Le Monde du silence (film)

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Le Monde du silence est un film documentaire français coréalisé par Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle entre 1954 et 1955 et sorti pour la première fois en salles en France en 1956, en même temps que sa participation au Festival de Cannes, où il remporta la Palme d'or. En 1957, aux États-Unis, il remporta l'Oscar du meilleur film documentaire.

D'une durée d'une heure et vingt-six minutes ce film est le deuxième film de l'histoire des prises du vue sous-marines en couleur, le premier film sous-marin en couleur étant Sesto continente (Le sixième continent, 1954), de l'Italien Folco Quilici. Le Monde du silence ne reprend pas les contenus du livre de 1953 de même titre, mais uniquement les explorations sous-marines réalisées à bord de la Calypso en 1954 et 1955.

Histoire de la production[modifier | modifier le code]

Jacques-Yves Cousteau entreprit le projet de mener un périple d'exploration marine et de tournage d'un film en juillet 1953, en s'adressant d'abord à l'IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques), à la recherche d'un étudiant qui l'assistât dans la réalisation du tournage. La direction de l'école lui proposa Louis Malle, âgé alors de 21 ans, qui avait de bonnes aptitudes à la nage et pouvait être plus facilement formé à la plongée en scaphandre autonome. Ainsi, pendant tout l'été 1953 Malle se soumit, avec les plongeurs de la Calypso, à un stage de plongée au Grand Congloué (Île de Riou)[1]. Le navire appareilla finalement en 1954[2] et parcouru jusqu'en 1955 la mer Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien et le golfe Persique.

Les scènes sous-marines furent entièrement tournées grâce à deux équipements : les détendeurs CG45 brevetés par Cousteau et Gagnan dix ans auparavant et les caméras sous-marines conçues par André Laban. Grâce aux caméras de Laban Le Monde du silence fut le deuxième film à montrer des images en couleurs du monde sous-marin[3] et le premier à montrer des images tournées à 75 mètres de profondeur.

L'enregistrement de la musique et le montage final du film furent achevés entre la fin de 1955 et le début de 1956 et la première projection en avant-première eut lieu à Paris le 7 février 1956 au Théâtre des Champs-Élysées, devant un parterre d'officiers de marine[4]. La sortie en salles eut lieu pour la première fois en France le 26 mai 1956, simultanément avec le Festival de Cannes. Deux autres pays virent le film sortir dans leurs salles l'année même : le Japon, dès le 15 août, et les États-Unis, dès le 24 septembre[5].

Pour sa version en anglais la narration du film fut adaptée du français vers l'anglais par James Thomas Dugan[6].

Synopsis et contenus[modifier | modifier le code]

Le film commence avec une voix off récitant le texte suivant : « À cinquante mètres de la surface, des hommes tournent un film. Munis de scaphandres autonomes à air comprimé, ils sont délivrés de la pesanteur. Ils évoluent librement. »

Se déplaçant à bord de la Calypso, l'équipe de plongeurs tourna pendant des centaines d'heures dans la Mer Méditerranée, le Golfe Persique, la Mer Rouge et l'Océan Indien. Les 25 kilomètres de pellicule furent réduits à 2 500 mètres au montage final du film. Les acteurs et figurants du film furent les mêmes marins qui constituaient l'équipage de la Calypso : Jacques-Yves Cousteau (commandant de bord, plongeur, réalisateur, prises de vue), Louis Malle (assistant de direction, prises de vue), François Saout (Second capitaine)[7], Frédéric Dumas (plongeur, prises de vue), Albert Falco (plongeur, prises de vue), André Laban (plongeur, ingénieur chimiste), Denis Martin-Laval (médecin de bord) et Henri Plé (chef de quart). Les autres membres de l'équipage furent Étienne Puig, Albert Raud, Emile Robert, René Robino, André Bourne-Chastel, Marcel Colomb, Simone Cousteau, Jean Delmas, Jacques Ertaud, Norbert Goldblech, Fernand Hanae, Maurice Leandri, Paul Martin et Jean-Louis Teicher. Un autre héros du film, qui persiste encore dans les mémoires, fut Jojo le mérou.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Informations complémentaires[modifier | modifier le code]

À la suite de ce film de 1956 le terme « monde du silence » est devenu une façon courante en langue française de faire référence au monde sous-marin.

