Arbre de Jessé

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L'un des arbres de Jessé les plus anciens. Vitrail de la cathédrale de Chartres, 1145-1155.

L’arbre de Jessé est un motif fréquent dans l'art chrétien entre le XIIe et le XVe siècle : il représente une schématisation de l'arbre généalogique présumé de Jésus de Nazareth à partir de Jessé, père du roi David.

Origine[modifier | modifier le code]

Albâtre, XVe siècle, classé Monument historique [1], Notre-Dame-des-Fleurs (Plouharnel).
La première représentation de l'arbre de Jesse connue, dans le Codex Vyssegradensis.

Il semble que l'origine de ces iconographies remonte à une formule du livre du prophète Isaïe Is 11,1, « Puis un rameau sortira du tronc d’Isaïe[2], et un rejeton naîtra de ses racines ». Les artistes combinent cette phrase avec la généalogie de Jésus Christ telle qu'elle apparaît dans l'évangile selon Matthieu (I, 1) : Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham ou selon Luc (3, 23-38). À propos de l'arbre de Jessé, une démarche analogue est souvent faite pour Marie de Nazareth.

La plus ancienne représentation connue du motif de l'arbre de Jessé date de 1086. Elle apparaît dans le Codex Vyssegradensis, évangile du couronnement de Vratislav II de Bohême[3]. L'arbre de Jesse n'est pas utilisé pour porter un ensemble de figures, comme habituellement. À leur place, un phylactère décrit le passage tiré de la prophétie d'Isaïe de manière litérale. Le prophète s'approche de Jessé, entre les pieds de celui-ci un arbre s'élève; Isaïe entoure Jessé d'une banderole contenant les mots : « un petit rameau sortira de Jessé et donnera une fleur splendide ».

Iconographie[modifier | modifier le code]

Arbre de Jessé, avec Jessé assis. Arsenal, manuscrit 416 f° 7.

Jessé est d'abord représenté couché ou à demi couché, puis assis[4]. Dans le livre de chasse de Gaston Phébus par exemple, Jessé, d'ordinaire endormi allongé, somnole assis en chaire. Les noms des grands ancêtres bibliques de la généalogie du Christ sont inscrits sur la corolle d'où émergent, en buste, les deux plus proches; les plus importants sont Noé, le grand ancêtre (et « inventeur » de la vigne) et David (le roi modèle par excellence)[5]. Jessé est souvent endormi, la tête soutenue par une main[6]. Cette position du dormeur est parfois associée à un songe prophétique concernant la descendance du dormeur. Le Moyen Âge connaissait l'épisode du Songe d'Astyage. Astyage, grand-père de Cyrus le Grand, avait vu en rêve une vigne sortant du ventre de sa fille Mandane.

De même, dans la Vie de Géraud d'Aurillac d'Odon de Cluny, on trouve le récit d'un songe fait par le père de Géraud : « Alors qu'il dormait, il lui fut donné avis d'avoir commerce avec sa femme : un fils lui naîtrait car il lui fut mandé également, ajoute-t-on, de lui donner le nom de Géraud, et il lui fut dit, en outre, que cet enfant serait du tout premier mérite. »[7] L'art roman montre Jessé allongé sur le sol en plein air, mais dans l'art gothique il apparaît plus souvent dans un lit, voire dans un cadre assez luxueux comme dans l'église Saint-Étienne de Beauvais dont le vitrail date de 1520.

De son flanc ou de son ventre, parfois de son dos[5],[8] ou plus rarement de sa bouche, sort un arbre dont les branches portent les ancêtres supposés de Jésus, notamment David reconnaissable à sa harpe, jusqu'à Marie. Le vitrail de la cathédrale de Chartres représente de bas en haut David, Salomon, Roboam, Abia, Marie et enfin Jésus. S'y ajoutent selon les artistes, les textes qu'ils utilisent et la place dont ils disposent, des personnages de l'Ancien Testament, notamment les prophètes dont les exégètes du Moyen Âge pensent qu'ils ont annoncé la venue du Christ. Ils sont quatorze sur le vitrail de Chartres (leurs noms sont dans les phylactères) : à gauche de bas en haut Nahum, Samuel, Ézéchiel, Zacharie, Moïse, Isaïe, Habacuc, à droite de bas en haut Osée, Amos, Michée, Joël, Balaam, Daniel, Sophonie. Au sommet se trouve Jésus, parfois sur la croix, parfois enfant sur les genoux de sa mère Marie, parfois en majesté, comme sur le vitrail de Chartres. Une colombe tout en haut peut représenter l’Esprit: à Chartres et dans d'autres vitraux, sept figures de colombe entourent Jésus, représentant les sept dons attribués au saint Esprit.

