Coco Chanel

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Coco Chanel

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Coco Chanel en 1928.

Nom de naissance Gabrielle Bonheur Chasnel[1],[2]
Alias
Mademoiselle / Coco
Naissance
Saumur
Décès (à 87 ans)
Paris
Nationalité Française
Profession Grande couturière
Autres activités

Gabrielle Chanel, dite « Coco Chanel », née le à Saumur et morte le , à Paris, est une créatrice de mode, modiste et grande couturière française célèbre pour ses créations de haute couture, ainsi que les parfums portant son nom.

Elle est à l'origine de la Maison Chanel, « symbole de l'élégance française »[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Vitrail cistercien de l’abbaye d'Aubazine dont les entrelacs auraient inspiré le logo de Chanel.

Elle est issue d'une lignée de marchands forains cévenols, de Ponteils-et-Brésis près d'Alès[4]. Enfant illégitime, elle est la fille d'Albert Chanel, un camelot originaire du Gard et de Jeanne Devolle, couturière originaire de Courpière, tous deux établis à Saumur[5] et qui se marient un an après sa naissance[2].

La mère de Coco Chanel meurt à trente-trois ans à peine[5], épuisée par des grossesses successives, la tuberculose et le travail qu'elle effectue sur les marchés de Paris dans le froid[6]. La jeune fille n'a alors que douze ans[5].

Son père, camelot bourru et volage, l'abandonne pour aller faire fortune en Amérique (invention de Gabrielle qui fait de son père un aventurier)[7] et elle se retrouve ainsi seule avec ses deux sœurs, Julia-Berthe, treize ans, et Antoinette, huit ans, à l'orphelinat de l'abbaye cistercienne d'Aubazine en Corrèze[8] : elle y mène une vie austère et rigoureuse pendant six années qui marqueront profondément le style révolutionnaire de la future styliste.

Elle se serait inspirée du lieu pour créer des vêtements aux lignes épurées harmonieuses (à l'instar de l'architecture sobre et géométrique de l'abbaye), aux couleurs neutres (noir et blanc comme les uniformes des sœurs et des pensionnaires, beige comme les couleurs des murs) ou pour former son logo (voir les pavements anciens des sols et les C entrelacés des vitraux de l'abbatiale)[9],[10]. Ses deux frères Alphonse et Lucien sont, quant à eux, placés par l'Assistance publique à l'âge de dix et six ans dans une ferme comme garçons à tout faire.

À l'âge de dix-huit ans, Gabrielle est confiée aux dames chanoinesses de l'Institut Notre-Dame de Moulins, qui lui apprennent le pointilleux métier de couseuse. Elle y retrouve sa tante Adrienne, qui avait le même âge et, surtout, la même ambition de s'en sortir.

En 1903, habile à manier le fil et l'aiguille, elle est placée en qualité de couseuse à la Maison Grampayre, atelier de couture spécialisé en trousseaux et layettes.

Gabrielle devient « Coco »[modifier | modifier le code]

Vers 1907-1908, très courtisée, Gabrielle, qui ne compte pas partager le sort anonyme des « cousettes », est prête à prendre des risques. Lors d'un voyage à Vichy, chez son oncle, en quête d'un avenir dont elle refuse qu'il se limite à broder sur des draps de coton, elle se met à poser sur la scène du beuglant de « La Rotonde » à Moulins, un café-concert où elle fait ses premières apparitions, silencieuses. « La Rotonde » est notamment fréquentée par les officiers du 10e régiment de chasseurs à cheval stationné dans la capitale bourbonnaise. Aujourd'hui y est installé le Centre national de costume de scène.

Bientôt, elle ose pousser la chansonnette et se met à rêver de music-hall. Âgée de vingt-quatre ans, elle se produit en spectacle devant les officiers qui la surnomment « Coco », parce qu'elle a pour habitude de chanter Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro ? (paroles de Baumaine et Blondelet, musique de Deransart).

Admirée par une horde de jeunes garçons fortunés ou titrés, sa jolie silhouette séduit le riche Étienne Balsan, officier, homme du monde qui vient de démissionner de l'armée pour se consacrer à l'élevage de chevaux et aux courses. Il lui fait découvrir la vie de son château, le domaine de Royallieu près de Compiègne resté malheureusement célèbre pour son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pendant près d'un an elle y apprend les arcanes de la haute société, mais l’idylle ne dure que quelques mois : elle se rend compte qu’elle ne l’aime plus, elle s'ennuie et pleure. Elle a vingt-cinq ans et nulle part où se réfugier. Elle s'échappe alors en jodhpurs[11], et galope dans la forêt de Compiègne en essayant de défier son avenir.

