Europe néolithique

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L'Europe vers 5500 av. J.-C
L'Europe vers 5000 av. J.-C
Carte simplifiée des plus grandes cultures de l’« Europe ancienne » de la fin du IVe millénaire av. J.-C.. En vert la culture des vases à entonnoir (TRB). En bleu, la culture rubanée, à céramique linéaire (LBK). En orange, la culture de Lengyel, en violet, la culture Vinča, en rouge, culture de Cucuteni-Trypillia et en jaune, la partie occidentale de la culture Yamna.

L'Europe néolithique correspond à la période de la fin de la Préhistoire européenne[1] durant laquelle l'agriculture et l'élevage se sont diffusés avec des groupes de colons ou ont été adoptés par les communautés vivant dans ces régions. Ce processus a commencé durant la première moitié du VIIe millénaire av. J.-C. dans le bassin de la mer Égée. Le mode de vie néolithique a ensuite été adopté à différentes périodes et selon différentes modalités entre les régions. Il n'a jamais été généralisé car encore durant l'Âge du Fer on trouve des communautés vivant exclusivement de chasse et de cueillette par exemple en Europe du Nord. La fin du Néolithique intervient à différentes dates selon les régions. Elle correspond au développement et à la généralisation de la métallurgie du cuivre qui permet de définir l'Âge du cuivre ou Chalcolithique. Dans de nombreuses régions, le développement de la métallurgie est si progressif et les changements dans les modes de vie et l'organisation sociale sont si peu marqués que les expressions « Âge du cuivre » ou « Chalcolithique » tendent à être remplacées par « Néolithique récent » ou « Néolithique final » : le Néolithique est de ce fait immédiatement suivi de l'Âge du bronze.

Principales caractéristiques culturelles[modifier | modifier le code]

L'Europe néolithique est un patchwork de cultures, le plus souvent définies pour l'essentiel sur la base des formes et des décors de la céramique. Ces cultures sont d'une ampleur géographique et chronologique très variable. En outre, le Néolithique européen recouvre en fait des modes de vie et une organisation sociale très variés selon les périodes et les régions. Certaines cultures sont marquées par le développement de très vastes villages d'agriculteurs, d'autres correspondent à des communautés vivant pour l'essentiel du pastoralisme, dans d'autres encore l'agriculture et l'élevage restent des activités marginales par rapport à la chasse, la cueillette ou la pêche.

Le développement du Néolithique : les différentes hypothèses[modifier | modifier le code]

L’origine proche-orientale du Néolithique européen a été avancée dès 1925 par l’archéologue australien V. Gordon Childe dans son ouvrage majeur L’Aube de la civilisation européenne. Pour ce chercheur, la diffusion de l’élevage, de l’agriculture et des autres techniques liées au mode de vie néolithique en Europe est liée à la migration de populations proche-orientale. Cette hypothèse, même nuancée par les découvertes successives, fera longtemps autorité. Le développement de la technique de datation par mesure du carbone 14 à partir des années 60 a permis de l'enrichir et de la préciser. Dans l’article de 1971[2] d’Ammerman et Cavalli-Sforza sont synthétisées les datations des plus anciens sites néolithiques de toute l’Europe jusqu'au Proche-Orient. Les auteurs démontrent la diffusion progressive du Néolithique à partir du Proche-Orient jusqu’au Nord-Ouest de l’Europe. Selon leur calcul, ce processus se serait déroulé à des rythmes différents selon les régions.