Au XIIIe siècle, l'arbre se développe verticalement, et au XIVe siècle il se ramifie latéralement[4]. Le XIIIe siècle est une période faste pour l’Arbre de Jessé en France. Une période de ralentissement lui succède qui dure une bonne partie du XIVe siècle et se caractérise par l’arrêt de la production dans le vitrail et la sculpture et sa raréfaction dans le manuscrit. Puis l’arbre de Jessé réapparaît au début du XVe siècle, se développe progressivement dans la première moitié du siècle et connaît un nouveau succès dans le troisième quart du XVe siècle, avec une production intense et standardisée dans le vitrail et les incunables. Ce dynamisme perdure pendant toute la première moitié du XVIe siècle dans le vitrail et s’étend aux autres supports. Rien que dans la France du Nord, du XIVe siècle au XVIIe siècle siècle, les recherches montrent[4], mentionne d'en avoir dénombré environ 300, sous forme d'enluminures, gravures, vitraux, sculptures, la peintures murales, tapisseries, textiles et arts graphiques, pour une époque où les arbres de Jessé se faisaient plus rares.

Une modification de l’emplacement de l’arbre de Jessé accompagne cette diversification. Tout d’abord utilisé comme illustration du début de l’évangile de saint Matthieu, le motif s’oriente, à partir du XIVe siècle, vers un contexte de plus en plus marial, avec le Speculum humanae salvationis ou les livres d’heures. L’arbre de Jessé dans le vitrail connaît souvent un emplacement de choix, chœur de l’édifice ou chapelles mariales. Les protagonistes de l’arbre de Jessé évoluent. Jessé passe parfois de la position allongée à assise. Le Christ et la Vierge qui, au XIIIe et XIVe siècle, étaient présentés individuellement, forment, à partir du début du XVe siècle, un couple indissociable. Le nombre de rois passe d’un petit nombre à douze. Les prophètes, après une relative disparition, réapparaissent ponctuellement aux côtés de Jessé. Le saint Esprit n’est pratiquement plus représenté. Enfin, l’arbre de Jessé se fait progressivement envahir par d’autres personnages, comme ceux de la sainte parenté.

La place qu’occupe la Vierge est déterminante et, au fur et à mesure que l’importance de la Vierge se concrétise, l’arbre de Jessé apparaît comme une généalogie de la Vierge, où ses parents et sa lignée sont représentés.

Encore présent dans l'iconographie chrétienne du XVe siècle et au début du XVIe siècle, le motif décline ensuite et se raréfie, en France, après la Contre-Réforme[4]. Il continue à fleurir en Europe, en Allemagne ou en Autriche. Il retrouve le goût du temps avec le néoroman et néogothique de la fin du XIXe siècle.

Les supports[modifier | modifier le code]

L'arbre de Jessé a été un motif populaire dans tous les arts plastiques. On en trouve des exemples dans les manuscrits enluminés, la gravure, le vitrail[6], la sculpture monumentale[9], les fresques, les tapisseries, la peinture, les écussons, autels, retables ou la broderie[4].

Les manuscrits[modifier | modifier le code]

Bible des Capucins, Bibliothèque nationale de France, vers 1180.
Psautier de Scherenberg, Strasbourg, vers 1260
Miniature montrant 43 générations, Jacques de Besançon, BNF, Paris, vers 1485. En dessous, naissance et jeunesse de Marie.

Les arbres de Jessé apparaissent dans des bibles, des psautiers, des livres d'heures. Le motif apparaît dans plusieurs bibles romanes, dont la Bible de Lambeth, sous forme d'une majuscule décorée au début du Livre d'Isaïe ou de l'évangile de Matthieu. La bible de Saint-Bénigne de Dijon[10], qui date du XIIe siècle, est une des plus anciennes qui nous soit parvenue. Elle montre Jessé et les sept colombes représentant les sept dons du Saint-Esprit.

