Reine de Saba

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Rencontre entre le roi Salomon et la reine de Saba (scène des Portes du Paradis de Lorenzo Ghiberti).
Généalogie de Balqis, reine de Saba (Œuvres de Volney, 1825).

La reine de Saba (arabe : ملكة سبأ malika-t Saba;hébreu :מלכת שבא melket Shava; ge'ez : ንግሥተ ሳባ nəgəstä Saba) est un personnage qui a régné sur le royaume de Saba et qui est mentionné dans plusieurs récits.

Toutes les sources ne racontent pas les mêmes anecdotes ni les mêmes détails de la rencontre entre la reine et le roi Salomon à Jérusalem. La reine est, dans tous les cas, décrite comme une femme sublime et considérée comme un personnage d'une profonde sagesse et d'une haute intelligence par certains[Qui ?], et comme une magicienne tentatrice par d'autres[Qui ?].

Appellations[modifier | modifier le code]

Différents noms lui sont attribués selon les sources. Ainsi, la tradition éthiopienne l'appelle « Makéda » (ge'ez : ማከዳ), celle du Yémen « Balqama » et celle de l'islam « Balkis » (arabe :بلقيس) Par ailleurs son nom est une translittération de l'hébreu שְׁבָא, dont l'orthographe peut varier fortement. Dans sa traduction de la Bible, Louis Segond écrit « Séba ».

Dans le Nouveau Testament, l'Évangile selon Luc l'évoque et l'appelle « Reine de Midi » (11 : 31). Dans le Coran elle apparaît dans la sourate 27 et on apprend dans un hadith, c'est-à-dire à travers les propos du prophète de l’islam Mahomet, qu’elle s’appelle « Balkis ». D'autres récits divers se sont ensuite amalgamés.

Récits des textes religieux[modifier | modifier le code]

Le chapitre 10 du Premier livre des Rois raconte dans la Bible hébraïque la venue de cette reine dans le royaume d'Israël et sa rencontre avec le roi Salomon.

Le récit de la Bible hébraïque raconte en 13 versets les riches cadeaux (or, pierres précieuses et parfums) de la reine de Saba, puis comment elle fut impressionnée par le faste du palais et de la cour de Salomon, puis par sa grande sagesse après l'avoir éprouvée. Elle eut « le souffle coupé » après avoir assisté aux services rendus à Dieu dans le Temple de Jérusalem. Elle loua la sagesse de Salomon et Dieu qui l'avait choisi pour régner sur Son peuple. Puis elle retourna dans son pays.

Jésus de Nazareth la compare dans l'Évangile selon Luc aux Juifs refusant de croire en lui, afin de condamner ces derniers qui ne daignent pas même l'approcher là où la Reine de Saba avait parcouru une grande distance pour aller visiter Salomon, alors que le Christ est plus important que Salomon et mériterait donc plus d'efforts encore[1].

Pour le Coran, Sourate 27, versets 23 à 44[2], la reine n'était pas fidèle à Dieu et son peuple se prosternait devant le Soleil. C'est pour cela que Salomon l'avait invitée. Puis elle s'est convertie à « la foi dans le Dieu unique ». Le nom « Balkis » n'est nullement cité dans le Coran mais dans des hadiths.

La légende[modifier | modifier le code]

Rencontre de la reine de Saba et du roi Salomon, Piero della Francesca
Balqis la reine de Saba face à la huppe (Safavid, Iran, 1590)

On trouve en fait beaucoup de légendes sur elle, en particulier dans le Kebra Nagast, dont la version définitive se situe au XIVe siècle. Il se dit la traduction d'un original copte retrouvé avant 325 dans les trésors de Sainte-Sophie de Constantinople, reprenant les récits du Tanakh/Ancien Testament, enrichis d'une longue histoire établissant comment la domination d'une moitié de l'univers a été promise aux rois d'Éthiopie descendants de Salomon. Pour beaucoup d'archéologues, cela ne serait qu'une légende à valeur métaphorique, fondamentale pour l'Église copte éthiopienne, mais il existe une tribu de Juifs éthiopiens, appelée Falashas, qui est parfois considérée comme celle des descendants de Salomon et de la reine de Saba, bien qu'eux-mêmes réfutent cette thèse. Des historiens pensent que la légende aurait été utilisée à des fins politiques au XIVe siècle afin d'assurer la stabilité de l'État éthiopien, et le serait encore : Hailé Sélassié a prétendu pendant des années descendre du roi Salomon et de la reine de Saba.

Le texte de la Bible (Rois 10, 1-13) veut qu'elle se soit rendue à la cour du roi Salomon, apportant à Jérusalem de nombreux présents en provenance d'Ophir, afin d'éprouver la sagesse de Salomon par des énigmes. Il trouva les réponses à toutes ses questions, et l'impressionna fortement.

La légende arabe attribue la naissance de Balqis d'une mère djinn nommée Umeira et de al-Himiari Bou-Schar’h, vizir de Sharahbil Yakuf, roi de Saba (Himyar). L'enfant avait la beauté d'une houri (créature du paradis) et ayant perdu sa mère très jeune, elle fut élevée par son père. Balqis se convertit à la foi du vrai Dieu (elle était adoratrice du soleil) suite à sa rencontre avec le roi Salomon, dont elle avait entendu parler de sa grande sagesse. La reine de Saba était aussi dotée d'une grande sagesse et elle mit Salomon à l'épreuve par certaines énigmes dont celle-ci : « Quelle eau est parfois douce et d’autres fois amère[3]? ».

