Idris (prophète)

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Idris visitant le Paradis et l'Enfer. Illustration tirée d'un manuscrit perse de 1577 sur l'Histoire des Prophètes.

Idrîss (arabe : إدريس, de la racine arabe da.ra.sa qui signifie étudier) est, dans l'islam, un prophète dont le nom est mentionné deux fois dans le Coran[1]. Il est souvent identifié au patriarche Hénoch dans la Bible[2]. D'après le Coran "ce que nous avons révélé à Noé et aux prophètes après lui." (Sourate An-Nisa An-Nisa 4:163) Noé précède Idriss. Et aussi dans le Coran "Et en effet, Nous avons envoyé Nuh et Ibrahim, et placés dans leur descendance la prophétie et l' Ecriture. (Sourate Al-Hadid 57:26).

Description traditionnelle[modifier | modifier le code]

Si le Coran ne donne presque aucune information sur Idris, la tradition musulmane (sunna) est un peu plus précise. Selon elle, il aurait vécu du temps d'Adam durant 308 années. Il fut le premier homme à utiliser la plume et également le premier tailleur. D'après Ibn Kathir, dans le livre intitulé Histoires des prophètes, le père d'Idris se nommait Yéred, fils de Mahalaléel[3]. Le Coran le décrit en ces termes :

« Et Ismaël, Idris et Dhul-Kifl qui étaient tous endurants que Nous fîmes entrer en Notre miséricorde car ils étaient vraiment du nombre des gens de bien. »

— Coran Sourate 21 : Les prophètes (Al-Anbiya) versets 85-86.

Selon le Coran Il fut élevé par Allah à un haut rang. C'est un des principaux points sur lequel les exégètes se fondent pour identifier Idris à Hénoch :

« Et mentionne Idris, dans le Livre. C’était un véridique et un prophète. Et nous l’élevâmes à un haut rang. »

— Coran, Sourate 19 : Marie (Maryam) versets 56-57.

L'élévation d'Idris[modifier | modifier le code]

Ibn 'Ajiba explique ce haut rang en disant : « Ce haut rang ou cette station haute peut vouloir dire le Paradis ou encore le quatrième ciel selon certains commentateurs. » et Ibn Abî Najîh raconte : « Idris a été élevé sans être mort comme ce fut le cas de Issa (Jésus) lui aussi élevé[3]. » La Genèse de l'Ancien Testament rapporte d'ailleurs quelque chose de semblable : « Dieu le prit[4] » et dans le Siracide : « Hénoch fut agréable au Seigneur, et il a été transporté, exemple de pénitence pour les générations[5] ».

Ka'b raconte le jour de son élévation :

« Un jour, il vit un ange et lui demanda « Si tu vois l'Ange de la mort, demande-lui qu'il retarde ma mort » l'ange lui répondit : « Pourquoi ne montes-tu pas toi-même au Ciel demander cela à l'ange de la mort ? ». En effet, l'ange le porta vers les cieux, jusqu'au quatrième ciel, et là ils croisèrent l'Ange de la mort (Melek al-Mawt). L'ange salua l'ange de la mort et dit « Idrîs te salue ô Ange de la mort ». L'ange lui rendit le salut et dit : « Que veut-il ? » l'ange lui répondit « Idrîs veut que tu prolonges sa vie » alors l'ange de la mort demanda « Et pourquoi veut-il cela ? » l'ange lui répondit « Il veut cela pour que ses bonnes actions augmentent » et l'ange de la mort demanda « Où est Idrîs maintenant ? » l'ange lui répondit « Il est là avec moi » alors l'ange de la mort s'écria « Gloire à Allah, Gloire à Allah, mon Seigneur m'a ordonné de prendre l'âme d'Idrîs au quatrième Ciel et je me suis dit "comment cela ? [...] Idrîs est sur Terre et Mon Seigneur me demande de prendre son âme au quatrième ciel ! C'est mystérieux !" Mais voilà, en descendant je le croise au quatrième ciel. » L'ange lui demanda : « Combien lui reste-il à vivre ? » l'Ange de la mort répondit : « Il ne lui reste même pas un clin d'œil » et l'ange de la mort prit l'âme d'Idrîs[6]. »

