Europe néolithique
L'Europe néolithique correspond à la période de la fin de la Préhistoire européenne[1] durant laquelle l'agriculture et l'élevage se sont diffusés avec des groupes de colons ou ont été adoptés par les communautés vivant dans ces régions. Ce processus a commencé durant la première moitié du VIIe millénaire avant. J.C. dans le bassin de la mer Égée. Le mode de vie néolithique a ensuite été adopté à différentes périodes et selon différentes modalités entre les régions. Il n'a jamais été généralisé car encore durant l'Âge du Fer on trouve des communautés vivant exclusivement de chasse et de cueillette par exemple en Europe du Nord. La fin du Néolithique intervient à différentes dates selon les régions. Elle correspond au développement et à la généralisation de la métallurgie du cuivre qui permet de définir l'Âge du cuivre ou Chalcolithique. Dans de nombreuses régions, le développement de la métallurgie est si progressif et les changements dans les modes de vie et l'organisation sociale sont si peu marqués que les expressions "Âge du cuivre" ou "Chalcolithique" tendent à être remplacées par "Néolithique récent" ou "Néolithique final" : le Néolithique est de ce fait immédiatement suivi de l'Âge du Bronze.
Principales caractéristiques culturelles [modifier]
L'Europe néolithique est un patchwork de cultures, le plus souvent définies pour l'essentiel sur la base des formes et des décors de la céramique. Ces cultures sont d'une ampleur géographique et chronologique très variable. En outre, le Néolithique européen recouvre en fait des modes de vie et une organisation sociale très variés selon les périodes et les régions. Certaines cultures sont marquées par le développement de très vastes villages d'agriculteurs, d'autres correspondent à des communautés vivant pour l'essentiel du pastoralisme, dans d'autres encore l'agriculture et l'élevage restent des activités marginales par rapport à la chasse, la cueillette ou la pêche.
Le développement du Néolithique : les différentes hypothèses [modifier]
L’origine proche-orientale du Néolithique européen a été avancée dès 1925 par l’archéologue australien V. Gordon Childe dans son ouvrage majeur L’Aube de la civilisation européenne. Pour ce chercheur, la diffusion de l’élevage, de l’agriculture et des autres techniques liées au mode de vie néolithique en Europe est liée à la migration de populations proche-orientale. Cette hypothèse, même nuancée par les découvertes successives, fera longtemps autorité. Le développement de la technique de datation par mesure du carbone 14 à partir des années 60 a permis de l'enrichir et de la préciser. Dans l’article de 1971[2] d’Ammerman et Cavalli-Sforza sont synthétisées les datations des plus anciens sites néolithiques de toute l’Europe jusqu'au Proche-Orient. Les auteurs démontrent la diffusion progressive du Néolithique à partir du Proche-Orient jusqu’au Nord-Ouest de l’Europe. Selon leur calcul, ce processus se serait déroulé à des rythmes différents selon les régions.
À partir des années 60 et dans les années 70 et 80, de nombreux chercheurs remettent en cause l’idée d’une migration de population du sud-ouest de l’Asie pour expliquer le développement du Néolithique en Europe et suggèrent au contraire des inventions locales indépendantes de l’agriculture et de l’élevage dans plusieurs régions européennes. Leur argumentation se base sur la critique des datations de l’article d’Ammerman et Cavalli-Sforza qui ne sont pas calibrées, et qui donc « rajeunissent » artificiellement de plusieurs siècles les sites datés. Après calibration des dates carbone 14, plusieurs sites apparaissent comme aussi ancien voire plus ancien que les sites proche-orientaux desquels ils sont censés être les descendants. D’autres arguments sont avancées ; les chercheurs notent les différences profondes entre les productions matérielles des groupes du Néolithique de l’ouest de l’Europe et ceux du Proche-Orient. Ils relèvent également que dans de nombreuses régions européennes les espèces animales et végétales domestiquées avaient des ancêtres sauvages, une domestication locale était donc possible. Il existe également des régions dans lesquelles le passage du mode de vie mésolithique vers le mode de vie néolithique semble progressive ; il y a par exemple des communautés qui possèdent de la céramique mais qui vivent encore exclusivement de chasse et de cueillette.
