Sodome

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31° 12′ N 35° 30′ E / 31.2, 35.5

Sodome et Gomorrhe de John Martin, 1852

Sodome est une ville mentionnée dans la Genèse[1]. La tradition biblique la situe au sud de la mer Morte[2], dans l'actuelle Jordanie, en face de la forteresse de Massada.

Sodome est, avec Gomorrhe, détruite par le soufre et le feu, victime de la colère divine, parce qu'on y maltraite les étrangers en transgression des traditions de l'hospitalité, une valeur fondamentale de l'Antiquité proche-orientale.

Depuis l'empereur Justinien en 543, cet épisode a été utilisé pour justifier la répression de l'homosexualité. Une telle interprétation est présente à partir du IVe siècle chez plusieurs penseurs chrétiens comme Augustin d'Hippone, l'un des Pères de l'Église.

Récit biblique[modifier | modifier le code]

La destruction de Sodome,
Bible française du XVIIe siècle

Son récit fait partie de la Genèse : Dieu, alerté par « le cri contre Sodome », dont le « péché est énorme », est résolu à détruire la ville pour punir ses habitants (Genèse 18:20-21). Il envoie alors deux anges vérifier si le « péché » est avéré. Ces anges arrivent à Sodome et Loth, le neveu d'Abraham, les invite à loger chez lui. Tous les hommes de la ville entourent la maison de Loth en demandant qu'il leur livre les deux étrangers pour qu'ils les « connaissent » (Genèse 19:5). Dans ce passage, les habitants de Sodome disent à Loth  : « Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Amène-les nous pour que nous les connaissions. » (yada’ en hébreu). Loth propose ses deux filles vierges en échange mais les habitants refusent.

Convaincu de leur crime, Dieu détruit la ville par « le soufre et le feu » en même temps que la cité voisine de Gomorrhe qui apparaît dans le texte sans autre précision, réunie avec Sodome dans un sort que connaissent en définitive la plupart des villes aux alentours de la mer Morte[3] :

« Le soleil se levait sur la terre quand Lot entra dans le Tsoar. Alors l'Éternel fit tomber sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu ; ce fut l'Éternel lui-même qui envoya du ciel ce fléau. Il détruisit ces villes et toute la plaine, et tous les habitants de ces villes. La femme de Loth regarda en arrière, et elle devint une statue de sel. Abraham se leva de bon matin et se rendit à l'endroit où il s'était tenu en présence de l'Éternel. De là, il tourna ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe et vers toute l'étendue de la plaine ; et il vit monter de la terre une fumée, semblable à la fumée d'une fournaise. »

D'autres passages ainsi que des sources non bibliques évoquent la destruction, en plus de Sodome et Gomorrhe, des cités pécheresses d'Admah et Zéboïm. Seule la cinquième ville de la vallée de Siddim, Zoar, est épargnée. Ces cinq cités sont communément désignées dans la Bible sous le terme des « villes de la Plaine ». Une guerre est mentionnée (Genèse, 14) au cours de laquelle les rois des cinq villes de la vallée de Siddim sont alliés, et font face aux quatre rois d’Élam, de Goyim, de Shinéar et d'Ellasar.

Le péché de Sodome[modifier | modifier le code]

Chronique de Nuremberg, Loth fuit Sodome, gravure sur bois, 1432

L'objet initial du texte est de condamner la transgression des traditions de l'hospitalité, qui était une valeur fondamentale des civilisations antiques[4]. L'idée de la punition de toute une ville par un déluge est un thème de la mythologie antique attesté. Dans le récit mythologique de Philémon et Baucis[5] par exemple, Zeus et Hermès se présentent déguisés dans une ville dont les citoyens les rejettent ; la ville est alors punie à l'exception de Philémon et Baucis qui les ont accueillis[4]. On trouve un épisode semblable dans le Livre des Juges, 19-20[6]. Il est encore question de transgression des lois de l'hospitalité lorsque Jésus mentionne Sodome dans l’évangile selon Luc, à propos des villes qui n'accueilleraient pas les missionnaires[7].

