Traité de Saint-Germain-en-Laye (1919)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Traité de Saint-Germain-en-Laye.

Le traité de Saint-Germain-en-Laye, parfois appelé traité de Saint-Germain, signé le 10 septembre 1919 au château de Saint-Germain-en-Laye, établit la paix entre les alliés et l'Autriche, et consacre l'effondrement de la monarchie austro-hongroise : l'ancien Empire des Habsbourg est démantelé et remplacé par une demi-douzaine d'États successeurs selon le principe, posé dans le 9e des 14 points du président américain Woodrow Wilson, du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Le traité entre en vigueur le 16 juillet 1920. La Roumanie le signe seulement le 9 décembre 1919.

Il fait partie des traités signés dans les alentours de Paris qui mettent formellement fin à la Première Guerre mondiale.

Débutées en mai 1919, les négociations de paix à Saint-Germain-en-Laye excluent la délégation autrichienne. Des Autrichiens manifestèrent alors leur mécontentement en brûlant l'ambassade de France à Vienne, le 23 mai 1919.

Le traité est rédigé en français, anglais, italien et russe, mais pas en allemand ; il est précisé que le texte en français fera foi en cas de divergence.

Les stipulations du traité[modifier | modifier le code]

Carte des nationalités en Autriche-Hongrie (recensement de 1890) avec les frontières de l'Empire en 1914: les Quatorze points de Wilson visaient à aligner les frontières sur les majorités linguistiques locales.
Carte des frontières des pays danubiens en 1919, suite à l'application du Traité de Saint Germain en Laye.

Il est fait droit à l'aspiration des Polonais d'intégrer la Galicie dans l'État polonais, restauré dans son existence et dans ses droits, et à l'aspiration des Roumains d'intégrer la Bucovine dans l'État roumain agrandi des provinces à majorité roumanophone de l'ancienne Autriche-Hongrie et de l'ancien Empire russe.

La revendication des Tchèques et des Slovaques en vue de se doter d'un pays commun est reconnue et officialise l'existence de la Tchécoslovaquie. Les Allemands des Sudètes, population germanophone majoritaire à la frontière allemande, se retrouvent avec le statut de minorité linguistique au sein du nouveau pays.

La revendication des Slovènes, des Croates et des Serbes d'Autriche-Hongrie de se doter d'un pays commun englobant également la Serbie et le Monténégro, est reconnue et officialise l'existence du (nouveau) Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Quelques zones germanophones de la Basse-Styrie ainsi que la vallée de Mieß en Carinthie font partie de ce nouvel État.

Dans le Haut-Adige, outre 90 000 Italiens, 200 000 Allemands sont intégrés malgré eux à l'Italie, la délégation italienne ayant fait valoir que la ligne de partage des eaux sur le col du Brenner est une frontière naturelle de l'Italie[1]. L'Italie annexe également Trieste, l'Istrie et des parties de la Dalmatie (que revendiquaient également les Slovènes, les Croates et les Serbes).

Comme l'exige Georges Clemenceau, la République d'Autriche allemande (en allemand Deutschösterreich) est renommée en Autriche (en allemand Österreich) et la revendication d'une partie de sa population de bénéficier du 9e point de Wilson, en intégrant la nouvelle république d'Allemagne, est formellement rejetée, le Traité interdisant ce rattachement.

Quatre districts germanophones de l'ancien royaume de Hongrie sont rattachés à l'Autriche sous le nom de Burgenland.

L'Autriche est obligée de procéder à des réparations. Le service militaire obligatoire est interdit.

Une convention sur le régime des spiritueux en Afrique est adoptée en annexe[2].

Restitutions d'objets d'art[modifier | modifier le code]

Une partie hautement symbolique est consacrée à la restitution des collections impériales des Habsbourg aux différents pays alliés, même si la mainmise date de plusieurs siècles.

L'Italie récupère les chefs d'œuvre dont les Habsbourg ont hérité au titre de grand-ducs de Toscane : les bijoux de la couronne (ce qu'il en est resté après leur dispersion), les bijoux privés de la Princesse Électrice de Médicis, les médailles faisant partie du patrimoine des Médicis et d'autres objets précieux — tous de propriété domaniale selon des arrangements contractuels et dispositions testamentaires — transportées à Vienne depuis le XVe siècle ; le mobilier et vaisselle d'argent des Médicis et la gemme d'Aspasios en paiement de dettes de la Maison d'Autriche envers la couronne de Toscane. Il y a aussi les anciens instruments d'astronomie et de physique de l'Académie del Cimento enlevés par la Maison de Lorraine et envoyés comme cadeau aux cousins de la Maison impériale à Vienne.

