Luqman

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Luqman (Locman ou Loqman) (en arabe : لقمان) est le nom d'un sage pré-islamique dont le nom est mentionné dans la trente et unième sourate du Coran[1]. Selon la tradition islamique, Luqman est connu pour être un sage, qui aurait vécu au XIe siècle av. J.-C. et viendrait d'Abyssinie, d'Égypte ou de Palestine[2],[3]. Il aurait vécu auprès d'un puissant roi qui le respectait beaucoup, dont certains pensent qu'il s'agissait du roi David[4].

Sources[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses histoires sur Luqman dans la littérature arabe et turque mais les principales sources proviennent d'Ibn Kathir dans son exégèse du Coran (Tafsir). Le Coran ne parle pas de lui en tant que prophète[5] mais se contente de décrire ses traits de caractères. Beaucoup d'érudits musulmans pensent qu'il convient de prononcer l'eulogie « `alayhi salâm » (sur lui, la paix) lorsque l'on cite son nom. Selon Abdullah ibn Abbas, un des compagnons de Mahomet, Luqman aurait été menuisier[6]. Il avait un fils non-croyant qu'il ne cessa d'exhorter jusqu'à ce que celui-ci devienne musulman; certains ayat de la sourate Luqman reprennent cette anecdote[7] mais on trouve d'autres récits disant qu'il fut bûcheron ou encore couturier. Il est souvent dit qu'il était nubien, noir de peau avec des lèvres charnues et des pieds plats, et d'autres fois un esclave abyssin.

Son origine remonterait à Ibrahim et il aurait pu être le neveu de Job. Il serait également descendant d'Azar, dont l'existence remonte à 1 000 ans avant l'époque de David. Lorsque ce dernier aurait pris ses fonctions, Luqman aurait été un juge des enfants d'Israël[4]. Ibn Ishaq donne la généalogie suivante : Luqman ibn Ba’ura ibn Nahur ibn Tarikh, ce dernier étant en réalité Azar mais selon le tafsir d'Al-Qurtubi, il serait Luqman ibn Saroun, Nubien de la ville d'Eilat. Certains, comme Riad Aziz Kassis, voient tellement de points communs entre Salomon et Luqman qu'ils pensent qu'ils sont semblables[8].

Récit traditionnel[modifier | modifier le code]

Luqman est toujours décrit comme ayant de grandes qualités morales[9]. Un jour, il s'endormit sous un arbre et eut la vision d'un ange venant jusqu'à lui, qui lui révéla qu'Allah voulait lui conférer un cadeau : soit le don de la sagesse, soit la prophétie. Luqman choisit la sagesse et lorsqu'il se réveilla, il remarqua que ses sens et sa compréhension avaient changé, il se sentait en complète harmonie avec la nature et pouvait comprendre le sens profond des choses, au-delà de leur réalité physique. Immédiatement, il se prosterna pour remercier Dieu et le louer pour ce merveilleux cadeau. Luqman fut ensuite capturé par des négriers et vendu comme esclave. Il patienta dans cette épreuve jusqu'à ce qu'un homme eut envie de l'acheter. Cet homme était connu pour être juste et traita Luqman avec gentillesse. Très vite, l'homme en question se rendit compte que Luqman n'était pas un homme comme les autres et voulut mettre sa sagesse à l'épreuve en lui ordonnant d'abattre un mouton et d'en ramener les deux meilleures parties. Luqman s'exécuta et rapporta le cœur ainsi que la langue du mouton. Le maître sourit et comprit qu'il y avait un sens à ce geste mais il ne savait pas exactement lequel. Quelques jours plus tard, il dépêcha Luqman pour lui faire effectuer la même tâche, mais cette fois-ci en lui disant de ramener les deux plus mauvaises parties. À sa grande stupéfaction, Luqman ramena les mêmes organes. Alors son maître lui demanda comment ces deux organes pouvaient être à la fois les meilleurs et les pires. Luqman lui répondit que le cœur et la langue sont les meilleurs organes à condition que leur propriétaire soit pur et dans le cas contraire, ce sont les pires des organes car ils mènent à l'Enfer.