Une représentation des 43 générations est donnée dans une miniature du Maître de Jacques de Besançon[11]. La page est extraite de la Légende dorée de Jacques de Voragine, traduite par Jean de Vignay[12]. Le dernier couple, dans cette généalogie, est formé des parents de Marie, Anne et Joachim.

La Bible des Capucins[13] (dernier quart du XIIe siècle) conservée à la Bibliothèque nationale de France en est un autre exemple, l'arbre de Jessé décorant l'initiale L majuscule du mot Liber generationis dans l'évangile de Matthieu. L'initiale occupe, c’est dire son importance par rapport au texte, les deux tiers de la page. Son emplacement est à la jonction de l’Ancien et du Nouveau Testament, de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance. L'arbre de Jessé endormi montre, surgi de son flanc, les rois d'Israël représentés par un personnage barbu qui est peut-être Melchisédech puis le roi David, témoins d’une promesse inscrite sur leurs phylactères : « Le Seigneur l’a juré : « tu es prêtre pour l’éternité, à la manière de Melchisédech » » et « L’amandier (dont la floraison avant le printemps annonce le temps du renouveau) fleurira, la sauterelle s’alourdira, le fruit du câprier éclatera »[14]. Au-dessus d'eux Marie, dont le phylactère contient le texte : « Toutes les générations me diront bienheureuse », et enfin le Christ adolescent entouré de sept colombes, symboles des sept dons de l'Esprit. Il tient un phylactère qui reproduit le verset (2.,1) du Cantique des Cantiques : « Je suis le narcisse de la Plaine, le lys des vallées ». Dans les médaillons situés de part et d'autre sont représentés dans des rinceaux, des prophètes porteurs de phylactères annonçant la venue du Messie. qui ont annoncé la venue du Messie. Leurs regards et gestes convergent vers Jésus. Le choix, parmi les quarante-deux protagonistes contenus dans la généalogie de Matthieu, de deux rois seulement donne une place de choix à la Vierge qui pourtant n'est pas évoquée dans le texte de l'Évangile. Ceci illustre le fait qu'elle est devenue prépondérante. Les deux médaillons du haut qui entourent le Christ signifient l'acceptation ou le refus de l'incarnation du Messie : à sa droite, aux côtés de saint Pierre, l'Église des baptisés (traduction du phylactère « Qui croira et sera baptisé sera sauvé ». À sa gauche, en détournant le regard du Christ, et malgré la présence de Moïse, la Synagogue des circoncis (traduction du phylactère « Qui ne sera pas circoncis sera exclu »)[14].

Le roi David étant considéré comme l'auteur des Psaumes, les psautiers étaient souvent illustrés d'un arbre de Jessé, où l'arbre de Jessé s'enroule autour du B majuscule du texte latin Beatus Vir au début du premier psaume. Un des premiers exemples en est le psautier de Huntingfield, qui date de la fin du XIIe siècle. La British Library possède un très beau psautier du XIVe siècle, dit de Gorleston. Dans ces deux exemples Jessé est allongé au pied de la lettrine B. On peut également citer le psautier de Macclesfield (Fitzmuseum, Cambridge) et le psautier et livre d'heures de Bedford[15].

Certains manuscrits consacrent une page entière au motif, en ajoutant des personnages, par exemple la Sibylle de Cumes dans le psautier d'Ingeburge vers 1200 (Musée Condé, Chantilly). Dans un manuscrit conservé à Douai [16], on trouve un arbre simple avec, de part et d'autre du tronc central, des personnages portant leur nom. Le somptueux frontispice du psautier de Tickhill en est un autre exemple[17].

Le vitrail[modifier | modifier le code]

Le vitrail est le support de prédilection, avec les manuscrits, pour la présentation des arbres de Jessé. La forme de la lancette s'y prête particulièrement.