Toutefois ces hypothèses de développement totalement indépendant et autonome du Néolithique dans différentes régions d’Europe de l’Ouest ont rapidement été rejetées par la majorité des chercheurs. La multiplication des datations carbone 14 sur des sites des différentes régions et les nombreuses recherches sur les plus anciens sites néolithiques du Proche-Orient démontrent clairement l’ancienneté de ces derniers par rapport aux sites européens. D’autre part, la présence supposée d’espèces végétales pouvant correspondre aux espèces domestiquées en Europe a été en partie remise en cause, ce que confirment les analyses génétiques qui montrent que les espèces animales et végétales domestiques des plus anciens sites néolithiques d’Europe sont originaires du sud-ouest de l’Asie. Tout au plus peut-on parler d’hybridation partielle entre des espèces domestiquées ailleurs et les espèces sauvages européennes, par exemple entre les aurochs et les bovins. Enfin, hormis dans quelques régions, le passage au Néolithique n’est pas progressif mais soudain ce qui n’est pas cohérent avec un développement local car le processus de domestication des plantes et des animaux est nécessairement assez long.
Les modèles actuels [modifier]
Il existe un consensus sur l’hypothèse d’une origine sud-ouest asiatique du Néolithique européen. La plupart des chercheurs s’accordent également sur le fait que ce développement s’est accompagné au moins dans certaines régions de migrations de populations. Le modèle développé par Guilaine[3] qui se base en premier lieu sur les très nombreuses datations carbone 14, suggère un développement arythmique du Néolithique. Il y aurait eu des vagues relativement rapides de progression du Néolithique suivies dans certaines régions par des arrêts de parfois plusieurs siècles avant de nouvelles phases de progression. Ces phases d’arrêt s’expliquent selon ce chercheur par une nécessaire adaptation des espèces animales et végétales à des environnements différents avant de pourvoir s’étendre à de nouvelles régions, par exemple entre le climat et la végétation méditerranéennes et celles de l’Europe continentale.
Les modalités selon lesquelles le Néolithique s’est étendu à l’Europe ont fait et font l’objet de nombreux travaux. Zvelebil[4] propose différentes modalités pour ce processus :
- Folk migration : c’est l’ensemble d’une population déjà néolithisée qui se déplace dans une autre région.
- Demic diffusion : colonisation progressive d’une région par épisodes successifs par des petits groupes ou quelques familles.
- Elite dominance : pénétration dans une région donnée d’une élite sociale qui s’impose à la population locale.
- Infiltration : pénétration graduelle dans une région de petits groupes généralement spécialisés qui remplissent une niche sociale ou économique spécifique.
- Leapfrog colonisation : ou colonisation par « sauts de grenouille », colonisation sélective d’une zone par des petits groupes qui forment une enclave parmi la population locale.
- Frontier mobility : mouvements de population de faible ampleur entre les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs (mariages, alliances, etc.) au niveau de la zone de contact.
- Contact : le commerce, les échanges, les réseaux régionaux ou extra-régionaux permettent la diffusion dans des groupes mésolithiques des innovations comme les pratiques agricoles.
L’ensemble des données actuelles indique à quel point ce processus est complexe à l’échelle de l’Europe et pour une même région plusieurs de ces modèles ont pu jouer simultanément. Il apparaît aussi que le rôle et la place des derniers chasseurs-cueilleurs est très variable selon les régions considérées, de probablement marginal par exemple en Grèce ou dans le sud de l’Italie[5] [6], à central pour au moins une partie de l’Europe du Nord.
Principaux courants de développement du Néolithique en Europe [modifier]
Malgré la complexité extrême des modalités de développement du Néolithique à l’échelle de l’Europe, deux courants majeurs se distinguent. Le premier concerne la majeure partie des régions méditerranéennes, c’est le courant Impressa ou méditerranéen, le second qui concerne l’Europe continentale est le courant danubien.
Le courant Impressa ou méditerranéen [modifier]
Le courant Impressa doit son nom aux décors de la céramique qualifiée d’Impressa, imprimée en italien, car ils sont réalisés par des impressions réalisés par différents moyens sur la poterie avant la cuisson. La céramique Impressa apparaît au Proche-Orient durant la seconde moitié du VIe millénaire, elle apparaît ensuite dans différentes parties de la mer Égée mais demeure marginale dans les sites archéologiques. On la retrouve dans le site de Sidari sur l’île de Corfou à l’Ouest de la Grèce à 6200 av. J.C. puis en Italie, en Dalmatie, dans le sud de la France jusqu’en Catalogne à des dates autour de 5800 av. J.C. Dans toute la partie centrale de la Méditerranée, cette céramique apparaît dans les plus anciens sites du Néolithique. L’agriculture et l’élevage sont en effet attestés dans tous les sites en question. La diffusion du Néolithique s’est nécessairement effectuée par voie maritime. Il est très probable qu’elle corresponde au moins en partie à la migration de groupes d’agriculteurs venus de l’est de la Méditerranée.
