Central do Brasil

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Central do Brasil est un film franco-brésilien réalisé par Walter Salles sorti en 1998.

Avec ce film, ce réalisateur issu du cinéma publicitaire et du cinéma documentaire a obtenu l'Ours d'or à Berlin et son interprète principale Fernanda Montenegro le prix de la meilleure actrice.

Central do Brasil dans l'œuvre de Walter Salles[modifier | modifier le code]

Né en 1956, Walter Salles est l'une des figures majeures du renouveau d'un cinéma brésilien qui avait quasiment disparu pendant près d'une dizaine d'années, après la flamboyante génération du « Cinéma Novo » des années 60 (Glauber Rocha, Carlos Diegues…).

Après Exposure (1991) il réalise avec Daniela Thomas Terre lointaine qui obtient le prix du meilleur film de l'année 1996 au Brésil. Avec une image noir et blanc, il y raconte l'histoire d'un jeune brésilien de São Paulo, Paco, dont la mère vient de mourir, et qui décide d'aller à la découverte de Lisbonne que sa mère considérait comme une « terre promise ». Là, il rencontre une serveuse brésilienne, Alex, avec laquelle il tentera d'échapper à une organisation maffieuse spécialisée dans le trafic de drogue et d'objets précieux.

Mais c'est surtout l'écriture noire et poétique de ce film qui a fait connaître l'originalité d'un auteur qui s'affirme dans Central do Brasil. L'année précédente, il avait réalisé pour Arte un épisode de la série L'An 2000 vu par… Walter Salles.

Synopsis[modifier | modifier le code]

À Rio de Janeiro, Josué, un jeune garçon d'une dizaine d'années, dont le père a disparu et la mère est victime d'un accident de la circulation, se retrouve sans famille. Dora, une institutrice à la retraite, qui arrondit ses maigres ressources en étant écrivain public dans le hall de la gare centrale, prend finalement l’enfant en pitié : elle l’arrache à un trafiquant d’organes à qui elle-même l’avait d’abord vendu. Pour échapper aux représailles qui la guettent, elle part avec l’enfant, pour l'aider à retrouver son père dans l'aride région du Sertão, dans le Nordeste d’où il est originaire. Au cours de ce voyage initiatique aux multiples rebondissements, les deux personnages tout en se découvrant l'un l'autre, parviendront à acquérir de nouvelles valeurs sur lesquelles rebâtir une vie où l’individualisme forcené ne serait plus le seul critère d’action.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Sans être un documentaire-fiction, Central do Brasil met en scène certains aspects d'une sombre réalité sociale : analphabétisme, enfants abandonnés, banditisme, trafic d'organes, violence… En revanche, l'image du Sertão que propose ce film est très différente de celle donnée par ses grands aînés du « Cinema Novo » dans les années 1960. L'âpreté de la terre y est ici gommée au profit d'un regard qui souligne la beauté et l'immensité des paysages sauvages, et qui se fonde sur une symbolique remettant en question la revendication sociopolitique par la simple dénonciation de l'inégalité sociale. Fondamentalement, le film pose la question de la quête de l'identité, à deux niveaux : d’une part, la quête personnelle des protagonistes dont les pères respectifs ne correspondent pas à l'image idéale qu'ils en attendaient, et d’autre part, la quête d'un pays autre que ce Brésil de violence et d'individualisme exacerbé dont Rio de Janeiro serait le reflet. Et dans cette double quête, la religiosité caractéristique du Sertão fonctionne comme élément déterminant.

À contre-courant des migrants que le mirage de la ville attire vers le littoral et le sud où les attend l'aliénation de la « civilisation globale », Dora et Josué remontent vers le nord et l'intérieur du Brésil, en un périple qui les mène dans l'État de Pernambuco, à une agglomération identifiée dans la fiction comme étant la ville de Bom Jesus do Norte, un toponyme créé pour la circonstance. En réalité, le tournage a été réalisé dans la bourgade de Cruzeiro do Nordeste dans ce même État[1]. Outre la référence à une région du Sertão « profond », il fallait un nom pouvant prêter à confusion avec celui de Bom Jesus da Lapa, un sanctuaire bien réel et fort connu de l'État de Bahia, de façon à justifier une erreur de transmission de courrier indispensable pour la vraisemblance du scénario. 

Les images de cette agglomération correspondent au stéréotype d'un village perdu du Sertão nordestin. Les protagonistes y parviennent, dépouillés de tout moyen de subsistance, dans un camion transportant un groupe de pèlerins venus commémorer la Chandeleur. Cette fête, dans la tradition catholique, relève de la dévotion à la Vierge — Nossa Senhora das Candéias — avec pour point culminant une procession aux flambeaux. Elle fait partie des grands moments du calendrier religieux du Sertão tout entier.

Alors qu'ils sont au bord du désespoir les deux protagonistes sont entraînés dans la procession, chacun de son côté, Dora notamment pour tâcher d'y retrouver l'enfant qui s'est enfui à la suite d'une violente dispute où elle l'avait accusé d'être la cause de tous leurs malheurs.

