Histoire de la République tchèque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Armes de la présidence de la République tchèque, entrecroisant le lion tchèque, les aigles morave et silésien. La devise du pays est inscrite en dessous : « la vérité vaincra ».

Cet article sur l'histoire de la République tchèque vise à couvrir l'histoire du territoire appartenant aujourd'hui à la République tchèque, mais qui a existé autrefois sous d'autres noms - Bohême ou Bohême-Moravie, Pays de la couronne tchèque - dans des frontières qui sont à peu près celles du pays actuel.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Le territoire de l'actuelle République tchèque est habité par des humains depuis la Préhistoire : des objets datant de l'âge de pierre ont été trouvés lors de fouilles.

Depuis au moins 3000 ans avant J.-C., les Proto-Celtes sont implantés en Bohême, où ils ont défriché une partie de la vaste forêt hercynienne. Le peuple celte des Boïens (latinisé en Boii) a donné son nom à la région (Boiohaemum en latin).

À partir de la Pannonie (actuelle Hongrie), les Romains sont remontés jusqu'en Moravie. Des traces de leur passage et campement ont notamment été découvertes à Olomouc.

Les tribus germaniques s'installent sur le territoire à partir du premier millénaire.

Les grandes migrations[modifier | modifier le code]

Ce que les Français en particulier et les Européens de l'Ouest en général appellent les grandes invasions, est nommé le « déménagement des nations » dans les manuels d'histoire tchèques (et allemands).

Les Slaves arrivent dans la région actuelle de la Tchéquie au Ve siècle. Des sources mentionnent une union des tribus slaves entre 623 et 659 sous la direction du marchand franc Samo.

À la fin du VIIIe siècle se constitue la principauté de Grande-Moravie qui marque le départ de l'histoire slave avec l'arrivée des moines missionnaires byzantins Cyrille et Méthode qui évangélisent la région et donnent aux peuples slaves l'alphabet glagolitique.

Les origines de l'État tchèque[modifier | modifier le code]

La Grande-Moravie est envahie en 907 par les Hongrois, les Tchèques restant autonomes, cela marquera pour le millénaire à venir le destin séparé des nations tchèque et slovaque, celle-ci restant sous le joug hongrois, celle-là passant progressivement sous la domination allemande après une période d'autonomie.

Au Xe siècle, l'État tchèque se constitue sous la dynastie des Przemysl. C'est aussi l'époque des premiers textes écrits. Le premier Przemysl dont le règne est historiquement prouvé est Borivoj. Il possédait un petit territoire situé vers l'aval de laú Vltava. En Moravie, avec sa femme Ludmila, il adopte la religion catholique qu'il entreprend de diffuser dans le pays dès son retour en Bohème. Il construit des édifices religieux importants comme l'église de Levy Hradec. Grâce au christianisme le pays devenait plus important. Les moines et les prêtres, qui savaient lire et écrire, apportaient les premiers livres. Les églises importantes furent construites avec en plus un petit atelier où l'on fabriquait les livres, à la main. Les scribes commencent à recopier les textes avec une plume d'oie sur des supports en parchemin. Les livres étaient remplis d'illustrations superbes et avaient souvent servi à répandre une religion. Ensuite débutaient d'autres genres, comme les biographies des saints ou les chroniques témoignant des évènements importants et les actions remarquables des gouverneurs de l'époque, etc. En 924, le prince Venceslas de Bohême prend le pouvoir avant d'être assassiné en 935 par son frère Boleslav et d'être béatifié. Saint Venceslas est le saint patron de la Bohême. La ville de Prague devient le centre du pouvoir et un évêché y est instauré en 973.

En 1085, le prince Vratislav II Przemysl est élevé au rang de roi de Bohême, la couronne tchèque ne devient héréditaire qu'avec Vladislav II Przemysl en 1158. L'urbanisation du royaume commence avec la fondation de villes comme Brno, Znojmo ou Poděbrady. Avec l'assassinat du roi Venceslas III Przemysl en 1306, la dynastie prend fin.

