Élisée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d’aide sur l’homonymie Pour l’article homophone, voir Élysée.

Élisée

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Elisée ressuscite le fils de la Sunamite,
peinture de Benjamin West (1765)

אלישע

Naissance Abel-Mehola
Décès vers -800
Samarie
Pays de résidence Royaume d'Israël
Activité principale Prophète
Ascendants
Schaphath (père)

Compléments

Contemporain des rois d'Israël Joram, Jéhu, Joachaz, Joas et du prophète Élie

Élisée (hébreu : אלישע) est un prophète de l'Ancien Testament dont l'activité est décrite dans le deuxième livre des Rois. Son nom vient de l'hébreu El Yasa que l'on peut traduire par Dieu a aidé. À une époque troublée où les rois d'Israël successeurs de Salomon s'adonnaient à l'idolâtrie et à la débauche, Élie et Élisée ne cessaient de rappeler à ces derniers qu'ils devaient se détourner des divinités étrangères, Baal et Astarté, et retourner au culte du seul vrai Dieu. Il est fêté le 14 juin[1],[2].

Élisée dans l'Ancien Testament[modifier | modifier le code]

Après une brève mention dans le Premier livre des Rois où l'on voit Élie désigner Élisée comme son disciple[A 1], il n'est plus fait référence à Élisée avant le chapitre 2 du Deuxième livre des Rois où nous Élie est enlevé dans par « un char de feu » dans un tourbillon[A 2]. Il s'ensuit le récit des actions d'Élisée et des différents miracles qu'il accomplit jusqu'au chapitre 9. Enfin, sa mort et son enterrement sont racontés[A 3] à la fin du chapitre 13.

Il succède à Élie, sous le règne de Joram fils d'Achab, roi d'Israël. Il a exercé son rôle de prophète à partir de la montée au ciel (dans un « char de feu ») d'Élie[A 4] (-927 , -850) pendant environ 50 ans, dans le royaume d'Israël, sous les règnes successifs de Joram, de Jéhu, de Joachaz et de Joas. Sa mission s'est orientée principalement envers les Israélites mais également vers quelques païens. Il est mort (« à un âge avancé » dit-on) vers -800.

Élisée et son serviteur auraient, d'après la tradition, demeuré un certain temps dans les grottes du Mont Carmel pour vivre en ermite et instruire ses disciples[3]. Le passage du second livre des Rois montrant la femme Sunamite allant sur le Mont Carmel pour chercher le prophète[A 5] semble confirmer cette tradition.

Histoire et tradition[modifier | modifier le code]

Élisée refuse les présents de Naaman, par Pieter de Grebber 1630

Il était fils de Schaphath, riche cultivateur d'Abel-Mehola[4] dans la vallée du Jourdain. Lorsqu'Élie le rencontre, Élisée laboure son champ avec 12 autres personnes guidant chacune une paire de bœuf (1 Rois 19,19).

Élie, sur ordre de YHWH Dieu d'Israël[A 6], désigne Élisée comme son disciple[A 1] en jetant son manteau sur ses épaules. Celui-ci quitte tout pour suivre le prophète Élie et se mettre à son service[A 7]. Il n'est plus alors fait référence à Élisée (dans ce livre) avant le chapitre 2 du Deuxième livre des Rois où nous Élie est enlevé dans par « un char de feu » dans un tourbillon. Élisée reste alors seul avec le manteau d’Élie[A 2].

Élisée va alors réaliser de nombreux miracles, montrant ainsi qu'il est bien un « prophète de Dieu ».

Le premier miracle réalisé par Élisée sera d'ouvrir le Jourdain en deux en frappant les eaux avec le manteau d'Élie[A 8], rééditant le miracle réalisé par Élie quelques heures auparavant[A 9]. Ce signe sera le révélateur pour les autres prophètes hébreux que « l'esprit d'Élie repose sur lui »[A 10].

A Jéricho, il assainit les eaux d'une source « polluée » en y jetant du sel[A 11]. Lorsque Josaphat, roi de Juda, part en guerre avec le roi d'Israël et le roi d'Édom, contre le roi de Moab, et que leurs troupes souffrent de la soif[A 12], Élisée, à la demande de Josaphat, fait gonfler les eaux d'un torrent (à sec) pour abreuver les hommes et les chevaux[A 13]. Il prophétise également la victoire militaire sur le roi de Moab.

