Ève

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Ève
Ève, de Albrecht Dürer (1507)Musée du Prado à Madrid
Ève, de Albrecht Dürer (1507)
Musée du Prado à Madrid
Caractéristiques
Fonction principale Première femme selon la Bible
Fonction secondaire Mère de l'humanité
Famille
Conjoint Adam
• Enfant(s) Caïn
Abel
Seth
Ève créée par Dieu à partir d'une côte d'Adam, selon la Bible. Fresque du plafond de la chapelle Sixtine réalisée par Michel-Ange (1509)

Ève (en hébreu: חַוָּה Hawwa(h), arabe: حواء) est un personnage du Livre de la Genèse. Dans ce texte, qui fonde la mythologie biblique et les croyances juives et chrétienne, elle est la première femme, mère de l'humanité (Genèse : 3-20). Des allusions à la femme d'Adam apparaissent aussi dans le Coran ; elle est nommée (Hawwâ’).

Ève dans la Bible[modifier | modifier le code]

Récit[modifier | modifier le code]

Selon la Bible, le premier récit livre de la Genèse dit que « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1,27), évoquant ainsi une « androgynie originelle »[1]. [pourquoi ?]

Selon le second livre de la Genèse, Adam est le premier homme et a été créé par Dieu lors du sixième jour de la Création à partir de la poussière de la terre qu'il façonna à son image, avant de l'animer de son souffle (Gn 2,7).

Comme Dieu considérait qu'Adam devait avoir une compagne, il modela des animaux qu'il amena à Adam pour voir comment il les appellerait. Adam donna un nom à chacun d'entre eux, mais ne se trouva pas de compagne. Alors Dieu l'endormit, et créa une femme (qu'Adam appela plus tard Ève) à partir d'une côte d'Adam[2]. Un débat exégétique existe sur la traduction du terme hébreu אַחַת מִצַּלְעֹתָיו, « ṣelaʿ ». Saint Jérôme en fait la traduction arbitraire [pourquoi ?] de « côte » (ce qui sous-entend une subordination de la femme par rapport à l'homme ) alors que le mot hébreu prend plus souvent le sens dans la Bible de « côté » ou « flanc »[3] : Ève serait sortie du côté d'Adam endormi et non de sa côte, renvoyant ainsi à l'androgynie originelle[4]. Très tôt, les rabbins ont tenté de résoudre la contradiction entre ces deux passages. Reprenant certaines légendes sémites, ils y ont vu la preuve de l’existence d’une « autre première femme », Lilith, née non à partir de la poussière « pure », mais des sédiments et de la saleté[5]. Les féministes [Lesquelles ?] ont fait de Lilith leur représentante, elle qui a revendiqué l'égalité [Où ?], notamment de faire l'amour en position supérieure alors qu'elles considèrent Ève, la femme soumise (car issue d'une côte d'Adam) comme son ennemie[6].

Dieu avait tout permis à Adam sauf, sous peine de mort, la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Le Serpent (Nahash en hébreu) apparut et promit à Ève qu'ils n'en mourraient pas, mais que leurs yeux s'ouvriraient et que leur nouvelle connaissance les apparenterait à des dieux. Ève mangea du fruit défendu et en donna à Adam qui en mangea à son tour. Lorsque Dieu interpella Adam, celui-ci se cacha à cause de sa nudité, et dut avouer la faute.

Alors Dieu condamna le serpent à ramper, et mit l'hostilité entre la femme et le serpent ; il condamna la femme à enfanter dans de grandes souffrances, à être avide de son homme et à lui être soumise. Enfin il condamna l'homme à travailler pour se nourrir, et à mourir. Adam donna le nom « Ève » à sa femme, puis Dieu revêtit le couple de tuniques de peau. Il les chassa alors de son jardin pour les empêcher d'accéder à l'arbre de vie qui les rendrait immortels. Maintenant qu'ils ont fait le choix d'exercer leur liberté, Dieu les renvoya du jardin d’Éden et posta des chérubins pour garder le chemin de cet arbre.

Le récit attribue d'abord trois fils à Adam et Ève : Caïn, Abel et Seth, puis d'autres enfants dont le nom n'est pas donné[7].

Ève dans le judaïsme et le christianisme[modifier | modifier le code]

Son nom signifierait « vivante » ; cependant, l'absence dans son nom de la lettre yod soulève un sérieux problème d'interprétation.

Dans la première version de la Genèse (premier chapitre), la femme est créée tout comme l'homme à l'image de Dieu, à ses côtés. Certaines traductions considèrent le premier homme (qui n'est pas nommé), comme un androgyne : "Dieu créa l'homme à son image, mâle et femelle" ; on trouve plus couramment : "Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; il créa l'homme et la femme." (Genèse 1:27))). Il y a en effet un passage au pluriel dans le texte original : "Dieu créa l'homme à son image" (au sens générique du mot "homme"), puis dans la phrase suivante, le texte indique "mâle et femelle il LES créa". Ce premier chapitre ne mentionne pas les noms ni d'Adam, ni d'Ève.