Anciens souverains de Modène, les Habsbourg doivent restituer une Vierge d'Andrea del Sarto, quatre dessins du Corrège appartenant à la Pinacothèque de Modène, emportés en 1859 par le Duc François V, trois manuscrits de la bibliothèque de Modène (Bibiia Vulgata (cod. lat. 422-23), Breviarium romanum (cod. lat. 424) et Officium Beatea Virginis (cod. lat. 262) ainsi des bronzes emportés dans les mêmes conditions la même année. Quelques objets sont encore réclamés, parmi lesquels deux tableaux par Salvator Rosa et un portrait par Dosso Dossi, revendiqués par le Duc de Modène en 1868 comme condition d'exécution de la Convention du 20 juin 1868 et d'autres objets livrés en 1872 dans les mêmes circonstances.

Gant palermitain du XIIIe siècle utilisé pour le couronnement des empereurs du Saint-Empire romain germanique.

Les objets exécutés au XIIe siècle à Palerme pour les rois normands et qui étaient utilisés lors des couronnements des empereurs doivent être rendus. L'Italie exige enfin la restitution de quatre-vingt-dix-huit manuscrits enlevés de la Bibliothèque de San Giovanni à Carbonara et d'autres bibliothèques de Naples, en 1718 sur ordre de l'Autriche et transportés à Vienne ainsi que divers documents emportés à différentes époques des archives d'État de Milan, Mantoue et Venise.

La Belgique, qui a longtemps été possession habsbourgeoise, réclame le Triptyque de Saint-Ildephonse de Rubens, provenant de l'abbaye de Saint-Jacques-sur-Coudenberg, à Bruxelles, acheté en 1777 et transporté à Vienne, des objets et documents transportés en Autriche pour y être mis en sûreté en 1794 dont les armes, armures et autres objets provenant de l'ancien Arsenal de Bruxelles, le trésor de l'ordre de la Toison d'or, conservé à la chapelle de la Cour de Bruxelles[3], les coins des monnaies, médailles et jetons exécutés par Théodore Van Berckel, qui faisaient partie intégrante des Archives de la Chambre des Comptes établie à Bruxelles, les exemplaires manuscrits originaux de la Carte chorographique des Pays-Bas autrichiens, dressée de 1770 à 1777 par le Lieutenant général le comte Jas de Ferraris et les documents relatifs à ladite carte.

La Pologne exige le retour de la coupe en or du roi Ladislas IV (exposée sous le no  1114 au Musée de la Cour de Vienne).

La nouvelle Tchécoslovaquie demande que lui soit attribués les documents, mémoires historiques, manuscrits, cartes, etc... du Royaume de Bohême et qui, par ordre de Marie-Thérèse, ont été emportés par Thaulow de Rosenthal. Elle réclame aussi les documents provenant de la Chancellerie royale aulique et de la Chambre des Comptes aulique de Bohême et objets d'art qui, faisant partie du mobilier du château royal de Prague et autres châteaux royaux de Bohême, ont été enlevés par les empereurs Mathias, Ferdinand II, Charles IV (vers 1718, 1723 et 1737) et François-Joseph Ier et se trouvent actuellement dans les archives, châteaux impériaux, musées et autres établissements publics centraux à Vienne.

Les parties contractantes[modifier | modifier le code]

La République d'Autriche est représentée par le chancelier, Karl Renner. Les signataires du traité sont pour la partie principales puissances alliées :

  • pour les États-Unis d'Amérique, le Président des États-Unis d'Amérique, Woodrow Wilson, représenté par Frank Lyon Polk, Sous-secrétaire d'État, Henry White, ancien Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire des États-Unis à Rome et à Paris et le général Tasker H. Bliss, représentant militaire des États-Unis au Conseil supérieur de guerre,
  • pour l'Empire britannique, Sa Majesté le Roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et des territoires britanniques au-delà des mers, Empereur des Indes, George V, représenté par le Très Honorable Arthur James Balfour, O.M, M.P, Secrétaire d'État pour les Affaires Étrangères, Andrew Bonar Law, M.P, Lord du sceau privé, le vicomte Milner, G.C.B, G.C.M.G, Secrétaire d'État pour les Colonies et George Nicoll Barnes, M.P, Ministre sans portefeuille ; pour le Dominion du Canada, représenté par l'Honorable Sir Albert Edward Kemp, K.C.M.G, Ministre des Forces d'Outre-Mer ; pour le Commonwealth d'Australie, représenté par l'Honorable George Foster Pearce, Ministre de la Défense ; pour l'Union sud-africaine, représenté par le vicomte Milner, G.C.B, G.C.M.G ; pour le Dominion de la Nouvelle-Zélande, représenté par l'Honorable Sir Thomas Mackenzie, K.C.M.G, Haut-Commissaire pour la Nouvelle-Zélande dans le Royaume-Uni ; pour l'Inde, représenté par le Très Honorable Baron Sinha, K.C, Sous-secrétaire d'État pour l'Inde
  • pour la France, Le Président de la République française, Raymond Poincaré, représenté par Georges Clemenceau, Président du Conseil, Ministre de la Guerre, Stéphen Pichon, Ministre des Affaires Étrangères, Louis-Lucien Klotz, Ministre des Finances, André Tardieu, Commissaire général aux Affaires de guerre franco-américaines, Jules Cambon, Ambassadeur de France
  • pour l'Italie, Sa Majesté le Roi d'Italie, Victor-Emmanuel III représenté par l'Honorable Tommaso Tittoni, Sénateur du Royaume, Ministre des Affaires Étrangères, l'Honorable Vittorio Scialoja, Sénateur du Royaume, l'Honorable Maggiorino Ferraris, Sénateur du Royaume, l'Honorable Guglielmo Marconi, Sénateur du Royaume et l'Honorable Silvio Crespi, Député
  • pour le Japon, Sa Majesté l'Empereur du Japon, Yoshihito, représenté par le vicomte Chinda, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de S.M l'Empereur du Japon à Londres, K. Matsui, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de S.M l'Empereur du Japon à Paris et H. Ijuin, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de S.M. l'Empereur du Japon à Rome

