Agar (Bible)

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Agar (en hébreu : הָגָר - Hagar - Étrangère ; en arabe : هاجر - Hajar – qui a migré. La lettre J se prononce GUE en Égypte, c'est pour cela que l'on passe de Hajar à Agar) est un personnage de la Genèse. Elle est une servante égyptienne de Sarah, la femme d'Abraham. Elle est la mère d'Ismaël, un enfant que Sarah, qui est jusqu'alors stérile, a suggéré à Abraham d'avoir de sa servante.

Abraham recevant Agar.jpg
Abraham renvoyant Agar.jpg

Récit biblique[modifier | modifier le code]

Agar est une servante égyptienne de Sarah, femme d'Abraham. Sarah offre Agar à son époux car leur union est jusque-là stérile. Agar tombe enceinte et méprise dès lors Sarah, qui la maltraite en retour. Agar fuit dans le désert, où un ange la trouve, lui dit de rentrer et d'obéir à Sarah. Il lui prédit une descendance nombreuse et lui dit d'appeler son fils Ismaël car Dieu a entendu son humiliation[1]. Cette rencontre a lieu au puits Lakhaï-roï (« au vivant qui me voit »), entre Qadès et Béréd. Agar enfante Ismaël alors qu'Abraham a 86 ans[2].

Sarah donne finalement à Abraham un fils, Isaac. Ismaël et Isaac sont élevés ensemble. Mais Sarah demande à Abraham qu'Agar soit chassée avec son fils, car elle ne veut pas qu'Ismaël hérite avec Isaac. Agar et Ismaël, munis de pain et d'une outre d'eau qu'Abraham leur a donnés, errent dans le désert de Beer-Sheva. Lorsque l'outre est vide, Agar jette son enfant sous un arbuste et s'en éloigne pour ne pas assister à sa mort. Elle sanglote. À nouveau, Dieu entend et voit la détresse d'Agar, envoie son ange pour la rassurer, et lui fait voir un puits. Elle remplit l'outre pour son garçon. Ils s'installent au désert de Paran, et plus tard, elle le marie à une Égyptienne[3].

Dans la tradition islamique[modifier | modifier le code]

Agar, comme Sarah, n'est pas mentionnée directement par son nom dans le Coran, mais son histoire est plus détaillée dans la tradition musulmane, notamment dans la sourate IbrahimAbraham évoque une partie de sa descendance qu'il a établie en Arabie : « ô notre Seigneur, j’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée[4]. »[5]. Son nom en arabe viendrait de la contraction de ha ajruka qui signifierait Voici ta récompense[6].

Agar serait issue d'une noble famille égyptienne et serait de la descendance de Salih, un des prophètes cités par le Coran. Son père aurait été tué par un pharaon du nom de Dhu-l-`arsh, puis elle aurait été capturée et prise comme esclave. Plus tard, en raison de son sang royal, elle aurait été promue maîtresse des autres femmes esclaves du pharaon et aurait eu accès à toute sa richesse. Sarah, première épouse d'Abraham et réputée pour sa beauté, attire l'attention du pharaon, qui tente alors d'abuser d'elle. Dieu intervient et le pharaon, paralysé, ne parvient pas à la toucher. Il rend à Abraham son épouse et lui offre de nombreux présents, qu'Abraham refuse d'accepter. Alors il propose à Sarah de prendre une servante parmi les quatre cents jeunes filles de son royaume. Sarah choisira Agar suite à sa conversion à la foi d'Abraham. Elle l'apprécie dès leur première rencontre. Toutefois, un autre récit de la tradition islamique précise que c'est le pharaon qui suggéra à Abraham de prendre Agar car il croyait que celui-ci n'était pas marié, étant donné qu'Abraham avait présenté sa femme comme étant sa sœur et non pas son épouse[7].

Sarah qui était stérile, encouragea plus tard son mari à s'unir avec Agar pour avoir un enfant. Ils nommèrent ce fils Ismaël (arabe : إسماعيل, Isma`il). Selon Ibn `Abbas, sa naissance causa des différends entre Agar et Sarah, cette dernière étant alors encore stérile.

Exil dans le désert[modifier | modifier le code]

Abraham (ou Ibrahim en arabe) emmena Agar et son fils dans une région appelée Paran-aram (en arabe: Faran)[8]. « L'objectif de ce voyage était de réinstaller Agar ailleurs plutôt que de l'expulser[6] ». Abraham laissa Agar et Ismaël sous un arbre qui leur fournirait de l'eau[8]. Agar, apprenant que Dieu avait commandé à Abraham de la laisser dans le désert de Paran, respecta sa décision[7]. Les musulmans croient que Dieu commanda à Abraham de laisser Agar afin de tester son obéissance aux ordres de Dieu[9]. Cependant, bientôt, Agar viendra à manquer d'eau, et Ismaël, qui était encore bébé, commença à agoniser. Agar, selon la tradition islamique, fut prise de panique et erra dans le désert afin de trouver de l'eau. Elle escalada les deux montagnes voisines à plusieurs reprises dans le but de rechercher une personne susceptible de l'aider, ou d'apercevoir une caravane. Après qu'elle eut effectué ce parcours sept fois, une source miraculeuse, dont l'eau jaillit abondamment de la terre, apparut aux pieds de son bébé. Cette source, qui fut appelée le puits de Zamzam, est située à quelques mètres de la Kaaba dans la grande mosquée de la Mecque[8].

