Tomáš Masaryk

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Tomáš Masaryk
Image illustrative de l'article Tomáš Masaryk
Fonctions
1er président de la République tchécoslovaque
14 novembre 191818 décembre 1935
(17 ans, 1 mois et 4 jours)
Élection 14 novembre 1918
Réélection 1920
1927
1934
Président du gouvernement Karel Kramář
Vlastimil Tusar
Jan Černý
Edvard Beneš
Antonín Švehla
Jan Černý
Antonín Švehla
František Udržal
Jan Malypetr
Milan Hodža
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Edvard Beneš
Biographie
Nom de naissance Tomáš Garrigue Masaryk
Date de naissance 7 mars 1850
Lieu de naissance Hodonín, Moravie
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Date de décès 14 septembre 1937 (à 87 ans)
Lieu de décès Lány, Bohême centrale
Drapeau de la Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
Nationalité Tchécoslovaque
Profession Philosophe, sociologue

Signature

Tomáš Masaryk
Présidents de la République tchécoslovaque
Tomáš Masaryk et sa fille Olga, à Tábor le 21 décembre 1918, lors de son voyage de retour d'exil après l'indépendance de la Tchécoslovaquie.

Tomáš Garrigue Masaryk (7 mars 1850 à Hodonin - 14 septembre 1937 à Lány), est un pédagogue, sociologue et philosophe tchèque. Il est le premier président de la République tchécoslovaque de l'indépendance du pays en 1918 à sa démission en 1935.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il naît en Moravie, alors province de l'Autriche-Hongrie, dans une famille pauvre, son père est slovaque et valet de ferme. Sa mère est allemande et cuisinière dans une famille aisée. Il apprend donc plusieurs langues dès sa plus tendre jeunesse : le slovaque, le tchèque et l'allemand. Il est aussi amené à déménager très souvent. Il vit successivement à Hodonín, Mutěnice, Čejkovice et Čejč Il passe les examens de l'école élémentaire de Čejkovice et de celle de Hustopeče. Il est envoyé à Vienne pour apprendre le métier de serrurier. L'expérience n'est pas heureuse et il revient rapidement dans sa famille. La situation financière difficile de sa famille le contraint à retourner dans un apprentissage. Il apprend alors le métier de forgeron. Cette expérience ouvrière laissera chez Masaryk une certaine proximité avec ce milieu, lorsqu'il deviendra un homme politique.

Masaryk continue à apprendre de nombreuses langues pendant cette période comme l'anglais (qu'il parlera avec sa femme à la maison), le français, le latin, le grec ou encore des langues slaves comme le polonais et le russe.

Vie de précepteur[modifier | modifier le code]

Dès l'âge de 15 ans, il gagne sa vie en étant précepteur pour les enfants de familles riches. L'une d'elles, celle du directeur de la police, Anton Le Monnier, lui paye des études à l'école normale de Brno. Il accompagne cette famille à Vienne en 1869, où il continue ses études dans un lycée viennois. Son baccalauréat en poche (1872), il entre à la faculté de philosophie de Vienne où il rencontre Franz Brentano, alors tout nouveau professeur de la faculté de philosophie.

Après le décès de Anton Le Monnier en 1873, Masaryk trouve une place lucrative de précepteur dans la famille de Rudolf Schlesinger, conseiller général d'une banque anglo-autrichienne. Après la réussite au baccalauréat du jeune Schlesinger, Masaryk obtient en récompense de l'accompagner dans un voyage en Italie et un long séjour à Leipzig, après son propre doctorat en 1876.

Rencontre de Charlotte Garrigue[modifier | modifier le code]

En Allemagne, il rencontre Charlotte Garrigue, la fille d'un négociant new-yorkais ayant des origines françaises. Ils se fiancent le 10 août 1877 et se marient le 15 mars 1878. Fait peu habituel à l'époque, il ajoute le nom de sa femme, Garrigue, à son patronyme pour devenir Tomáš Garrigue Masaryk. On se réfère souvent à lui par ses initiales TGM, qui se trouvent sous sa statue, en face du château de Prague.

À Vienne, il subvient aux besoins de sa famille en faisant des remplacements dans des lycées, des cours magistraux et aussi en empruntant auprès d'amis. Sa thèse est retardée, à cause de son mariage, jusqu'en 1879. Son sujet est : Der Selbstmord als soziale Massenerscheinung der Gegenwart (Le suicide comme événement social de masse de notre temps). Il s'agit d'une des premières approches sociologiques de ce phénomène. Masaryk concluait que c'est l'absence de foi, l'éloignement de la religion qui favorise le suicide.

