Hamites

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Carte représentant les domaines linguistiques en accord avec la théorie linguistique hamitique. Les langues sémitiques sont représentées en orange, ce qui était alors considéré comme le domaine des « langues hamitiques » est représenté en rouge-orangé, azur, cyan et chartreuse.
Carte en T stylisée représentant l'Afrique comme le foyer des descendants de Ham, l'Asie celui des descendants de Sem, et l'Europe celui des descendants de Japhet (Guntherus Ziner, 1472).

Les Hamites, Hamitiques ou Chamitiques sont, selon la Table des peuples de l'Ancien Testament, les descendants de Ham (ou Cham), fils de Noé. Ils constituent donc une lignée parallèle aux Sémites (descendants de Sem) et aux Japhétiques (descendants de Japhet).

Au XIXe siècle, en application de certaines théories racialistes, la « race hamitique » a été imaginée comme un sous-groupe de la race caucasienne, regroupant, en complément des populations sémites, les populations non sémitiques originaires d'Afrique du Nord, de la Corne de l'Afrique, de l'Arabie du Sud, ainsi que les anciens Égyptiens. La « théorie hamitique » suggérait que la race hamite était supérieure aux populations noires d'Afrique subsaharienne. Dans sa forme la plus extrême, cette théorie affirmait, sous la plume de Charles Gabriel Seligman, que toutes les avancées significatives dans l'histoire de l'Afrique étaient l'œuvre de Hamites qui avaient émigré en Afrique centrale en tant que bergers, amenant avec eux les innovations techniques et civilisatrices qu'ils avaient développées. Les modèles théoriques des langues hamitiques et de la race hamitique furent considérés comme valides et liés jusqu'au début du XXe siècle.

Ces thèses furent démenties durant le XXe siècle et le suivant, notamment en s'appuyant sur des études génétiques. Le terme « hamitique » ou « chamite » regroupe les races et populations noires d’Afrique, selon l'étude des laboratoires de recherche scientifique sur la paléontologie aux Etats-Unis, en Europe, en Asie et en Afrique.[réf. nécessaire]

Histoire[modifier | modifier le code]

Naissance du hamite[modifier | modifier le code]

Dès le Ve siècle, des textes (comme Caverne des trésors) lient la malédiction de Cham à la noirceur de la peau. Au XVIIe siècle est invoqué, notamment dans les milieux protestants hollandais, la supériorité des blancs, considérés comme bons et purs, sur les noirs qui symbolisent le péché sexuel et la soumission, ce qui permet de justifier l'esclavage des noirs[1].

Dans la seconde moitié du XIXe siècle apparaît la catégorie « hamite », censée résoudre les contradictions entre tradition biblique, fait observés attestant l'existence de civilisations sophistiquées (Babylone, Sumer, Égypte pharaonique, ...), et justifications nécessaires à la colonisation. Désormais, seuls les Africains descendants de Cham sont des hamites (chamites) capables d'édifier des civilisations, sorte de races intermédiaires, vestiges d'une « coulée blanche » (Gobineau) en Afrique dont les Berbères, Dravidiens, Peuls, Somali, Masaï ou Tutsi seraient les vestiges, et se distinguant du reste de la population « négroïde » : « Les civilisations de l'Afrique sont les civilisations des Hamites... Les envahisseurs hamites étaient des Caucasoïdes pastoraux, arrivés vagues par vagues, mieux armés et d'esprit plus vif que les agriculteurs nègres à peau sombre  » (Seligman, Races of Africa, 1930 ). Sortes d' Aryens d'Afrique ( Aryens d'Orient ), apportant avec eux le fer, la royauté ou le bétail, ils auraient conquis et civilisé les « Bantous » d'Afrique centrale et les « vrais nègres » d'Afrique de l'Ouest, ayant eux-mêmes refoulé « pygmoïdes » et « forestiers »[2]. Ces thèses ont été mises à profit par le colonialisme et au nazisme[réf. nécessaire].

Logique coloniale et missionnaire[modifier | modifier le code]

La domination coloniale confère aux hamites africains recensés (Aomali, Afars, Oromo, Peuls, Tutsi, ...) une supériorité équivoque : " Le Noir qualifié de hamite sera l'incarnation ambigüe du métis, Africain supérieur, mais aristocrate dégénéré, allié potentiel des Européens et de leur administration, mais toujours suspect de duplicité " . (Chrétien, p. 338 ). Les hamites d'Afrique du nord, les Berbères par leur proximité phénotypique avec les Européens, sont supérieurs aux Arabes. Sous le joug anglais, les hamites asiatiques (Dravidiens) sont quant à eux inférieurs aux colons anglais, mais supérieurs aux Africains de race noire, par leur civilisation et leur proximités phénotypique avec les Européens. Tout en haut de cette classification se situe la race colonisatrice européenne. Classification, affinité ou au contraire fascination, répulsion : allié si son aptitude naturelle à commander est au service de l'ordre colonial, mais rival " nuisible " et " dominateur " des " masses nègres " s'il s'y refuse. En Afrique centrale, hamitisme et connexion moyen-orientales servent à attribuer une prédisposition au monothéisme voire des origines chrétiennes à des populations offrant dès lors un terrain supposé favorable à l'évangélisation.

Linguistique[modifier | modifier le code]

Le terme était autrefois utilisé pour regrouper les langues afro-asiatiques non sémitiques (ces dernières étant alors décrites comme « hamito-sémitiques » ou « chamito-sémitiques »), mais n'ayant pas révélé d'unité phylogénétique significative, à la différence de l'ensemble sémitique, cette appellation est à présent désuète sous cette acception. Elle est désormais appelée : afrasien.

