Hypothèse documentaire

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L’hypothèse documentaire est une théorie qui affirme que les cinq premiers livres de l'Ancien Testament, formant le Pentateuque ou Torah (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), ont pour origine des documents provenant de quatre sources différentes : le document jahviste (source J), le document élohiste (source E), le document deutéronomiste (source D) et le document sacerdotal (source P pour prêtre). Cette hypothèse a été systématisée au XIXe siècle par l'exégète allemand Julius Wellhausen (1844-1918). Ce « système de Graf-Wellhausen » n'est pas la première hypothèse documentaire. Auparavant, Jean Astruc (1684-1766), puis Édouard Guillaume Eugène Reuss (1804-1891) l'avaient déjà formulée. Ce dernier avait eu l'idée que le Pentateuque aurait eu pour sources trois ou quatre documents dont il distinguait nettement, en 1839, la législation sacerdotale (Exode 25-40, Nombres 1-10, Lévitique et quelques textes narratifs).

Prolégomènes[modifier | modifier le code]

Karl Heinrich Graf (1815-1869), élève de Eugène Reuss, démontre que ni le Deutéronome, ni les livres prophétiques, ni les livres historiques (de Josué à 2Rois) ne connaissent la législation sacerdotale telle que rapportée dans la Torah. De ce fait, le document de législation sacerdotale est daté de l'époque post-exilique.

Elle est systématisée au XIXe siècle par l'exégète allemand Julius Wellhausen. Elle est abusivement retenue comme la première théorie contestant la rédaction du Pentateuque par Moïse. La théorie considère que l'élaboration du Tanakh est le produit de traditions théologiques antérieures et a commencé avant que le monothéisme ne soit réellement établi chez les Hébreux. Elle suppose des documents (d'où le nom) enchevêtrés ou juxtaposés dans la Torah actuelle.

La théorie de Wellhausen[modifier | modifier le code]

Selon cet exégète, chacun des documents reflète une évolution de la foi de ses rédacteurs. Dans sa théorie, il distingue :

  1. Le document jahviste (J), où le Dieu d'Israël est nommé YHWH. Sa fixation (orale ou écrite) aurait eu lieu à Jérusalem à la fin du Xe siècle av. J.-C., sous le règne de Salomon.
  2. Le document élohiste (E), où le Dieu d'Israël est nommé Elohim. Sa fixation aurait été faite dans le royaume d'Israël (royaume du Nord) à la fin du IXe ou au début du VIIIe siècles av. J.-C..
  3. L'histoire deutéronomiste (D) ou 2e loi, composé à Jérusalem (Royaume de Juda, au Sud) sous le règne du roi Josias.
  4. Le document sacerdotal (P pour prêtre) écrit pendant l'Exil à Babylone au VIe siècle av. J.-C. ou peu après, et présente la restauration.

Wellhausen enquête autour de diverses thématiques :

  • le lieu de culte,
  • les sacrifices,
  • les fêtes,
  • le clergé,
  • la dîme.

Il conclut que chacune de ces institutions connaît un même mouvement caractérisé par un pluralisme, suivi par une centralisation et s'achevant par une ritualisation.

Dimension idéologique du travail de Wellhausen[modifier | modifier le code]

Présentation stemmatique de l'hypothèse documentaire ;
* contient l'essentiel du Lévitique ; † contient l'essentiel du Deutéronome ; ǂ contient les livres de Josué, des Juges, de Samuel (I et II), des Rois (I et II)

Wellhausen préfère la période monarchique, celle du document J (parfois nommé aussi JE). Ses successeurs y voient à la fois une conséquence du romantisme allemand mais suggèrent aussi que son admiration pour le Kaiser a peut-être quelque chose à voir dans ce goût si l'on considère que Julius Wellhausen écrivait vers 1871, c'est-à-dire à l'époque où Bismarck unifiait l'empire allemand. Toutefois, après la monarchie, Wellhausen ne voit que décadence et dégénérescence qui culminent à l'époque post-exilique. Ce type de problématique amena Wellhausen à démissionner de la faculté de théologie de l'université de Göttingen et à enseigner la philologie sémitique à la faculté de lettres[réf. nécessaire].

