Albrecht von Wallenstein

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Albrecht von Wallenstein

Albert-Venceslas Eusèbe von Wallenstein ou Waldstein (en tchèque Albrecht Václav Eusebius z Valdštejna), né le et mort le , est un homme de guerre de la noblesse tchèque, qui a été le plus fameux condottiere au service du Saint-Empire romain germanique pendant la guerre de Trente Ans, devenu généralissime des armées impériales, duc de Friedland et de Mecklembourg.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de formation[modifier | modifier le code]

Armoiries de seigneurs de Wallenstein. (Blasonnement: „Écartelé d'or et d'azur, au premier et au quatrième un lion rampant d'azur armé et lampassé de gueules, au second et au troisième un lion rampant d'or armé et lampassé de gueules“.) Elles remontent à l'époque où Heinrich Felix von Waldstein († 1537) et son fils Guillaume possédaient le château de Valdštejn. Les autres branches de la famille continuèrent à apposer des lions rampants sur leur blason.

Albert-Venceslas Eusèbe dit « Wallenstein » est né le 24 septembre 1583 à Hermanitz sur l’Elbe. Il était issu de la vieille lignée tchèque des comtes de Valdštejn. Le grand-père de Wallenstein, Georg von Waldstein, avait proclamé en 1536 sur ses terres la foi protestante et en 1546 avait fomenté la ligue des princes contre l'empereur Charles Quint. Le père de Wallenstein, le baron Guillaume IV von Waldstein (de la maison de Horzicz-Arnau), capitaine général de l'arrondissement de Königgrätz, avait épousé la baronne Margaretha Smirziczky von Smirzicz[1] (1555–1593).

Georg, cinquième fils de sa fratrie, n'avait fait qu'un modeste héritage ; sa femme, la baronne Margaretha von Smiřický était d'une noblesse aussi ancienne que celle de Wallenstein. De ses sept enfants, seules deux filles et son fils benjamin Albert-Venceslas lui survécurent. Hermanitz, le fief de Georg von Valdštejn, n'était à vrai dire qu'une terre fort modeste, dont les revenus suffisaient à peine à faire vivre la famille, mais comme beaucoup de détails ayant trait à la vie de Wallenstein, l’hagiographie lui donna par la suite une importance exagérée. Son précepteur, Johann Graf, fit plus tard de Wallenstein son secrétaire particulier, et l'éleva dans la haute noblesse.

Les parents de Wallenstein étant décédés prématurément (sa mère le 22 juillet 1593, son père le 25 février 1595), Albert fut orphelin à seulement 11 ans. Il partagea avec ses deux sœurs en trois parts égale l'héritage qui, outre la terre familiale de Hermanitz, consistait en une somme considérable d'or, d'argent et de bijoux. L'exécuteur testamentaire, Henri Slavata von Chlum und Koschumberg, un parent de sa mère, recueillit Albert dans son château de Koschumberg, où, comme il l'avait fait pour son propre fils, il confia son éducation aux Frères Tchèques.

À l'automne 1597, Henri von Schlum envoya son pupille poursuivre son éducation à l’école de Latin de Goldberg-en-Silésie puis, au milieu de l'été 1599, à l’Université protestante d’Altdorf ; mais Wallenstein dut s'enfuir de cette ville dès le mois d'avril 1600, après avoir été mêlé à plusieurs exactions et avoir laissé pour mort son serviteur dans un accès de fureur[2].

Entre-temps son tuteur était décédé, et Wallenstein entreprit jusqu'en 1602 un Grand Tour, dont on ne sait pratiquement rien. Il semble avoir fréquenté les universités de Padoue et de Bologne, car il était réputé pour sa culture et sa maîtrise de la langue italienne.

Au service des princes[modifier | modifier le code]

Au cours du second semestre de 1602, Wallenstein entra comme écuyer au service du margrave Karl von Burgau. Il ne passa guère plus de deux années au château d'Ambras, près d'Innsbruck. Au cours de cette période, Wallenstein se convertit au catholicisme, ce qui n'avait alors rien d'extravagant. On ignore au juste quand cette conversion eut lieu ; selon les sources, cela va de 1602 à l'automne 1606. La légende personnelle de Wallenstein situe à l’année 1602 une expérience personnelle : dans un moment de désœuvrement, endormi à une fenêtre du château d'Ambras, il aurait basculé dans le vide et aurait survécu miraculeusement à cette chute. Le comte von Khevenhüller rapporte que ce miracle aurait poussé Wallenstein à la conversion, convaincu qu'il avait été sauvé par la providence de la Vierge Marie. Ce qui milite encore en faveur de l'année 1602, c'est que cette année-là l'église de Heřmanice fit consacrer une nouvelle cloche sur laquelle étaient gravés deux versets[3] en langue tchèque, que l'on trouve dans les bibles catholiques, mais pas dans celle des Frères Tchèques. EN outre, cette cloche est ornée des figures de la Vierge Marie et de Marie-Madeleine : de telles images seraient incongrues pour un fidèle protestant.