Anthropologie[modifier | modifier le code]

Sur le plan anthropologique (l'étude des os et des caractères anatomiques), le terme hamite désigne un type humain rattaché au groupe proto-europoïde ou méditerranéen[3].

Promesses et dérives[modifier | modifier le code]

Le terme de hamite servait au départ à la classification de catégories intermédiaires. Les théories sur les origines vont se fonder sur : l'anthropométrie (nez, crâne, cheveux ou taille), la linguistique comparée (d'autant plus hasardeuse que les corpus collectés sont limités), l'histoire des migrations (migrations préhistoriques ou anciennes invérifiables, mélangées avec des migrations récentes), l'analogie formelle transformée en généalogie.

Suivant ce procédé sont considérés comme hamites à la période antique :


En 1960, en réaction à la raciologie européenne va s'élaborer l'Afrocentrisme, véritable eurocentrisme inversé mais méthodes similaires. Si la reconnexion de l'Égypte avec son contexte africain est désormais acceptée, l'Afrocentrisme reste problématique. Il fonctionne comme une inversion de l'eurocentrisme, son miroir plus que sa fin. Il partage ses méthodes aléatoires et non objectives (non scientifiques) : théories périmées (racialisme, hyperdiffusionnisme) ; méthodologie problématique (comparaisons linguistiques douteuses, migrations massives supposées plutôt que démontrées, essentialisme constant, passage de l'analogie à la généalogie). Autant la raciologie eurocentriste a " blanchi " certains peuples africains (théorie hamitique), autant l'Afrocentrime " noircit " les " hamites " (Égyptiens, Phéniciens, Sabéens, Babyloniens), inversant la couleur et les origines mais sans déconstruire les découpages raciologiques ou les racismes. Cette idéologie inversée, passe par l'éditions de livres, de revues dites africanistes ou panafricanistes , (Stolen Legacy de l'américain George James ou Nations nègres et Culture de Cheikh Anta Diop), la création de mouvements plus ou moins politiques, d'associations à but culturel comme la Hamitic League of the World de Marcus Garvey pour montrer la contribution des Africains " hamites " à la civilisation (Égypte, Éthiopie...). L'Égyptien joue le rôle du sanscrit dans le mythe indo-européen et oppose donc le berceau négro-égyptien au berceau indo-européen, la vallée du Nil et les steppes eurasiatiques à l'origine de deux humanités dichotomiques (matriarcat / patriarcat ; religiosité/ matérialisme ; douceur joyeuse / esprit de conquête et cruauté)[4].

Le mythe hamitique aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le terme hamite n'est presque plus employé de nos jours. Son histoire mouvementée, son caractère fortement idéologique font qu'il est de plus en plus délaissé, au profit de termes plus précis, tirés de méthodes d'analyses plus efficaces et actuelles (analyse A.D.N , spectrographie, radiologie, analyse microscopique, logiciels de comparaisons linguistiques à l'échelle mondiale, analyse des groupes sanguins, des chromosomes). Ces techniques d'analyses très récentes (moins de cinquante ans), permettent aujourd'hui de dessiner des cartes très précises des groupes ethniques, de leur origine, de leurs métissages (flux géniques) à travers les cent mille années d'histoire de l'homme moderne. De plus, ces recherches modernes ont montré qu'il existe une correspondance étroite entre les groupes linguistiques et les groupes génétiques. Données génétiques, paléontologiques, historiques et linguistiques, permettent aujourd'hui d'analyser et de reconstruire les multiples aspects de la diversité humaine[5]. Néanmoins la bipartition " conquérants hamites " / " masse de nègres bantous " imprègne encore bien des schémas géopolitiques européens et africains (l'ethnocide au Rwanda ou pour R. Hureaux, le succès de Barack Obama serait dû à ses origines hamites que lui confère sa branche paternelle Luo : " Obama un blanc déguisé en noir " in Marianne, 13 /02 /2008 ). En Afrique, le terme a pu devenir un bloc discursif, servant d'argumentaire pour des idéologies racistes insistant sur le clivage " naturel " entre " peuples envahisseurs " et " autochtones ", qui se déclinent à l'infini dans la région des Grands lacs (utilisées dans la propagande du génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994[6]).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Le Dorze, Cultures, métissages et paranoïa, Éditions L'Harmattan,‎ 2014, p. 115
  2. p.93 -Etienne Smith, L'Afrique 50 cartes et fiches, ed. ellipses, 2009
  3. p. 171.Luca Cavalli-Sforza , Qui Sommes-nous ? , ed. Flammarion, 1994 & cit. p. 13 « Les méditerranéens sont typiquement de taille moyenne, avec une ossature souvent légère, dolichocéphales avec un visage étroit aux traits fins et un nez bien prononcé. » Yaroslav Lebedynsky, Les Saces , ed. errance, 2006
  4. p. 97 L'Afrique 50 cartes et fiches, ed. ellipses
  5. Cavalli-Sforza, quatrième de couverture, Qui sommes-nous?, ed. Flammarion, 1994
  6. p.93.L'Afrique 50 cartes et fiches, ed. ellipses, 2009

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L'Afrique, 50 cartes et fiches,Étienne Smith, ed. ellipses, 2009
  • Burundi, l'histoire retrouvée, Jean-Pierre Chrétien, Paris, Karthala, 1993
  • Rwanda, racisme et génocide. L'idéologie hamitique, Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda, Bélin, 2013