Évolution de la théorie[modifier | modifier le code]

Hermann Gunkel[modifier | modifier le code]

La théorie de Graff-Wellhausen est bien évidemment débattue et en particulier se pose la question des origines de chacun des documents - les auteurs sont ils des inventeurs, des rédacteurs ou encore des collecteurs ? Ces questionnements sont un ferment d'évolution de la théorie et notamment pour Hermann Gunkel (1862-1932). Influencé par l'école de l'histoire des religions et par l'essor de l'archéologie mésopotamienne et assyrienne - c'est à cette époque que l'épopée de Gilgamesh est découverte et traduite - Gunkel voit dans la Genèse, dont il a écrit un commentaire célèbre, une collection de légendes qui se seraient formée au fur et à mesure du temps à partir de récits indépendants s'étoffant petit à petit et agrégeant éventuellement des traditions orales. Il est aussi considéré comme l'un des fondateurs de l'école de l'histoire des formes selon laquelle la forme d'un texte rend compte de la situation de communication et du contexte sociologique dans lequel il est produit.

Martin Noth[modifier | modifier le code]

Article détaillé : histoire deutéronomiste.

Martin Noth (1902-1968) se pose la question de l'étendue des sources : Pentateuque, Hexateuque ou Tétrateuque ?

Gerhard von Rad[modifier | modifier le code]

Avec Gerhard von Rad (1901-1971), l'hypothèse documentaire trouve sa forme canonique, celle qui rendra le mieux compte de la formation du Pentateuque jusque dans les années 1970. Selon Rad, le Pentateuque est en fait un Hexateuque sur le plan de sa structure dans lequel le Jahviste envisage une histoire du salut à partir du petit credo initial en Deutéronome 26, 5-9.

  • Le Jahviste considère (Genèse 12, 1-3) que l'empire salomonien constitue l'aboutissement des promesses et du projet de YHWH.
  • L'idéologie du Jahviste dit que la promesse faite à Abraham concerne la Grande Nation, la bénédiction et la possession du pays tel que réalisée sous le règne de Salomon
  • Le Grand Nom (Genèse 12, 2) est celui accordé à David en 2 Samuel 7,9.

Rad estime nécessaire d'entreprendre le même travail sur les autres sources. La ligne directrice de Rad est proche de la théologie dialectique sous l'influence de Karl Barth

Aux alentours de 1960, l'hypothèse documentaire s'énonce sous une forme différente de celle de ses débuts et plutôt comme ceci :

Source documentaire Date Étendue Textes clefs Théologie
Document J 930 (époque de Salomon) De Genèse 2,4 à Josué 24 (alternative : fin perdue) Genèse 12, 1-3 ; Exode 19, 3 et suivants Justification de l'empire davidique ; Dieu accomplit ses promesses et accompagne l'homme.
Document E 850-750 De Genèse 15 à ? (en discussion) Genèse 20-22 La crainte de Dieu entraîne un comportement éthique. Cette rédaction est proche des livres prophétiques.
Document D 750-620 Deutéronome 5-30 Deutéronome 6, 4-3 Théologie de l'Alliance, du Dieu unique, du monothéisme exclusif
Document P 550 Genèse 1 à Deutéronome 34 (alternative : fin en Josué) Genèse 1, Genèse 17, Exode 6 Souveraineté et sainteté de YHWH, importance des institutions, médiation sacerdotale

Postérité[modifier | modifier le code]

Des recherches publiées autour de 1975 ont contesté l'hypothèse documentaire. Ce sont les ouvrages suivants, qui ont redonné du dynamisme à l'hypothèse des fragments :

  • John Van Seters, Abraham in Tradition and History New Haven/London 1975 (« Abraham dans la tradition et dans l'histoire »).
  • Hans Heinrich Schmid, Le soi-disant yahwiste.
  • Rolf Rendtorff, Das überlieferungsgechichtliche Problem des Pentateuch Berlin, 1975 (« Le problème de la transmission des traditions du Pentateuque »).

La théorie renaît aujourd'hui sous la forme d'une nouvelle théorie documentaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

Portant sur des recherches récentes :

  • Römer, Thomas (dir.), Introduction à l'Ancien Testament, Éd. Labor et Fides, 2004
  • Pierre Haudebert (dir.), Le Pentateuque, Débats et Recherche, synthèse du XIVe Congrès de l'ACFEB (Angers, 1991), CERF, 1992.
  • Jean-Louis Ska (s.j.), Introduction à la lecture du Pentateuque, Éd. Lessius, 2000
  • Albert de Pury et Thomas Römer, Le Pentateuque en questions, Labor & Fides, Genève, 1989.
  • Albert de Pury, Thomas Römer et Jean-Daniel Macchi, Israël construit son histoire, Labor & Fides, Genève, 1996.
  • André Paul, Et l'homme créa la Bible, Bayard, 2000.

En anglais[modifier | modifier le code]

Aspects archéologiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]