De nombreuses discussions ont porté sur le sens de la demande des habitants de Sodome. Les textes prophétiques donnent des explications qui n'ont pas trait à l'homosexualité, comme le Livre d'Ézéchiel (« orgueilleuse, repue, tranquillement insouciante »)[8] qui reproche de n'avoir pas secouru le pauvre et le malheureux[9] ou d'autres documents qui positionnent le reproche du non-respect du droit. Plus tardivement, la demande des habitants sera interprétée comme une demande de rapports homosexuels[4].

Cette lecture semble apparaître aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., dans des textes qui ont peut-être été motivés par la rencontre de la culture juive avec la civilisation grecque qui vouait un culte aux éphèbes, à la nudité et à la pédérastie. Elle apparaît d'abord dans le Livre des jubilés, les Testaments des douze patriarches et le Testament de Nephtali[10] ou le Testament de Lévi[11] même si les allusions restent discrètes[12]. La première assimilation du crime de Sodome à l'homosexualité apparaît ainsi vers 50 av. J.-C.[13].

Dans un premier temps, l'homosexualité passive est principalement visée et condamnée, étant considérée dans l'antiquité comme une faiblesse, la passivité étant un apanage féminin ; d'ailleurs dans la société antique, le viol des prisonniers constituait une grande humiliation. Cette confusion de rôles est proscrite dans le Lévitique[14].

La fuite de Loth, gravure de Wenceslas Hollar, vers 1650

Le terme traduit par le mot « connaître » en français a pour racine yada’ qui signifie « connaître », « savoir ». Il constitue parfois un euphémisme pour « rapport sexuel » mais cela concerne généralement les rapports hétérosexuels. Dans le cas d'un rapport homosexuel, d'autres occurrences bibliques[15] utilisent le verbe sakan qui signifie « coucher »[4]. Certains exégètes expliquent donc que le terme yada’ signifie « faire connaissance avec » dans le sens d'une demande de l'identité de voyageurs qui, arrivés le soir chez un étranger habitant en ville, n'aurait pas été vérifiée à l'entrée de la ville[16]. La réaction de Loth, qui semble choqué de la demande, laisse penser qu'il s'agit d'une demande d'ordre sexuel, mais n'impliquant pas nécessairement l'homosexualité. Celui-ci répond à la demande des habitants de la ville — dont font partie les « gendres » de Loth — par la proposition de leur offrir ses propres filles — dans un passage auquel répond un passage ultérieur où ce sont les filles qui utiliseront leur père dans un récit incestueux — ce qui remet en question cette supposée homosexualité de la même manière qu'il est douteux que tous les habitants de la ville, y compris les gendres de Loth, aient pu être homosexuels. Le crime des habitants de Sodome semble donc s'apparenter au crime grave pour l'antiquité du déni des lois de l'hospitalité à travers l'agression sexuelle motivée par l'agressivité, l'orgueil et l'inhospitalité de Sodome[4].

Au Ier siècle, dans le texte De Ebrietate, le philosophe juif Philon d'Alexandrie applique la notion grecque d’aplestia, le « désir insatiable », à Sodome dont le nom est traduit par « stérilité » — rappelant le châtiment de Sodome, feu sel et stérilité — et « aveuglement » qui évoque la cécité dont sont frappés les habitants qui veulent forcer la porte de Loth dans un contexte où Philon parle du vice « gloutonnerie » et des vices d'insensibilité et d'insatiable désir qu'engendre l'ébriété[17].