Légendes maçonniques[modifier | modifier le code]

La Reine de Saba est mentionnée brièvement dans deux rituels maçonniques :

  • Le rituel dit d'« installation du Vénérable » pratiqué particulièrement dans les rites d'origine anglaise: Rite émulation et Rite d'York. Selon la légende particulière de ce rituel, c'est en sa présence que Salomon aurait fait le geste devenu par la suite l'un des signes de reconnaissance communiqués à cette occasion.
  • Le rituel du degré de Most Excellent Master des juridictions américaines.

Elle inspire également le grade de Queen of the South de l'ordre paramaçonnique américain Eastern Star.

En revanche, bien que certains éléments du chapitre intitulé « Histoire de la reine du matin et de Soliman prince des génies » du célèbre Voyage en Orient de Gérard de Nerval[4], aient été ensuite introduits dans les rituels maçonniques du Suprême Conseil de France puis de la Grande Loge de France de 1877 à 1962, le personnage de la reine de Saba lui-même ne faisait pas partie de cet emprunt[5].

Découvertes archéologiques[modifier | modifier le code]

Temple de Mahram Bilqis en 1986

Lors de fouilles dans le désert au nord du Yémen, un temple vieux de 3 000 ans, nommé Mahram Bilqis (temple du dieu Lune) a été découvert[6]. Selon les archéologues, il s'agit d'un site sacré utilisé par les pèlerins entre -1200 et 550. Le temple est situé près de l'ancienne ville de Marib, capitale du Royaume de Saba selon la Bible et la tradition musulmane, et pourrait constituer une preuve de l'existence de la reine de Saba.

Le 7 mai 2008, des archéologues de l'Université de Hambourg ont rapporté avoir découvert le palais de la reine de Saba en Éthiopie[7]. Les vestiges retrouvés se situent en dessous du palais d'un roi chrétien. Il semblerait qu'une première version du palais ait été remplacée par un bâtiment orienté vers l'étoile de Sirius, dont la reine de Saba et son fils Ménélik étaient devenus adorateurs selon la Bible.

Dans l'art[modifier | modifier le code]

Peinture[modifier | modifier le code]

  • vers 1650, L’Embarquement de la reine de Saba de Claude Lorrain
  • 1648, Port avec l’embarquement de la reine de Saba de Claude Lorrain
  • 1922, La Reine de Saba d’Adolphe Lalire (Adolphe Lalyre ou Adolphe La Lyre) peinte à Carteret en 1922 (dimensions : 200 x 119 cm)

Sculpture[modifier | modifier le code]

La reine de Saba de la cathédrale de Reims en cours de sculpture.

La Reine de Saba à la cathédrale Notre-Dame de Reims

Musique[modifier | modifier le code]

Musique moderne[modifier | modifier le code]

Le groupe de nu soul Les Nubians lui consacrent une chanson intitulé Makeda sur leur premier album Princesses Nubiennes. C'est d'ailleurs ce single qui leur ouvrira les portes des États-Unis où il deviendra le plus gros succès francophone de la décennie sur ce territoire.

Une chanson célèbre de Cheb Khaled intitulée Aicha évoque la reine de Saba. Auparavant, Michel Laurent connut le succès à la fin des années 1960 avec sa Ma reine de Saba (1967)

Opéra[modifier | modifier le code]

Projet de costume pour La Reine de Saba de Charles Gounod

Ballet[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le personnage de la reine de Saba a beaucoup inspiré les réalisateurs ; on peut citer :

Littérature[modifier | modifier le code]

Gastronomie[modifier | modifier le code]

Reine de Saba est également le nom d'un gâteau au chocolat.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Évangile selon Luc - Chapitre 11, verset 31 (traduction Louis Segond)
  2. Coran, Sourate 27
  3. La Légende de Soliman (ben Daoud), éd. Filbluz
  4. Gérard de Nerval, Voyage en Orient, 1851, pages 264 à 267 de l'édition originale, consultable en ligne sur Google Books. Cette légende d'inspiration maçonnique sera reprise et développée en 1862 dans l'Opéra de Charles Gounod « La reine de Saba » (Voir Un opéra maçonnique méconnu : la Reine de Saba de Charles Gounod). Les éléments du roman puis de l'opéra qui ont été importés dans les rituels maçonniques du Suprême Conseil de France en 1877 concernent le personnage d'Adoniram et non pas celui le la Reine de Saba.
  5. Pierre Noêl, Guide des maçons écossais, Editions à l'Orient,‎ 2006 (ISBN 2912591465) pp.118-128
  6. (en) http://www.ucalgary.ca/UofC/events/unicomm/NewsReleases/queen.htm
  7. (de) http://www.verwaltung.uni-hamburg.de/pr/2/21/pm/2008/pm48.html
  8. Alice Machado, Figures féminines dans le Voyage en Orient de Gérard de Nerval, Fernand Lanore,‎ 2006 (ISBN 978-2851572769, lire en ligne), p. 128-135
  9. Yves Thomas, « La valeur de l'Orient: l'épisode de la reine de Saba dans La Tentation de saint Antoine », Érudit,‎ 1990 (consulté le 17 octobre 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]