Le courant danubien [modifier]
Le courant danubien correspond à l'extension progressive vers l'Ouest de la Culture rubanée ou LinearBandKeramik. La première désignation est liée à l’extension géographique principale de ce courant dans le bassin du Danube. Les deux dernières correspondent au décor de la céramique décorée de rubans, d’où le mot « rubané » en français ou LinearBandKeramik abrégé en LBK en allemand (céramique à bandes linéaires). Ce courant a pour origine le nord des Balkans, c’est-à-dire le nord de la Bulgarie et le sud-ouest de la Roumanie autour de 5800 av. J.C. On retrouve la céramique rubanée, associée à une architecture particulière, des productions techniques distinctives, et la pratique de l’agriculture et de l’élevage jusque dans le Bassin parisien vers 5000 av. J.C.
Génétique du Néolithique [modifier]
Les archéologues s’accordent sur le fait que les techniques liées à l’agriculture naquirent au Levant-Proche-Orient et se répandirent ensuite en Europe. Néanmoins, il y a débat pour déterminer si elles furent le résultat des migrations en provenance du Proche-Orient, ou résultèrent simplement des contacts entre Européens et Proche-Orientaux. À l’heure actuelle, trois modèles résument les schémas de propagation proposés[7] :
- 1. Théorie du remplacement : celle-ci postule qu’il y eut des migrations importantes d'agriculteurs du Croissant fertile en Europe. Étant donné leur avantage technologique, ils auraient repoussé ou absorbé les populations de chasseurs-cueilleurs moins nombreuses. Ainsi, les Européens modernes seraient les descendants de ces agriculteurs néolithiques.
- 2. Diffusion culturelle : en contraste, ce modèle suppose que l’agriculture atteignit l’Europe au moyen des idées et par le commerce entre la population européenne mésolithique et les agriculteurs d'Anatolie. Il n’y eut pas d’augmentation nette des migrations durant le processus, par conséquent les Européens modernes sont les descendants des chasseurs-cueilleurs paléolithiques autochtones.
- 3. « Modèle du pionnier » : celui-ci reconnaît que les modèles 1 et 2 ci-dessus représentent une fausse dichotomie. Ce modèle postule qu’il y eut une migration initiale et à petite échelle de cultivateurs du Proche-Orient vers l’Europe. Il se peut qu’ils aient profité d’expansions démographiques localisées en raison de leur meilleure organisation sociale. La diffusion subséquente des technologies agraires à travers le reste de l’Europe fut menée par les Européens du Mésolithique qui acquirent de nouveaux savoir-faire par le biais du commerce et de l’interaction culturelle.
Des études génétiques sont utilisées dans l’étude des migrations des populations préhistoriques. Dans l’ensemble, les scientifiques s’accordent pour dire qu’il y a des preuves de migrations durant le Néolithique. Cependant, ils ne parviennent pas à s’accorder sur l’étendue de ce mouvement. Les conclusions des études semblent varier selon l’« opérateur » et dépendre de lui. Ce qui signifie que les résultats varient selon les taux de migrations présupposés et que les conclusions sont influencées par la façon dont les auteurs « envisagent » que leurs résultats correspondent aux processus historiques et archéologiques connus. Aussi doit-on interpréter de telles études avec précaution.
Le premier chercheur, peut-être, qui postula des migrations de grande envergure au Néolithique, en se fondant sur les indices génétiques, fut Luigi Luca Cavalli-Sforza. En appliquant l’analyse en composantes principales sur des données issues des « marqueurs génétiques classiques » (polymorphisme des protéines à partir des groupes sanguins ABO, locus du HLA, immunoglobulines, etc.), Cavalli-Sforza découvrit d’intéressants indices sur la composition génétique des Européens. Bien qu’ils fussent très homogènes génétiquement, plusieurs schémas existaient[8]. Le plus important était un cline du nord-ouest au sud-est avec un foyer au Proche-Orient. Calculant sur 28 % de la diversité génétique totale dans les échantillons européens de son étude, il attribua le cline à la diffusion de l’agriculture à partir du Moyen-Orient, il y a environ 10 000 à 6 000 ans[8].