La lecture s'est progressivement imposée, principalement dans le christianisme, comme un traité anti-homosexuel, particulièrement à partir d'Augustin d'Hippone qui utilise Genèse 19 pour faire de l'homosexualité un crime contre nature[18]. C'est une lecture qui va avoir un impact majeur dans la législation et la civilisation judéo-chrétienne. Si l'homosexualité est déjà réprouvée et condamnée au Concile d'Ancyre en 314[19], à partir du règne de l'empereur Théodose Ier, à la fin du IVe siècle, l'homosexuel sera condamné au bûcher[14], dans une loi du 6 août 390 promulguée par Théodose, Valentinien II et Arcadius[20]. Ces lois ne semblent pas avoir été appliquées avec rigueur et sont renforcées par Justinien dans ses novellae de 538 dans une liaison implicite avec l'épisode biblique de Sodome, probablement motivée par la crainte des tremblements de terre et des épidémies[21], alors qu'une série de catastrophes naturelles ont détruit plusieurs cités d'Asie mineure[22] et d'Europe[23]. En 543, une épidémie de peste ravage Constantinople et Justinien réitère la condamnation dans une novella qui nomme explicitement Sodome  :

« Car, instruits par les Saintes Écritures, nous savons que Dieu a prononcé un jugement mérité contre les hommes de Sodome à cause de la folie de leurs rapports, si bien qu'à ce jour leur terre brûle d'un feu interminable. Par ces choses, Dieu nous a instruit pour que, le sachant, nous puissions éviter un tel sort […]. Par conséquent, il appartient à tous ceux qui désirent craindre Dieu de s'abstenir d'une conduite si vile et si criminelle qu'on ne la rencontre même pas chez les bêtes sauvages »

— Code Justinien, nov. 141[24].

Cette novella influencera durablement les législations civiles postérieures durant plusieurs siècles.

Influence du récit[modifier | modifier le code]

Mosaïque byzantine de Monreale

Dans la tradition chrétienne, ces passages bibliques sont invoqués comme fondements de la condamnation de la sodomie et de l'homosexualité. L'interprétation chrétienne est utilisée par les traités d'éthique chrétienne qui fondent sur cette lecture particulière du passage Genèse 19 et inspire la plupart des traités de droit criminel condamnant l'homosexualité jusqu'au XVIIIe siècle avec une rigueur inouïe[4].

Le texte biblique et la tradition qui s'y attache paraissent en effet présenter les habitants de ces cités comme vivant une vie aux mœurs condamnées par la morale religieuse.

Genèse 19:4 et 5 : « Ils n’étaient pas encore couchés que les hommes de la ville, les hommes de Sodome, entourèrent la maison, depuis le garçon jusqu’au vieillard, tout le peuple en masse. Et ils criaient vers Lot et lui disaient : “ Où sont les hommes qui sont entrés chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous pour que nous ayons des relations avec eux. »

Il est à noter que cette lecture généralement admise du texte biblique dans la société chrétienne a entretenu et continue sans-doute d'entretenir une confusion entre homosexualité masculine et sodomie alors même que ces deux questions ne sont pas nécessairement reliées.

Dans la tradition juive, l'accent est d'avantage mis sur le caractère « égoïste » des Sodomites, et leur rejet de l'hospitalité : selon un midrash aggadique sur le sujet, la « clameur » est celle d'une jeune fille condamnée à être dévorée par les corbeaux pour avoir offert l'hospitalité à un étranger de passage[25].

C'est en ce sens aussi qu'il faut comprendre l'aphorisme du Traité des Pères (mishna 5:13) : « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est à toi. C'est la voie de l'homme moyen, et certains disent : c'est la voie de Sodome. »

En français[modifier | modifier le code]

Du nom de cette ville dérivent les termes « sodomie », « sodomisme », « sodomiste », « sodomiser »[26] et « sodomite »[26]. Appliqué au texte biblique de la Genèse, le terme homosexualité est évidemment anachronique puisque le terme moderne, inventé au XIXe siècle, s'accorde difficilement avec des textes aussi anciens. Dans l'usage contemporain, le mot sodomie est d'ailleurs reçu de manière différente en français et en anglais, où il décrit le rapport anal, qu'il soit homosexuel ou hétérosexuel, alors qu'en allemand[14], il décrit un rapport sexuel avec les animaux[27].