Le voyage nocturne de Muhammad[modifier | modifier le code]

Lors du voyage nocturne Al-Isra wal-Mi'râj, Anas Ibn Malik rapporte dans le Sahih Muslim que Muhammad aurait rencontré Idris au quatrième Ciel : « Le jour où le Prophète fut transporté au ciel, il monta au quatrième ciel où il trouva un homme assis et il demanda : "Qui est-ce, Jibra'il (Gabriel) ?" Celui-ci lui répondit : "Idris". Idris dit : "Bienvenue au Prophète vertueux et au frère vertueux"[7]. »

Al-Bukhari raconte que pour Abdullah ibn Abbas et `Abdullah ibn Mas`ud, en se fondant sur le voyage nocturne (Al-Isra wal-Mi'râj), Idris serait Ilyas (Élie).

Idris, prophète et inventeur de l'écriture et de la couture[modifier | modifier le code]

Adam fit un sermon à Chith pour qu'il transmette le message après lui. Après des siècles, Allah envoya un prophète du nom d'Idris, qui fut prophète et non messager, car il n'instaura pas de nouvelles lois (selon l'avis des chroniqueurs). Le don de prophétie ne lui fut donné qu'à l'âge de 40 ans, comme Muhammad, pour rappeler aux gens de ne rien associer à Allah, faire le bien et éviter le mal. Tabari rapporte qu'au temps d'Idrîs, des gens commençaient à adorer le feu[8]. Idrîs ne laissait personne sur Terre sans lui apprendre à faire le bien et éviter le mal à tel point qu'Allah lui dit : « Ô Idrîs, chaque jour tu as dans ta balance l'équivalent de l'ensemble des bonnes actions de tous les gens de la Terre » Cela rendit Idrîs heureux et demanda à Allah de prolonger sa vie. »

Ibn Kathir explique qu'« Allah révéla cent quatre Livrets ». Ensuite, il expliqua comment ces livrets furent distribués sur tous les messagers et dit que dix livrets furent révélés à Adam, cinquante à Chith, trente à Idris, dix à Ibrahim (Abraham), et ensuite Dieu fit descendre le Zabur sur Dawoud (David), la Thora sur Moussa (Moïse), l’Évangile sur Îsâ (Jésus-Christ), et ensuite Al-Fourqan (Le Coran) sur Muhammad[9].

Ibn Kathir, dans son exégèse (tafsir) du Coran dit à propos des versets du Coran :

« Ainsi, Dieu fait l'éloge d'Idris [...] et lui attribue le titre de prophète et la qualité de véridique. Il s'agit d'Hénoch dont le prophète [...] descend, selon certains généalogistes (musulmans). Il était le premier enfant d'Adam à être investi des charges de la prophétie après Adam et Chith (Seth) [...][10] ». »

Idris divisa son temps en deux parties : il passait trois jours à prêcher son peuple pour l'inviter à adorer Allah, et 4 jours qu'il consacrait à l'adoration d'Allah[8]. Parmi les talents que Dieu lui aurait conférés, il y avait aussi le don de l'écriture, de la couture, de l'étude du mouvement des étoiles et d'apprendre à définir le poids de certaines choses[8].

Ibn Kathir précise également qu'Idrîs était également tailleur : « Il était un tailleur qui ne piquait pas un tissu avec une aiguille sans glorifier Dieu. Nul parmi les créatures sur terre ne venait au soir et avait accompli des œuvres bonnes plus qu'Enoch durant la journée. »[11],[12].

Ibn Arabi décrit Idris comme le « prophète des philosophes » vu le nombre de connaissances qu'il a pu apporter[13]. Après sa mort, les gens restèrent monothéistes durant plusieurs générations.

Commentaires de Tabarî[modifier | modifier le code]

La tradition musulmane telle que le rapporte Tabarî (839-923) donne quelques détails supplémentaires : « Or le nom d'Énoch est syriaque, le nom arabe de ce personnage est Idrîs. Idrîs reçut le don de prophétie[14]. ».