L’explication de Cavalli-Sforza des migrations de populations stipulait que les clines étaient dus à l’expansion de populations de cultivateurs néolithiques dans une Europe de chasseurs-cueilleurs faiblement peuplée, avec un faible mélange entre les uns et les autres. Le trajet pressenti pour cette propagation aurait été de l’Anatolie à l’Europe centrale via les Balkans. Toutefois, sachant que les profondeurs de temps de tels schémas sont inconnues, « les associer avec un événement démographique particulier relève habituellement de la spéculation »[9]. À part une migration au Néolithique, les clines peuvent aussi être compatibles avec d’autres scénarios démographiques[10], tels que l’expansion paléolithique initiale ou les réexpansions au Mésolithique (post-glaciaires)[9], ou des colonisations (historiques) ultérieures[11].
Les études fondées directement sur l’ADN ont produit des résultats variables. Un partisan notable du scénario de diffusion de populations de Cavalli-Sforza est Lounès Chikhi (en). Dans son étude de 1998, utilisant des locus polymorphiques de sept locus hypervariables de l’ADN autosomique, une analyse d’autocorrélation a produit un schéma clinal correspondant étroitement à celui de l’étude de Cavalli-Sforza. Il a calculé que les époques de séparation ne remontaient pas au-delà de 10 000 ans : « l’interprétation la plus simple de ces résultats est que les patrimoines génétiques actuels reflètent largement l’expansion vers l’ouest et vers le nord d’un groupe néolithique »[12].
Les études mentionnées ci-dessus ont conclu à une contribution génétique néolithique importante, mais elles n’en ont pas quantifié l'ampleur exacte. Dupanloup a effectué une analyse d’hybridation fondée sur plusieurs locus autosomiques, et sur les fréquences des haplogroupes de l’ADN mitochondrial (ADN mt) et du chromosome Y non-recombiné. L’étude présupposait que les Basques représentaient actuellement le patrimoine génétique des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, tandis que les Proche-Orientaux étaient les descendants des cultivateurs du Néolithique. En conséquence, on a utilisé l’analyse d’hybridation pour estimer les composants probables du patrimoine génétique des Européens modernes, qui sont issus de deux populations ancestrales dont les membres se sont métissés à une certaine époque du passé. L’étude suggérait que le croisement le plus important au Proche-Orient avait eu lieu dans les Balkans (≈ 80 %) et en Italie du sud (≈ 60 %), tandis qu’il avait été le plus réduit dans les îles Britanniques (estimé à seulement 20 %). Les auteurs en ont conclu que le basculement vers l’agriculture avait entraîné une grande dispersion de population en provenance du Proche-Orient[14].
Les résultats issus de l’analyse des portions non-recombinées du chromosome Y ont donné, du moins dans un premier temps, des gradients similaires à l’hypothèse classique de diffusion des populations. Deux études importantes, Semino 2000[13] et Rosser 2000[9], ont identifié les haplogroupes J2 et E1b1b (anciennement E3b) comme les signatures génétiques putatives des agriculteurs migrants du Néolithique en provenance d’Anatolie[9],[Note 1], et représentent donc les composants du chromosome Y de la diffusion démographique au Néolithique[Note 2]. Ce lien fut renforcé quand King et Underhill[15] découvrirent qu’il y avait une corrélation significative entre la distribution du gène Hg J2 et la poterie cardiale néolithique sur les sites européens et méditerranéens. Ces lignées néolithiques comptaient pour 22 % du patrimoine génétique total des Européens du chromosome Y et se trouvaient principalement dans les régions méditerranéennes d’Europe : Grèce, Italie, sud de la Bulgarie, sud-est de l’Ibérie.
Cependant, des études ultérieures portant sur l’ADN-Y, profitant d’une meilleure compréhension des relations phylogénétiques et effectuant des analyses de fréquences d’haplogroupes micro-régionaux, révèlent une histoire démographique plus compliquée[11]. Les études suggèrent que « les schémas clinaux à grande échelle des haplogroupes Hg E et Hg J reflètent une mosaïque de nombreux mouvements et remplacements de populations, à petite échelle et plus régionaux »[16]. Plutôt qu’une simple « vague de progression » de grande ampleur depuis le Proche-Orient, l’apparition du cline Hg J2 est la conséquence des mouvements de populations hétérogènes émanant de différentes parties de l’Égée et du Proche-Orient, sur une période qui s’étend du Néolithique à la Période Classique. De même, on pense que ce sont les agriculteurs du Proche-Orient qui ont introduit l’haplogroupe E1b1b dans les Balkans[13].