Le Royaume de Bohême fait alors partie du Saint-Empire romain germanique et le roi de Bohême est l'un des sept Princes-Électeurs.

fresque de l'hôtel de ville de Cologne représentant Charles IV

En 1310, Élisabeth de Bohême, fille du roi Venceslas II, et héritière du trône de Bohême, épouse Jean de Luxembourg. Leur fils Charles devient roi de Bohême en 1346 et empereur du Saint-Empire romain germanique en 1355, date qui marque le début d’un âge d'or en Bohême. L’Université de Prague (Universitas Pragensis en latin), la première université d’Europe centrale fut fondée en 1347. Prague devient la capitale du Saint-Empire et Charles IV entreprend de l'embellir : le pont Charles, en pierre, remplace un pont de bois entre Malá Strana et la Vieille-Ville de Prague, la Nouvelle-Ville double la superficie de la ville, le Château de Prague se couvre de nouveaux édifices avec, entre autres, la cathédrale Saint-Guy en faisant appel à l'architecte Mathieu d’Arras. Au sud de Prague, Charles fait édifier le château-fort de Karlštejn, bijou de l'architecture fortifiée gothique. Avec ses 40 000 habitants, Prague est alors l'une des villes européennes les plus importantes.

L'organisation du royaume de Bohême[modifier | modifier le code]

Le principe slave de la répartition du pouvoir entre tous les membres de la famille régnante, la couronne revenant au plus âgé, tandis que les autres se partagent en apanage les terres de la Moravie, disparaît en 1198. L’administration du territoire est confiée à des comtes (comes, župan) nommés par le roi et auxquels, à partir du XIIIe siècle, viennent s’adjoindre des « officiers royaux » pour les seconder. Le pouvoir politique appartient non seulement au roi, mais aussi à la nation, c’est-à-dire aux classes privilégiées qui s’expriment par la diète (Landstag), constituée de représentants des ordres (Stände) au nombre de quatre : L’ordre des prélats (Prälatenstand) qui ne concerne que le haut clergé (l’archevêque de Prague, les suffragants d’Olomouc et de Litomerice, les abbés et les prieurs des collégiales) ; l’ordre des seigneurs (Herrenstand), formé d’une vingtaine de grandes familles tchèques, allemandes ou étrangères liées à la dynastie et qui fondent leur puissance sur la grande propriété terrienne ; la petite noblesse composée de gentilshommes et de chevaliers (Ritterstand), gens de guerre à la tête de petits domaines ; l’ordre des villes s’administrant elles-mêmes. Jusqu’en 1618, ses ordres — à l’exclusion du Prälatenstand écarté lors des guerres hussites — ont le privilège de l’élection du roi et de la nomination des grands officiers. La diète se réunit chaque année au Hradčany (le plus ancien château de Prague) en novembre ou en décembre. Elle est présidée par des commissaires royaux et le souverain n’y apparaît qu’exceptionnellement à partir du XIVe siècle. Elle règle les problèmes financiers (impôts), militaires (levées de troupes), économique (entretien des voies de communication) ou religieux.

La période des conflits religieux[modifier | modifier le code]

Les Hussites[modifier | modifier le code]

Monument à Jan Hus sur la place de la Vieille-Ville de Prague. Le réformateur religieux (au centre) y symbolise l'intégrité morale, les groupes qui l'entourent les gloires et les souffrances du peuple tchèque

Le mouvement hussite (1402-1485) était aussi bien un mouvement nationaliste que religieux. En tant que mouvement religieux réformateur, il représente une concurrence à l'autorité de la papauté et une affirmation de l'autonomie nationale dans les affaires ecclésiastiques. En tant que mouvement nationaliste tchèque, il a des implications anti-allemandes et anti-impériales et peut donc être considéré comme l'une des manifestations du long conflit germano-tchèque. Enfin, le mouvement hussite est vu par beaucoup de Tchèques comme une partie du mouvement mondial de la Réforme.

