Comenius

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Comenius

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Image de Comenius.
Provient de Reinecke, Pedagogikens historia, 1895.

Nom de naissance Jan Amos Komenský
Naissance
Uherský Brod, Moravie
Décès (à 78 ans)
Amsterdam, Pays-Bas
Nationalité Tchèque
Profession Philosophe, grammairien, pédagogue

Comenius (né Jan Amos Komenský le à Uherský Brod, Moravie, Royaume de Bohême aujourd'hui République tchèque - mort le à Amsterdam) fut un philosophe, grammairien et pédagogue tchèque.

Membre du mouvement protestant des Frères Moraves, il s'occupa toute sa vie de perfectionner les méthodes d'instruction.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jan Amos Komenský

Son père était un maître-meunier extrêmement religieux, suivant les doctrines de Jean Hus. Devenu orphelin à douze ans, il intègre à seize ans l'école latine de Přerov où ses professeurs remarquent des aptitudes prometteuses et le protègent. Il s'inscrit en 1611 à l'Université calviniste de Herborn en Allemagne où, sous l'influence des théologiens Johann Piscator et Johann Heinrich Alsted, il s'initie au millénarisme (attente d'un royaume millénaire parfait sur terre). Sa formation philosophique est en effet bien plus marquée par l'étude de la Bible que par l'étude de penseurs athées. En 1613, il s'inscrit à la faculté de théologie de l'Université de Heidelberg.

En 1614, il retourne en Moravie où l'Unité des frères de Bohème (hussites) lui confie la direction de l'école de Přerov. En 1616 il devient pasteur et en 1618 on lui confie la très importante paroisse de Fulnek. Cette même année, il épouse Madeleine Vizovská, de qui il aura deux enfants. En 1621, au début de la Guerre de Trente Ans, les troupes espagnoles prennent la ville de Fulnek et mettent à prix la vie de son pasteur, Comenius. Celui-ci s'enfuit dans les forêts avoisinantes, abandonnant son épouse alors enceinte et son fils. Il écrit pour sa femme un traité de consolation intitulé Réflexions sur la perfection chrétienne. Madeleine et ses deux enfants meurent de la peste sans que Comenius ne les revoie.

Il a perdu en quelques mois son pays, sa paroisse, ses travaux et sa famille. Dès lors, il est condamné à l’éternel exil et voyage dans une grande partie de l'Europe – c’est pour cela qu’on a vu en lui un précurseur de l’unité européenne. Toute sa vie, Comenius espérera une défaite des forces catholiques et un retour de la foi biblique et de sa patrie. Cela le poussera à croire les prophéties du tanneur Christophe Kotter ou de la jeune Christine Poniatowska, une hallucinée de 16 ans qu'il considérera comme sa propre fille, et à s'intéresser aux idées utopiques et ésotériques des manifestes Rose-Croix. Il sera d'ailleurs en correspondance avec leur auteur présumé Johann Valentin Andreae, dont il reprendra les idées de Sociétés chrétiennes.

Orbis Pictus

En 1624, il se remarie avec la fille du pasteur Cyrille, Dorothée. En 1628, il s'établit à Leszno en Pologne. À partir de 1630, il commence à s'intéresser à la pédagogie et devient un personnage extrêmement en vue, écouté par les catholiques comme par les protestants. De 1651 à 1654, invité par le prince hongrois Sigismund Rakoczi, il réside à Sárospatak, où il tente de mettre en place ses idées pédagogiques. Le cardinal de Richelieu l'invite - sans succès - en France. Il s'établira un temps en Angleterre, puis en Suède dont il réformera les écoles, sur l'invitation de Louis De Geer. On lui fait même la proposition d'aller diriger au Nouveau-monde l'école de Harvard, dans la colonie puritaine du Massachusetts.

Il perd sa deuxième épouse et se marie une troisième fois. À Leszno, en Pologne, à la suite d'une attaque des catholiques polonais, Comenius perd sa bibliothèque et tous ses travaux des vingt années précédentes. En 1656, la Hollande, si généreuse envers les réfugiés de l'époque, l'accueille et la ville d'Amsterdam, où il mourra 14 ans plus tard, lui verse une pension de 800 florins. Comenius est enterré non loin de cette ville à Naarden.