Néanmoins, Fulvio Cruciani et d'autres chercheurs ont découvert, en 2007, qu’une large majorité de lignées de l'haplogroupe E1b1b en Europe sont représentées par le sous-clade E1b1b1a2- V13, lequel est rare hors d’Europe. Cruciani, Battaglia et King pressentent tous que le sous-clade V13 s’est répandu depuis les Balkans. Toutefois, il ne s’est dégagé aucun consensus sur l’époque exacte de cette diffusion (King et Battalia soutiennent une diffusion au Néolithique, coïncidant peut-être avec l’adoption de l’agriculture par les indigènes des Balkans, tandis que [Fulvio Cruciani|Cruciani) soutient que l’expansion eut lieu à l’âge du bronze), ni sur l’endroit où le sous-clade V13 a réellement surgi (mais il y a accord pour le situer quelque part au sud des Balkans ou en Anatolie)[17],[Note 3]. Au total, les données du chromosome Y semblent soutenir le « modèle du pionnier » par lequel des groupes hétérogènes d’agriculteurs du Paléolithique colonisèrent des endroits précis du sud de l’Europe en passant, à l’origine, par une route maritime. La diffusion postérieure de l’agriculture fut facilitée par l’adoption de ces méthodes par les Européens autochtones, processus particulièrement prédominant dans les Balkans[11],[Note 4].
Les données issues de l’ADNmt sont également intéressantes. Les fréquences des haplogroupes de l'ADNmt des Européens montrent qu’il n’y a guère de formule géographique, voire aucune[8],[9], un résultat attribué aux propriétés moléculaires différentes de l’ADNmt, autant qu’aux différences de pratiques migratoires entre hommes et femmes[13]. L’émergence de la grande majorité des lignées d’ADNmt (de 60 à 70 %) a été située au Mésolithique ou au Paléolithique[7],[9], alors que 20 % seulement des lignées mitochondriales sont néolithiques. Toutefois, ces conclusions ont été remises en cause. Toute hétérogénéité non décelée dans la population fondatrice résulterait en une surestimation de l’âge moléculaire de la population actuelle. Si cela est vrai, alors l’Europe pourrait avoir été peuplée bien plus récemment, par exemple durant le Néolithique, par une population fondatrice plus diverse (Barbujani (en) et al. 1998[18], d’après Richards et al.[19]). Comme Chikhi (en) le déclare : « Nous soutenons que de nombreuses lignées mitochondriales dont l’origine a été décelée jusqu’au Paléolithique, ont probablement atteint l’Europe à une époque ultérieure ». Cependant, Richards et al.[19] maintiennent ces découvertes même quand l’hétérogénéité de la population fondatrice est prise en compte.
Dans une étude de ce type, Wolfgang Haak a extrait l'ADNmt fossile à partir de ce qu'il présente comme les premiers agriculteurs européens de la culture rubanée de l'Europe centrale. Les squelettes contenaient une fréquence de l'ADNmt N1a, un haplogroupe qu'il supposa lié au Néolithique. De nos jours, la fréquence de cet haplogroupe est de seulement 0,2 %. Haak a présenté ce fait comme une preuve en faveur d'une ascendance européenne paléolithique[20]. Cependant, les conclusions de l'étude de Haak ont été remises en cause par Levy-Coffman. Celle-ci a laissé entendre que Haak avait négligé de prendre en compte d'autres événements démographiques et évolutifs qui auraient pu être la cause de la rareté de l'ADNmt N1a chez les Européens modernes. En outre, elle a affirmé qu’il est trompeur de reconstruire notre histoire biologique en se fondant uniquement sur les populations existantes, et elle réfute l'idée que les Basques soient une population issue des Européens du Paléolithique (à la place, elle a attribué leur unicité génétique à des milliers d'années d'endogamie). Enfin, elle considère les Européens modernes comme « un mélange entièrement nouveau et moderne, résultat d'un grand nombre d'événements démographiques et évolutifs à travers le temps »[21].