À partir des années 60 et dans les années 70 et 80, de nombreux chercheurs remettent en cause l’idée d’une migration de population du sud-ouest de l’Asie pour expliquer le développement du Néolithique en Europe et suggèrent au contraire des inventions locales indépendantes de l’agriculture et de l’élevage dans plusieurs régions européennes. Leur argumentation se base sur la critique des datations de l’article d’Ammerman et Cavalli-Sforza qui ne sont pas calibrées, et qui donc « rajeunissent » artificiellement de plusieurs siècles les sites datés. Après calibration des dates carbone 14, plusieurs sites apparaissent comme aussi ancien voire plus ancien que les sites proche-orientaux desquels ils sont censés être les descendants. D’autres arguments sont avancées ; les chercheurs notent les différences profondes entre les productions matérielles des groupes du Néolithique de l’ouest de l’Europe et ceux du Proche-Orient. Ils relèvent également que dans de nombreuses régions européennes les espèces animales et végétales domestiquées avaient des ancêtres sauvages, une domestication locale était donc possible. Il existe également des régions dans lesquelles le passage du mode de vie mésolithique vers le mode de vie néolithique semble progressive ; il y a par exemple des communautés qui possèdent de la céramique mais qui vivent encore exclusivement de chasse et de cueillette.

Toutefois l'hypothèse du développement totalement indépendant et autonome du Néolithique dans différentes régions d’Europe de l’Ouest a rapidement été rejetée par la majorité des chercheurs. La multiplication des datations carbone 14 sur des sites des différentes régions et les nombreuses recherches sur les plus anciens sites néolithiques du Proche-Orient démontrent clairement l’ancienneté de ces derniers par rapport aux sites européens. D’autre part, la présence supposée d’espèces végétales pouvant correspondre aux espèces domestiquées en Europe a été en partie remise en cause, ce que confirment les analyses génétiques qui montrent que les espèces animales et végétales domestiques des plus anciens sites néolithiques d’Europe sont originaires du sud-ouest de l’Asie. Tout au plus peut-on parler d’hybridation partielle entre des espèces domestiquées ailleurs et les espèces sauvages européennes, par exemple entre les aurochs et les bovins. Enfin, hormis dans quelques régions, le passage au Néolithique n’est pas progressif mais soudain ce qui n’est pas cohérent avec un développement local car le processus de domestication des plantes et des animaux est nécessairement assez long.

Les modèles actuels[modifier | modifier le code]

Il existe un consensus sur l’hypothèse d’une origine sud-ouest asiatique du Néolithique européen. La plupart des chercheurs s’accordent également sur le fait que ce développement s’est accompagné au moins dans certaines régions de migrations de populations. Le modèle développé par Guilaine[3] qui se base en premier lieu sur les très nombreuses datations carbone 14, suggère un développement arythmique du Néolithique. Il y aurait eu des vagues relativement rapides de progression du Néolithique suivies dans certaines régions par des arrêts de parfois plusieurs siècles avant de nouvelles phases de progression. Ces phases d’arrêt s’expliquent selon ce chercheur par une nécessaire adaptation des espèces animales et végétales à des environnements différents avant de pourvoir s’étendre à de nouvelles régions, par exemple entre le climat et la végétation méditerranéennes et celles de l’Europe continentale.

Les modalités selon lesquelles le Néolithique s’est étendu à l’Europe ont fait et font l’objet de nombreux travaux. Zvelebil[4] propose différentes modalités pour ce processus :

  • Folk migration : c’est l’ensemble d’une population déjà néolithisée qui se déplace dans une autre région.
  • Demic diffusion : colonisation progressive d’une région par épisodes successifs par des petits groupes ou quelques familles.
  • Elite dominance : pénétration dans une région donnée d’une élite sociale qui s’impose à la population locale.
  • Infiltration : pénétration graduelle dans une région de petits groupes généralement spécialisés qui remplissent une niche sociale ou économique spécifique.
  • Leapfrog colonisation : ou colonisation par « sauts de grenouille », colonisation sélective d’une zone par des petits groupes qui forment une enclave parmi la population locale.
  • Frontier mobility : mouvements de population de faible ampleur entre les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs (mariages, alliances, etc.) au niveau de la zone de contact.
  • Contact : le commerce, les échanges, les réseaux régionaux ou extra-régionaux permettent la diffusion dans des groupes mésolithiques des innovations comme les pratiques agricoles.

L’ensemble des données actuelles indique à quel point ce processus est complexe à l’échelle de l’Europe et pour une même région plusieurs de ces modèles ont pu jouer simultanément. Il apparaît aussi que le rôle et la place des derniers chasseurs-cueilleurs est très variable selon les régions considérées, de probablement marginal par exemple en Grèce ou dans le sud de l’Italie[5],[6], à central pour au moins une partie de l’Europe du Nord.

