Table des peuples

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Carte en T symbolisant le monde connu à travers une croix inscrite dans un cercle. Elle représente la géographie conformément à l'iconographie chrétienne et identifie les trois continents connus aux descendants de Sem, Ham et Japeth.

La Table des peuples est une liste des descendants du patriarche Noé qui apparaît dans l'Ancien Testament, en Genèse 10. Elle établit une carte ethnique de l'âge du fer selon la perspective des peuples du Levant, et eut une large influence dans les recherches historiques et généalogiques, au Moyen Âge et durant l'époque moderne[réf. souhaitée].

Historicité et portée[modifier | modifier le code]

Le monde tel qu'il était connu par les Hébreux (carte de 1854).
Sem, Cham et Japhet. Illustration de James Tissot (1904).

Selon Genèse 10, toute la population du monde descendrait des trois fils de Noé : Sem, Cham et Japhet. Nombreux furent ceux qui considérèrent ce point de vue comme historiquement avéré jusqu'à la moitié du XIXe siècle[réf. souhaitée]. De nombreux Juifs orthodoxes et certains chrétiens[1] la considèrent toujours comme véridique.

Des débats ont toujours lieu à propos du nombre de peuples qu'elle prétendait effectivement couvrir ainsi que sur sa fiabilité.

D'après la Torah, les prénoms des descendants de Noé listés correspondent à différents peuples. Selon l'interprétation classique, les fils de Noé correspondent à trois peuples : Européens, Sémites et Africains. D'autres n'y voient qu'un guide des groupes ethniques locaux.

La critique moderne rejette cette vue traditionnelle de l'historicité de la Table, affirmant plutôt qu'il ne s'agit que d'une généalogie traditionnelle, visant à expliquer les relations existantes entre les différents groupes ethniques du Proche-Orient ancien, peut-être réaménagée au moment de la rédaction définitive du texte, vers le VIIe siècle av. J.-C.

Présentation[modifier | modifier le code]

La Table commence par une liste des descendants directs de Noé. Les noms de ces personnages éponymes ou de leurs enfants ont une signification en hébreu et en arabe :

La Table présente ensuite plus en détail leurs descendants respectifs :

Dans l'historiographie[modifier | modifier le code]

Flavius Josèphe[modifier | modifier le code]

Carte des peuples selon Flavius Josèphe : les descendants de Cham, les descendants de Sem et les descendants de Japhet.

Dans ses Antiquités judaïques, l'historien du Ier siècle Flavius Josèphe fut parmi les premiers à essayer d'identifier les peuples présentés dans la Table aux ethnies connues de son époque[6]. Ses conjectures, qui servirent de base à nombre d'auteurs postérieurs, reposent sur les noms qu'auraient eus ces divers peuples avant que ceux donnés par les Grecs les remplacent.

Voici quelques-unes des relations qu'il a établies :

Hippolyte[modifier | modifier le code]

Dans ses chroniques, écrites vers 234 et diffusées en un grand nombre de copies grecques et latines, Hippolyte de Rome tente de même d'attribuer les nations mentionnées dans Genèse 10 à des peuples connus. Il coïncide en grande partie avec Josèphe, mais diverge toutefois sur certains points, notamment :

Le Chronographe de 354, le Panarion, la Chronicon Paschale, l'Histoire de l'Albanie de l'historien arménien Movsès Kaghankatvatsi et le Synopsis historiarum de Jean Skylitzès suivent les indications d'Hippolyte.

Jérôme[modifier | modifier le code]

Autour de 390, Jérôme de Stridon donna une version actualisée des identifications de Josèphe dans son Quaestiones hebraicae in Genesin. Sa liste diffère cependant en quelques point notables. Il met notamment en relation Guèthèr, fils d'Aram, avec les Acarnaniens et les habitants de Carie.

Isidore de Séville[modifier | modifier le code]

Dans ses Etymologiae, rédigés vers l'an 600, Isidore de Séville reprend le travail de Jérôme mais avec quelques modifications mineures :

  • Yoqtân, fils d'Eber : Indiens ;
  • Shèlef, fils de Yogtân : Bactriens ;
  • Magog, fils de Japhet : Scythes et Goths ;
  • Ashkenaz, fils de Gomère : Sarmates.

Cette interprétation fut reprise dans Historia Brittonum, attribué à Nennius, ainsi que par de nombreux autres érudits du Moyen Âge.