Une femme, dont on ne sait rien sinon qu'elle fait partie des « femmes des fils des prophètes » fait un jour appel à Élisée car devenue veuve, un créancier menace de prendre ses deux fils pour les vendre comme esclave afin de rembourser sa dette[A 14]. Élisée va alors multiplier l'huile qu'elle possède pour lui permettre de payer sa dette en sauvant ses fils[5].

Un jour, alors qu'il passait dans la ville de Shounem, Élisée fut invité par une habitante à partager un repas. Dès lors il s'y rendit régulièrement, puis la femme lui fit construire une chambre pour l'accueillir. Apprenant qu'elle n'avait pas de fils et que son mari était âgé, Élisée lui promit qu'elle enfanterait un fils l'année suivante. Le fils naquit et grandit[A 15], mais un jour il mourut sur les genoux de sa mère à la suite d'une douleur à la tête. La Shounamite l'étendit sur le lit d’Élisée, puis décida d'aller à la rencontre du prophète au Mont Carmel[A 16]. Comprenant son malheur, Élisée la suivit jusque chez elle. Là, il s'enferma avec l'enfant et pria, puis réchauffa son corps en s'étendant sur lui. Il réitéra cette opération ; alors l'enfant éternua sept fois et ouvrit les yeux[A 17]. Plus tard, Élisée protègera à nouveau cette femme de la famine en lui annonçant l'arrivée d'une sécheresse durant 7 année et l'invitant à fuir la ville. Elle y revient sept ans plus tard et retrouve tous ses biens avec l'aide du serviteur d’Élisée[A 18].

De passage à Guilgal, Élysée va nourrir la population qui souffre de la faim avec l'aide de son serviteur et en multipliant des pains d'orge[A 19].

Le miracle le plus célèbre d’Élisée est peut-être la guérison de « Naaman, chef de l’armée du roi de Syrie », qui souffrant de la lèpre, vient, sur les conseils d'une de ses servantes, voir le roi d'Israël pour obtenir une guérison. Élisée, sans le recevoir en personne, l'envoie se laver sept fois dans le Jourdain[A 20]. D'abord surpris par la réaction du prophète, Naaman, part se laver dans le Jourdain et guérit[A 21]. Naaman revient vers Élisée pour lui remettre de somptueux cadeaux qu’Élisée refuse[A 22]. Mais Guéhazi, le serviteur d’Élisée, tente de profiter de la situation : il rattrape Naaman et lui demande, au nom de son maître un don d'argent. Naaman dupé se montre très généreux envers Guéhazi, qui de retour chez son maître cache l'argent et ment à son maître qui a deviné son action. En punition de sa cupidité et de son mensonge, Élisée condamne son serviteur à porter la lèpre de Naaman[A 23].

Le miracle sur la tombe d’Élisée. (Jan Nagel, 1596)

Le roi de Syrie part à nouveau en guerre contre le roi d'Israël; Élisée, grâce à des visions, donne de nombreuses fois[A 24] la position des armées ennemies à son roi, évitant ainsi leurs pièges. Au final, le roi de Syrie tente de capturer Élisée, mais celui-ci fait capturer la troupe ennemie. En protégeant ces hommes et les faisant traiter avec respect, Élisée met fin à la guerre sans effusion de sang[A 25].

Plus tard, Ben-Hadad, roi de Syrie, lance une nouvelle campagne contre le roi d'Israël. Dans la ville assiégée et souffrant cruellement de la famine, Élisée prophétise la victoire sur l'ennemi le lendemain, et la fin de la famine[A 26]. Conformément à sa prophétie, le peuple va se nourrir dans le camp ennemi, abandonné par les troupes durant la nuit[A 27].

En période de guerre civile en Israël, alors que les rois d'Israël abandonnent YHWH pour d'autres dieux[A 28], Élisée fait sacrer Jéhu, fils de Josaphat (du pays de Galaad) roi d'Israël, alors qu'Achab règne encore sur Israël[A 29]. Jéhu part alors prendre le pouvoir en éliminant Achab et Jézabel, conformément à la prophétie d’Élie[A 30],[6].