Principaux courants de développement du Néolithique en Europe[modifier | modifier le code]

Malgré la complexité extrême des modalités de développement du Néolithique à l’échelle de l’Europe, deux courants majeurs se distinguent. Le premier concerne la majeure partie des régions méditerranéennes, c’est le courant Impressa ou méditerranéen, le second qui concerne l’Europe continentale est le courant danubien.

Le courant Impressa ou méditerranéen[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culture de la céramique imprimée.

Le courant Impressa, ou courant de la céramique imprimée doit son nom aux décors des poteries qui consistent en impressions réalisées par différents moyens sur les vases avant leur cuisson. La céramique imprimée apparaît au Proche-Orient durant la seconde moitié du VIe millénaire, elle apparaît ensuite dans différentes parties de la mer Égée mais demeure marginale dans les sites archéologiques. On la retrouve dans le site de Sidari sur l’île de Corfou à l’Ouest de la Grèce à 6200 av. J.C. puis en Italie, en Dalmatie, dans le sud de la France jusqu’en Catalogne à des dates autour de 5800 av. J.C. Dans toute la partie centrale de la Méditerranée, cette céramique apparaît dans les plus anciens sites du Néolithique. L’agriculture et l’élevage sont en effet attestés dans tous les sites en question. La diffusion du Néolithique s’est nécessairement effectuée par voie maritime. Il est très probable qu’elle corresponde au moins en partie à la migration de groupes d’agriculteurs venus de l’est de la Méditerranée.

Le courant danubien[modifier | modifier le code]

Le courant danubien correspond à l'extension progressive vers l'Ouest de la Culture rubanée ou LinearBandKeramik. La première désignation est liée à l’extension géographique principale de ce courant dans le bassin du Danube. Les deux dernières correspondent au décor de la céramique décorée de rubans, d’où le mot « rubané » en français ou LinearBandKeramik abrégé en LBK en allemand (céramique à bandes linéaires). Ce courant a pour origine le nord des Balkans, c’est-à-dire le nord de la Bulgarie et le sud-ouest de la Roumanie autour de 5800 av. J.C. On retrouve la céramique rubanée, associée à une architecture particulière, des productions techniques distinctives, et la pratique de l’agriculture et de l’élevage jusque dans le Bassin parisien vers 5000 av. J.C.

Génétique du Néolithique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire génétique de l'Europe.

La quasi-totalité des archéologues s’accordent sur le fait que le développement du Néolithique en Europe est dû au moins en partie et dans certaines régions à la migration d’individus originaires du Proche-Orient. Néanmoins l’ampleur de ces déplacements de population et le rôle des derniers chasseurs-cueilleurs ne font pas consensus. Les études génétiques constituent un apport récent et essentiel à ce débat. Leurs conclusions semblent toutefois varier selon la méthodologie employée. Les résultats diffèrent par exemple en fonction des taux de migrations présupposés et les conclusions sont influencées par la façon dont les auteurs « envisagent » que leurs résultats correspondent aux processus historiques et archéologiques connus. Aussi doit-on interpréter de tels travaux avec précaution. Il existe deux méthodes distinctes permettant d’aborder l’analyse génétique de la population européenne du Néolithique. La première se base sur l’analyse de la population actuelle : en analysant la diversité de certains gènes par exemple, les chercheurs établissent les dates supposées de la migration de ses ancêtres. La seconde se base sur l’analyse génétique des squelettes des populations néolithiques elles-mêmes.