Finalement portée par cette marée humaine, la femme pénètre à l'intérieur d'un édifice où sont exposés quantité d'ex-voto témoignant des grâces obtenues par les fidèles de Nossa Senhora das Candéias. Et au cœur de cet espace confiné, épuisée physiquement et mentalement, elle perd connaissance dans un tourbillon de lumière synchronisé avec les feux d'artifice qui, à l'extérieur, concrétisent la victoire de la lumière sur les ténèbres, pour une foule en proie au paroxysme de la ferveur. Dora « renaîtra » à la vie le lendemain matin, sa tête reposant sur les genoux de Josué. Il s'agit bien de la mise en scène d'une mort symbolique comportant un baptême par le feu dans un environnement caractéristique de ce « fétichisme-animisme-catholicisme primitif » que dans Os Sertões (trad. fr. Hautes TerresEuclides da Cunha  stigmatisait comme issu du « métissage religieux » à l'œuvre dans le Brésil profond.

Dès lors régénérés spirituellement par la Matrice culturelle originelle, la femme et l'enfant pouvaient entreprendre leur réintégration dans la communauté des hommes. Et cette réintégration commençait aussi sous la protection tutélaire de Padre Cicero[2] qui draîne pour sa part des milliers de croyants vers un autre centre très important de l'État de Ceará, Juazeiro do Norte : en voyant opérer un photographe offrant aux pèlerins de poser dans un décor naïf aux côtés d'une statue grandeur nature du saint homme de Juazeiro, Josué imagine de s'installer à ses côtés pour mettre à contribution les talents d'écrivain public de Dora — elle écrira lettres et billets d'action de grâce pour un public demandeur qui est prêt à en payer le juste prix.

Leur pécule reconstitué, ils seront en mesure de parvenir au but, non pas à la maison du père de Josué qui a été vendue, mais à celle de ses deux autres fils, Isaïe et Moïse, qui de plus exercent le métier de menuisiers charpentiers. Les analogies avec la Bible parlent d'elles mêmes.

Pour atteindre ce centre par excellence Dora et Josué étaient remontés de la Central do Brasil — cette immense gare inhumaine, espace de confusion et de mort — jusqu'au centre du Sertão et aux racines d’une culture vivante et ciment d'une solidarité disparue de la ville, du moins à en croire le film. Et c'était sur une note d'espérance que la fiction pouvait prendre fin, en évitant de tomber dans le piège du happy end hollywoodien : Josué restait auprès de ses frères, tandis que Dora reprenait le chemin de Rio, en emportant une petite photo qui symbolisait les liens l’unissant à Josué.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

  • Globe d'Or : meilleur film étranger - États-Unis - 1999
  • Satellite d'Or - Académie Internationale de Presse - États-Unis - 1999
  • Prix « Cinema 100 » - Festival Sundance - États-Unis - 1998
  • Ours d'Or (meilleur film) - Festival de Cinéma de Berlin - Allemagne - 1998
  • Ours d'Argent (meilleur actrice: Fernanda Montenegro) - Festival de Cinéma de Berlin - Allemagne - 1998
  • Prix du meilleur Film (jury œcuménique) - Festival de Cinéma de Berlin - Allemagne - 1998
  • Prix du public - Festival de Cinéma de San Sebastian - Espagne - 1998
  • Prix de la jeunesse - Festival de Cinéma de San Sebastian - Espagne - 1998
  • Caméra d'Or - Festival Manaki Brothers - République de Macédoine - 1998
  • Prix Spécial de l'Eurasia Film Festival, donné par l'Union des Cinéastes Eurasiatiques grâce à la contribution de Central do Brasil à la renaissance du cinéma humaniste - Kazakhstan - 1998
  • Prix du public - Festival International de Cinéma de Sarlat - France - 1998
  • Prix de la critique - Meilleur Actrice : Fernanda Montenegro - Festival International de Cinéma de Fort Lauderdale - États-Unis - 1998
  • Golden Frog - Festival International de l'Art Cinématographique (Camerimage) - Pologne - 1998
  • Prix du meilleur film étranger - National Board of Review (Association nord-américaine des critiques de cinéma) - États-Unis - 1998
  • Prix de la Fondation Gan - France - 1998
  • Prix spécial du jury (meilleur film) - Festival International de Cinéma de La Havane - Cuba - 1998
  • Meilleur jeune acteur (Vinícius de Oliveira) - Festival International de Cinéma de La Havane - Cuba - 1998
  • Meilleure actrice de l'année (Fernanda Montenegro) - Los Angeles Film Critics (association des critiques de Los Angeles) - États-Unis - 1998
  • Marguerite d'argent - Meilleur Film National - CNBB - Brésil - 1998
  • Prix du ministère de la Culture - Brésil - 1998
  • Golden Camera 300 lors du Festival des frères Manaki 1998.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]