La question de savoir si l'agriculture s'est répandue au gré des migrations humaines ou par la diffusion des idées et des techniques agricole est donc toujours débattue mais une récente étude de la diversité génétique des populations modernes a quelque peu éclairci la situation. En effet, en janvier 2010, des chercheurs de l'université de Leicester au Royaume-Uni ont établi que la plupart des hommes européens descendent d'agriculteurs qui sont arrivés du Proche-Orient il y a entre 5 000 et 10 000 ans. Le professeur Mark Jobling, qui a conduit l'équipe de recherche, déclarait ainsi: « Nous avons étudié la lignée la plus répandue du chromosome Y en Europe, qui correspond à environ 110 millions d'hommes: elle montre un gradient régulier du sud-est vers le nord-ouest, atteignant presque les 100 % en Irlande. Nous avons étudié la répartition de cette lignée, sa diversité dans les différentes régions d'Europe, et son ancienneté. » Les résultats suggèrent que cette lignée R1b-M269 (tout comme les lignées E1b1b et J) s'est répandue avec l'agriculture, depuis le Proche Orient. Le Dr Patricia Balaresque, auteur principal, déclarait : « Au total, plus de 80 % des chromosomes Y des Européens viennent de ces agriculteurs. Par opposition, la plupart des lignées génétiques maternelles semblent venir des chasseurs-cueilleurs. Ceci suggère un avantage reproductif des agriculteurs sur les hommes locaux, lors de l'abandon des pratiques de chasse et de cueillette. »[22],[23],[24]. Les études de Jobling et Balaresque ont été mises en question par une étude de Busby et Capelli sur la non-linéarité des variances des mutations STR[25].
Langues du Néolithique [modifier]
Il n’existe pas de trace directe des langues parlées au Néolithique. Quelques paléolinguistes tentent d’étendre les méthodes de la linguistique comparée à l’âge de la pierre, mais cette démarche ne reçoit aucun soutien académique. Le débat sur les langues parlées hypothétiques du Néolithique en Europe se divise en deux parties, les langues indo-européennes et les langues pré-indo-européennes (voir hypothèse du substrat germanique). On présume généralement que les langues indo-européennes primitives atteignirent l’Europe au Chalcolithique ou aux débuts de l’âge du bronze européen, par exemple avec la culture de la céramique cordée, la culture des champs d'urnes ou la culture campaniforme (voir également l’hypothèse kourgane pour des débats en relation avec ce sujet). L’hypothèse anatolienne postule l’arrivée des langues indo-européennes avec le début du Néolithique. Hans Krahe considère l’hydronymie européenne ancienne comme la plus ancienne trace de la présence des Indo-Européens en Europe.
Les théories sur les langues « proto-indo-européennes » sont fondées sur des indices très minces. Le basque est le meilleur « candidat » pour être le descendant d’une telle langue, mais comme le basque est un isolat (linguistique), il n’existe aucun indice comparatif pour bâtir une théorie. Theo Vennemann postule néanmoins une famille vasconique, dont il suppose qu’elle ait coexisté avec un groupe « atlantique » ou « sémitidique » (c’est-à-dire un groupe para-sémitique). Un autre candidat est la famille tyrrhénique qui aurait donné naissance à l’étrusque et au rhétique à l’âge du fer, et peut-être aussi aux langues égéennes telles que le minoen ou le pélasgien à l’âge du bronze. La langue originelle des Ligures est aussi considérée comme un des substrats de l'indo-européen primitif.
Liste des cultures et sites [modifier]
- Néolithique ancien
- Culture de Starcevo-Criş (Starčevo I, Körös, Criş, Centre des Balkans, du VIIe millénaire au Ve millénaire av. J.-C.)
- Culture de Dudeşti (VIe millénaire av. J.-C.)
- Culture de la céramique cardiale ou Cardiaux
- Culture de Sesklo
- Hattis ou Hattis trialétiens et Culture de Çatal Höyük
- Pontiques
- Impressa (de l'Égée à l'Ouest du Bassin méditerranéen, début du VIe millénaire av. J.-C.)
- Guadone (sud de l'Italie, VIe millénaire av. J.-C.)
- Lagnano da Piede (sud de l'Italie, VIe millénaire av. J.-C.)
- Masseria La Quercia (sud de l'Italie, VIe millénaire av. J.-C.)
- Stentinello (Sicile, sud de la Calabre fin du VIe, début du Ve millénaire av. J.-C.)
- groupe de Vho, groupe de Gaban, groupes du Frioul (Italie du Nord, fin du VIe millénaire av. J.-C.)
- Fiorano (Italie du Nord, fin du VIe millénaire av. J.C.)