Doublons[modifier | modifier le code]

Le Proche-Orient ancien vu par les anciens Israëlites ; la Table des peuples reconstituée d'après l'hypothèse documentaire.

La table présentée dans Genèse 10 présente plusieurs doublons apparents, en particulier deux lignées distincte, l'une descendant de Ham Via Koush et l'autre de Sem via Yoktan, correspondant à des groupes ethniques de la région du Yémen et ses environs. Ainsi par exemple, les habitants de Saba semblent mentionnés dans les deux lignées, avec les noms similaires de Séva et Saba.

Selon l'hypothèse documentaire, ces doublons sont des éléments attestant de l'existence de multiples auteurs et de plusieurs sources du texte biblique ayant coexisté, rédigées à des époques différentes et donc dans des contextes ethnologiques différents, avant d'être réunies dans une version plus finalisée et proche de celle qui est aujourd'hui connue.

Fils de Noé non mentionnés dans la Bible[modifier | modifier le code]

Diverses traditions extrabibliques affirment que Noé eut d'autres enfants que les trois mentionnés, selon les cas avant, après ou même pendant le Déluge.

Selon le Coran (Houd, v. 42-43), Noé eut un fils (dont le nom n'est pas mentionné) qui refusa de monter dans l'Arche, et préféra grimper en haut d'une montagne, où il périt noyé. Certains commentateurs islamiques le nomment Yam ou Kan'an.

Dans la Mythologie celtique irlandaise, Noé avait un fils nommé Bith, à qui on ne permit pas de monter dans l'Arche, et qui essaya de coloniser l'Irlande avec 54 autres personnes, mais fut également emporté par le Déluge.

Au IXe siècle, des manuscrits de la Chronique anglo-saxonne soutiennent que Sceaf était le quatrième fils de Noé, né à bord de l'Arche, et qui serait l'ancêtre de Wessex ; selon la version de cette généalogie proposée par Guillaume de Malmesbury vers 1120, Sceaf est présenté comme un descendant de Strephius, qui serait lui-même le quatrième fils né dans l'Arche.

Dans la littérature de Clément Ier figure un livre des premiers temps de l'islam connu sous le nom de Kitab al-Magall ou Livre des Rouleaux, qui mentionne un quatrième fils de Noé nommé Bouniter, né après le Déluge et à qui sont attribuées l'invention de l'astronomie et la transmission de son savoir à Nimrod[7]. Des variantes de ce récit, proposant des noms similaires pour le quatrième fils de Noé, se retrouvent également dans une œuvre guèze du Ve siècle intitulée Conflit d'Adam et Ève avec Satan, dans le livre syriaque du VIe siècle Caverne des trésors et l'Apocalypse du pseudo-Méthode du siècle suivant, le Livre de l'abeille également syriaque (début du XIIIe siècle), la Chronique de Jerahmeel hébreu (XIIe-XIVe s.), ainsi que dans la littérature apocryphe arménienne.

Martin d'Opava (vers 1250), des versions postérieures de Mirabilia Urbis Romae et le Chronicon Bohemorum de Giovanni di Marignola (1355) font de la divinité romaine Janus le quatrième fils de Noé, qui se serait rendu en Italie, aurait inventé l'astrologie, puis aurait instruit Nemrod.

Selon le moine Annius de Viterbe (1498), l'écrivain helléniste babylonien Bérose mentionne 30 fils de Noé nés après le Déluge, incluant notamment Tuiscon, Prométhée, Japet, Macrus, 16 titans, Cranus, Granaus, Océan et Tipheus. Sont également mentionnées des filles de Noé nommées Araxa la Grande, Regina, Pandore, Crana et Thétis. Cependant, le manuscrit d'Annius est aujourd'hui assez largement considéré comme une contrefaçon[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notamment le mouvement Créationnisme Jeune-Terre
  2. Lexicon Results for Cham (Strong's 02526)
  3. Lexicon Results for Shem (Strong's 08035)
  4. Lexicon Results for Yepheth (Strong's 03315)
  5. La Septante mentionne Elisha entre Yavane et Toubal, mais on ne le retrouve dans aucune source antérieure.
  6. Antiquités judaïques, Livre I, chapitre 6
  7. Seth in Jewish, Christian, and Gnostic Literature p. 54
  8. Travels of Noah into Europe

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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