Il gagne alors sa vie en étant privat-docent à l'université tout en continuant ses remplacements au lycée.

Débuts politiques[modifier | modifier le code]

En 1882, l’Université Charles de Prague (alors appelée Carolo-Ferdinandea) est divisée en deux entités (l'une reste allemande, l'autre commence l'enseignement en tchèque) et Masaryk y devient professeur.

Masaryk tient des positions anti-catholiques (la religion officielle de l'Empire). Il tient également des positions anti-nationalistes en dénonçant comme faux les manuscrits de Dvůr Kralové et Zelená Hora. Les historiens et nationalistes tchèques les tenaient alors pour fondateurs de la culture tchèque.

Masaryk est élu au Reichsrat (Parlement autrichien) de 1891 à 1893 au sein du Parti des jeunes Tchèques et à nouveau de 1907 à 1914 au sein du Parti réaliste (qu'il avait fondé en 1900). À cette époque, il n'est pas partisan d'une indépendance des Tchèques et des Slovaques, mais milite davantage pour une réforme de la monarchie des Habsbourg permettant une plus large autonomie des différents peuples la composant.

Dans ces années, il multiplie les conférences de nombreuses villes tchèques et s'engage dans des affaires de justice médiatisées. En désaccord avec certaines opinions antisémites, il prend la défense d'un concitoyen juif accusé de meurtre rituel (Affaire Hilsner). Il s'aliène beaucoup de monde dans une ville de province, petite-bourgeoise et conservatrice. Il pense même émigrer aux États-Unis. Lors de la révision du procès, Masaryk parvient à sauver la tête de Hilsner. Celui-ci restera tout de même en prison jusqu'en 1918.

En 1909, il s'engage également à Vienne en faveur de l'homme politique croate Hinko Hinković au cours d'un procès fabriqué contre des Serbes pour la plupart membres éminents de la coalition croato-serbe et qui étaient condamnés à plus de 150 ans de prison et à des peines de mort.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Arrivée de Tomas Masaryk à Prague le 21 décembre 1918 (place Venceslas)

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Masaryk doit fuir pour ne pas être arrêté pour trahison. Cette décision est importante, car il quitte alors sa famille pour toute la durée de la guerre. Sa femme, Charlotte, subit en son absence les tracasseries de la police autrichienne. Le compte bancaire de Masaryk est bloqué en 1915. Elle doit alors emprunter. Elle subit de nombreux interrogatoires. La police tente de confisquer des biens immobiliers, mais comme Masaryk a toujours été locataire, il n'en possédait pas. Ils s'intéressent alors à sa bibliothèque. Celle-ci est trop spécialisée pour avoir une réelle valeur financière. Elle est alors mise sous scellés.

Masaryk prend le prétexte d'accompagner sa fille, Olga, en cure de repos pour fuir en Italie. Il s'installe ensuite à Genève, où il commence à regrouper la diaspora tchèque et slovaque. Ses interventions publiques de plus en plus marquées contre l'Autriche le contraignent à quitter ce pays neutre. Il s'installe alors en Angleterre, où il continue à militer pour l'indépendance tchèque.

Masaryk enseigne au King's College de Londres sur le thème des petites nations. Il fait quelques voyages à Paris. Il rencontre même le Président du Conseil Aristide Briand. Il réussit à convaincre le gouvernement de la désintégration inévitable de l'empire austro-hongrois. Cependant, c'est surtout Edvard Beneš, qui a de nombreux contacts en France, qui séjourne à Paris. Les deux hommes sont ainsi présents dans les capitales de deux grands pays alliés.

Après la Révolution de février, Masaryk part en Russie pour toute l'année 1917. Il devient l'un des artisans de la création des Légions tchécoslovaques, qui se battent en Argonne (Ardennes). La prise de pouvoir par les Bolchéviques le contraint à partir. Lors de ce séjour, il rencontre le célèbre terroriste Boris Savinkov. Masaryk assure par la suite avoir simplement discuté de la valeur philosophique de l'attentat. Une polémique, attisée par les Bolchéviques éclatera sur les rapports entre les deux hommes. En effet, Boris Savinkov était lié à une tentative de meurtre contre Lénine. Il avait donné une arme à une certaine Fanny Kaplan qui blessa grièvement Lénine, le 30 septembre 1918. Lors de son procès en 1924, Boris Savinkov a reconnu avoir reçu de l'argent de la part de Masaryk pour financer cet attentat. Le président tchécoslovaque se défendit maladroitement de cette accusation. Ainsi, selon l'historien Alain Soubigou, il est impossible d'affirmer ou de nier que Masaryk aurait voulu faire exécuter Lénine[1].