Selon le récit de Suger dans le De administratione, le vitrail de l'arbre de Jessé commençait la série des vitraux de chœur de l'abbatiale de Saint-Denis. Ce vitrail endommagé au moment de la Révolution a été restauré par Eugène Viollet-le-Duc. Il ne subsiste que 4 panneaux anciens datant de 1140-1144[18]. La verrière N° 49 de la cathédrale de Chartres, exécuté entre 1145 et 1155, s'inspire de celle de Saint-Denis[19] en est un exemple. Elle est le premier vitrail qui contient la généalogie complète. La cathédrale de Troyes en possède également un entier. La Cathédrale du Mans en possède plusieurs. On trouve en fait des vitraux d'arbres de Jessé dans toute l’Europe. La Cathédrale d'York, Cathédrale de Cantorbéry sont d'anciens exemples anglais. Dans l'église Saint-Étienne de Beauvais, il y a un vitrail réalisé par Engrand Leprince. L'église Saint-Godard de Rouen contient un vitrail réalisé par Arnoult de Nimègue en 1506 pour la chapelle de la Vierge.

Des vitraux modernes continuent à être créés. Georges Braque a créé un vitrail représentant un arbre de Jessé de l'église paroissiale Saint-Valery de Varengeville-sur-Mer en 1954. Dans la cathédrale Notre-Dame de Reims, les vitraux contemporains les plus célèbres sont trois fenêtres de Marc Chagall de 1974, situées dans la chapelle axiale, dont un arbre de Jessé.

La sculpture[modifier | modifier le code]

Arbre de Jessé, calcaire, XVIe siècle, Musée de l'Hospice Saint-Roch à Issoudun.
Arbre de Melchisédech, calcaire, XVIe siècle, Musée de l'hospice Saint-Roch à Issoudun.

Les sculptures, en général en pierre, sont moins répandues. On les trouve sous la forme de haut-reliefs, soit en angle, comme à Issoudun, soit le long de piliers, ou encore en tympans.

Le tympan du grand portail de la Cathédrale Notre-Dame de Rouen, réalisé par Pierre des Aubeaux - parfois orthographié « Alobeaux » ou « Desobeaux », en est un splendide exemple. L'église Saint-Étienne de Beauvais possède un tympan dont les têtes ont disparu. La cathédrale de Worms en possède également un.

La chapelle Saint-Roch, intégrée dans le musée de l'Hospice Saint-Roch contient dans une vaste salle deux arbres de Jessé exceptionnels, exécutés probablement au moment de la restauration de la chapelle sous Pierre de la Chèze, maître de l'hôtel-Dieu de 1499 à 1510. Ces sculptures de fine pierre calcaire mesurent 5,70 m de haut pour une envergure de 3 m. Elles sont taillées en ronde bosse et en haut-relief et étaient à l'origine polychromes. Dans la représentation, Jessé est couché, un tronc sort de ses côtes, et le premier personnage, reconnaissable à la harpe, est David. En haut, au centre, se trouve Marie, tenant Jésus dans ses bras. Le deuxième arbre est un arbre de Melchisédech. D'après Jules Chevalier[20], les deux arbres de Jessé sont les arbres généalogiques Jésus-Christ, le premier comme roi, le deuxième comme prêtre, car d'après les prophètes, le Messie promis doit être à la fois de race royale et souverain prêtre.