Un des premiers chercheurs qui postula des migrations de grande envergure au Néolithique en se fondant sur les indices génétiques fut Luigi Luca Cavalli-Sforza. En appliquant l’analyse en composantes principales sur des données issues des « marqueurs génétiques classiques » (polymorphisme des protéines à partir des groupes sanguins ABO, locus du HLA, immunoglobulines, etc.) et sur la base de la population européenne actuelle, il a découvert plusieurs indices intéressants sur la composition génétique des Européens. Malgré une très forte homogénéité globale, la population européenne peut être scindée en plusieurs clines[7]. Le plus important est un cline du nord-ouest au sud-est du continent avec un foyer au Proche-Orient. Ce cline est attribué par ce chercheur à la diffusion de l’agriculture à partir du Moyen-Orient entre 8 000 et 4 000 ans av. J.C. Les populations d’agriculteurs néolithiques se seraient répandus en Europe à partir de ce foyer via l’Anatolie puis les Balkans dans une Europe peu peuplée. Les métissages avec la population locale des chasseurs-cueilleurs mésolithiques auraient été très limités. Toutefois la datation de ces phénomènes migratoires supposés est hautement discutable et leur attribution au Néolithique est arbitraire ; comme le rappelent Rosser et ses collaborateurs « les associer avec un événement démographique particulier relève habituellement de la spéculation »[8]. Les clines mis en valeurs par Cavalli-Sforza peuvent tout aussi bien correspondre à d’autres scénarios démographiques[9], telles l’expansion paléolithique initiale, les réexpansions au Mésolithique (post-glaciaires)[8], ou des colonisations aux périodes historiques[10].

Les études fondées directement sur l’ADN ont produit des résultats variables. Un des principaux partisans du scénario de la diffusion de populations de Cavalli-Sforza est Lounès Chikhi (en). Dans son étude de 1998, une analyse d’autocorrélation utilisant des locus polymorphiques de sept locus hypervariables de l’ADN autosomique a produit un schéma clinal correspondant étroitement à celui de l’étude de Cavalli-Sforza. Chikhi a calculé que les époques de séparation ne remontaient pas au-delà de 10 000 ans : « l’interprétation la plus simple de ces résultats est que les patrimoines génétiques actuels reflètent largement l’expansion vers l’ouest et vers le nord d’un groupe néolithique »[11].

Distribution des haplotypes de chromosomes Y en Europe selon Semino et al. 2000[12]

Les études mentionnées ci-dessus ont conclu à une contribution génétique néolithique importante, mais elles n’en ont pas quantifié l'ampleur exacte. C’est en partie pour répondre à cette question que Dupanloup et ses collaborateurs ont effectué une analyse d’hybridation fondée sur plusieurs locus autosomiques, et sur les fréquences des haplogroupes de l’ADN mitochondrial (ADN mt) et du chromosome Y non-recombiné. Cette étude présuppose que la population basque actuelle descend directement des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique et celle du Proche-Orient des populations néolithiques. Sur la base de ces présupposés, ces chercheurs ont utilisé l’analyse d’hybridation pour estimer les composants probables du patrimoine génétique des Européens modernes, issus de l’hybridation de deux populations ancestrales. Ils ont mis en valeur un apport génétique important de la supposée population néolithique proche-orientale. Cet apport est très variable selon les régions : il atteint 80 % dans les Balkans, 60 % en Italie et seulement 20 % dans les îles britanniques[13].

Les résultats issus de l’analyse des portions non-recombinées du chromosome Y ont donné, du moins dans un premier temps, des gradients similaires à l’hypothèse classique de diffusion des populations. Dans deux études distinctes[12] et Rosser 2000[8] les haplogroupes J2 et E1b1b (anciennement E3b) ont été identifiés comme les signatures génétiques possibles des agriculteurs migrants du Néolithique en provenance d’Anatolie[8],[Note 1], et représentent donc les composants du chromosome Y de la diffusion démographique au Néolithique [Note 2]. L’hypothèse d’un tel lien fut renforcé quand King et Underhill[14] découvrirent qu’il y avait une corrélation significative entre la distribution du gène Hg J2 et la poterie cardiale néolithique sur les sites européens et méditerranéens. Ces lignées néolithiques comptaient pour 22 % du patrimoine génétique total du chromosome Y des Européens et se trouvaient principalement dans les régions méditerranéennes d’Europe : Grèce, Italie, sud de la Bulgarie, sud-est de la péninsule Ibérique.