Un esprit atypique[modifier | modifier le code]

Comenius est avant tout un théologien. Les philosophes des Lumières considèrent Comenius comme un métaphysicien d’arrière-garde (un « faux prophète », un « moraliste à l'esprit étroit » écrira Diderot). Pourtant, par sa pensée utopique et atypique, Comenius aura préparé le monde protestant à accepter le rationalisme plutôt antichrétien des Lumières. Son œuvre le fait actuellement considérer comme le père de l'éducation moderne ; Jules Michelet l'appellera Le Galilée de l'éducation. Il est aussi considéré comme l'inspirateur de la franc-maçonnerie. En 1642, Comenius rencontre René Descartes et les deux hommes, malgré des divergences apparemment irréconciliables, ont bien le même but d'une science rationnelle universelle.

Le père de la pédagogie moderne[modifier | modifier le code]

Orbis Pictus, détail de la p. 1. Extrait de Google Books

Pour Comenius, la réforme de l’éducation est l’unique remède à la profonde crise culturelle que traverse l’Europe à l’époque de la Guerre de Trente Ans. Cette réflexion a des racines religieuses. En plaidant pour une démocratisation de l’éducation, Comenius se fait l’héritier du message égalitaire du christianisme : puisque chaque être humain est une image de Dieu, chaque être humain mérite d’être éduqué. De plus – et c’est là l’une des revendications de la Réforme tchèque – une population qui reçoit une éducation peut accéder directement aux textes sacrés et se rapproche ainsi de Dieu.

Ainsi, « tout doit être enseigné à tout le monde, sans distinction de richesse, de religion ou de sexe ». Cette dimension universaliste de la pensée de Comenius, contenue dans le concept de pansophia, ou sagesse universelle, est son aspect le plus ambitieux. À une époque où l’infériorité des femmes est communément admise, Comenius affirme que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garçons ; il plaide aussi pour une meilleure prise en charge des élèves en difficulté. Du reste, la pensée de Comenius découle pour partie de sa propre enfance : orphelin, il doit son ascension non pas à sa situation sociale, mais à l’éducation.

Affirmer que « tout doit être enseigné » ne signifie toutefois pas que les élèves doivent tout apprendre. Dans Prodromus pansophiae, Comenius raille les efforts des encyclopédistes, dont il juge absurde la façon de présenter les connaissances comme une chaîne d’éléments juxtaposés plutôt que comme un tout. Il s’agit plutôt d’apprendre à bien penser ; les élèves doivent ainsi mémoriser le moins possible.

Pour Comenius, le système éducatif devrait non seulement s’attacher aux activités de la pensée et de la raison (ratio), mais aussi au travail manuel (operatio), dont il affirme qu’il n’est en aucun cas honteux. Il considère que les écoles devraient montrer moins d’intérêt pour l’enseignement du latin, et bien plus d’intérêt pour des matières comme la géographie, l’histoire ou la biologie. Il insiste particulièrement beaucoup sur l’importance de l’éducation artistique ; il juge que l’art doit être rendu accessible à tous. C’est ainsi qu’en musicologue avisé, il plaide pour la généralisation de l’enseignement de la musique à tous les niveaux scolaires.

Pour concrétiser la « sagesse universelle », Comenius conçoit un système d’éducation rationalisé, unique pour tous les gens des deux sexes, et composé de quatre degrés : l’école maternelle pour les plus petits (une idée qu’il développe tout particulièrement), l’école publique pour les enfants, l’école secondaire pour les adolescents et les académies pour les plus âgés. Cependant, Comenius considère que l’éducation est un processus qui doit durer toute la vie et que le monde entier est une école.

Mais ce qui fait de Comenius un des pionniers de la pédagogie moderne, c’est sa réflexion sur la manière d’enseigner, et en particulier l’idée que l’enseignant se doit d’éveiller l’intérêt de l’élève. Pour ce faire, Comenius préconise l’utilisation d’images. C’est ainsi que son manuel Orbis sensualium Pictus a pour ambition d’apprendre le latin aux enfants par association d’un mot à une image. Comenius défend aussi le rôle des jeux, en particulier des jeux de groupe ; selon lui, il n’existe rien de tel qu’apprendre en s’amusant. L’enseignant doit aussi encourager la participation des élèves. Parallèlement, la pratique de la punition corporelle est vigoureusement déconseillée. Selon Comenius, la contrainte n’est pas nécessaire à l’élève pour apprendre ; il le désire naturellement.

Dans sa Didactica magna, il propose l'établissement de collèges où seraient formés les futurs enseignants.