Chanel dansant avec Boy Capel par Sem.

Heureusement, les fréquentations de Balsan lui font rencontrer son premier amour, l'anglais Arthur Capel, surnommé « Boy », que l'on dit fils naturel du banquier Pereire[réf. nécessaire]. Boy est un homme d'affaires qui fera fortune dans les frets charbonniers durant la Grande Guerre; et un homme de cheval possédant une écurie de polo. Ce sera un amour irrégulier (il épousera malgré tout une Anglaise) et sincère qui durera dix ans, jusqu'à un accident de voiture en 1919 auquel il ne survivra pas.

Une modiste à contre-courant[modifier | modifier le code]

Chapeau créé par Coco Chanel en 1912.

Coco Chanel ne reste cependant pas oisive. Comment oublier les rudiments, enseignés à Moulins, du maniement du fil et de l’aiguille ? Saisissant la balle au bond, c’est peut-être par la couture qu’elle franchira l’obstacle qui mène à la liberté et l’indépendance. Ne perdant pas de temps, elle s’imprègne de l’enrichissante initiation prodiguée par Lucienne Rabaté, célèbre modiste du moment. Elle se confectionne de petits chapeaux originaux qu’elle pose très bas sur son front. Pour assister aux mondaines courses de chevaux, elle n’arbore pas les robes des grands couturiers mais ses propres réalisations. Jeune femme charmante mais au style décalé, tantôt écolière en tenue sobre et sage noire et blanche, tantôt garçonne n’hésitant pas à porter polo, cardigan, jodhpurs et pantalons, elle invente déjà un nouveau style, une nouvelle allure. Ses créations avant-gardistes, très sobres, contrastent avec celles que portent les élégantes de l’époque.

En 1909, sur les conseils de Boy Capel, son artisanat débute Boulevard Malesherbes, dans la garçonnière parisienne de son protecteur Étienne Balsan. Les chapeaux qu'elle propose à ses clientes ne sont que des déclinaisons de ceux qu'elle fabrique pour elle-même et qui, au château de Royallieu, près de Compiègne, ont séduit ses amies, des demi-mondaines qui fréquentaient le lieu. Balsan ne croit pas à un succès commercial.

Caricature de Sem.

N'ayant pas de formation technique, ni d'outils de fabrication, dans un premier temps Gabrielle achète ses formes de chapeaux dans les grands magasins puis les garnit elle-même, avant de les revendre. La nouveauté et l'élégance de son style font que, très vite, elle doit faire appel à sa cousine Adrienne, et à sa sœur Antoinette, pour la seconder. Ses créations de chapeaux, débarrassées des grandes plumes d'autruches ou autres froufrous volumineux, commencent à être appréciées pour leur exquise simplicité et leur sophistication retenue.

Ouverture des premières boutiques[modifier | modifier le code]

Devenue la compagne de Boy Capel, Coco Chanel développe ses activités avec l’aide de ce dernier. En 1910, son amant britannique lui prête les fonds nécessaires à l'achat d'une patente et à l'ouverture d'un salon de modiste au 21 rue Cambon à Paris, sous le nom de « CHANEL MODES ». À l’été 1913, alors que le couple séjourne à Deauville, Boy Capel loue une boutique entre le casino et l’Hôtel Normandy. Comme à Paris, elle est modiste mais l’enseigne est changée en mentionnant son nom complet : « GABRIELLE CHANEL » ; la boutique ne désemplit pas. En 1915, à Biarritz, elle ouvre sa troisième boutique et première vraie maison de couture. Suivant sa seule inspiration, elle raccourcit les jupes et supprime la taille. À l'instar de Paul Poiret qui supprima le corset en 1906, elle libère le corps de la femme[12]. Ses boutiques bénéficient de la clientèle de toute la société élégante qui s’est repliée pendant la guerre dans ces deux stations balnéaires.