La répartition de la poterie cardiale du Néolithique correspond avec celle de l'Hg J2.

Cependant, des études ultérieures portant sur l’ADN-Y, profitant d’une meilleure compréhension des relations phylogénétiques et effectuant des analyses de fréquences d’haplogroupes micro-régionaux, révèlent une histoire démographique plus compliquée[10]. Les études suggèrent que « les schémas clinaux à grande échelle des haplogroupes Hg E et Hg J reflètent une mosaïque de nombreux mouvements et remplacements de populations, à petite échelle et plus régionaux »[15]. Plutôt qu’une simple « vague de progression » de grande ampleur depuis le Proche-Orient, l’apparition du cline Hg J2 est la conséquence des mouvements de populations hétérogènes émanant de différentes parties de l’Égée et du Proche-Orient, sur une période qui s’étend du Néolithique à la Période Classique. De même, on pense que ce sont les agriculteurs du Proche-Orient qui ont introduit l’haplogroupe E1b1b dans les Balkans[12].

Néanmoins, Fulvio Cruciani et d'autres chercheurs ont découvert, en 2007, qu’une large majorité de lignées de l'haplogroupe E1b1b en Europe sont représentées par le sous-clade haplogroupes J2 et E1b1b1a2- V13, qui est rare hors d’Europe. Cruciani, Battaglia et King suggèrent que le sous-clade V13 s’est répandu depuis les Balkans. Toutefois, il ne s’est dégagé aucun consensus sur l’époque exacte de cette diffusion : King et Battalia soutiennent une diffusion au Néolithique, coïncidant peut-être avec l’adoption de l’agriculture par les indigènes des Balkans, tandis que Fulvio Cruciani soutient que l’expansion s'est produite à l’Âge du bronze. Le lieu d’origine du sous-clade V13 ne fait pas consensus, mais il y a accord pour le situer quelque part au sud des Balkans ou en Anatolie[16],[Note 3]. En résumé, dans l’état actuel de nos connaissances, les données du chromosome Y semblent soutenir le « modèle du pionnier » selon lequel des groupes d’agriculteurs du Néolithique originaires de différentes régions de l’est de la Méditerranée colonisèrent plusieurs régions du sud de l’Europe via une route maritime. L’adoption des différentes innovations liées au Néolithique par les populations mésolithiques en contacts avec ces groupes aurait facilité l’extension du Néolithique à l’ensemble de l’Europe, notamment dans les Balkans.

Les données issues de l’ADNmt sont également intéressantes. Les fréquences des haplogroupes de l'ADNmt des Européens ne permettent en rien de montrer des différences régionales significatives[10],[Note 4]. Ce résultat est attribué non seulement aux propriétés moléculaires de l’ADNmt, mais aussi à la différence des processus migratoires entre les hommes et les femmes[12]. L’émergence de 60 à 70 % des lignées d’ADNmt a été située au Paléolithique ou au Mésolithique[8], alors que 20 % seulement des lignées mitochondriales sont supposées néolithiques. Toutefois, ces conclusions ont été remises en cause. Toute hétérogénéité non décelée dans la population fondatrice conduirait à une surestimation de l’âge moléculaire de la population actuelle. Si cela est vrai, alors l’Europe pourrait avoir été peuplée bien plus récemment, par exemple durant le Néolithique, et par une population plus diversifiée (Barbujani (en) et al. 1998[17], d’après Richards et al.[18]). Comme Chikhi (en) le déclare : « Nous soutenons que de nombreuses lignées mitochondriales dont l’origine a été décelée jusqu’au Paléolithique, ont probablement atteint l’Europe à une époque ultérieure ». Cependant, selon Richards et ses collaborateurs[18], même en tenant compte de l’hétérogénéité de la population fondatrice, les datations proposées pour les différentes lignées mitochondriales restent valables.