Plus loin, Tabarî confirme cette identification en précisant qu'il est l'arrière-grand-père de Noé et qu'il est entré vivant au paradis. Cependant, certains détails apparaissent comme contradictoire :

« Idrîs était de l'Hindoustan, mais il habitait le Yémen. Il était prophète et revêtu du caractère d'apôtre. Or, de son temps, tous les hommes étaient adorateurs du feu, parce qu'Iblis avait trompé Qabil, comme nous l'avons dit plus haut. Lorsque Dieu envoya Idrîs vers ses frères, ils ne lui obéirent pas. Or Idrîs leur lisait des livres, et ces livres étaient les livres d'Ibrahim. Avec ces livres il appelait les hommes à Dieu. Or le premier homme qui plaça le roseau sur le papier pour écrire fut Idrîs. Il savait coudre et faire le métier de tailleur. Il fut le premier qui introduit l'usage de tailler et de coudre les vêtements, et il était très habile dans tous les ouvrages. De son temps, les hommes n'avaient point de vêtements cousus; ils portaient tous des peaux et de la laine. Ils jetaient les peaux sur leur corps; quant à la laine, ils en faisaient une espèce de feutre et s'en couvraient. Ils ne savaient pas même ce que sont les chemises et les caleçons. Or Idrîs commença à couper les peaux et à en faire des chemises et des caleçons cousus. Ce fut lui qui introduisit cet usage dans le monde. Avec tout cela, Idrîs était nuit et jour constamment occupé à adorer et à servir Dieu[15]. »

Tabarî atteste qu'Idrîs est bien celui que la Bible appelle Hénoch et qu'il fut bien celui qui inventa l'écriture mais il dit dans son commentaire que « [...] Idrîs leur lisait des livres, et ces livres étaient les livres d'Ibrahim ». Or, Ibrahim (Abraham) ne naîtra que des générations plus tard. Selon la plupart des savants de l'exégèse coranique[réf. nécessaire] le livre d’Ibrahim dont il est question ici ne peut être que le Coran céleste dont parle la tradition sunnite (Sunna), que récusèrent les mutazilites.

On retrouve des paroles attribuées à certains prédécesseurs (salafs) dans des ahadith qui ont défini Idris comme étant un prophète ayant vécu avant Ibrahim ainsi qu'avant Noûh. Par exemple, Ibn Hibban (ar) dit que « L'opinion selon laquelle Idris parut avant Noé est renforcée par le fait qu'il fut le premier à avoir écrit et cousu[16]. »

De même, Ibn Ishaq dit qu'Idris fut le premier homme à utiliser une plume pour écrire et rajoute qu'il vécut auprès d'Adam 308 ans[17]. Certaines personnes dirent que la personne mentionnée dans le récit de Mu`awiya ibn al-Hakam as-Solami était Idris.

Critique de la version de Tabari[modifier | modifier le code]

Bien que son œuvre soit l'une des sources les plus précieuses en termes de récits traditionnels concernant l'histoire des premiers temps de l'islam, et ce pour plusieurs raisons, le milieu des oulémas sunnites reste très en retrait par rapport à ce qu'il reste de l'œuvre originale de Tabari. Ceci est particulièrement dû au fait que la traduction de l'œuvre originale en arabe, qui fut traduite en perse quarante ans après sa mort par un savant perse du nom d'Al-Bal'ami (en), fut dépouillés des chaînes de transmission que Tabari avait pris soin de léguer, et ceci à cause de son travail de synthèse. Il apparait également que d'après Ad-Dhalawi qui travailla sur ce sujet, Al-Bal'ami effectua certains ajouts personnels visibles[18] et c'est cette même version qui fut traduite en français par Hermann Zotenberg (en) au XIXe siècle[19].

De plus, les éloges qui sont faits à Tabari par rapport à son œuvre Les chroniques de Tabari dans le milieu universitaire occidental sont vue d'un très mauvais œil car ils apparaissent comme malhonnêtes puisque l'œuvre est justement peu fiable et ne constitue pas un ouvrage de référence pour les historiens musulmans. Il s'y trouve un grand nombre de récits non authentifiés et faibles. Certains récits sont d'origine israélites (Isra'iliyat)[20], récits que la plupart des oulémas sunnites préfèrent ne pas prendre en compte, même si ceux-ci remontent à des juifs convertis à l'islam, étant donné que ces mêmes récits ne remontent pas à Muhammad, et n'ont pas été attestés par lui.

