la Democracia Cristiana. Battu par son rival de l'aile droite, le général Kjell Eugenio Laugerud García, par une différence de 70 000 votes, Ríos Montt dénonça une fraude électorale massive, reprochant aux prêtres catholiques de s'interroger sur le sort des communautés mayas catholiques et accusant ces mêmes prêtres d'être des agents gauchistes.

Il est accusé d'avoir perçu pour plusieurs centaines de milliers de dollars américains de pot-de-vin au cours de son séjour à Madrid où il occupa un poste d'attaché militaire à l'ambassade du Guatemala jusqu'en 1977.

Relations avec les Églises[modifier | modifier le code]

En 1978, Ríos Montt quitte l'Église catholique romaine et devient pasteur (ministre du culte) de la Iglesia Del Verbo, affiliée au Gospel Outreach, une Église évangélique établie en Californie[2],[3]. Cette Église est proche de l'ultra-conservateur américain Pat Robertson. Depuis lors, Jerry Falwell et Pat Robertson ont été ses amis personnels.

Son frère, Mgr Mario Ríos Montt, est évêque catholique du Guatemala.

Prise de pouvoir (Frijoles y Fusiles)[modifier | modifier le code]

Le 7 mars 1982, le général Ángel Aníbal Guevara (en), candidat officiel du Frente Democratico Popular (FDP), successeur désigné de Romeo Lucas Garcia, gagne l’élection présidentielle largement dénoncée comme ayant été entachée de fraude, par les opposants de droite comme de gauche. Le 23 mars, avec le soutien de leurs compagnons d'armes, le général Horacio Egberto Maldonado Schaad, le colonel Francisco Luis Gordillo Martínez et Ríos Montt prennent le pouvoir par un coup d'État, discrètement appuyés par la CIA, déposant le général Romeo Lucas García.

Ils installent une junte militaire, avec Ríos Montt à sa tête, qui, déclarant l'état de siège, suspend immédiatement la Constitution, établit des tribunaux secrets, et entame une campagne contre l'opposition civile, utilisant l'enlèvement, la torture et les assassinats extra-judiciaires. Le coup d’État fut décrit comme l'œuvre d' Oficiales jovenes (jeunes officiers militaires), destiné à prévenir l'investiture de Guevara au poste de président le 1er juillet.

Lors de sa courte présence au pouvoir il met en place les Patrullas de Autodefensa Civil (PAC, ou Patrouilles d'autodéfense civiles), miliciens recrutés de force par l'armée et ayant comme objectif d'éradiquer la guérilla, tandis que l'unité de contre-insurrection, les Kaibiles, fait preuve d'une cruauté extrême. Ainsi, 440 villages sont complètement rasés (massacre de Dos Erres de décembre 1982, etc.), près de 10 000 Indiens massacrés ou jetés par hélicoptère dans l'océan Pacifique. La Commission pour l'éclaircissement historique recensera, en 1999, que l'ultra-majorité des crimes commis (93 %) lors de la guerre civile ont été commis par l'État (paramilitaires inclus) et qu'une très grande partie de ceux-ci ont été commis sous la dictature de Ríos Montt.

Un document déclassifié des États-Unis indique la présence d'officiers du Mossad (du moins, de services de renseignements israéliens) parmi l'unité présidentielle de renseignements, l'AFSAEM ; ce sont ces six conseillers qui ont planifié la libération de Jorge Marios Ríos Muñoz, le neveu du président, le 22 novembre 1982 [4]. Le document fait également état de rumeurs signalant la présence de conseillers sud-africains[4].

Contre-coup d'État[modifier | modifier le code]

Ríos Montt est à son tour renversé lors d'un coup d'État en août 1983 par son ministre de la Défense, le général Oscar Mejía Víctores.

Revenu à la vie civile, il est décoré en 1985 par le Pentagone, le secrétaire de l'Armée John Marsh lui offrant une Commendation Medal [5].

Retour sur la scène publique[modifier | modifier le code]

En 1989, Ríos Montt fonde le Frente Republicano Guatemalteco (FRG), Front républicain guatémaltèque et tente de se présenter à l’élection présidentielle de 1990, mais en est empêché par une décision de la cour constitutionnelle s'appuyant sur un article de la constitution du pays qui empêche les participants à un coup d’État de devenir président.

Député FRG de 1990 à 2004, il est élu en 1994 président de la chambre unicamérale.