En français, depuis l’époque moderne, le terme désigne métonymiquement soit l’amour masculin, soit encore le milieu homosexuel masculin. Ainsi et par exemple, on trouve le passage suivant dans les Mémoires du marquis de Sourches : « Le commencement du mois de juin [1682] fut signalé par l’exil d’un grand nombre de personnes considérables accusées de débauches ultramontaines. Tous ces jeunes gens avaient poussé leurs débauches dans des excès horribles, et la Cour était devenue une petite Sodome » ; dans les Mémoires du duc de Saint-Simon, en 1706, : « Le Roi […] plein d’une juste, mais d’une singulière horreur pour tous les habitants de Sodome, et jusqu’au moindre soupçon de ce vice ».

Le nom de Sodome fut repris par Marcel Proust comme titre de parties de son roman À la recherche du temps perdu, parties publiées en 1922 et 1923 : Sodome et Gomorrhe, où il est justement question de l'homosexualité de Charlus et d'Albertine.

Dans le Coran[modifier | modifier le code]

Le Coran ne mentionne pas Sodome - pas plus que Gomorrhe - mais y fait allusion dans les récits présentant le personnage de Lût (Loth) dans une histoire dont le déroulement est assez proche dans ses indications factuelles de ce qui figure dans la Genèse[28]. Il est seulement question de « cité de Lût » et des « villes renversées » concernant les villes avoisinantes[29], dans un récit qui, comparé au récit biblique, comporte assez peu de détails[30].

Dans le récit coranique, Lût prend néanmoins une autre stature que celle qui transparait au travers du récit biblique : évoluant dans le sillage d'Ibrahim (Abraham), Lût n'en a pas moins une magistrature spirituelle indépendamment de celui-ci[31], présenté comme un prophète et un « envoyé » (« rasoul »)[32] d'Allah, qui lui confère une mission d'apostolat auprès d'une communauté déterminée. Ainsi, si les récits biblique et coranique sont similaires concernant le déroulement des évènements, la perspective de ce dernier est toute autre[28].

Quand dans la Bible Loth se rend à Sodome à la suite d'un différend avec Abraham, pour le Coran Lût s'y rend missionné par Allah pour rappeler la Loi divine à ceux qui la transgressent en pratiquant l'homosexualité[33], dans un message trans-historique et universel qui dispense de nommer précisément l'espace géographique où se déroulent les évènements[28].

Récit coranique[modifier | modifier le code]

Les éléments qui trament le récit coranique se déroulent en trois phases[31]. Dans un prélude, Ibrahim reçoit la visite de « messagers » d'Allah qui lui annoncent la naissance de son fils Isaac et la destruction de la « cité de Lût » dont ce dernier et sa famille seront épargnés[34], à l'exception de son épouse dont un verset explique qu'elle a « trahi » son époux[35].

Ensuite, le récit présente une scène d'émeute provoquée par le fait que Lût a accueilli des « hommes » chez lui alors que l'hospitalité est proscrite dans la ville. Les habitants massés autour de la maison le somment alors de leur livrer ses hôtes tandis que Lût tente de les raisonner allant jusqu'à leur proposer, en vain[36], ses propres filles. C'est alors que les messagers révèlent à Lût, en plein désarroi[37], leur vraie identité et la nature de leur mission, recommandant à celui-ci de fuir avec sa famille car la ville sera détruite à l'aube[31].

C'est ainsi qu'aux premières lueurs du jour, le peuple de Lût est détruit, la cité est « renversée »[38] et victime d'une série de phénomènes atmosphériques qui participent à l'anéantissement de la ville : une « pluie » de « pierres d'argile » - préalablement « entassées » et « gravées » -, un « nuage chargé de cailloux » et enfin un « cri »[39] habituellement assimilé au claquement de la foudre, dans une richesse de vocabulaire qui tranche avec l'aspect plutôt sobre du récit, même si la scène de châtiment n'est pas très descriptive[30].