Dans une étude du même type, Wolfgang Haak a extrait l'ADNmt fossile des restes osseux provenant des plus anciens sites néolithiques d’Europe centrale associés à la culture rubanée. Ce chercheur note la présence de l'ADNmt N1a, un haplogroupe qu'il suppose lié au Néolithique. Dans la population actuelle, la fréquence de cet haplogroupe est de seulement 0,2 %. Haak interprète cette observation comme une preuve en faveur d'une ascendance européenne paléolithique[19]. Cependant, ces conclusions ont été remises en cause par Levy-Coffman : Haak aurait négligé de prendre en compte d'autres événements démographiques et évolutifs qui peuvent être la cause de la rareté de l'ADNmt N1a chez les Européens modernes. En outre, Levy-Coffman affirme qu’il est trompeur de reconstruire notre histoire biologique en se fondant uniquement sur les populations existantes et elle réfute l'idée que les Basques soient une population issue des Européens du Paléolithique, leur unicité génétique pouvant s’expliquer par des milliers d’années d’endogamie. Enfin, elle considère les Européens modernes comme « un mélange entièrement nouveau et moderne, résultat d'un grand nombre d'événements démographiques et évolutifs à travers le temps »[20].

L’ampleur des migrations dans le processus de néolithisation de l’Europe reste donc débattue. Un des derniers éléments de ce débat est la récente étude de la diversité génétique des populations modernes par des chercheurs de l’université de Leicester. En janvier 2010, ces derniers ont établi que la plupart des hommes européens descendent d'agriculteurs qui sont arrivés du Proche-Orient il y a entre 5 000 et 10 000 ans. Le professeur Mark Jobling, qui a conduit l'équipe de recherche, déclarait ainsi: « Nous avons étudié la lignée la plus répandue du chromosome Y en Europe, qui correspond à environ 110 millions d'hommes: elle montre un gradient régulier du sud-est vers le nord-ouest, atteignant presque les 100 % en Irlande. Nous avons étudié la répartition de cette lignée, sa diversité dans les différentes régions d'Europe, et son ancienneté. » Les résultats suggèrent que cette lignée R1b-M269 (tout comme les lignées E1b1b et J) s'est répandue avec l'agriculture, depuis le Proche Orient. Patricia Balaresque, auteur principal de la publication de ce travail, déclare : « Au total, plus de 80 % des chromosomes Y des Européens viennent de ces agriculteurs. Par opposition, la plupart des lignées génétiques maternelles semblent venir des chasseurs-cueilleurs. Ceci suggère un avantage reproductif des agriculteurs sur les hommes locaux, lors de l'abandon des pratiques de chasse et de cueillette. »[21],[22],[23]. Les études de Jobling et Balaresque ont toutefois été remises en question par une étude de Busby et Capelli sur la non-linéarité des variances des mutations STR[24].

Langues du Néolithique[modifier | modifier le code]

Par définition, nous n'avons aucune trace directe ou indirecte des langues parlées par les peuples du Néolithique européen. Quelques paléolinguistes tentent d’étendre les méthodes de la linguistique comparée à l’âge de la pierre, mais cette démarche ne reçoit aucun soutien académique. Le débat sur les langues parlées du Néolithique en Europe est centré sur l'origine des langues indo-européennes et l'importance des langues pré-indo-européennes (voir hypothèse du substrat germanique). On présume généralement que les langues indo-européennes primitives atteignirent l’Europe au Chalcolithique ou aux débuts de l’âge du bronze européen, par exemple avec la culture de la céramique cordée, la culture des champs d'urnes ou la culture campaniforme (voir également l’hypothèse kourgane pour des débats en relation avec ce sujet). L’hypothèse anatolienne postule l’arrivée des langues indo-européennes avec le début du Néolithique. Hans Krahe considère l’hydronymie européenne ancienne comme la plus ancienne trace de la présence des Indo-Européens en Europe.