Élisée, devenu vieux, tombe malade. Le roi Joas d'Israël vient le visiter et Élisée lui fait une dernière prophétie de sa victoire contre le royaume de Syrie[A 31]. Élisée est mis dans un tombeau, et un an plus tard, Élisée réalise un dernier miracle en ressuscitant un homme décédé, qui a été mis (en catastrophe) dans son tombeau et dont le corps a touché ses ossements[A 32]

Autres références bibliques[modifier | modifier le code]

Élisée est également cité dans l'Ecclésiaste[7] (ou Siracide) : « Élie (à la vérité) fut dérobé par le tourbillon, mais (et) Élisée a été rempli de son esprit. Pendant sa vie, il ne redouta pas les (aucun) prince(s), et nul ne triompha de lui par sa puissance. Rien (Aucune parole) ne le domina jamais, et (même) après sa mort son corps prophétisa. Pendant sa vie il fit des prodiges (extraordinaires), et après sa mort il opéra des merveilles. »[A 33]

Élisée dans le Christianisme[modifier | modifier le code]

Élisée
Image illustrative de l'article Élisée
Icône Russe d’Élisée (XVIIIe siècle, Monastère de Kiji, Russie).
Prophète, Saint
Naissance IXe siècle avant JC
Abel-Mehola Israël
Décès IXe siècle avant JC 
Nationalité Hébraïque
Vénéré à Monastère Saint-Macaire de Scété, Ouadi Natroun (Égypte)
Vénéré par l'Église catholique, l'Église Orthodoxe,Ordre du Carmel
Fête 14 juin

Il est inclus dans les litanies des saints. Ce prénom fut redécouvert dans l'Ancien Testament par les protestants et les Puritains des XVIe et XVIIe siècles, à la recherche de prénoms bibliques pour leurs enfants.

Élisée est vénéré comme un saint dans un certain nombre d'Églises chrétiennes. Il est fêté le 14 juin[1],[8].

Tant les orthodoxes que les catholiques postulent qu'il était célibataire et chaste[9].

Élisée dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Contrairement au prophète Élie, Élisée n'est cité qu'une seule fois dans l'Évangile selon Luc, par Jésus de Nazareth, répondant à ses détracteurs : « Et il y avait plusieurs lépreux en Israël au temps d’Élisée le prophète ; et aucun d’eux ne fut rendu net, sinon Naaman, le Syrien. »[10].

Vénération[modifier | modifier le code]

Tombe contenant les reliques de saint Jean le Baptiste et d'Élisée (monastère de Saint-Macaire, Ouadi Natroun)

Jean Damascène a composé un cantique en l'honneur d'Élisée, et une église a été construite à Constantinople en son honneur.

Sa fête est fixée le 14 juin (dans l'Église orthodoxe et dans les Églises catholiques orientales cette fête peut tomber le 27 juin du fait du décalage entre le calendrier julien et le calendrier grégorien moderne). Dans l'Occident chrétien, il est célébré le 14 juin dans l'Ordre du Carmel[11]. Il est également commémoré (le 14 juin) comme un prophète sur le calendrier des saints de l'Église luthérienne - Synode de Missouri.

L'empereur romain Julien l'Apostat (361-363) donna l'ordre de brûler les reliques des prophètes Élisée, Abdias et Jean le Baptiste, mais ces reliques furent sauvées par des chrétiens, et une partie d'entre elles ont été transférées à Alexandrie. Aujourd'hui, les reliques d'Élisée reposent dans le monastère copte orthodoxe de Saint-Macaire de Scété en Égypte[12]. À la suite de travaux de rénovation sous le mur nord de l'église des reliquaires ont été découverts. La présence de ces reliques est confirmée dans des documents du XIe et XVIe siècles retrouvés dans la bibliothèque du monastère[13].