Enseignement des langues[modifier | modifier le code]

Comenius est surtout connu par le petit ouvrage intitulé Janua linguarum reserata ou la Clé des langues (Lesna, 1631) : il y a rassemblé en 1 000 phrases tous les mots usuels, de manière à donner à la fois, en un temps très court, la connaissance des mots et celle des choses. Cet ouvrage eut un succès prodigieux ; il fut souvent réimprimé et fut traduit dans presque toutes les langues.

Comenius a complété cet ouvrage en donnant Orbis sensualium pictus, Nuremberg, sorte d'encyclopédie où les mots sont accompagnés d'images qui les expliquent ; Grammatica janualis ; lexicon januale, recueil où tous les radicaux sont réunis en phrases suivies.

On a réuni ses traités les plus importants sous le titre d'Opera didactica, Amsterdam, 1657. Il a en outre écrit sur l'histoire, la religion, la philosophie. Quelques-uns de ses ouvrages furent écrits en langue tchèque.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Comenius[modifier | modifier le code]

  • Problemata miscellanea, 1612 - un traité philosophique
  • Grammaticae facilioris praecepta (Préceptes d'une Grammaire plus facile), 1616 - manuel de grammaire, aujourd’hui perdu
  • Divadlo veškerenstva věcí (Théâtre de l'universalité des choses), 1616 - un projet incomplet en vue de la première encyclopédie tchèque
  • Retuňk proti Antikristu a svodům jeho, 1617-18 - un manifeste contre le pape
  • Listové do nebe, 1619 - une critique de l’injustice sociale
  • O poezii české (De la poésie tchèque), 1620 - manuel de poésie tchèque
  • Přemyšlování o dokonalosti (Réflexions sur la perfection), 1622 - une œuvre dédiée à sa femme
  • Nedobytelný hrad jméno Hospodinovo, 1622
  • Truchlivý (Triste), 1622-1651
  • Labyrint světa a ráj srdce (Le labyrinthe du monde et le paradis du coeur), 1623-1631
  • O sirobě, 1624
  • Přes boží, 1624
  • Centrum securitatis čili hlubina bezpečnosti, 1625
  • Carte de Moravie, 1627, Amsterdam
  • Česká didaktika (Didactique tchèque), 1627-1632 - Cette œuvre pédagogique fondatrice sera traduite en latin sous le titre Didactica magna en 1638. Sera repris dans le recueil de 1657.
  • Informatorium školy materské, 1630 - sur l’éducation des jeunes enfants dans des écoles maternelles
  • Ianua linguarum reserata (La porte ouverte sur les langues), 1631 - manuel de latin
  • Navržení krátké o obnově škol v království českém (Brèves propositions pour la réforme des écoles du Royaume de Bohême), 1632 - proposition de réforme du système scolaire de Bohême
  • Haggaeus redivivus, 1632 - critique de l'oppression de la société et des Habsburg
  • Pozoun milostivého léta, 1632 - exprime l'espoir d'un retour prochain en Bohème
  • Vestibulum, 1633 - manuel de latin, plus accessible que Ianua linguarum reserata
  • Physicae synopsis, 1633, Leipzig - manuel de physique
  • Conatuum Comenianorum praeludia, 1637, Oxford
  • Prodromus pansophiae (Prélude à la sagesse universelle), 1639, London
  • Via lucis (La voie de la lumière), 1642 et 1668 - opinions sur l'éducation et le système scolaire
  • Pansophiae diatyposis, 1643, Danzig (En ligne)
  • Methodus linguarum novissima, 1649 - manuel de langues
  • Historia persecutionum Ecclesiae Slavonicae, 1647 - demande aux Protestants européens d’aider les Tchèques
  • Kšaft umírající matky, Jednoty bratrské, 1650 - déception du fait de la paix de Westphalie
  • Rebita Laucus, 1650
  • Independentia aeternarum confusionum origo, 1650
  • Schola pansophica (L'école pansophique), 1651
  • Sermo secretus Nathanis ad Davidem, 1651 - demande au prince hongrois Sigismund Rákóczi de combattre les Habsburg
  • Gentis felicitas, 1659, Amsterdam - exhortation à combattre les Habsburg
  • Schola ludus, 1654
  • Panegyricus Carolo Gustavo (Panégyrique de Charles Gustave), 1655 - demande au roi de Suède de réformer la Pologne
  • Opera didactica omnia (Oeuvres didactiques complètes) (1657) - un recueil de ses écrits pédagogiques
  • Lux in tenebris (La lumière dans les ténèbres), 1657
  • Orbis sensualium pictus, 1658, Nuremberg - imagier pour l'apprentissage du latin (En ligne)
  • Kancionál, 1659 - un recueil de chants religieux
  • Ecclesiae Slavonicae brevis historiola, 1660, Amsterdam - une histoire de l'Eglise slave
  • De rerum humanarum emendatione consultatio catholica, 1662 - son œuvre la plus imposante, une œuvre philosophique divisée en 7 parties, dont 4 inachevées
  • Lux e tenebris, 1665 - complète Lux in tenebris
  • Clamores Eliae, 1665-1670 - idées sur l'amélioration du monde et la coopération internationale
  • Angelus pacis (L'ange de la paix), 1667 - exhortation à la paix
  • Unum necessarium, 1668 - une sorte de testament philosophique
  • Continuatio admonitionis fraternae, 1669 - polémique