- Cardial et [[Épicardial]
- Roucadouriens
- Montboliens ou Culture de Montbolo
- Néolithique moyen
- Culture de Vinča (du VIe millénaire av. J.-C. au IIIe millénaire av. J.-C.) ou Pélasges vinciens
- Culture rubanée (du VIe millénaire av. J.-C. au Ve millénaire av. J.-C.)
- Culture de la céramique du peigne (du VIe millénaire av. J.-C. au IIIe millénaire av. J.-C.)
- Culture de Precucuteni
- Culture d'Ertebølle (du Ve millénaire av. J.-C. au IIIe millénaire av. J.-C.)
- Culture de Cucuteni-Trypillia ou Tripoljiens ou Tripoliens
- Civilisation de Cortaillod
- Culture de Hembury
- Les Windmilliens ou Culture de Windmill-Hill
- Culture de Pfyn
- Culture de la céramique cordée
- Culture de Horgen
- Culture de Rössen
- Les Rubanés de l'Elbe
- Les Rubanés du Danube ou Peuple de Michelsberg
- Culture de Michelsberg
- Les Rubanés de l'Est
- Les Limbourgiens ou Rubanés de l'Ouest
- La Culture des vases à entonnoir ou Culture Funnelbeaker ou TRB (Trichterbecherkultur)
- Culture de Lengyel (Ve millénaire av. J.-C.)
- Culture de Polgar
- Les Adriates
- Les Tyrrhéniens
- Les Séquaniens de Seine-Oise-Marne ou SOM
- Les Chasséens
- Les Thénaciens
- La Culture du lac de Mondsee
- Les Almériens ou Civilisation d'Alméria (voir Los Millares)
- La Culture Kura-Araxes
- Culture de Varna (Ve millénaire av. J.-C.)
- Une culture d’Europe centrale aménagea de monumentales douves circulaires entre 4800 et 4600 avant J.-C.
- Chalcolithique
- Les Artenaciens
- Les Ligures
- Les Pélasges des hypogées
- La Culture de Vila Nova de São Pedro ou VNSP Culture
- Culture campaniforme (du IIIe millénaire av. J.-C. au IIe millénaire av. J.-C., Âge du bronze ancien)
Mégalithisme [modifier]
Quelques cultures néolithiques mentionnée ci-dessus sont connues pour avoir construit des mégalithes. Ceux-ci apparaissent, en premier lieu, sur la côte atlantique de l'Europe, mais il y a aussi des mégalithes sur les îles de la Méditerranée occidentale.
- vers 5000 avant J.-C. : Constructions au Portugal (Évora). Émergence de la période néolithique atlantique, l'âge de l'agriculture le long des rives occidentales de l'Europe.
- vers 4800 avant J.-C. : Constructions en Bretagne (Barnenez) et Poitou (Bougon).
- vers 4000 avant J.-C. : Constructions en Bretagne (Carnac), Portugal (Lisbonne), France (centrale et méridionale), Corse, Angleterre et Pays de Galles.
- vers 3700 avant J.-C. : Constructions en Irlande (Knockiveagh et ailleurs).
- vers 3600 avant J.-C. : Constructions en Angleterre (Maumbury Rings et Godmanchester), et Malte (Ġgantija et temples à Mnajdra).
- vers 3500 avant J.-C. : Constructions en Espagne (Malaga et Guadiana), Irlande (sud-ouest), France (Arles et nord), Sardaigne, Sicile, Malte (et ailleurs en région méditerranéenne), Belgique (nord-est) et Allemagne (centre et sud-ouest).
- vers 3400 avant J.-C. : Constructions en Irlande (Newgrange), Pays-Bas (nord-est), Allemagne (nord et centre), Suède et Danemark.
- vers 3200 avant J.-C. : Constructions à Malte (Ħaġar Qim et Tarxien).
- vers 3000 avant J.-C. : Constructions en France (Saumur, Dordogne, Languedoc, Biscaye, et côte méditerranéenne), Espagne (Los Millares), Sicile, Belgique (Ardennes), et Orcades, ainsi que les premiers henges (structures en terre circulaires) en Grande-Bretagne (Windmill Hill-Avebury).
- vers 2800 avant J.-C. : Apogée des cultures des vases à entonnoir mégalithiques du Danemark, et construction du henge de Stonehenge.