Ève apparaît dans la seconde version (deuxième chapitre de la Genèse), version qui se serait propagée tout d'abord dans le judaïsme, puis dans le christianisme, et enfin dans l'Islam[8]. Cette thèse est aussi partagée par Annick de Souzenelle[9]. Dans ce deuxième chapitre, Ève est tirée d'un côté de l'Adam primitif. Selon les traductions, il s'agit d'un côté ou d'une côte (le mot pleura étant polysémique). La Traduction oecuménique de la Bible (12e édition, Éditions du Cerf, Paris, 2012) donne pour le passage : "Le Seigneur Dieu fit tomber dans une torpeur l'homme qui s'endormit ; il prit l'une de ses côtes et referma les chairs à sa place. Le Seigneur Dieu transforma la côte qu'il avait prise à l'homme en une femme qu'il lui amena. L'homme s'écria : "Voici l'os de mes os et la chair de ma chair ; celle-ci, on l'appellera femme car c'est de l'homme qu'elle a été prise". Aussi l'homme laisse-t-il son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair." (Genèse, 2, 21-24).

Selon certaines légendes mystiques juives, elle succéda à Lilith qui, elle, n'apparaît pas nommément dans le texte biblique.

Dans un monde où tout était unité et harmonie, le péché originel a introduit la division : il a pour conséquence les séparations

  • de l'Homme avec Dieu : Adam et Ève quittent le Paradis;
  • de l'homme avec la femme : chacun cherche à dominer l'autre, la femme essaie par la séduction ("ton désir te poussera vers ton mari"), l'homme y arrive par la force ("mais c'est lui qui dominera sur toi"); ils se méfient désormais l'un de l'autre et l'homme accuse la femme d'être l'auteur de la Chute, alors qu'il en partage la responsabilité)
  • de l'Homme avec la création : le sol produit désormais des épines, Adam devra lui faire produire du pain "à la sueur de (son) front"…

Le verset appelé "Protévangile" promet la victoire finale de la femme sur le serpent qui l'a trompée : "Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon." (Gn 3,15).

Dans la tradition catholique et orthodoxe, Nouvelle Ève est un titre donné à Marie de Nazareth, en raison de son rôle dans la sotériologie, avec Jésus qui est appelé le Nouvel Adam[10].

Ève dans l'islam[modifier | modifier le code]

Ève est mentionnée plusieurs fois dans le Coran. Son nom n'y est pas cité, mais elle est désignée comme étant l'épouse d'Adam. Le nom arabe d'Ève est حواء (Hawwâ’) ou Hawa ou Haoua. L'équivalent en Afrique Noire est Hawa ou Awa.

Dans le Coran, Ève n'est pas la responsable de l'expulsion hors du jardin d'Éden. Satan (le Serpent selon la Genèse) convainc à la fois Ève et Adam de goûter au fruit défendu. Ève ne porte donc pas la responsabilité de l'exil.

Au cours des siècles, plusieurs voyageurs mentionnent la présence d'un « tombeau d'Ève » à Djeddah. Ce site archéologique a été scellé en 1975 par les autorités soucieuses de prévenir que l'endroit ne devienne un site de prière.

Prénom d'Ève dans différentes langues[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martine Bercot, Catherine Mayaux, La Genèse dans la littérature : exégèses et réécritures, Éditions universitaires de Dijon,‎ 2005, p. 197
  2. Genèse 2,21–2,22
  3. La Septante emploie le terme grec de « pleura » qui signifie aussi bien côte que côté.
  4. (en) Kristen E. Kvam, Linda S. Schearing, Valarie H. Ziegler, Eve and Adam : Jewish, Christian, and Muslim Readings on Genesis and Gender, Indiana University Press,‎ 1999 (lire en ligne), p. 29
  5. Antonino Anzaldi, Massimo Izzi, Histoire illustrée universelle de l'imaginaire, Gremese Editore,‎ 1995 (lire en ligne), p. 45
  6. (en) Siegmund Hurwitz, Lilith the First Eve : Historical and Psychological Aspects of the Dark Feminine, Daimon,‎ 2007, 262 p. (lire en ligne)
  7. Genèse 5,4
  8. Nawal El Sadawi, « The hidden face of Eve - Women in the Arab world », Beacon Press, 1980, p.91, cité par Monique Dumais, « L’autre salut : femmes et religions », Recherches féministes, Revue Recherches féministes, vol. 3, no 2,‎ 1990, p. 1-10 (ISSN 1705-9240, DOI 10.7202/057603ar, résumé, lire en ligne)
  9. Annick de Souzenelle Le féminin de l'être: pour en finir avec la côte d'Adam, Collections Spiritualités, Éditions Albin Michel, 2000 (ISBN 9782226120557)
  10. Document de mariologie

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]