Sa tentative de participer aux présidentielle de 1994 étant également empêchée, il soutient son collègue et ami du FRG, Alfonso Portillo au poste de candidat à l'élection pour la présidence de la république, élection que Portillo perd de peu en 1995 et gagne en 1999.

En août 1999 Portillo admet la participation du gouvernement guatémaltèque dans les atteintes aux droits de l'homme durant les 20 années précédentes, y compris pour les deux massacres ayant eu lieu au cours de la présidence de Ríos Montt : le premier à Plan de Sánchez, au Baja Verapaz, ayant causé la mort de 268 personnes, le second à Dos Erres au Petén, où plus de 200 personnes furent assassinées.

En 2000, Ríos Montt devient président du Congrès.

Candidature à la présidentielle de 2003 et Jeudi noir[modifier | modifier le code]

Ríos Montt est désigné par le FRG en mai 2003 pour l'élection présidentielle de novembre, mais sa candidature est initialement, une fois de plus, rejetée par le Bureau électoral et deux juridictions inférieures. En juillet 2003, la Cour suprême, plus haute juridiction guatémaltèque, qui comprend à l'époque plusieurs magistrats nommés par le FRG, approuve sa candidature au poste de président, ignorant ostensiblement l'interdiction constitutionnelle qui interdit aux anciens dictateurs de briguer le poste de président, qui l'avait empêché de participer à la précédente élection présidentielle, et dont il déclara qu'elle avait spécialement été écrite afin de lui interdire de participer.

Plus tard, la Cour suprême suspend sa campagne présidentielle en jugeant recevable une plainte, émanant de deux partis de centre-droite, visant à interdire, constitutionnellement, au général de prétendre à la fonction présidentielle. Ríos Montt dénonce cet arrêt comme étant une manipulation judiciaire et appelle ses partisans à manifester. Le 24 juillet, jour désormais appelé jueves negro (jeudi noir), des milliers de sympathisants du FRG masqués et armés de machettes, de bâtons et de fusils, envahissent les rues de Guatemala. Transportés en bus de toutes les régions du pays par le FRG, certains participants ont déclaré que les personnes travaillant dans des municipalités contrôlées par le FRG avaient été menacées de licenciement au cas où elles refuseraient de participer à la protestation. Les manifestants bloquent la circulation, entonnent des slogans menaçants et brandissent leurs machettes.

En tête de cortège, on trouve des militants FRG bien connus, y compris d'éminents membres du congrès, qui furent photographiés par la presse alors qu'ils coordonnaient les actions en compagnie du secrétaire personnel de Zury Ríos Montt (en), la fille du général. Les manifestants marchent en direction des tribunaux, des sièges des partis d'opposition et des journaux, incendiant des bâtiments, tirant en direction des fenêtres et brûlant voitures et pneus dans les rues. Un journaliste de télévision, Héctor Fernando Ramírez (en), décède d'une crise cardiaque en fuyant la foule. Après deux jours de destruction à Guatemala Ciudad, les émeutiers se dispersent à l'appel de Ríos Montt. La situation est si chaotique durant le week-end que les locaux de l'ONU et ceux de l'ambassade des États-Unis sont fermés.

Suite aux émeutes, la Cour constitutionnelle, où figurent de nombreux alliés de Ríos Montt et de Portillo, inverse la décision de la Cour suprême. Le raisonnement légal sous-tendant la décision finale n'a pas immédiatement été rendu public, mais Ríos Montt a expliqué que l'interdiction faite aux auteurs de coups d'État de se présenter, formalisée dans la Constitution de 1985, ne pouvait s'appliquer rétroactivement. De nombreux Guatémaltèques exprimèrent leur rage face à la décision de la cour.

Finalement autorisé à concourir, il fut battu lors du premier tour le 9 novembre 2003.

Poursuites et condamnation pour génocide et violation des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Manifestation étudiante de 2006 à la ville de Guatemala. La photo montre des étudiants portant une banderole comparant Efraín Ríos Montt à Adolf Hitler.
Manifestation universitaire contre Efraín Ríos Montt à Guatemala en 2006.

Le Prix Nobel de la Paix Rigoberta Menchú, ainsi que d'autres militants, a porté plainte auprès de la justice espagnole en 1999 contre Ríos Montt et d'autres personnes. Cette demande a motivé le juge Santiago Pedraz à demander l'extradition de Ríos Montt pour génocide, terrorisme et torture. Un mandat d'arrêt international est délivré le 7 juillet 2006. La demande d'extradition a été rejetée par la Cour constitutionnelle du Guatemala en 2007[6].