Éditions récentes[modifier | modifier le code]

  • La Grande didactique ou l'art universel de tout enseigner à tous (1627-1632), trad. de Marie-Françoise Bosquet-Frigout, Dominique Saget, Bernard Jolibert. 2 e éd. revue et corrigée. Paris, Klincksieck, 2002. (Philosophie de l'éducation ; 9). ISBN 2-252-03407-6.
  • Novissima linguarum methodus. La toute nouvelle méthode des langues, éd. et trad. par Honoré Jean, sous la dir. de Gilles Bibeau, Jean Caravolas et Claire Le Brun-Gouanvic. Genève, Droz, 2005. (Langue et cultures ; 37). ISBN 2-600-00979-5.
  • Art et enseignement de la prédication. Manuel d'homilétique de l'Unité des Frères tchèques et moraves, éd. et trad. par Daniel S. Larangé. Paris, L'Harmattan, 2006. ISBN 2-296-00513-6.
  • Le Labyrinthe du monde et le paradis du coeur, trad. par Xavier Galmiche. Paris, Desclée, 1991. ISBN 2-7189-0560-3.
  • Le Labyrinthe du monde et le paradis du cœur, éd. et trad. par Christian Fleischl. Ottawa, eBooksLib, 2005. ISBN 1-4121-0472-6.
  • L'Unique Nécessaire, éd. et trad. par Christian Fleischl. Paris, L'Harmattan, 2009. ISBN 978-2-296-09544-1.

Romans, études critiques, commentaires[modifier | modifier le code]

  • Jean Château (dir.), Les grands pédagogues, PUF, 1956, p. 109-124 (par J.-B. Piobetta).
  • Jacques Prévot, L'utopie éducative. Coménius. Paris, Belin, 1981. ISBN 2-7011-0357-6.
  • Marcelle Denis, Comenius. Paris, PUF, 1994. (Pédadogues. Pédagogies). ISBN 2-13-045819-X.
  • Olivier Cauly, Comenius. Paris, éditions du Félin, 1995. ISBN 978-2-86645-207-0
  • Etienne Krotky, "Former l'homme" L'éducation selon Comenius. Publications de la Sorbonne 1996
  • Jean Bédard, Philosophe, Comenius ou l'art sacré de l'éducation roman, JC Lattes, France, 2002. www.jeanbedard.com
  • Jean Houssaye (dir.), Premiers pédagogues. De l'Antiquité à la Renaissance, Issy-les-Moulineaux, 2002, p. 366-394 (par Helmut Heiland).
  • Daniel S. Larangé, La Parole de Dieu en Bohême et Moravie. La tradition de la prédication de Jan Hus à Jan Amos Comenius. Paris, L'Harmattan, 2008. (Religions & spiritualité). ISBN 978-2-296-06087-6.
  • Marie Chatardová, "Comenius : le 'Galilée de l'éducation'", Soleo : magazine de l'Agence Europe-Education-Formation France n° 27 (juin 2011) - pp. 16-17

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Lorsque l'éducation générale de la jeunesse commencera par la bonne méthode, il ne manquera plus à personne ce qui lui est nécessaire pour bien penser et bien agir. »
  • « Plus nombreux sont les problèmes auxquels on réfléchit, plus on risque de n'en comprendre aucun. »

Postérité[modifier | modifier le code]

Sa date de naissance est commémorée en République tchèque et en Slovaquie par la Journée des professeurs.
Les billets de 200 couronnes en République tchèque sont à son effigie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Comenius » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)