La sculpture qui est à droite dans la chapelle justifie l'ascendance royale, la sculpture de gauche présente Jésus comme l'héritier du grand prêtre Melchisédech et du souverain pontife Aaron, frère de Moïse. Les sculptures s'étendent du sol au plafond. Le socle en pierre représente un rocher, et sur chacun des rochers repose, couché et endormi, un personnage vêtu de riches habits et de la poitrine duquel sort un tronc d'arbre. Les rameaux s'étalent en espalier sur le mur. Sur l'arbre de droite est un figuier. Au pied, il y a Jessé (son nom est inscrit sur la banderole qu'il porte), la tête appuyée sur la main droite. Les personnages sur les rameaux sont les uns couverts d'une armure, l'épée à la main, d'autres portent un sceptre et un manteau royal. On ne voit plus les traces des noms inscrits sur les banderoles qu'ils tiennent, mais ces personnages représentent les seize rois des Hébreux depuis Jessé jusqu'à la captivité de Babylone. L'autre arbre est un chêne, aux branches chargées de glands, « arbre cosmique qui transmet les messages célestes à la terre »[21]. Il reproduit la filiation sacerdotale du Christ (Dans d'autres compositions, les deux généalogies sont confondues sur une même tige, alors qu'ici, les deux groupes figurent dans deux arbres séparés). Le personnage au pied de l'arbre, à la longue barbe, est le grand prêtre Melchisédech. Sa coiffure est une sorte de bonnet pointu. De la main droite, il montre le tronc de l'arbre. L'arbre est surmonté d'un oiseau qui abrite et nourrit ses petits. Les personnages sont debout ou assis, le regard tourné vers le centre où se trouvait une figure qui a disparu. Dans le premier rang, on reconnait Aaron au centre, et à sa droite Moïse avec devant lui les tables de la loi. D'autres portent les attributs qui les identifie comme prêtres : l'éphod, grande écharpe tenue par une fibule, et le pectoral du grand prêtre.

Arbre de Jessé de la Basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont.
Musée Carnavalet, Arbre de Jessé, en bois (détail).

La Basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont contient un exemple remarquable d'arbre de Jessé en haut-relief datant du premier quart du XVIe siècle[22]. Le haut-relief en calcaire mesure 4,50 mètres de haut sur 3,20 m à sa base. On y voit Jessé assis, endormi. L'arbre lui-même porte une douzaine de personnages, et est couronné d'une Vierge à l'Enfant. Sur la première branche, à gauche, on reconnaît David à la harpe qu'il porte. Au sol gît l'énorme tête de Goliath. À droite, le personnage débout est le prophète Isaïe.

Au Musée Carnavalet, à Paris, on peut voir un arbre de Jessé en bois, très haut, et en assez mauvais état[23]. Il est installé dans la cour dite d'Henri IV, qui jouxte les salles d'enseignes. Elle mesure 9 mètres de hauteur et a une largeur de 37 cm et date de la fin du XVe siècle. À l'origine, cette colonne en chêne, se trouvait à l'angle de la rue Saint-Denis et de la rue des Prêcheurs. Elle représente divers patriarches ou rois, sur des tiges bien reconnaissables; les têtes des personnages ont été détruites. Des représentations sous forme de pilastres ou colonnes sont par exemple le pilastre de la salle capitulaire (chapter house), Abbaye de Westminster, ou encadrement du portail nord du baptistère de Parme : sur son montant droit est sculpté un arbre de Jessé, sur le montant gauche une généalogie aboutissant à Moïse.

Arbre de Jessé de l'Église de Saint-Aignan (Morbihan)[24].

En Bretagne, on rencontre un autre type d'arbre de Jessé, plus tardif. Comme fréquemment, c'est la Vierge à l'Enfant qui est la figure centrale. Jessé est couché, mais il n'est pas seul. Il lui est associé un deuxième personnage, féminin, à l'allure fantastique. Elle est couchée soit tête-bêche, soit au-dessus de Jessé, elle a la même taille, est cornue, a la poitrine nue et le bas du corps, couvert d'écailles, se termine par une longue queue qui se love autour du tronc de l'arbre. Dans une main, elle tient une pomme, l'autre bras également couvert d'écailles se termine par une main griffue à quatre doigts. En haut relief ou en statue, ces arbres de Jessé sculptés en bois, et polychromes, se rencontrent à Saint-Aignan (Morbihan), Saint-Thégonnec, Cléguérec, ou à Trédrez-Locquémeau. Il y a au moins quinze arbres sculptés en Bretagne; treize introduisent la figure d'une démone, cornue, à la poitrine dénudée, tenant une pomme, et allongée. Ce sont ceux de Cléguérec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, Saint-Aignan, Saint-Thégonnec, Saintt-Tugdual, Saintt-Yvi et Trédrez. Ils datent du XVIe siècle, hormis cinq arbres datant du XVIIe siècle[25].

Autres supports[modifier | modifier le code]

Arbre de Jessé, ivoire, Bamberg (?) vers 1200. Musée du Louvre.