Élisée dans le Carmel[modifier | modifier le code]

Intérieur de la Grotte d’Élie aujourd'hui

Après le prophète Élie, Élisée est le second (et dernier) père de l'Ordre du Carmel issu des prophètes de l'Ancien Testament. Sa vie et sa spiritualité nourrissent la prière et servent de modèle aux membres de l'Ordre :

  • Élisée est appelé à suivre Élie (1R 19,19-21) et reçoit sur ses épaules le manteau du prophète
  • Il part à la suite d’Élie pour le suivre et le servir[A 7]. Il est celui qui "versait l'eau sur les mains d’Élie" (2R 3,11)
  • Élisée demande et reçoit la "double part"[14] de l'esprit d’Élie au moment de son enlèvement (2R 2,13). L'esprit d’Élie repose sur lui (2R 2,15).

La première constitution des ermites du Mont Carmel fait remonter les origines de l’Ordre « aux prophètes Élie et Élisée, dévots habitants du Mont Carmel »[15]. Élisée est célébré dans l'ordre le 14 juin, en qualité de prophète, avec rang de mémoire facultative[16].

Au XVIIe siècle, des carmes viennent établir sur les pentes du Mont Carmel un monastère et célèbrent des offices dans la "Grotte d’Élie". Cette grotte devient successivement une mosquée et aujourd'hui une synagogue. Mais le 14 juin, la communauté carmélitaine établie sur le Mont Carmel a obtenu l'autorisation de venir célébrer la fête d’Élisée dans la grotte[3].

Élisée dans l'Islam[modifier | modifier le code]

Élisée (arabe : اليسع) est cité dans le Coran comme étant un grand ami d'Élie. Il avait été choisi par Dieu pour être le second prophète des hébreux qui vénéraient Baal, une ancienne divinité phénicienne. Le Coran cite Élisée en mentionnant son honnêteté et sa justice.

« Parle aussi dans le Coran d'Ismaël, d'Élisée et d'Ézéchiel : tous ils étaient justes. »

— Sourate 38; 48

Selon le Coran, il appartient au même groupe de prophètes que Jonas, Ismaël et Loth. Élie et Élisée ont vécu dans la ville de Baalbek, nommée Héliopolis à l'époque hellénistique, prospère au temps des Antonins.

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références bibliques (Thora ou Ancien Testament)[modifier | modifier le code]

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Saint Elisée sur le site nominis
  2. Forum orthodoxe.com : saints pour le 14 juin du calendrier ecclésiastique
  3. a et b La grotte d'Élie - École des Prophètes sur le site du Carmel d'Haifa
  4. 1 Rois 19,16 Abel-Mehola, localité non identifiée exactement, mais probablement à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Jérusalem, et située à l'ouest du Jourdain (note de bas de page 411 du 1R19,16 dans la TOB "Traduction Œcuménique de la Bible", société biblique française, Le Cerf, 2004)
  5. Ce miracle fait penser à celui réalisé par Élie avec la veuve de Sarepta 1 Rois 18,12-16
  6. Jéhu va également éliminer toute la descendance d'Achab (70 personnes) ainsi que tous les prêtres et disciples de Baal, nettoyant le pays des faux dieux.
  7. (en)Eliseus sur l'encyclopédie Catholique
  8. Magnificat : Juin 2013 N°247, Magnificat,‎ 2013, p201
  9. (en) Rev. Paul L. Rothermel (2010-08-19). Jesus Was NEVER Married. Answers In-Depth to Questions about Christianity. ST. Ignatius reading.
  10. Luc 4,27
  11. actualité de notre monastère, le 14 juin sur le site du Monastère Notre-Dame du Mont-Carmel, Haïfa, Israël.
  12. (en)Monastère de St Macaire le Grand The discovery of the relics of St. John the Baptist and Elisha the Prophet
  13. Le monastère a publié un petit livre de 16 pages reconnaissant officiellement la découverte de ces reliques. An Official Account Concerning the Discovery of the Relics of St. John the Baptist and Elisha the Prophet, par Yacoub el Maquary, Monastery of St. Macarius, 1981 (voir ici)
  14. Dans le peuple hébreux, la double part correspondait à la part d'héritage remise au fils ainé. C'est-à-dire que pour une famille avec 3 enfants, l'héritage était découpé en 4 part, l'ainée recevant 2 parts, et les 2 autres fils 1 part chacun.
  15. La figure d’Élie au Carmel sur le site carmel.asso.fr
  16. Les heures du Carmel, Lavaur, Éditions du Carmel,‎ 2005, 347 p. (ISBN 2-84713-042-X), p71