pour la partie puissances alliées et associées :

  • pour la Belgique, Sa Majesté le Roi des Belges, Albert Ier, représenté par : Paul Hymans, Ministre des Affaires Étrangères, Ministre d'État, Jules Van den Heuvel, envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de S.M le Roi des Belges, Ministre d'État, Émile Vandervelde, Ministre de la Justice, Ministre d'État
  • pour la Chine, Le Président de la République de Chine, Sun Yat-sen, représenté par Lou Tseng-Tsiang, Ministre des Affaires Étrangères, Thomas Wang Chengting, ancien Ministre de l'Agriculture et du Commerce
  • pour Cuba, Le Président de la République Cubaine, représenté par Antonio Sanchez de Busta-Mante, Doyen de la Faculté de Droit de l'Université de La Havane, Président de la Société cubaine de Droit international
  • pour la Grèce, Sa Majesté le Roi des Hellènes, Alexandre Ier, représenté par Nicolas Politis, Ministre des Affaires Étrangères et Athos Romanos, envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire auprès de la République française
  • pour le Nicaragua, Le Président de la République de Nicaragua, représenté par Salvador Chamorro, Président de la Chambre des Députés
  • pour le Panama, Le Président de la République de Panama, représenté par Antonio Burgos, envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de Panama à Madrid
  • pour la Pologne, Le Président de la République Polonaise, Józef Piłsudski, représenté par Ignace Paderewski, Président du Conseil des Ministres, Ministre des Affaires Étrangères et Roman Dmowski, Président du Comité national polonais
  • pour le Portugal, Le Président de la République Portugaise, représenté par le Docteur Affonso da Costa, ancien Président du Conseil des Ministres et le Docteur Augusto Luiz Vieira Soares, ancien Ministre des Affaires Étrangères
  • pour la Roumanie, Sa Majesté le Roi de Roumanie, Ferdinand Ier, représenté par Nicolae Mişu, envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de Roumanie à Londres et le docteur Alexandru Vaida-Voevod, Ministre sans portefeuille,
  • pour le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, Sa Majesté le Roi des Serbes, des Croates et des Slovènes, Pierre Ier, représenté par N.P Pachitch, ancien Président du Conseil des Ministres, Ante Trumbić, Ministre des Affaires Étrangères et M. Ivan Zolger, docteur en droit
  • pour le Siam, Sa Majesté le Roi de Siam, Rama VI - Vajiravudh, représenté par Son Altesse le Prince Charoon, envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de S.M le Roi de Siam à Paris et Son Altesse Sérénissime le Prince Traidos Prabandhu, Sous-secrétaire d'État aux Affaires Étrangères
  • pour la Tchécoslovaquie, Le Président de la République tchécoslovaque, Tomáš Masaryk, représenté par Karel Kramář, Président du Conseil des Ministres et Edouard Beneš, Ministre des Affaires Étrangères.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En 1991, cela aura notamment pour conséquence de faire attribuer à l'Italie, après quelques tensions diplomatiques, la momie de l'homme néolithique surnommé Ötzi, découverte par des Autrichiens… à 92,56 mètres au sud de la frontière issue du Traité.
  2. (fr)(en)[PDF] convention sur le régime des spiritueux en Afrique
  3. Les collections médiévales de l'ordre, demeurées possession des Habsbourg, sont toujours exposées au Schatzkammer, à Vienne.

Articles connexes[modifier | modifier le code]