Les théories sur les langues « pré-indo-européennes » sont fondées sur des indices très minces. Le basque est le meilleur « candidat » pour être le descendant d’une telle langue, mais comme il s'agit d'un isolat (linguistique), il n’existe aucun indice comparatif pour bâtir une théorie. Theo Vennemann postule néanmoins une famille vasconique, dont il suppose la coexistence avec un groupe « atlantique » ou « sémitidique » (c’est-à-dire un groupe para-sémitique). Un autre candidat est la famille tyrrhénique qui aurait donné naissance à l’étrusque et au rhétique à l’âge du fer, et peut-être aussi aux langues égéennes telles que le minoen ou le pélasgien à l’âge du bronze. La langue originelle des Ligures est aussi considérée comme un des substrats de l'indo-européen primitif.


Principales cultures néolithiques européennes[modifier | modifier le code]

Habitations mises au jour à Skara Brae (Orcades, Écosse), le village néolithique le plus complet d'Europe.
Reconstitution d'un village néolithique.

Ne sont mentionnées ici que les cultures les plus importantes par leur ampleur chronologique et géographique et les cultures les plus remarquables par certains aspects.

vers 6500 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

  • « Précéramique » (Grèce)
  • Sesklo (Grèce)

vers 6000 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

vers 5500 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

vers 5000 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

  • Épicardial (sud de la France, jusqu'aux régions atlantiques)
  • Rubané (de l'Europe centrale au Bassin parisien)
  • Passo di Corvo (sud de l'Italie)
  • culture des Grottes (Espagne)
  • Vinča (centre et nord des Balkans)
  • Culture d'Ertebølle (sud de la Scandinavie)
  • Karanovo V (Bulgarie)

vers 4500 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

vers 4000 av. J.C.[modifier | modifier le code]

vers 3500 av. J.C.[modifier | modifier le code]