À la mort de Charles IV en 1378, son fils Venceslas IV devient roi de Bohême et empereur du Saint-Empire romain germanique. C'est à cette époque, marquée en Europe par la papauté d'Avignon et l'anarchie régnant dans le Saint Empire, que commence l'histoire du mouvement hussite.

À Prague, Conrad Waldhauser prêche en faveur d'une réforme de l'Église et contre ses excès. Jan Hus, le recteur de l'université Charles suit son exemple. Ses prêches qui préfigurent les thèses protestantes de Martin Luther et Jean Calvin provoquent l'ire de la hiérarchie catholique mais rencontrent un large écho dans le public. Jan Hus est convoqué en 1414 au concile de Constance, il s'y rend avec l'intention de défendre ses thèses mais sera condamné comme hérétique et à être brûlé vif.

La révolution hussite est en route, ce qui va provoquer une guerre fratricide et quinze années de malheurs dans une Bohême fanatisée entre les Hussites, partisans des thèses de Jan Hus, et les Catholiques. Elle donne lieu à la première défenestration de Prague. Le concile de Bâle met un terme aux guerres hussites, et garantit une certaine tolérance doctrinale à l'aile modérée du mouvement hussite (ce qui a entraîné la guerre avec les Taborites) qui se convertiront au protestantisme au moment de la Réforme.

En 1458, le gouverneur Georges de Podiebrady est élu par la diète roi de Bohême, à la suite du décès de Ladislas Ier de Bohême. À sa mort, la couronne passe à la dynastie lituano-polonaise des Jagellon puis en 1526 à celle des Habsbourg.

La Guerre de Trente Ans[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Trente Ans.
La seconde défenestration de Prague, gravure de Matthäus Merian (1662)

Sous le règne de Rodolphe II, Prague redevient un centre culturel de premier plan mais à sa mort, les tensions entre les communautés catholique et protestante escaladent et explosent au moment où la diète des États tchèques s'oppose au roi Matthias Ier qui a succédé à son frère.

La défenestration par des nobles tchèques, le , des gouverneurs impériaux Wilhelm Slavata, Jaroslav Martinic et de leur servant, Fabricius, (ils s'en tireront tous indemnes, un tas de fumier amortissant leurs chutes) marque le début de la guerre de Trente Ans. Le , la diète des États tchèques élit comme roi le Prince-électeur Frédéric V du Palatinat (Frédéric II de Bohême) au lieu de Ferdinand II désigné par Matthias comme son héritier.

Les armées de la Ligue catholique, levées par Ferdinand II s'opposent le a celles de Frédéric II au lieu-dit la Montagne Blanche. La défaite des armées tchèques et protestantes marque la mise sous tutelle définitive du royaume de Bohême aux Habsbourg. La noblesse tchèque (largement protestante) est décimée, ses propriétés réparties entre les généraux vainqueurs (Bucquoy, Tilly, Wallenstein). Certains préferent l'exil, comme Jan Amos Komenský, l'une des grandes figures de l'Église protestante tchèque (dite fraternelle).

La Bohême, à 90 % protestante, est alors massivement convertie (souvent de force) au catholicisme dans le mouvement de la Contre-Réforme, lequel aura pour conséquence de parsemer Prague d'églises baroques et la campagne tchèque de monastères.

Les Tchèques doivent attendre les réformes de Joseph II pour bénéficier de l'édit de Tolérance religieuse. Une chaire en tchèque est alors créé à l'Université Charles.