En 1918, il part aux États-Unis. Pour cela il doit traverser la Russie par le Transsibérien. Il parvient ensuite au Japon où il reste deux semaines. Il embarque ensuite pour le Canada. En mai 1918, il est enfin aux États-Unis. Il tente de convaincre le président Woodrow Wilson de la justesse de sa cause. Pour cela, il utilise ses réseaux dans les milieux tchéco-américains. Il convainc les Slovaques d'Amérique de joindre sa cause. L'opinion américaine se tourne en faveur d'un état tchécoslovaque. En outre, Masaryk débat avec des personnalités politiques proches du président. Il rencontre Woodrow Wilson seulement quatre fois et parvient finalement à le convaincre. Le 18 octobre 1918, sur les marches de l'Independence Hall à Philadelphie, Masaryk proclame l'indépendance de la Tchécoslovaquie (Accord de Pittsburgh signé par Tomáš Masaryk avec des émigrants slovaques aux États-Unis, garantissant à la Slovaquie un statut autonome dans la future Tchécoslovaquie).

Entre-deux-guerres : Masaryk, président de la République tchécoslovaque[modifier | modifier le code]

Avec la chute de l'empire austro-hongrois, les alliés reconnaissent Masaryk comme le chef du gouvernement provisoire Masaryk. Le parlement doit débattre d'une constitution. Une fois adoptée, Masaryk est élu président en 1920.

La femme de Masaryk meurt dans un sanatorium. Les soucis de la guerre l'avaient épuisée. Masaryk se rapproche pendant cette période de son fils Jan Masaryk.

Le régime parlementaire s'inspire du système politique français de la Troisième République. Le président avait un pouvoir très limité. Le réel pivot politique était le président du conseil. Cependant, grâce à son prestige, Masaryk a bien plus de pouvoirs que ceux officiellement attribués par la constitution.

Masaryk passait la semaine à Prague, au Château de Prague, alors en pleine restauration. Il passe ses fins de semaine dans un château de Lany. Il y accueille ses amis proches, ainsi que des artistes.

Il rencontre le célèbre écrivain Karel Čapek pendant cette période. Il participe à ses réunions littéraires du vendredi. Par la suite, Karel Čapek écrit un recueil de conversations avec Masaryk. Celles-ci contiennent aussi bien des éléments biographiques, que des réflexions sur son parcours d'intellectuel. Elles permettront à beaucoup de Tchécoslovaques d'aborder sa philosophie, car la plupart n'avait pas lu ses œuvres trop spécialisées.

Inquiet de la montée du nazisme, Masaryk décide en 1933 de passer en revue les troupes tchécoslovaques. Il monte alors à cheval, contre l'avis de son médecin. Il espère ainsi montrer à l'Allemagne nazie que la Tchécoslovaquie a les moyens militaires de se protéger.

Masaryk ne pensait pas et ne souhaitait pas occuper ce poste trop longtemps, car il était âgé. Cependant le parlement ne trouvait aucun homme politique qui bénéficiait d'un tel consensus. Il est donc réélu en 1928. Il a une attaque cérébrale en 1934. Pendant quelques mois, il ne parle plus qu'anglais et perd l'usage de sa main droite. Son bureau doit préparer un tampon pour remplacer sa signature. Masaryk insiste pour cesser ses fonctions mais les partis ne s'accordent sur aucun remplaçant. Il est donc réélu en 1935. Une fois un successeur trouvé en la personne d'Beneš, Masaryk démissionne, gravement malade, le 14 décembre 1935.

Il se retire dans son château de Lany. Il y meurt, de causes naturelles, en 1937, à l'âge de 87 ans.

Jan Masaryk[modifier | modifier le code]

Son fils, Jan Masaryk devient le ministre des Affaires étrangères de la Tchécoslovaquie au moment de l'exil du gouvernement à Londres (1939-1945) et dans le gouvernement pré-communiste (1945-1948).

Héritage[modifier | modifier le code]

Statue de Tomáš Masaryk à Prague.

En souvenir du rôle joué par les Légions tchécoslovaques, le lycée de la ville de Vouziers (Ardennes) a pris le nom de Thomas Masaryk. L'Université Masaryk de Brno porte également son nom depuis 1919.

Les billets de 5000 couronnes tchèques sont à son effigie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas Masaryk, Alain Soubigou, Fayard, 2002, p. 233 - p. 241

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]