Presque trente ans après les faits, Ríos Montt, âgé de 85 ans, apparait en audience préliminaire le 26 janvier 2012 devant une cour de justice, à Guatemala, pour répondre des accusations de génocide et de violations des droits de l'homme[7],[8]. Ces poursuites sont rendues possibles par la perte de son immunité parlementaire le 14 janvier 2012[9]. Ríos Montt nie les accusations, affirmant qu'il n'a pas ordonné les massacres, son avocat affirmant qu'il n'était pas « sur le champ de bataille », ce à quoi l'accusation répond en affirmant qu'il existait une chaîne de commandement remontant jusqu'au président auto-proclamé.

Pendant l'audience préliminaire, Ríos Montt est assigné à résidence. Ses avocats multiplient les incidents de procédure, puis demandent l'application de la loi de réconciliation nationale en faveur de leur client, suite à quoi la cour d'appel ordonne fin juin la suspension du procès[10].

Le 29 janvier 2013, le juge Miguel Ángel Gálvez décide d'ouvrir le procès pour génocide et de crimes contre l'humanité contre Ríos Montt et l'ex-directeur du service de renseignement G-2, José Mauricio Rodríguez Sánchez, en considérant qu'il existe suffisamment d'éléments concernant les massacres commis à l'encontre du peuple des Ixils dans le département de Quiché[11],[12]. Le procès s'ouvre le 19 mars 2013[13].

Le 10 mai 2013, il est condamné par la juge Jazmín Barrios à 50 années de prison ferme pour génocide et 30 ans ferme pour crimes contre l'Humanité[14], tandis que l'ancien chef des services secrets, José Mauricio Rodríguez, est acquitté[15]. Ríos Montt dénonce un « show international ». Il est immédiatement transféré en prison, où il ne restera qu'une nuit, avant d'être transféré dans un hôpital militaire. Le 20 mai 2013, suite à un recours de la défense (ocurso de queja), la Cour constitutionnelle casse le jugement et ordonne la reprise du procès au point où il en était le 19 avril[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Karen Cardona et Rosmery González, Efraín Ríos Montt, Historia lo alcanza, Prensa libre, 22 janvier 2012
  2. (en) Jon Lee Anderson (1986), Inside the League
  3. (en) Sara Diamond (1989), Spiritual Warfare
  4. a et b (en) Câble de l'ambassade des Etats-Unis à Guatemala, 10 décembre 1982 (voir p.2 et 3), publié par la National Security Archives avec d'autres documents le 7 mai 2010
  5. (en) Matt McAllester, US rounds up Guatemalans accused of war crimes, Global Post, 5 mai 2010
  6. (es) Efraín Ríos Montt, Historia lo alcanza, Prensa Libre, 22 janvier 2012
  7. (es) Érick Ávila y Antonio Ixcot, Efraín Ríos Montt enfrenta a la justicia por genocidio, Prensa Libre, 27 janvier 2012
  8. (en) Ex-Guatemala leader appears in court, Al Jazeera English, 27 janvier 2012
  9. (en) Guatemala ex-leader Rios Montt to face genocide charge BBC news, 27 janvier 2012
  10. Au Guatemala, les plaies à vif de la guerre civile, Le Monde, 18 juillet 2012
  11. Courrier international n° 1169 du 28 mars au 3 avril, p.28
  12. (es) Hugo Alvarado, Ríos Montt enfrentará juicio por genocidio y delitos de lesa humanidad, Prensa libre, 29 janvier 2013
  13. (es) Jerson Ramos, Comienza debate por genocidio contra Efraín Ríos Montt, Prensa libre, 20 mars 2013.
  14. La formulation exacte en espagnol est delitos de deberes contra la humanidad. Il ne s'agit donc pas de crimes de guerre, comme l'écrit Le Monde dans l'article Guatemala : l'ancien dictateur Rios Montt coupable de génocide du 11 mai 2013
  15. (es) Genocidio: Tribunal condena a 80 años a Ríos Montt y absuelve a Rodríguez, Prensa Libre, 10 mai 2013
  16. (es), Fallo de la CC anula la condena contra Efraín Ríos Montt, Prensa Libre, 21 mai 2013

Liens externes[modifier | modifier le code]