La renaissance nationale tchèque au sein de l'Empire d'Autriche (1848-1918)[modifier | modifier le code]

Après une longue période de domination autrichienne, la nationalité tchèque n'existait plus qu'au travers de la perpétuation de la langue et de la culture tchèques à la campagne. En parallèle à la Contre-Réforme catholique, une germanisation de la société a lieu. En réaction, à partir de la Révolution française et surtout à partir du Printemps des Révolutions de 1848, une renaissance nationale tchèque prend forme. La langue tchèque est purifiée des germanismes qu'elle avait naturellement adopté tout au long de la coexistence avec la minorité allemande, sous l'influence, entre autres, de František Palacký.

La tâche à accomplir par les guides de la renaissance nationale au début du XIXe siècle était difficile : faire revivre la langue tchèque qui était en train de perdre son combat avec l'allemand majoritaire. Il fallait créer un vocabulaire scientifique, une classe d'intellectuels, soutenir la culture tchèque, les sciences, les arts, et aussi l'industrie tchèque.

Les acteurs de la renaissance nationale se sont appuyés sur la solidarité slave, tout particulièrement avec la Russie, et l'histoire, avec le rappel des grands moments de l'histoire tchèque. Progressivement, les exigences culturelles de la nation tchèque cédèrent la place aux exigences politiques : l'égalité des droits de la langue tchèque avec ceux de la langue allemande, la reconnaissance institutionnelle et le renforcement de l'unité des pays de la Couronne de Bohême ou la décentralisation locale.

Le système rigide de la Sainte-Alliance, refusant toute réforme, ignorant les demandes de libéralisation et de démocratisation de la société, fit éclater en 1848 des révolutions dans toute l'Europe. Au cours de la même année se soulevèrent Palerme, Naples, Paris, Milan, Prague, Vienne et toute la Hongrie. En Allemagne, le parlement provisoire se réunit pour discuter de l'unification de l'Allemagne. Il avait à décider entre deux conceptions d'unification – une petite ou une grande Allemagne, choix qui concernait également les intérêts de la nation tchèque.

Au mois de mars 1848, le chancelier Metternich dut démissionner. Un mois plus tard était proclamée la première Constitution autrichienne, la « Constitution d'avril ». L'Autriche fut saisie d'une vague de révoltes – à Vienne, en Hongrie, dans la partie autrichienne de l'Italie. Finalement la monarchie fut sauvée par l'armée et par ses généraux – Radecký en Italie, Windischgrätz à Prague, Jelačič en Hongrie. Le parlement, qui devait discuter de la libéralisation dans les pays tchèques, se réunit à Vienne puis, du fait de la révolution, se déplaça en Moravie, à Kroměříž. Les députés représentants les nations slaves faisaient face aux exigences des libéraux allemands qui demandaient l'intégration de l'Autriche dans l'Allemagne suivant l'idée d'une Grande Allemagne. Les députés tchèques František Palacký et František Ladislav Rieger défendaient la politique de l'austroslavisme, d'une Autriche forte et indépendante, fédéralisée et organisée sur la base de l'égalité des nations. Dans le cas de l'intégration de l'Autriche dans l'Allemagne réunifiée, ils craignaient la dissolution de la nation tchèque dans une « mer allemande ».

Le 2 décembre 1848, après que la plus grosse vague révolutionnaire se fut un peu calmée, Ferdinand Ier, surnommé « le Bon » par les Tchèques, abdiqua. François Josef Ier, son neveu, qui ne portait pas le poids des promesses « irréalisables » de la période révolutionnaire, monta sur le trône à la place de l'empereur faible d'esprit. Le nouveau souverain chargea l'armée de disperser le parlement réuni à Kroměříž où il préparait une constitution. En décembre 1851, par décision de l'empereur, la constitution fut suspendue. De la révolution de 1848, il ne resta plus que l'égalité devant la loi, l'abolition du servage, la liberté religieuse et, dans une certaine mesure, la décentralisation locale.