Au début du mois de juillet 1604, Wallenstein, sur recommandation de son cousin Adam von Waldstein, maître des écuries impériales, reçut un brevet d’enseigne dans un régiment de lansquenets tchèques, dépêché en Hongrie sur ordre de l'empereur Rodolphe II. L'armée, qui avait combattu en 1604 les hussites hongrois, était commandée par le lieutenant-général Giorgio Basta. Au cours de cette campagne, Wallenstein apprit les tactiques des hussards de Transylvanie et put étudier de près l'art du Maître de l’artillerie impériale, le colonel de Tilly, alors âgé de 45 ans. Cette campagne prit fin prématurément par suite des rigueurs de l'hiver, et l'armée prit ses quartiers au nord de Kaschau, en Haute-Hongrie. Wallenstein, promu capitaine, reçut une grave blessure aux mains lors d'escarmouches autour du camp.

Les quartiers d'hiver de l'armée étaient misérables et il n'était guère possible de s'y faire soigner : aussi le général Georges Basta décida-t-il d'envoyer une délégation à Prague, pour lever des subsides et obtenir des soins pour ses troupes. Wallenstein fut choisi pour représenter les lansquenets et s'acquitta de sa mission malgré ses blessures. Mais son voyage à travers le col des Hautes Tatras et les deux Silésies tourna au calvaire : ses troupes, décimées, désertèrent. Wallenstein passa l'hiver à Prague, miné à son tour par l'épuisement et la « fièvre hongroise », une forme de typhus. Au début de l'année 1605, les chambres souveraines de Bohême décidèrent de dissoudre l'armée du général Basta. Le 4 février, elles chargèrent Wallenstein de mener à bien le désarmement de la troupe.

Après la démobilisation des troupes de Bohême, le Parlement de Bohême nomma Wallenstein colonel d'un régiment de lansquenets allemands ; mais la paix avec la Hongrie obtenue par Matthias, le frère de l'empereur Rodolphe, interrompit brutalement les espoirs militaires de Wallenstein. Il alla donc solliciter de l'empereur Rodolphe une lettre de recommandation auprès du stathouder des Pays-Bas espagnols, l'archiduc Albert d'Autriche (1559-1621) ; mais finalement le 4 avril 1607, il se mit au service de l'archiduc Matthias en tant que chambellan.

Wallenstein passa ainsi toute l'année 1607 à la cour du duc, à Vienne. On ignore s'il prit part aux préparatifs de campagne de Matthias contre son frère. En 1608, Matthias marcha sur Prague et contraignit son frère Rodolphe à renoncer à la couronne de Hongrie et à ses possessions d'Autriche. Rodolphe, qui conservait encore la Couronne du Saint-Empire et le Royaume de Bohême, dut reconnaître la liberté confessionnelle par la fameuse lettre de majesté du 9 juillet 1609. Il l'a sans doute signée sous la pression de l'armée du Parlement de Bohême, commandée par Heinrich Matthias von Thurn.

Wallenstein, quoiqu'il fût alors de la suite de l'archiduc Matthias, ne parut pas publiquement pour l'occasion. Il épouse en 1609 Lucrecia Nekšová z Landek, héritière des seigneurs de Vsetín qui lui apporte en dot le château et les domaines attenants.

Salla terrena du palais Wallenstein et jardins.