Idris est-il le Hénoch biblique ?[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'exégètes ont traditionnellement identifié Idris comme étant l'Énoch de l'Ancien Testament, patriarche qui vécut dans les générations d'Adam comme par exemple Ismail Hakki Bursevî dans son commentaire de Fusus al-Hikam dont l'auteur original est Muhyiddin Ibn Arabi. Cependant, des érudits modernes ne sont pas d'accord et n'accordent pas cette concordance entre les deux personnages. En effet, ils estiment qu'il manque de preuves concrètes et définitives. Abdullah Yusuf Ali (en) qui a traduit le Coran dit dans la note n°2508 (Coran 19:56):

« Idris est mentionné deux fois dans le Coran à savoir ici et dans le chapitre 21, verset 85, où il est mentionné « parmi ceux qui ont patiemment persévéré ». Son identification avec l'Hénoch biblique peut être correcte ou pas. Nous ne sommes pas tenus de justifier l'interprétation du versets 57 comme signifiant la même chose que le verset 24 de la Genèse (« Dieu le prit »), c'est-à-dire qu'il fut « repris » sans passer par les portes de la mort. Tout ce que nous est dit est qu'il fut un homme de vérité et de sincérité, un prophète, et qu'il avait une position élevée parmi son peuple[21]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Coran, « Marie », XIX, 56-57, (ar) مريم et Le Coran, « Les Prophètes », XXI, 85-86, (ar) الأنبياء
  2. Genèse 5,18
  3. a et b Ibn Kathir, Histoires des Prophètes (Qassas al-Anbiya'), traduction Ali Abboud, éd. Dar al-Kotob al-Ilmiyah, 2e éd. (2005), (ISBN 2-7451-3267-9), p. 74.
  4. Genèse 5,24
  5. Ecclésiastique 44,16
  6. Rapporté par Ka'b (Ibn Zuhayr?)
  7. Rapporté par Anas Ibn Malik dans le Sahih Muslim, Livre I, hadith n°309 et n°314.
  8. a, b et c Leila Azzam, Lives of the Prophets (La vie des prophètes).
  9. Tafsir du Coran de Ibn Kathir[réf. incomplète]
  10. Rapporté par Ibn Sa'd al-Baghdadi (784-845) dans Al-Tabaqat Al-Khoubra (Le livre des grandes classes) (1/1/16)
  11. Tafsir d'Ibn Kathir vol. 4 page 138.
  12. Voir aussi le tafsir du verset de la sourate Maryam (v. 56-57) dans Al-Bahr Al-Madîd Fî Tafsîr Al-Qurân Al-Majîd d'Ibn 'Ajîba Al-Hasanî.
  13. G. Vajda, Encyclopedia of Islam, Idris.
  14. Tabari (trad. Herman Zotenberg), La chronique, Histoire des prophètes et des rois, vol. I, Actes-Sud/Sindbad, coll. « Thésaurus »,‎ 2001 (ISBN 978-2742-733170), « De la création à David », p. 92
  15. Tabari, ibidem, p. 92-93
  16. Ibn Hibban (ar), Al-Birr wa al-Ihsân, chapitre du bien et du bon comportement, en citant le hadith n°362.
  17. Ibn Kathir, Histoires des Prophètes, p. 72.
  18. Châh Abdoul `Aziz Al-Mouhaddith Ad-Dhalawi, Touhfah Ithnâ Achariyah, (p. 144
  19. Encyclopedia Britannica (1911), vol. 26 p. 322.
  20. Récits et explications de l'histoire des prophètes de l'Ancien Testament narrées par les juifs de l'époque de Muhammad convertis à l'islam.
  21. Abdullah Yusuf Ali (en), The Holy Qur'an: Text, Translation and Commentary (en) Note n°2508.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Addas, article « Idrîs » in M. Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 410-413.