Les années 1850 ont été marquées par l'absolutisme de Bach, d'après le nom du principal représentant du gouvernement, le ministre Alexander von Bach. L'époque fut caractérisée par une limitation des droits politiques, la centralisation du système administratif et le favoritisme vis-à-vis de l'Église catholique à la suite de l'accord avec le Vatican en 1855. D'un autre côté, l'État s'efforçait de soutenir le développement industriel et commercial. Le régime fut obligé de procéder à des réformes en raison de la débâcle en Italie du Nord. Il avait échoué parce qu'il n'était pas suffisamment fort pour empêcher l'unification progressive de l'Italie. Les défaites de Magenta et de Solferino ainsi que l'état catastrophique des finances forcèrent les représentants du pouvoir à appeler les représentants de la bourgeoisie à prendre part aux décisions. L'Autriche absolutiste se transforma définitivement en monarchie constitutionnelle. Mais la constitution de février fut de nouveau déclarée par octroi. Comme les deux précédentes, elle ne fut pas approuvée par les députés élus. Elle apporta toutefois un certain renouveau dans la vie politique en Autriche. Le Conseil d'empire ainsi créé comprenait deux chambres : celle de l'aristocratie et la Chambre des députés. Les nations de la monarchie obtinrent la possibilité de défendre leurs intérêts. Le Programme national tchèque entendait obtenir l'égalité nationale, des droits civiques et une large décentralisation. En Bohême, le nombre d'associations passe de 466 à 4 476 entre 1856 et 1876[1]. En 1862, le Sokol voit le jour.

L'Autriche s'efforçait toujours de mettre en œuvre l'idée d'une unification allemande, ce qui conduisit à une rivalité avec la Prusse, puis, logiquement, à la guerre. La bataille de Sadowa, près de Hradec Králové en 1866 fut remportée par la Prusse. En dehors des retombées internationales, comme le retrait de l'Autriche d'Italie et d'Allemagne, la guerre perdue eut de graves conséquences en politique intérieure. Il en résulta « le règlement austro-hongrois ». L'empire fut divisé en deux parties : la Cisleithanie autrichienne et la Transleithanie hongroise, deux parties où le pouvoir décisionnel revenait respectivement aux Allemands d'une part et aux Hongrois d'autre part. Les deux parties étaient liées par la personne du souverain ainsi que par le domaine commun des affaires militaires, internationales et financières.

La constitution de décembre 1867 laissa au souverain une position forte : sacré, intouchable et n'ayant de compte à rendre à personne avec le droit d'émettre des décrets lorsque le Conseil d'empire ne siégeait pas. Au début, le droit de vote n'était ni général ni égal. Le droit de vote universel pour les hommes n'a été appliqué pour la première fois aux élections parlementaires qu'en 1907.

Le règlement austro-hongrois avait oublié les revendications tchèques. En réaction, de grands rassemblements populaires furent organisés dans des lieux de mémoire liés à l'histoire tchèque – Říp, Vítkov, Blaník. En 1871, les représentants tchèques négocièrent avec le gouvernement autrichien des « articles fondamentaux ». Il s'agissait d'un projet de règlement tchéco-autrichien, mais dans une union plus étroite que celle existant entre la Hongrie et l'Autriche. Les compétences du parlement tchèque furent renforcées, un gouvernement local instauré et le royaume partagé en deux parties, tchèque et allemande. Le projet se heurta au refus des Allemands de Bohême et au vif mécontentement des Hongrois. Le gouvernement tomba et le règlement tchéco-autrichien avec lui. L'échec des négociations amena les partis politiques tchèques à poursuivre dans leur opposition passive en refusant de participer aux travaux du parlement local et du Conseil d'empire.