vers 3000 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

vers 2500 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

vers 2000 avant J.-C.[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Rosser et al. (2000) : ici Rosser utilise la nomenclature HG 1 pour R1b, et HG 9 pour J2.
  2. Semino et al., 2000 : Les noms des haplogroupes sont différents dans cet article. Par exemple, haplogroup I est appelé M170.
  3. Battaglia 2008 : "Balkan Mesolithic foragers, with their own autochthonous genetic signatures, were destined to become the earliest to adopt farming, when it was subsequently introduced by a cadre of migrating farmers from the Near East. Thus, unlike Crete, southern and central Italy and the southern Caucasus, the cultural transmission of the Neolithic package played an important role. Either the initial G and J2 Hg agriculturalists who colonized the Balkans at first flourished but later diminished in a similar manner to that proposed regarding the Linearbandkeramik in central Europe or the package was rapidly and robustly adopted by local Mesolithic people in the southern Balkans (plausibly characterized by E-V13), who underwent a demic expansion and a subsequent range expansion to the eastern Adriatic. These former foragers who had recently acquired the Neolithic tradition participated in 'leapfrog' colonizations up the Adriatic, where they eventually transmitted agricultural practices to resident Mesolithic populations".
  4. Di Giacomo 2004 : However, both the data reported here and in the literature agree in showing that this haplogroup did not leave a strong signature in the peoples of the northern Balkans and central Europe, this being the most likely route for the entry of agriculturalists in the European continent north of the Alps, under the demic diffusion model. Instead, the raw frequency data from within the Iberian, Italian, and Balkan peninsulas are more in line with alternative routes of westward spread, possibly maritime.
Références
  1. Marcel Otte, La Protohistoire, De-Boeck, 2008, ISBN 978-2-8041-5923-8.
  2. Ammerman A. J., Cavalli-Sforza L. L., Measuring the Rate of Spread of Early Farming in Europe, Man, vol. 6 n. 4, p. 674-688
  3. Guilaine J., 2001, La diffusion de l’agriculture en Europe: une hypothèse arythmique, Zephyrus, vol. 53–54, p. 267–272
  4. Zvelebil M., 2001, The agricultural transition and the origins of Neolithic society un Europe, Documenta Praehistorica, vol. 28, p. 1-26
  5. Perlès C., 2003, An alternate (and old-fashioned) view of Neolithisation in Greece, Documenta Praehistorica, vol. XXX, p. 99-113
  6. Guilbeau D., 2011, Le début du Néolithique en Italie méridionale : ce que nous disent les productions en silex du Gargano, Origini, vol. XXXIII, p. 83-106
  7. Luigi Luca Cavalli-Sforza, Genes, peoples, and languages, Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 94, no. 15 (1997), pp. 7719-7724.
  8. a, b, c, d et e Rosser et al., Y-Chromosomal Diversity in Europe Is Clinal and Influenced Primarily by Geography, Rather than by Language, American Journal of Human Genetics, 67: 1526–1543, doi:10.1086/316890. 2000.
  9. Guido Barbujani, Giorgio Bertorelle, Genetics and the population history of Europe. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 98, n° 1, pp. 22–25. 2001.
  10. a, b et c Fabio Di Giacomo et al., Y chromosomal haplogroup J as a signature of the post-neolithic colonization of Europe, Human Genetics, vol. 115 (2004), pp. 357–371.
  11. Lounès Chikhi (en) et al., Clines of nuclear DNA markers suggest a largely Neolithic ancestry of the European gene pool, Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA, vol. 95, n° 15, pp. 9053-9058 (1998).
  12. a, b, c et d Semino et al., The Genetic Legacy of Paleolithic Homo sapiens sapiens in Extant Europeans: A Y Chromosome Perspective. Département de Génétique et Microbiologie, Université de Pavie, Italie. Science, vol. 290 (5494):1155-9 (2000).
  13. I. Dupanloup et al., Estimating the Impact of Prehistoric Admixture on the Genome of Europeans, Molecular Biology and Evolution, 21(7):1361-1372 (2004).
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  16. Vincenza Battaglia, Simona Fornarino, Nadia Al-Zahery, Anna Olivieri, Maria Pala, Natalie M Myres, Roy J King, Siiri Rootsi, Damir Marjanovic, Dragan Primorac, Rifat Hadziselimovic, Stojko Vidovic, Katia Drobnic, Naser Durmishi, Antonio Torroni, A Silvana Santachiara-Benerecetti, Peter A Underhill, Ornella Semino, Y-chromosomal evidence of the cultural diffusion of agriculture in southeast Europe, European Journal of Human Genetics (2009) 17, 820–830; doi:10.1038/ejhg.2008.249; publié en ligne en 2008.
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  21. Balaresque et al. 2010, A Predominantly Neolithic Origin for European Paternal Lineages.
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  24. George Busby et al. 2011, "The peopling of Europe and the cautionary tale of Y chromosome lineage R-M269", 24 aout 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Bellwood, Peter, Early Agriculturalist Population Diasporas? Farming, Languages, and Genes, in: Annual Review of Anthropology, 2001, 30, 181-207
  • Bellwood, Peter, First Farmers: The Origins of Agricultural Societies, Blackwell Publishers, 2004, (ISBN 0-631-20566-7)
  • Cavalli-Sforza, Luigi Luca, Paolo Menozzi, and Alberto Piazza, The History and Geography of Human Genes, Princeton University Press, 1994, (ISBN 0-691-08750-4)
  • Cavalli-Sforza, Luigi Luca, Genes, Peoples, and Languages, Berkeley : University of California Press, 2001, (ISBN 0-520-22873-1)
  • Childe, V. Gordon, The Aryans: A Study of Indo-European Origins, 1926, London : Paul, Trench, Trubner.
  • Guilaine, Jean (dir), Atlas du Néolithique européen. L'Europe occidentale, 1998, Paris : ERAUL 46.
  • Gimbutas, Marija, The Civilization of the Goddess, San Francisco : Harper, 1991, (ISBN 0-06-250337-5)
  • Gimbutas, Marija, The Language of the Goddess, Harper & Row, Publishers, 1989, (ISBN 0-06-250356-1)
  • Gimbutas, Marija, The Goddesses and Gods of Old Europe: 6500–3500 B.C., University of California Press, 1982, (ISBN 0-520-04655-2)
  • Renfrew, Colin, Archaeology and Language, London : Jonathan Cape, 1987, (ISBN 0-521-38675-6)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]