Église hussite

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Le hussitisme est un mouvement social et religieux inspiré par les doctrines de Jan Hus, et repris ensuite pour partie par la Réforme. Après l'indépendance de la Tchécoslovaquie, une partie libérale du clergé catholique s'inspire également de ses doctrines pour créer l'Église Tchécoslovaque, puis Église tchécoslovaque hussite, qui représente aujourd'hui la troisième Église de la République tchèque.

La Bohême à l'aube de la révolution hussite[modifier | modifier le code]

Le roi de Bohême Charles IV règne alors sur les pays dit "de la Couronne de Bohême", à savoir : Bohême, Moravie, Lusace, Silésie. Prague est la capitale rayonnante du royaume, comptant environ cinquante mille habitants. Le roi gouverne avec la haute noblesse et le haut clergé, et sa cour attire de nombreux artistes italiens, allemands, français. Le royaume de Bohême est peuplé de Tchèques et d'Allemands.

Il meurt en 1378, et Venceslas Ier son successeur est peu capable. La peste finit de ravager le pays en 1380. Le pays devient peu sûr.

Un certain nombre de gens réclament alors une piété plus intériorisée, et les critiques contre l'Église, qui détient un tiers des terres du royaume, se multiplient (elle est devenue trop temporelle et plus assez spirituelle). On réclame de bons prédicateurs.

Jan Hus[modifier | modifier le code]

Prédicateur depuis 1402, à la Chapelle de Bethléem de Prague, Jan Hus prêche, avec d'autres, un retour à l'Église apostolique, spirituelle et pauvre. Il pense que la réforme de l'Église doit passer par le pouvoir laïc. Ces propos trouvent des échos dans la haute noblesse, qui voit la possibilité de s'attribuer les biens ecclésiastiques.

Des mouvements millénaristes apparaissent également, parlant de faux prophètes et d'Antéchrist. L'idée des temps derniers se fait jour de plus en plus, et beaucoup aspirent à retrouver l'Église originelle.

Jan Hus est accusé d'hérésie par les professeurs allemands de Prague. Le roi Venceslas soutient Hus dans un premier temps, puis, quand celui-ci provoque en 1412 un soulèvement contre les Indulgences (sur la vente desquelles Venceslas prenait sa part), il lui retire ce soutien.

Convoqué au Concile de Constance en 1414 pour se justifier, Jan Hus s'y rend, emprisonné, convaincu d'hérésie, il est brûlé en 1415. Son disciple Jérôme de Prague est brûlé l'année suivante.

Débuts de la révolution[modifier | modifier le code]

Hus est considéré comme un saint par ses partisans. Les principaux, dont Jacobellus, pratiquent la communion sous les deux espèces (pain et vin). Le calice devient leur symbole de ralliement.

Les hussites sont divisés en deux groupes : les Utraquistes praguois et les radicaux Taborites. La Bohême se divise : la majorité devient hussite, mais quelques villes restent catholiques (Plzeň et les villes moraves de Brno et Olomouc, ainsi que la Silésie et la Lusace).

Le 30 juillet 1419, une procession de la Nouvelle Ville de Prague, conduite par Jan Želivský, prédicateur à Notre-Dame des Neiges, est atteinte par des pierres. Des émeutes éclatent, et les hussites prennent l'hôtel de ville, défenestrant les échevins. Le mois suivant, la mort de Venceslas Ier provoque des émeutes marquées par des profanations iconoclastes.

En juillet 1420, ils élaborent les quatre articles de Prague, qui forment la base de leur programme dont ils exigent la reconnaissance par le pouvoir royal. Ces quatre articles sont :

  • la communion sous les deux espèces (les communiants devant manger l'hostie et boire le vin),
  • la pauvreté des ecclésiastiques,
  • la punition des péchés mortels sans distinction selon le rang ou la naissance du pécheur,
  • la liberté du prêche.

Leur volonté est également de convertir toute la chrétienté à leurs idées ; pour cela, ils envoient des émissaires partout en Europe.

Guerres hussites et fin du mouvement[modifier | modifier le code]

Le refus par l'empereur Sigismond Ier d'accepter les Articles de Prague provoque les guerres hussites qui déchirent le pays de 1419 à 1436. Conduits par Jan Žižka (mort en 1424) puis Procope Le Grand, les hussites remportent maintes batailles, ce qui ouvre la voie aux pourparlers qui aboutissent sur un compromis, les Compacta (1433), qui autorisent la communion sous les deux espèces.

Les dissensions internes au mouvement sont nombreuses. Les adamites, membre d'une secte ultra, sont exécutés. En 1422, Zelivsky est exécuté en secret à l'hôtel de ville.