La politique d'opposition passive prit fin en 1878, quand les partis politiques réalisèrent qu'en participant aux décisions, ils gagneraient davantage qu'en s'abstenant. La nouvelle approche sous forme de faibles concessions de la part de l'État fut appelée, avec mépris, la « politique des miettes ». C'est František Ladislav Rieger qui lança cette expression malheureuse quand il voulut mettre l'accent sur les apports et les bénéfices de la politique active des partis tchèques. Il s'agissait par exemple de la scission de l'Université de Prague en une Université Charles tchèque et une Université Ferdinand allemande, de l'émission de réglementations linguistiques qui permettaient d'utiliser la langue tchèque pour communiquer avec l'administration, etc. La représentation tchèque, à l'origine unie, se divisa en deux courants : les Vieux-tchèques plus conservateurs et les Jeunes-tchèques plus radicaux. La dernière tentative d'un règlement tchéco-hongrois, lancée par les Vieux-tchèques en 1890, échoua du fait du refus catégorique des Jeunes-tchèques et du manque d'intérêt de la population.

Manifestation pour le droit de vote place de la Vieille-ville à Prague 28 novembre 1905.

Au fil du temps, les relations entre les Tchèques et les Allemands se détériorèrent de plus en plus. Les Allemands représentaient environ un tiers de la population en Bohême et en Moravie. Dans certaines régions, tout particulièrement dans les régions frontalières, les Sudètes, ils formaient même une majorité homogène. Les Tchèques voulaient maintenir l'indivisibilité du pays et obtenir l'utilisation de la langue tchèque aussi bien dans les rapports de la population avec l'administration, mais aussi entre les administrations elles-mêmes. Les Allemands, en revanche, s'efforçaient de créer un territoire allemand autonome en Bohême et à diviser toute l'administration en institutions tchèque et allemande tout en gardant l'allemand comme langue officielle. Les conflits virent le jour en raison de l'incompatibilité des revendications des deux partis. Après le boycott du travail du parlement national par les Allemands de Bohême et l'aggravation des problèmes financiers du pays, la gestion décentralisée en Bohême fut suspendue par des décrets impériaux en 1913. La gestion du pays fut attribuée, de manière anticonstitutionnelle, à une commission administrative.

L'industrie se développe et la Bohême devient le bassin industriel de l'Empire austro-hongrois. Le développement industriel et commercial se reflète dans celui de l'éducation, de la culture et du sentiment (voir ressentiment) national tchèque. Les premiers journaux tchèques sont publiés à partir de 1869, des théâtres jouant en tchèque voient le jour ; en 1882, l'Université Charles est scindée en deux entités : une tchèque et une allemande. En 1883, le Théâtre national tchèque est édifié sur la rive droite de la Vltava. On y joue la symphonie Má Vlast (Ma Patrie) de Bedřich Smetana et on ne peut comprendre les accords du poème symphonique Vltava (la rivière qui traverse la Bohême) sans imaginer qu'il est aussi un chant patriotique.

C'est une période d'intense compétition tant industrielle que culturelle entre les citoyens tchèques légèrement revanchards et les ressortissants allemands. Ces derniers construisent le Neuer Deutscher Theater (aujourd'hui Opéra d'État) pour damer le pion aux efforts tchèques au Théâtre national (tchèque) ; quand le Musée national (tchèque) est érigé sur le haut de la place Venceslas, les Allemands réagissent de même.

Dès lors que l'Empire est affaibli politiquement et défait militairement au sortir de la Première Guerre mondiale, les Tchèques sont prêts à prendre et leur revanche et leur indépendance : le , le Conseil national tchèque annonce la création d’un État tchécoslovaque indépendant.

L'armée et certaines structures économiques (dont la Legiobanka) se construisent à partir des anciennes légions tchécoslovaques.

La Tchéquie au sein de la Tchécoslovaquie (1918-1992)[modifier | modifier le code]

La première République tchécoslovaque (1918-1939)[modifier | modifier le code]

Rassemblement Place Venceslas le 28 octobre 1918

En 1919, le traité de Saint-Germain-en-Laye établit le dépecage de l'Autriche-Hongrie et valide la création, en octobre 1918, de la Première République tchécoslovaque, sur une base nationale promue par le Tchèque Tomáš Masaryk et le Slovaque Milan Rastislav Štefánik. Les Tchèques et les Slovaques pris ensemble représentent 50 % de la population totale, aux côtés des Allemands (Sudètes), des Ukrainiens, des Polonais et des Hongrois (sans compter les minorités juives souvent germanophones et les Roms). En fait, aucune nation n'est réellement majoritaire sur « son » propre territoire et les premières années de la Tchécoslovaquie indépendante sont marquées par de fortes tensions nationalistes qui minent la vie politique.