Récits postérieurs[modifier | modifier le code]

À l'inverse de la relative sobriété du récit coranique, l'épisode va susciter de longs développements chez les commentateurs et les auteurs de Qisas al-anbiyâ, les recueils consacrés à l'histoire des prophètes pré-islamiques, qui n'hésitent pas à puiser dans la Bible et la littérature rabbinique pour enrichir l’épisode[30]. C'est là qu'ils puisent notamment le lien de parenté entre Ibrahim et Lût mais aussi le nom des cités de la Pentapole dont les noms varient selon les auteurs, à l'exception de celui de Sodome. Tous les commentateurs s'accordent également pour dire que les « envoyés » tant auprès d'Ibrahim que de Lût sont des anges[40].

Une tradition absente tant du Coran que de la Bible, qui remonte à Abdullah ibn Abbas explique que Sodome ne serait détruite que si Lût témoignait à quatre reprises contre son peuple, ce qu'il aurait fait devant les anges. Les commentateurs cherchent également à préciser la nature de la trahison de l'épouse de Lût, qui aurait dénoncé la présence des visiteurs de son mari[40]. L'épisode de l'émeute populaire retient l'attention des exégètes qui, s'inspirant d'un court passage coranique - qui dit « et nous avons frappé leurs yeux de cécité »[41] - et de la Genèse indiquent que quelques individus pénètrent dans la maison de Lût mais sont repoussés par les anges qui les aveuglent[40].

Mais les questions qui retiennent particulièrement l'attention des commentateurs sont d'abord celle de savoir pourquoi le châtiment divin a touché indistinctement les hommes et les femmes, à quoi il est répondu que ces dernières s'adonnaient également à l'homosexualité ; ensuite celle du sort des individus absents de la ville au moment de sa destruction, ce à quoi les commentaires expliquent qu'il ont été frappés là où ils se trouvaient par les mêmes pierres, en toute équité[40].

Certaines traditions concernant la Dâbba (la Bête eschatologique) font surgir cette dernière de Sodome plutôt que, suivant la plupart des traditions, de la Mecque[42].

Localisation et hypothèses historiques[modifier | modifier le code]

Vestige d'un mur de brique sur le site archéologique de Bab edh-Dhra

On ignore où étaient situées les villes de Sodome et Gomorrhe. Le texte biblique situe les deux villes à proximité d'une plaine ou d'une mer de sel — qui suggère évidemment la mer Morte — dans une région alors florissante. Plusieurs sites ont été proposés pour situer la ville mais rien ne permet actuellement d'arrêter une localisation définitive.

Les archéologues s'accordent pour dire qu'il semble y avoir eu un phénomène de régression de la civilisation urbaine en Palestine vers le milieu du troisième millénaire avant notre ère, les villes étant abandonnées et leurs habitants se tournant alors vers un mode de vie pastoral, nomade ou villageois. On a notamment proposé la localisation de Sodome sur le site archéologique de Bab edh-Dhra (en), en Jordanie, découvert dans les années 1920 dans la péninsule d’El Lisan et qui laisse apparaître dans la région les vestiges d'une cité forteresse très ancienne, habitée de 3200 à 1900 avant notre ère. La poursuite des fouilles dans la région a permis de découvrir les vestiges de quatre autres villes, près du plateau jordanien, occupées vers la même époque et dont certaines, Numeira et Bab edh-Dhra, portent les traces d'une destruction brutale due à un tremblement de terre accompagné d'un incendie. Les archéologues W. Rast et R. T. Schaub ainsi que d’autres chercheurs ont pensé identifier Bab ed-Dhra avec Sodome et Numeira avec Gomorrhe mais cette théorie demeure encore largement discutée[43].

S'il est exact que Sodome a été effectivement anéantie, diverses hypothèses ont été avancées pour expliquer sa destruction.