Quelques scènes du film sont particulièrement critiquables aux yeux du public du XXIe siècle : massacre de requins, pêche à la dynamite, lacération de cachalots, destruction de corail, conduites mettant en danger des tortues marines en les empêchant de remonter respirer... Mais il faut replacer tout ceci dans le contexte de la découverte de l'univers marin par le grand public et bien avant les débats sur l'écologie et la protection des espèces marines. Parmi les autres scènes étonnantes, le doublage d'un indigène des Maldives ou des Seychelles en « français petit-nègre », et deux plongeurs pêchant la langouste à 60 mètres de fond : au retour, l'un est envoyé au caisson de décompression pour remontée d'une immersion à grande profondeur sans respect du palier de décompression, et l'autre... va manger les langoustes avec le reste de l'équipage.

La rencontre du commandant Cousteau (en 1944) avec James Thomas Dugan fut ce qui décida ce dernier à se lancer dans la vulgarisation océanographique. Il aida le commandant à éditer non seulement les livres intitulés Le Monde du silence (deux livres différents qui n'ont de commun que le titre, l'un de 1953 et l'autre de 1957) mais aussi Le Monde sans soleil (1964), livre et film documentaire (tous les deux de Cousteau) qui retracent les expériences scientifiques Précontinent I et Précontinent II.

Albert Falco, l'un des douze plongeurs de la Calypso, devint plus tard capitaine de ce même navire. Le programme de recherches Précontinent I fut réalisé au large de l'île de Frioul près de Pomègues et château d'If dès le 14 septembre 1962 dans le but d'étudier les séjours humains prolongés sous la mer. Au cours de ce premier programme de recherches Albert Falco devint, avec Claude Wesly, l'un des deux premiers « océanautes » de l'histoire après avoir subi un séjour sous-marin de sept jours.

Le film montra au public les premiers scooters sous-marins tout comme Le Monde sans soleil (1964) montra les premières soucoupes plongeantes.

Le Monde du silence fut pour Louis Malle sa première expérience de réalisation cinématographique (en tant qu'assistant de Cousteau). Cousteau s'était adressé à l'IDHEC pour obtenir un assistant de direction. Ce dernier eut par la suite une longue et prolifique carrière en tant que réalisateur de films, mais il n'était pas vraiment un plongeur, il se blessa les tympans lors de l'une des plongées du tournage et ne replongea plus jamais.

Récompenses et nominations[modifier | modifier le code]

En 1956 Le Monde du silence obtint la Palme d'or à la 9e édition du Festival de Cannes. Il est, avec Fahrenheit 9/11, le seul documentaire à avoir reçu une Palme d'or au Festival de Cannes. Il a également été nommé dans la catégorie Prix de la mise en scène et pour le Prix spécial du jury de ce même festival[8]. Il a aussi reçu le Prix Méliès (prix de la critique pour le meilleur film français) et le prix du National Board of Review pour le meilleur film étranger (Best Foreign Film) en 1956.

En 1957, aux États-Unis, Le Monde du silence remporta l'Oscar du meilleur film documentaire (Best Documentary Feature). Aujourd'hui encore, ce film est le premier au box office des films documentaires en salles avec 4 600 000 entrées[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Interview avec Louis Malle », archives de la Cousteau Society, in Du silence et des hommes, film documentaire écrit et réalisé par Jérôme Wybon en 2010 à l'ocasion du premier centenaire de la naissance de Jacques-Yves Cousteau (1910-2010).
  2. André Laban, in Du silence et des hommes, film documentaire écrit et réalisé par Jérôme Wybon en 2010 à l'ocasion du premier centenaire de la naissance de Jacques-Yves Cousteau (1910-2010).
  3. Sesto Continente, réalisé par Folco Quilici et sorti en salles en 1954, fut le premier long métrage documentaire sous-marin en couleur [1], [2]
  4. Franck Machu (auteur du livre Cousteau : Vingt-mille rêves sous les mers), in Du silence et des hommes, film documentaire écrit et réalisé par Jérôme Wybon en 2010 à l'occasion du premier centenaire de la naissance de Jacques-Yves Cousteau (1910-2010).
  5. Page d'information des sorties en salles pour Le Monde du silence, IMDB, site spécialisé.
  6. Fiche sur James Thomas Dugan dans le site web officiel du Pennsylvania Center for the Book.
  7. François Saout, mon second depuis dix ans, met en route le pilote automatique (mention en voix off par Jacques-Yves Cousteau lui-même dans Le Monde du silence, à la minute 4 et 37 secondes du métrage du film).
  8. Fiche sur Allociné
  9. « tvmag.lefigaro 26 avr 2010 », sur tvmag.lefigaro.fr (consulté le 16 oct 2011)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]