La minorité allemande n'est pas invitée à participer à l'élaboration de la constitution de la nouvelle république. Adoptée en 1920, celle-ci prône l'irrédentisme avec l'Allemagne.

Les premières élections se déroulent le et, jusqu’à l'annexion allemande de 1938-1939, les populations de la République Tchécoslovaque seront invitées à participer aux différents scrutins en respectant le calendrier prévu par la Constitution.

L'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933 et l'Anschluss avec l'Autriche en 1938 fait craindre que la Tchécoslovaquie, avec ses trois millions d'Allemands des Sudètes concentrés sur les marges du pays bordant le Reich et menés par le Parti allemand des Sudètes, le parti autonomiste de Konrad Henlein, ne soit la prochaine sur la liste. Hitler demande la rétrocession des Sudètes et obtient gain de cause lors des Accords de Munich : le , les Sudètes sont occupés. Le , c'est toute la partie tchèque qui est occupée (la Propagande nazie appelle cela "Zerschlagung der Rest-Tschechei" = démantèlement du reste de la Tchécoslovaquie) et devient le protectorat de Bohême-Moravie alors que la République slovaque déclare son autonomie sous la houlette de Mgr Tiso et que l'extrémité orientale de la République est occupée par la Hongrie de l'amiral Horthy. La France n'est pas intervenue pour défendre le pays, malgré des accords de défense mutuels.

C'est la fin d'une période qui, en dépit des incessants problèmes politiques (tensions nationalistes à l'intérieur, menace bolchévique aux marches orientales) et économiques (crise de 1929), est perçue comme un âge d'or par les Tchèques.

La seconde République tchécoslovaque et la fédéralisation (1945-1992)[modifier | modifier le code]

Le maréchal Ivan Koniev lors de la libération de Prague, en mai 1945.

En mai 1945, la République tchécoslovaque est rétablie dans ses frontières initiales (les Sudètes sont réintégrées) à l'exception de la partie ukrainienne (annexée en 1938 par la Hongrie) qui est absorbée par l'Union soviétique.

Le président Edvard Beneš émet les décrets Beneš qui, en application de la conférence de Potsdam, expulsent du territoire tchécoslovaque les minorités allemandes et hongroises et confisquent leurs biens - en échange de quoi, l'État tchèque ne réclame pas de dommages de guerre à l'Allemagne vaincue. Ceci aura une incidence après la chute du régime communiste, le nouvel État démocratique décidant de restituer les biens confisqués en 1948 par les seuls communistes, considérant que (légaux ou non) les décrets Beneš ont été le fait d'un gouvernement démocratiquement élu et qu'il n'est pas nécessaire de les « réviser ». Cette décision sera contestée par les Allemands originaires des Sudètes, forts actifs politiquement en Bavière notamment, mais ne sera pas rouverte par l'Allemagne.

La période communiste[modifier | modifier le code]

En février 1948, les communistes prennent le pouvoir. Klement Gottwald institue sur le modèle stalinien un culte de la personnalité, personnalité non-dénuée de paranoïa comme son illustre mentor et instaure un régime de terreur sous la férule de la Sécurité d'État tchécoslovaque, comme l'atteste l'élimination des opposants démocrates comme Milada Horáková en 1950 ou les procès de Prague en 1952 qui visent l'élimination de communistes de la première heure comme Rudolf Slánský, secrétaire général du parti communiste tchécoslovaque. Clin d’œil de l'histoire, Gottwald prend froid lors des funérailles de Joseph Staline et décède peu de temps après lui.