Peinture de Gheorghe Tattarescu (1870) représentant l'ange Gabriel apparaissant à Agar.

Ce périple qu'Agar dut endurer est reproduit chaque année par les pèlerins musulmans lors du Hajj à La Mecque au cours d'une journée spécifique entre Safâ et Marwah (saʿīy, سَعْيي, course; effort; recherche).

Les caravaniers, guidés par les oiseaux qui avaient repéré la source d'eau, vinrent à elle. Agar qui put profiter de la source et en devenir propriétaire, avait le droit de décider qui l'utilise et qui doit s'installer autour. La tradition raconte que c'est comme cela que la vallée aride commença à se peupler.

Abraham revint plus tard dans le désert d'Arabie pour rejoindre Agar et son fils Ismaël. Ils se rendirent sur les vestiges de la Kaaba, qui n'existait pas à cette époque, mais qui est considérée par les musulmans depuis une légende datant du XIVe siècle comme ayant été jadis bâtie par Adam lui-même mais qui fut détruite pendant le Déluge au temps de Noé. Abraham et Ismaël furent alors selon une légende du XIe siècle, chargés de reconstruire le sanctuaire afin de permettre aux croyants de venir y prier jusqu'à ce que la Mecque se reforme petit à petit.

Mahomet serait le descendant direct d'Ismaël[réf. souhaitée], fils d'Abraham et Agar, tandis que Moïse serait le descendant d'Isaac, fils d'Abraham et de Sarah. On trouve aussi dans l'encyclopédie Lisân al-`Arab[10] que l'une des plus vieilles tribus arabes porte le nom de Banou Hâjar, dont les descendants existent encore de nos jours.

Hajj[modifier | modifier le code]

L'histoire d'Agar se développa en un rituel musulman lors du pèlerinage à la Mecque et est plus connue sous le nom de sa`î (de l'arabe سَعِي, course, effort, recherche). Durant les deux pèlerinages musulmans (le hajj et la `oumra), les pèlerins se doivent de marcher entre les deux collines sept fois en mémoire du périple d'Agar, lorsqu'elle tenta de trouver l'eau pour son fils en courant entre les deux collines Safâ et Marwah à de multiples reprises. Le rite symbolise la célébration de la maternité dans l'islam.

Pour accomplir ce rite, les musulmans boivent du puits de Zamzam dont ils rapporteront souvent une partie de l'eau sacrée[11].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Christianisme[modifier | modifier le code]

Dans l'Épître aux Galates (Ga 4), Paul de Tarse se réfère au récit biblique comme à une allégorie, où Agar symboliserait l'Ancienne Alliance, celle de la Jérusalem terrestre vouée à la servitude, tandis que Sarah symboliserait la Nouvelle Alliance, celle de la Jérusalem céleste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En hébreu, ishma'-'êl signifie « Dieu entend »
  2. Gn 16
  3. Gn 21
  4. Coran 14:37
  5. Barbara Freyer Stowasser, Women in the Qur'an (Les femmes dans le Coran), Traditions et interprétation, Oxford University Press US, 1996, p. 47.
  6. a et b Fatani, Afnan H. (2006). Hajar. In Leaman, Oliver. The Qur'an: an encyclopedia. Great Britain: Routeledge. pp. 234–236
  7. a et b `Aishah `Abd al-Rahman, Anthony Calderbank (1999). Islam and the New Woman (ﺍﻹﺳﻼﻡ ﻭﺍﻟﻤﺮﺃﺓ ﺍﻟﺠﺪﻳﺪﺓ). Alif: Journal of Comparative Poetics (19): 200.
  8. a, b et c Firestone, Reuven (1992). Abraham's Journey to Mecca in Islamic Exegesis: A Form-Critical Study of a Tradition. Studia Islamica (76): 15–18.
  9. Schussman, Aviva (1998). "The Legitimacy and Nature of Mawid al-Nabī: (Analysis of a Fatwā)". Islamic Law and Society 5 (2): 218.
  10. Livre dans la langue arabe datant du XIIIe siècle écrit par Ibn Manzûr
  11. Delaney, Carol (August, 1990), The "hajj": Sacred and Secular. American Ethnologist 17 (3): 515.

Voir aussi[modifier | modifier le code]