On trouve des arbres de Jessé, en Autriche ou Allemagne, sculptés dans des retables ou comme dessus d'autel, par exemple le retable de l'église paroissiale Saint-Étienne (de) de Braunau am Inn, même si la filiation n'y est pas clairement visible et Jessé est absent, ou le dessus d'autel de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Sankt Pantaleon-Erla, en Basse-Autriche. Un autre support est choisi dans la cathédrale Notre-Dame du Siège de Séville en Andalousie, où l'arbre figure dans la grille du chœur. Le plus somptueux exemple est peut-être le retable de la chapelle Sainte-Anne de la cathédrale Sainte-Marie de Burgos, une œuvre de Gil de Siloé et Diego de la Cruz. Au sommet duquel trônent la Vierge et l'enfant, mais au cœur de l'arbre figure la rencontre d'Anne et de Joachim son époux. D'autres supports ont été utilisé; ainsi, l'arbre de Jessé est blason de Het Bloemken Jesse (en français : la Petite Fleur de Jessé), qui est une chambre de rhétorique de Middelbourg en Zélande et qui existait déjà au XVe siècle.

Galerie[modifier | modifier le code]

Peintures[modifier | modifier le code]

Les peintures d'arbres de Jessé sont en général plus tardives. Un tableau atrribué à Geertgen tot Sint Jans ou à Jan Mostaert, peint à l'huile sur panneau, montre les rois David, Solomon, Rehoboam, Abia, Asa, Jehosaphat, Joram, Uzziah, Joatham, Achaz. Hezechias et Manasse. Des deux côtés de Jesse sont deux prophètes, probablement Isaïe et Jérémie. La donatrice est agenouillée. Le tableau est actuellement prêté au Musée Boijmans Van Beuningen. Une peinture murale dans l'église paroissiale Saint-Pierre-ès-Liens de Saint-Antoine-Cumond (Dordogne). Une peinture murale réalisée après 1453, dans l'église dite Buurkerk (en) à Utrecht[26]. Israhel van Meckenem (1445 - 1503) a réalisé un gravure de l'arbre de Jessé[27].

Développements[modifier | modifier le code]

Le succès de la représentation iconographique de la généalogie par l’arbre de Jessé entraîne sa popularisation. Il sert de modèle pour représenter la généalogie, des familles royales d'abord[28], et devient enfin le prototype de l'arbre généalogique[29]. À partir du XVe siècle siècle, des communautés religieuses aussi choisissent un modèle assez proche de l’arbre de Jessé : le fondateur est figuré donnant naissance à un arbre qui porte les plus insignes membres de l’ordre. Chaque ordre développe un arbre selon des modalités spécifiques : on trouve ainsi des arbres de Franciscains et de Dominicains. L’arbre de Jessé a inspiré des arbres de parenté féminine du Christ à partir de la fin du Ve siècle siècle, comme l’arbre d'Anne, l’arbre d'Anne et de Joachim[30], ou encore l’arbre d'Émérencie, la mère d'Anne, et l’arbre d' Ismérie, la sœur d'Anne[4].