Aimant le raffinement italien, l'art, entre autres l'architecture et la sculpture, il fait construire le splendide palais Wallenstein dans Malá Strana à Prague. Féru d'astrologie au point d'en dépendre sur le plan de la prévision, il est cependant un homme d'affaires de génie. Il a sous ses ordres 300 vassaux et possède le quart des territoires de Bohême. Dans le territoire de Friedland, il force l'admiration en redressant l'économie. Des artisans italiens, des armuriers, et bien d'autres viennent enrichir cette terre qui devient convoitée.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

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Après avoir financé un régiment pour le futur empereur Ferdinand II, Wallenstein voit plus grand et décide de créer une armée pour l'empereur en 1623. Son armée, forte de 15 000 fantassins et 6 000 cavaliers initialement va progressivement s'agrandir pour approcher les 50 000 hommes. Elle impressionne par sa taille plus que par la qualité de ses soldats. En effet, vu la faiblesse de la solde et son irrégularité, elle n'attirait pas les meilleurs soldats.

Cette armée lui coûte cher malgré les dividendes qu'il a su tirer de ses terres. Pour parer la dissolution de son armée, il engage celle-ci dans le duché de Brunswick en juillet 1625. Son espoir est de préserver ses riches terres en faisant du butin dans les territoires ennemis pour financer son armée. C'est un gestionnaire plus qu’un militaire, qui sait s'entourer de valeureux capitaines comme von Pappenheim. Malgré quelques coups d'éclats pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648), il fit l'erreur, à la fin de sa vie, de se retirer en Bohême, rongé par l'incertitude et les superstitions, accompagné de docteurs et d'astrologues. Dès lors il mena un jeu ambigu, négociant avec tous les belligérants, Suédois, Saxons, Français. Ses buts demeurent obscurs : se faire élire roi de Bohême ? Rétablir la paix ? Toujours est-il qu'il s'isole de plus en plus. Il est démis de ses fonctions à la tête de l'armée le . Le 25 février 1634, il est assassiné à Eger par des officiers menés par Walter Leslie et chargés de l'arrêter.

Malgré ses erreurs, il est le véritable fondateur de l'armée autrichienne. Il finança ses opérations militaires par le système des contributions de guerre. Toutefois sa politique, incompatible avec les libertés germaniques, suscita dans l'Empire des haines mortelles qui le conduisirent à sa perte.

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Il est le personnage principal de la trilogie théâtrale Wallenstein de Friedrich von Schiller (1799).

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Roman von Prochazka: Genealogisches Handbuch erloschener böhmischer Herrenatndsfamilien, Neustadt an der Aisch 1973, (ISBN 3 7686 5002 2), chap. Stammfolge Friedland zu Mecklenburg aus dem Hause Waldstein, p. 94
  2. On lit dans le Wallenstein de Golo Mann (au chapitre Der wilde Student) que seulement trois mois après son arrivée, Wallenstein s'était lié à un groupe de quatre étudiants, qui, s'étant introduit par effraction chez un certain Dr. Schopper, l'avaient menacé de revenir la nuit suivante. Le 23 décembre, avec d'autres étudiants, il agresse l'enseigne Fuchs, que l'étudiant Steinau le poignarde d'une dague. Le 9 janvier 1600, toujours selon Golo Mann, „Albrecht Wallenstein blesse de nouveau un de ses camarades à la jambe“. Et le 14 janvier il se met à tabasser son valet Reheberger, parce que ce dernier l'a surpris en train de paresser, et pour cela il est condamné à verser 30 florins d'amende à l'université, 45 florins de dédommagements à Reheberger et quatre florins supplémentaires pour les habits qu'il a mis en pièces.
  3. Ps. 150, 5–6; Jean III, 14–15

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Golo Mann, Wallenstein. Sein Leben, Francfort-sur-le-Main, Fischer-Taschenbuch Verlag,‎ 1971 (réimpr. 1997) (ISBN 3-596-13654-7, OCLC 80261229)
  • Friedrich Schiller (trad. Charles E Passage), Wallenstein, a historical drama in three parts., New York, F. Ungar Pub. Co.,‎ 1960 (OCLC 597317)
  • Theodore K Rabb, The Thirty Years' War; problems of motive, extent, and effect, Boston, Heath,‎ 1964 (OCLC 255850)
  • Horst Hartmann, Wallenstein : Geschichte u. Dichtung, Berlin, Volk und Wissen,,‎ 1983 (OCLC 74644464)
  • Hans-Christian Huf; Reinhard Barth, Mit Gottes Segen in die Hölle : der Dreissigjährige Krieg, Munich, Econ,‎ 2003 (OCLC 52271290)
  • Alfred Döblin, Wallenstein, Marseille, Agone,‎ 2012 (ISBN 2-7489-0166-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]