Débarrassée des tensions nationalistes avec les minorités allemande et hongroise, la Tchécoslovaquie se divise bientôt et le fossé qui sépare les Tchèques des Slovaques ne cesse de s'élargir. C'est la fédéralisation croissante de la République (un parlement tchèque, un parlement slovaque et un parlement fédéral tchécoslovaque, un exécutif tchèque, un exécutif slovaque, un exécutif fédéral, et plus important que tout, dans un pays du bloc communiste : un Parti communiste tchèque, un Parti communiste slovaque, etc.) et la « guerre du trait d'union » qui illustre la division des deux entités nationales : il est désormais séant d'écrire tchéco-slovaque et Tchéco-Slovaquie.

Le Printemps de Prague, à partir de janvier 1968, tente d'établir un Socialisme à visage humain, expérience qui se termine par l'invasion des armées du Pacte de Varsovie à l'exception de celles de la Roumanie, en août de la même année. Commence alors ce que les Tchèques appellent la Normalisation : un État policier, une Sécurité intérieure toute puissante, une chasse aux dissidents de tous les instants. La seule concession aux idées du Printemps de Prague est la transformation, en janvier 1969, de la République socialiste tchécoslovaque en État fédéral, composé de deux républiques autonomes, la République socialiste tchèque et la République socialiste slovaque.

Contrairement à la Pologne où l'Église catholique romaine joue un rôle de premier plan, ce sont les intellectuels qui s'engagent à Prague pour une société plus juste et plus démocratique. Le Manifeste des 2000 mots et la Charte 77 reflètent cet engagement.

Lorsqu'en novembre 1989, les étudiants manifestent pour la démocratie, c'est un parti communiste fossilisé, déjà tombé dans la plupart des « pays frères » (Pologne, Hongrie, RDA) qui lance sa police a l'assaut des étudiants. On ne déplore heureusement aucune victime et la mobilisation citoyenne massive et pacifiste assurera une transition politique en douceur, en une Révolution de Velours.

La République tchèque indépendante (1993)[modifier | modifier le code]

Le Divorce de velours[modifier | modifier le code]

Préparée, comme on l'a vu, dès la période totalitaire, la séparation des Républiques tchèque et slovaque est une formalité négociée dès l'issue des premières élections démocratiques entre les deux premiers ministres Václav Klaus et Vladimír Mečiar. Les actifs et les dettes de l'État fédéral sont divisés selon des règles simples : soit en fonction de leur localisation géographique (en Tchéquie ou en Slovaquie), soit en fonction du ratio 2/3 (pour la partie tchèque) 1/3 (pour la partie slovaque). La dissolution de la République fédérale tchèque et slovaque est effective au .

L'intégration à l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Approuvé par référendum en 2003, l'entrée de la République tchèque dans l'Union européenne, entérinée par le Traité d'Athènes du , est entrée en vigueur le .

La chambre des députés a approuvé le traité de Lisbonne le , traité qui a été ratifié par le Président tchèque, Vaclav Klaus, le .

La République tchèque ne participe pas au mécanisme de taux de change européen et peut encore à tout moment décider seule d’un changement de son taux de change, dans les limites fixées par le traité d'adhésion. L'adoption de l'euro, fait l'objet de discussions parlementaires. Initialement prévu pour 2009 ou 2010, la date la plus probable est 2018, au plus tôt.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rick Fawn et Jiří Hochman, Historical dictionary of the Czech State, Scarecrow Press, Lanham, Md., Toronto, Plymouth, 2010 (2e éd.), LXXIV-354 p. (ISBN 978-0-8108-5648-6)
  • (fr) Lara Van Dievoet, Fédéralisme bipolaire et séparatisme : la séparation tchécoslovaque : un modèle pour la Belgique? Analyse comparée des cas belge et tchécoslovaque, Éditeur Louvain-la-Neuve : UCL, 2007.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :