Soleil trompeur

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Soleil Trompeur (en russe : Утомлённые солнцем, Outomlionnye solitsem) est un film du réalisateur et acteur russe Nikita Mikhalkov, sorti en salles en 1994. Ce film a été récompensé par l'Oscar du meilleur film en langue étrangère et par le Grand Prix du jury au festival de Cannes. Le film Soleil trompeur 2 (2010), conte la suite des événements narrés dans le film.

Résumé[modifier | modifier le code]

Prologue[modifier | modifier le code]

Un homme soigné d'une trentaine d'années (Oleg Menchikov), rentre au petit jour à son domicile moscovite en face de la place Rouge et est accueilli par un vieux domestique français[1] de la famille, à qui il reproche son mauvais russe. Tandis que la radio chante les louanges des réalisations soviétiques et évoque brièvement un étrange phénomène solaire. Tandis que le téléphone sonne, l'homme joue à la roulette russe ; il finit par décrocher le téléphone et accepte la mystérieuse mission qu'on lui confie. Le prologue se termine dans la salle de bain sur l'image furtive d'un rasoir.

1re partie (matin)[modifier | modifier le code]

Le colonel Sergueï Kotov (joué par le réalisateur Nikita Mikhalkov lui-même), héros de la Révolution bolchévique, passe un jour de congé dans une vieille datcha de la famille de sa femme Maroussia en compagnie de ses parents, d'amis, de son épouse et de sa fille Nadia qu'il aime tendrement. Alors qu'il est à la bania avec sa femme et sa fille, goûtant un moment de détente familiale, on vient le solliciter de manière pressante pour intervenir pour empêcher des chars d'assaut de détruire un champ de blé lors d'exercices militaires. Ce qu'il fait en imposant son prestige de révolutionnaire célèbre aux soldats désemparés. La connivence affichée qu'il entretient avec leur commandant lui assure un succès complet devant les soldats admiratifs de son prestige. Les blindés rebroussent chemin.

Il retourne ensuite à la maison familiale : la matinée se déroule dans une agitation bon enfant ; tous les habitants de la maison sont gais, insouciants et joyeux. La scène évoque plus Anton Tchekhov que le réalisme socialiste. Seul le père de Maroussia, professeur d'université, constamment plongé dans la Pravda, fait part du lancement d'une nouvelle purge… Mais personne ne prend garde à ce qu'il dit.

2e partie (après-midi)[modifier | modifier le code]

Mitia, un jeune homme qui a jadis aimé et a été aimé de Maroussia avant de disparaître brusquement en 1923, pénètre dans ce cadre idyllique. Il s'agit de l'homme aperçu dans le prologue. Mitia travaille à présent pour le service de renseignements intérieurs, le NKVD, mais ne dit rien de son métier ni de sa mission aux membres de la famille qui l'accueille. Il a en fait reçu l'ordre d'arrêter le vieux Sergueï Kotov. Ce dernier, averti par Mitia, lui demande de faire comme si de rien n'était jusqu'à la fin de la journée, qui se déroule dans un semblant d'insouciance bon enfant, entre promenade en barque, bains dans la rivière et jeux de ballon…

3e partie (fin d'après-midi, début de soirée)[modifier | modifier le code]

Mitia et le colonel Kotov rejoignent la voiture des agents du NKVD, qui se présentent comme membres de l'Orchestre philharmonique de Moscou. Maroussia, la petite fille Nadia et les autres membres de la famille disent au revoir au colonel Kotov et à Mitia, pensant qu'ils les reverront dans quelques jours. Personne ne semble prendre conscience du tragique de la situation et que c'est la dernière fois qu'ils se voient.

Kotov porte son habit de colonel de l'Armée rouge. Avec sa moustache, sa bonne face et son sourire placide, il est sûr de son bon droit et menace les occupants de téléphoner à Staline, dont il a le numéro direct. D'abord affables tant que la petite Nadia est dans la voiture, les policiers du NKVD ne tardent pas à montrer leur vrais visages. Ils commencent par réclamer son arme de service au colonel.

Sur la route campagnarde, ils croisent un chauffeur de camion qui s'est perdu et dont le véhicule en panne d'essence, bloque la voiture du NKVD. Mitia s'approche du camion tandis que Kotov, qui montre des signes croissants d'inquiétude et se révolte maladroitement, est tabassé : son visage est en sang ; ses mains sont attachées derrière sa tête ; il est méconnaissable et pleure inlassablement. Apparemment, il vient de comprendre un peu tard qui est derrière son arrestation… Mitia fait froidement exécuter le chauffeur de camion d'une balle dans la tête, car il a vu le passage à tabac et reconnu le célèbre Kotov.

Final[modifier | modifier le code]

Le film se termine sur la bannière géante du portrait de Staline hissée par un dirigeable dans les airs au-dessus des champs de blés..

À Moscou, Mitia est en train de mourir dans sa baignoire, les veines ouvertes. Il s'est suicidé.

On apprend par trois messages finaux incrustés que Kotov fut exécuté le 16 août 1936[2], que sa femme Maroussia fut envoyée en camp et y mourut en 1940, et que leur fille Nadia, qui suivit sa mère, survécut aux camps et réside désormais au Kazakhstan. Tous trois furent réhabilités en 1957 dans le cadre de la déstalinisation.

Contexte du film[modifier | modifier le code]

  • Ce film se déroule sur une seule journée d'août 1936, juste avant le premier Procès de Moscou, qui vise à éliminer certains chefs historiques de l'Armée rouge, accusés de trahison et de sabotage. Ces procès sont le prélude des Grandes Purges (1937-1938), au cours desquelles des millions de citoyens de l'URSS seront accusés d'être « ennemis du peuple ».
  • Le film montre que des fondateurs historiques de l'Armée rouge, bons communistes et croyant sincèrement en l'idéal communiste, furent arrêtés et jugés comme des criminels. Les bourreaux pouvaient les connaître, parfois intimement. Le soleil trompeur de la Révolution russe a broyé ses propres partisans.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • Oscar du Meilleur film étranger : Academy Awards 1995
  • Prix du Jury et prix du Jury œcuménique : Festival de Cannes 1994

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le domestique est d'origine allemande dans la version française du film.
  2. Trois jour avant l'ouverture du premier procès de Moscou.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]