Selon l'une des dernières hypothèses énoncées, elle serait située sur les rivages de l'ancien lac salé entourant l'un des volcans submergé par la montée brutale de la mer Noire lors de l'effondrement du barrage du Bosphore il y a environ 9 000 ans, en donnant naissance aux récits repris dans la fameuse épopée de Gilgamesh, ayant elle-même inspiré le récit de Noé dans la Bible hébraïque. Certains chercheurs estiment cependant que Sodome aurait été détruite par un tremblement de terre et que le sol de la région étant riche en hydrocarbures, du bitume contenu en sous-sol aurait jailli pendant le séisme et se serait enflammé[44]. Marie-Agnès Courty, géologue du CNRS, avance l'hypothèse que la chute d'un bolide serait à l'origine de ce cataclysme.

Dans les arts plastiques[modifier | modifier le code]

Le thème de la destruction de Sodome et de la fuite de Loth ont souvent été utilisés dans la culture populaire[précision nécessaire] et ont inspiré de nombreux artistes dans leurs créations, à l'instar de Pierre-Paul Rubens, Jan Brueghel l'Ancien, Véronèse, ...

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. aux chapitres 18 et 19
  2. Thomas Römer, L'homosexualité dans le Proche-Orient ancien et la Bible, éd. Labor et Fides, 2005, p. 50, extrait en ligne
  3. cf. Gen 19. 24.28-29
  4. a, b, c, d, e et f Thomas Römer, L'homosexualité dans le Proche-Orient ancien et la Bible, éd. Labor et Fides, 2005, pp.[Quoi ?] 50, extrait en ligne.
  5. Ovide, Métamorphoses, Livre VIII, 611-784, passage en ligne.
  6. Jg 19-20, cité par Thomas Römer
  7. cf. Lc 10. 11-13
  8. Ez 16. 49
  9. voir notamment Mark D. Jordan, The Invention of Sodomy in Christian Theology, éd. University of Chicago Press, 1997, p. 31
  10. Ouvrage écrit vers 109-106 ; cf. Mina Martens in mélanges André Arbel, vol. 3, éd. Brill, 1974, p. 153, article en ligne.
  11. Ces ouvrages sont accessibles dans La Bible. Écrits intertestamentaires, éd. Gallimard / la Pléiade, 1985.
  12. Cf. texto in John J. McNeill, Michel Demaison et Éric Fuchs, L'Église et l'homosexuel : un plaidoyer, éd. Labor et Fides, 1982, p. 70-80, passage en ligne.
  13. John J. McNeill, Michel Demaison et Éric Fuchs, L'Église et l'homosexuel, op. cit, p 72.
  14. a, b et c Thomas Römer, Le cycle d'Abraham : alliances, guerres et sacrifice scandaleux, cours d'Histoire biblique au Collège de France, 4 février 2010, cours en ligne
  15. par exemple Lév 18. 22 Lév 20. 13
  16. Randall C. Bailey, « They're Nothing but Incestuous Bastards: The Polemical Use of Sex and Sexuality in Hebrew Canon Narratives», in Fernando F. Segovia et Mary Ann Tolbert, Reading from this Place: Social location and biblical interpretation in the United States, vol 1, éd. Forteress Press, 1995, p. 121-138, article en ligne, cité par Thomas Rômer.
  17. Cf. Philon d'Alexandrie, De Ebrietate, 220-224, cité par Jacques Cazeaux, La trame et la chaîne, II — Le cycle de Noé dans Philon d'Alexandrie, éd. Brill, 1989, p. 229-238, extraits en ligne.
  18. Maurice Lever, Les bûchers de Sodome, éd. Fayard, 1985, cité par Thomas Römer.
  19. John J. McNeill, Michel Demaison et Éric Fuchs, L'Église et l'homosexuel : un plaidoyer, éd. Labor et Fides, 1982, p. 79 passage en ligne.
  20. Code de Théodose, IX. 7.
  21. Randall C. Bailey cité par John J. McNeill, Michel Demaison et Éric Fuchs, L'Église et l'homosexuel, op. cit, p. 77-78 passage en ligne.
  22. Édesse, Anazarba, Pompeiopolis