Maîtrisant la Bohême et la Moravie, les hussites font des raids vers l'extérieur, pour essayer d'exporter leur mouvement : Silésie, Haute-Hongrie, Autriche, Saxe (1429-1430), Pologne (1433).

Les taborites (l'aile gauche, pourrait-on dire, du mouvement hussite) se soulèvent encore et sont vaincus à la bataille de Lipany en 1434, par les hussites modérés alliés aux catholiques. Ensuite, la diète d'Iglau (actuelle Jihlava) reconfirme les Compacta (1436). En 1458, les hussites et les catholiques s'entendent pour élire Georges de Poděbrady, représentant le juste milieu hussite, sur le trône de Bohême. La diète du royaume de Bohême, réunie à Kutná Hora en 1485 confirme une nouvelle fois les Compacta, qui resteront applicables dans le royaume de Bohême jusqu'en 1567.

Héritage[modifier | modifier le code]

La plupart des hussites de Bohême subiront au XVIe siècle l'influence du luthéranisme. Les plus fervents Taborites entreront dans l'Église des Frères Moraves présente surtout aux États-Unis ou celle des Frères Tchèques.

Le hussisme et son interprétation a joué un rôle très important dans l'historiographie tchèque au XIXe siècle en particulier, en ce qui concerne les rapports entre les communautés tchèques et allemandes en Bohême et Moravie.

František Palacký, le grand historien tchèque, en fait le sommet du mouvement séculaire de création d'une identité nationale tchèque. Josef Pekař (1870-1937) pour sa part, révise les thèses de son prédécesseur en lui reprochant une interprétation parfois erronée des faits pour les faire coller aux débats national et social de son temps. En revanche, et pour des raisons similaires, les hommes politiques de l'entourage de Tomáš Masaryk, le président de la première République, font de la vision palackienne la doxa idéologique et scolaire (à l'instar de l'apport historique de Jules Michelet en France dans la construction idéologico-politique de la IIIe République). L'héritage de Jan Hus symbolise alors :

  • le combat des Tchèques contre l'impérialisme allemand en général et autrichien en particulier,
  • l'humanisme tchèque contre l'obscurantisme catholique,

Il n'est pas interdit de penser que les décrets Beneš et son nettoyage ethnique qui en découle sont la directe conséquence du premier point de cette idéologie et que le fait que la République tchèque est le pays le plus athée d'Europe est également un héritage de cette « guerre de religion » (voir sur ce point : démographie de la République tchèque).

Si les rapports de la société tchèque avec la minorité allemande semblent avoir été réglés, une fois pour toutes, avec les décrets Beneš, ceux avec l'Église catholique sont toujours distants. Les débats sur la restitution des biens confisqués par les communistes en 1948 (faut-il rendre à l'Église et aux ordres monastiques les immenses domaines qu'ils possédaient parfois dans l'ancienne Tchécoslovaquie ?) et des procès à haute teneur symbolique par exemple celui portant sur la propriété (étatique ou religieuse ?) de la cathédrale Saint-Guy dans l'enceinte du Château de Prague en sont l'illustration.

À cet égard, il faut également tenir compte de la répression autrichienne qui a suivi la défaite de la Montagne Blanche (1620) et qui s'est concrétisé par la dépossession des biens des bourgeois et des citoyens tchèques au profit de la noblesse et de l'église autrichienne.

L'Église tchécoslovaque hussite actuelle[modifier | modifier le code]

L'indépendance de la Tchécoslovaquie, en 1918, marque une soif de changement au sein de l'Église catholique, trop liée pour beaucoup au défunt empire austro-hongrois. Une partie libérale du clergé entreprend alors de fonder une église nationale, détachée du Vatican, et reprenant l'héritage hussite. Elle nait le 8 janvier 1920, s'appelant d'abord Église tchécoslovaque, puis Église tchécoslovaque hussite.

Utilisant dès 1920 la langue tchèque, elle abandonne le célibat en vigueur pour les prêtres catholiques ; après la Seconde Guerre mondiale elle ordonne également des femmes.

Forte d'un demi-million de fidèles à ses débuts, puis d'un million à la Seconde Guerre mondiale, elle a vu le nombre de ses pratiquants descendre dans l'actuelle République tchèque à 90 000, tout en restant la troisième église du pays après les Églises catholique et protestante.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Daniel S. Larangé, La Parole de Dieu en Bohême et Moravie. La tradition de la prédication dans l’Unité des Frères de Jan Hus à Jan Amos Comenius, Paris, L’Harmattan, 2008 (Spiritualité & Religions) (ISBN 978-2-296-06552-9).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]