Notes et références [modifier]
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Neolithic Europe » (voir la liste des auteurs)
- Notes
- Rosser et al. (2000) : ici Rosser utilise la nomenclature HG 1 pour R1b, et HG 9 pour J2.
- Semino et al., 2000 : Les noms des haplogroupes sont différents dans cet article. Par exemple, haplogroup I est appelé M170.
- Battaglia 2008 : "Balkan Mesolithic foragers, with their own autochthonous genetic signatures, were destined to become the earliest to adopt farming, when it was subsequently introduced by a cadre of migrating farmers from the Near East. Thus, unlike Crete, southern and central Italy and the southern Caucasus, the cultural transmission of the Neolithic package played an important role. Either the initial G and J2 Hg agriculturalists who colonized the Balkans at first flourished but later diminished in a similar manner to that proposed regarding the Linearbandkeramik in central Europe or the package was rapidly and robustly adopted by local Mesolithic people in the southern Balkans (plausibly characterized by E-V13), who underwent a demic expansion and a subsequent range expansion to the eastern Adriatic. These former foragers who had recently acquired the Neolithic tradition participated in 'leapfrog' colonizations up the Adriatic, where they eventually transmitted agricultural practices to resident Mesolithic populations".
- Di Giacomo 2004 : However, both the data reported here and in the literature agree in showing that this haplogroup did not leave a strong signature in the peoples of the northern Balkans and central Europe, this being the most likely route for the entry of agriculturalists in the European continent north of the Alps, under the demic diffusion model. Instead, the raw frequency data from within the Iberian, Italian, and Balkan peninsulas are more in line with alternative routes of westward spread, possibly maritime.
- Références
- Marcel Otte, La Protohistoire, De-Boeck, 2008, ISBN 978-2-8041-5923-8.
- Ammerman A. J., Cavalli-Sforza L. L., Measuring the Rate of Spread of Early Farming in Europe, Man, vol. 6 n. 4, p. 674-688
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Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Marcel Otte, La Protohistoire, De-Boeck, 2008, (ISBN 978-2-8041-5923-8)
- Bellwood, Peter, Early Agriculturalist Population Diasporas? Farming, Languages, and Genes, in: Annual Review of Anthropology, 2001, 30, 181-207
- Bellwood, Peter, First Farmers: The Origins of Agricultural Societies, Blackwell Publishers, 2004, (ISBN 0-631-20566-7)
- Cavalli-Sforza, Luigi Luca, Paolo Menozzi, and Alberto Piazza, The History and Geography of Human Genes, Princeton University Press, 1994, (ISBN 0-691-08750-4)
- Cavalli-Sforza, Luigi Luca, Genes, Peoples, and Languages, Berkeley : University of California Press, 2001, (ISBN 0-520-22873-1)
- Childe, V. Gordon, The Aryans: A Study of Indo-European Origins, 1926, London : Paul, Trench, Trubner.
- Gimbutas, Marija, The Civilization of the Goddess, San Francisco : Harper, 1991, (ISBN 0-06-250337-5)
- Gimbutas, Marija, The Language of the Goddess, Harper & Row, Publishers, 1989, (ISBN 0-06-250356-1)
- Gimbutas, Marija, The Goddesses and Gods of Old Europe: 6500–3500 B.C., University of California Press, 1982, (ISBN 0-520-04655-2)
- Renfrew, Colin, Archaeology and Language, London : Jonathan Cape, 1987, (ISBN 0-521-38675-6)
Articles connexes [modifier]
- Hypothèse du substrat germanique
- Hypothèse kourgane
- Indo-européen commun
- Proto-Indo-Européens
- Migration indo-iranienne
- Tombe néolithique
- Écriture Vinča
- Groupes du Néolithique en France
- Néolithique
- Révolution néolithique
- Architecture néolithique
- Mégalithisme
- Ibères
- Préhistoire de la péninsule Ibérique
- Préhistoire de la Crète
- Préhistoire de Malte
- Préhistoire de l'île de Man
- Néolithique du Proche-Orient
Liens externes [modifier]
- (en) General table of Neolithic sites in Europe
- (en) Mario Alinei, et al., Paleolithic Continuity Theory of Indo-European Origins
- (en) Balkan pre-history summary
- culture.gouv.fr: Vivre au bord du Danube il y a 6500 ans
- (en) Map of the cultures of Balkans - 4000 BC
- (en) Kathleen Jenks, "Old europe": further links
- Origine, répartition, âge et relation ethnique des haplogroupes européens et leur sous-groupes