Avec le renouveau, au XIXe siècle, du goût pour l’art roman et gothique, l'arbre de Jessé retrouve une place notable dans les églises néoromanes et néogothiques; en témoignent le vitrail de Notre-Dame de Paris, signé Édouard Didron, qui date d'avant la fin, en 1864, de la campagne de restauration confiée à Viollet-le-Duc ou le vitrail, plus modeste, de l'église de l'Immaculée-Conception (Paris), ou encore, au centre de la chapelle absidiale du Sacré-Cœur de l'église Saint-Pierre de Dreux, un arbre de Jessé daté de 1877, œuvre d'Eugène Moulin. Un arbre plus moderne est installé dans la Virga-Jessebasiliek (nl) de Hasselt sur lequel est inscrit la date de 1989.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00091519 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Isaïe ou Jessé
  3. (en) Jean Anne Hayes Williams, The Earliest Dated Tree of Jesse Image: Thematically reconsidered. (La Plus Ancienne Représentation datée de l'arbre de Jessé).
  4. a, b, c, d, e et f Séverine Lepape, Étude iconographique de l'Arbre de Jessé en France du Nord du XIVe siècle au XVIIe siècle, 2004, thèse soutenue à l'École nationale des chartes.
  5. a et b Jessé assis, enluminure du XVe siècle, Paris, Arsenal, manuscrit 416 f° 7 ici
  6. a et b Voir l'arbre de Jessé de la cathédrale de Chartres (1140-50)
  7. Traduction du père G. de Venzac, dans la Revue de la Haute-Auvergne, juillet-décembre 1972, p. 220-322.
  8. Église Saint-Séverin (Paris)
  9. Comme la cathédrale Santa María de Burgos, la cathédrale de Clermont-Ferrand.
  10. Conservé à la bibliothèque municipale de Dijon,Mms n° 12-15.
  11. Le Maître de Jacques de Besançon est un nom de convention désignant un enlumineur actif à Paris entre 1478 et 1500.
  12. Bnf, Manuscrit n° 245, Folio 84r. La Légende dorée de Jacques de Voragine, traduite par Jean de Vignay.
  13. Réalisée dans la région de Troyes, cette bible monumentale doit son nom au couvent des capucins où elle a été conservée dès le XVIIe siècle. Elle est maintenant à la Bibliothèque nationale de France, disponible sur gallica : manuscrit latin 16746, folio 7v.
  14. a et b Les trouvailles de l'image : l'arbre de Jessé sur le site de la BNF.
  15. British Library Ms Add 42131.
  16. Bibliothèque municipale de Douai, Ms 340, Folio 11.
  17. Fabriqué au prieuré de Worksop, Nottinghamshire, Angleterre, entre 1303 et 1314. Actuellement conservé à la New York Public Library, dans la Spencer Collection. Frontispice, folio 5v.
  18. Louis Grodecki, Les vitraux de Saint-Denis. Études sur le vitrail du XIIe siècle, Corpus vitrearum medii aevi, p. 71-80, Centre national de la recherche scientifique, Paris, 1976 (ISBN 2-7004-0018-6)
  19. « Notice no PM28000797 », base Palissy, ministère français de la Culture
  20. Chevalier 1899, p. 267-275.
  21. Lacour 2004.
  22. « Notice no PM52000292 », base Palissy, ministère français de la Culture. PM52000292 Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
  23. Arbre de Jessé. Notice du Musée Carnavalet.
  24. L'arbre est du XVIIe siècle, classé monument historique (« Notice no PM56001017 », base Palissy, ministère français de la Culture).
  25. Jean-Yves Cordier, « L'arbre de Jessé de l'église de Saint-Aignan », sur lavieb-aile (consulté le 31 janvier 2014).
  26. Peinture reproduite dans : Wilson, Adrian, and Joyce Lancaster Wilson. A Medieval Mirror. Berkeley: University of California Press, c1984 1984. page 105
  27. Conservée à la National Gallery of Art, dans la collection Rosenwald.
  28. Un bel exemple est : Le sacre, couronnement, triomphe et entrée de la reine et duchesse, Madame Claude de France, 1517. BnF (Paris), département des manuscrits français 5750 f° 45.
  29. Arbre et famille, Bibliothèque nationale
  30. Comme à la cathédrale Santa María de Burgos.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Étienne Madranges, L'Arbre de Jessé, de la Racine à l'Esprit, éd. Molière,‎ 2007, 256 p. (ISBN 978-2-84575-294-8, présentation en ligne)
  • Jules Chevalier, Histoire religieuse d'Issoudun depuis sa fondation jusqu'à nos jours, Issoudun, Imprimerie Gaignault,‎ 1899, 445 p. (lire en ligne).
  • Jean Favière, « Le décor sculpté de l'ancien hôtel-Dieu d'Issoudun : vicissitudes et destin », Cahiers d'archéologie et d'histoire du Berry, Bourges, Société d'archéologie et d'histoire du Berry, no 105,‎ mars 1991, p. 19-42.
  • Francesca Lacour, « Issoudun : Chapelle Saint-Roch de l'ancien hôtel-Dieu Issoudun », dans Arnaud de Montigny (directeur), À la découverte des églises de l'Indre, Éditions Patrimoines et Médias,‎ 2004 (ISBN 978-2-910137-79-3), p. 214.
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