  23. Corinthe et Dyrrachium
  24. Passage cité par John J. McNeill, Michel Demaison et Éric Fuchs, L'Église et l'homosexuel, op. cit, p. 78 passage en ligne.
  25. Bereshit Rabba 49:6, qui s'inspire d'Ézéchiel 16:49 (traduction LSG 1910 : « Voici quel a été le crime de Sodome, ta sœur. Elle avait de l’orgueil, elle vivait dans l’abondance et dans une insouciante sécurité, elle et ses filles, et elle ne soutenait pas la main du malheureux et de l’indigent »)
  26. a et b Voir TLFI, article en ligne.
  27. Sens qui a existé en français mais qui est inusité désormais, cf. voir TLFI, article en ligne.
  28. a, b et c Claude Addas, article Loth, in Mohammad Ali Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 490
  29. Gomorrhe, Adma, Seboïm et Ségor
  30. a, b et c Claude Addas, article Loth, in Mohammad Ali Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 492
  31. a, b et c Claude Addas, article Loth, in Mohammad Ali Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 491
  32. Coran, 26, 162
  33. Coran, 7,80-81 ; 26, 160-166
  34. Coran, 15, 58-59 ; 29,32
  35. Coran, 66,10
  36. Coran, 11,79
  37. Coran, 11,80
  38. Coran, 11,82; 15,74
  39. Coran, 11,82-83; 15,75-75; 26,173; 27,58; 51,33-44; 54,31
  40. a, b, c et d Claude Addas, article Loth, in Mohammad Ali Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 493
  41. Coran, 54,37
  42. Paul Ballanfat, article Bête, in Mohammad Ali Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 493
  43. David Neev et Kenneth Orris Emery, The destruction of Sodom, Gomorrah, and Jericho: geological, climatological, and archaeological background, éd. Oxford University Press, 1995, extraits en ligne.
  44. Cf. théorie de Graham Harris et Anthony Beardowin, « The destruction of Sodom and Gomorrah: a geotechnical perspective », in Quarterly Journal of Engineering, novembre 1995, vol. 28, no 4, p. 349-362, recension en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Derrick Sherwin Bailey, Homosexuality and the Western Christian tradition, éd. Longmans, Green, 1955
  • John J. McNeill, Michel Demaison et Éric Fuchs, L'Église et l'homosexuel : un plaidoyer, éd. Labor et Fides, 1982
  • Maurice Lever, Les bûchers de Sodome, éd. Fayard, 1985
  • (en) Randall C. Bailey, « They're Nothing but Incestuous Bastards : The Polemical Use of Sex and Sexuality in Hebrew Canon Narratives», in Fernando F. Segovia et Mary Ann Tolbert, Reading from this Place: Social location and biblical interpretation in the United States, vol 1, éd. Forteress Press, 1995, p. 121-138, article en ligne
  • (en) Daniel Helminiak, What the Bible Really Says about Homosexuality, éd. Alamo Square Press, 1994
  • (en) David Neev et Kenneth Orris Emery, The destruction of Sodom, Gomorrah, and Jericho: geological, climatological, and archaeological background, éd. Oxford University Press, 1995, extraits en ligne
  • (en) Mark D. Jordan, The Invention of Sodomy in Christian Theology, éd. University of Chicago Press, 1997
  • (en) Mark D. Jordan, The Silence of Sodom : Homosexuality in Modern Catholicism, éd. University of Chicago Press, 2002
  • Thomas Römer, L'homosexualité dans le Proche-Orient ancien et la Bible, éd. Labor et Fides, 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Thomas Römer, Le cycle d'Abraham : alliances, guerres et sacrifice scandaleux, cours d'Histoire biblique au Collège de France, 4 février 2010, cours en ligne