La tombe de Luqman se trouverait dans le village de Sarafand au Liban ou les hauteurs de Ramallah en Palestine.

Le fabuliste[modifier | modifier le code]

Un recueil de fables attribuées à Luqman aurait circulé à partir du XIIIe siècle, mais n'est mentionné par aucun écrivain arabe[10]. Selon E. Lassala, ce recueil serait daté de 1423 (an 801 de l'Hégire)[11]. En 1615, l'humaniste flamand Thomas van Erpe (aussi appelé Erpenius) publie à Leyde une traduction de ce recueil sous le titre Locmani sapientis fabulœ (Fables de Locman le sage), comportant texte arabe et traduction latine[12]. Cet ouvrage, qui a connu plusieurs réimpressions, a fait connaître Luqman dans le monde occidental. Il contient 34 fables, dont la grande majorité appartiennent au corpus ésopique. La Fontaine mentionne Locman parmi les sources du genre dans le prologue du Livre VII de ses fables.

En raison des fortes ressemblances entre les fables attribuées à Locman et le corpus d'Ésope, ainsi qu'entre la légende d'Ésope et celle de Locman (notamment l'apologue des langues, « la meilleure et la pire des choses », qui fait partie de La vie d'Ésope le Phrygien, rédigée en grec aux alentours du Ie siècle, reprise par l'érudit byzantin Maxime Planude au XIIIe siècle et traduite par La Fontaine[13]), tout porte à croire que la tradition orale a attribué à Locman des fables ésopiques colportées à la suite de la conquête d'Alexandre le Grand. On sait, en effet, par l'adaptation que Djalâl ad-Dîn Rûmî a faite des fables d'Ésope, que celles-ci étaient connues en Afghanistan au XIIIe siècle. De la même façon, dans le monde hellénistique, le nom d'Ésope a servi à regrouper toute sorte de récits qui circulaient jusque-là de façon orale et présentaient des caractéristiques communes[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (Le Koran (traduction de Kazimirski), sourate 31.
  2. Ibn Kathir, Hafiz, Tafsir Ibn Kathir, Dar-us-Salam Publications 2000 (original ~1370).
  3. Al-Halawi et Ali Sayed, Histoires du Coran d'Ibn Kathir, éditions Dar Al-Manarah ((en)).
  4. a et b Ibn kathir dit : « C'était un juge des fils d'Israël, à l'époque de Da'oud (`Aleyhi Salâm). »
  5. Seul Ikram affirme qu'il fut un prophète. Voir tafsir Ibn Kathir et tafsir Al-Qassimi.
  6. Selon Ibn Abbas : « c'était un esclave abyssin, menuisier ». C'est également l'avis de Khâled al-Rab'i.
  7. Coran 31:12-13 et 16-19.
  8. Riad Aziz Kassis: The Book of Proverbs & Arabic Proverbial Works, reviewed by P.J. Williams ©Tyndale Bulletin 2000, p.54 « Il est de notre avis que le "Luqmân" de la tradition arabo-musulmane répète la tradition d'une personne sans doute historique (il parle de Salomon). La légende et l'histoire le concernant sont tellement mélangées qu'une distinction claire entre eux est devenue difficile. Il est donc possible de dire que Luqman est en réalité Salomon. »
  9. Ibn Kathir dans Al-Bidâya wa an-Nihâya, dit « C'était un homme vertueux, multipliant les actes d’adoration, s’exprimant avec une grande éloquence et dont la sagesse était considérable. »
  10. Encyclopaedia Britannica
  11. Emmanuel Lassala, Fabulae Locmanis Sapientis, Madrid, 1784, p. XVII. Disponible sur Google Books
  12. Disponible sur Google Books
  13. Voir le texte dans La Vie d’Ésope le Phrygien sur Wikisource.
  14. K. Canvat et C. Vandendorpe, 1993, La Fable. Vade-mecum du professeur de français, Bruxelles/Paris, Didier Hatier, collection « Séquences », 1993, p. 10.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]