Naissance d'un style : « la reine du genre pauvre »[modifier | modifier le code]

Dès 1915, l'étoffe manquant, elle taille des robes de sport à partir des maillots de garçons-d'écurie en jersey, ces tricots de corps pour les soldats, qu'elle a depuis longtemps adoptés. Libérant le corps, abandonnant la taille, Chanel annonce cette « silhouette neuve » qui lui vaudra sa réputation. Pour s'y conformer, les femmes s'efforcent d'être « maigres comme Coco », qui, d'un coup de ciseaux libérateur, devient une des premières femmes aux cheveux courts à créer des vêtements simples et pratiques, dont l’esthétique s’inspire d'une vie dynamique et sportive qui aime jouer avec les codes féminins/masculins.

En 1916, elle utilise la belle et élégante Adrienne comme mannequin à Deauville, qui est alors un lieu de villégiature à la mode. Elle y promène aussi sa propre silhouette androgyne, testant ainsi sous les yeux d'aristocrates européennes encore très couvertes d'apparat et maintenues dans des corsets rigides ses nouvelles tenues qui contrastent par leur extrême simplicité et leur confort. La pénurie de tissus due à la Première Guerre mondiale, ainsi que le manque relatif de main-d'œuvre domestique ont créé de nouveaux besoins pour les femmes. Chanel, femme libre et active, perçoit ces besoins. Elle achète à Rodier des pièces entières d'un jersey utilisé à l'époque uniquement pour les sous-vêtements masculins, lance la marinière.

En 1918, immédiatement après la guerre, elle commence à édifier peu à peu l’une des maisons de couture les plus importantes de l’époque, elle emploie plus de 300 ouvrières, et rembourse enfin Boy Capel, refusant à jamais le statut de femme entretenue. La guerre terminée, Boy doit prendre femme, selon les règles de l'aristocratie anglaise. Coco en éprouve une insupportable humiliation. Mais, comme sa mère, elle accepte le pire au nom de l'amour. Elle aimera sincèrement Boy jusqu'à cette nuit du où, réveillée à 4 heures par un messager, on lui apprend qu'il s'est tué la veille au volant de son auto. « En perdant Capel, je perdais tout. » avouera-t-elle 50 ans plus tard.

Profondément affectée par la mort de son amant, afin de ne pas sombrer dans le chagrin à 38 ans, elle se raccroche à son travail comme une forcenée. Cette attitude sera payante, car le succès de ses modèles va grandissant et l'incite à développer encore sa maison.

Élève-décoratrice de José-Maria Sert[modifier | modifier le code]

Après avoir habité sur les hauteurs de Garches une villa au « crépi beige et aux volets noirs », couleurs qui auraient scandalisé ses voisins[réf. nécessaire] et qui devinrent ses couleurs fétiches en décoration, pour changer de cadre de vie et se rapprocher de la rue Cambon, elle loue vers 1919 l'immense Hôtel Pillet-Will, 29, rue du Faubourg-Saint-Honoré, édifié par Lassurance en 1719 pour la duchesse de Rohan-Montbazon, où elle installe seulement un piano et quelques chaises... Trouvant les boiseries d'un vert passé « couleur pois cassé » - que le bail lui interdit de toucher - elle les fait recouvrir de grandes glaces, et le peintre et décorateur José-Maria Sert et Misia, « sa polonaise d'un désordre admirable » l'aident à meubler et décorer les pièces dans un genre baroque qu'elle fit sien dans ses résidences successives : miroirs, paravents en laque de Coromandel, canapés en bois doré, lampes faites de boules inégales de cristal de Bohême, lustres à pampilles, potiches chinoises, reliures anciennes, girandoles et torses antiques sur les cheminées.

Misia Sert et Picasso y eurent leur chambre, Stravinski sélectionna sur le piano du salon les danses andalouses Cuadro flamenco, et Diaghilev faisait répéter Garrotin, une naine danseuse venue de Séville, dans la salle à manger.

Le succès continue[modifier | modifier le code]

Coco Chanel et le duc de Westminster, dans la seconde moitié des années 1920.

Dès 1921 à Paris, à côté de la luxueuse place Vendôme, Coco Chanel annexe en quelques années les numéros 27, 29 et enfin 31 de la rue Cambon. Une adresse où se trouve aujourd'hui encore la célèbre maison de couture qui porte son nom. Elle dispose en outre de ses propres fabriques de tissus en Normandie et s'associe avec les propriétaires de la marque Bourjois — les frères Wertheimer — afin de diffuser commercialement ses parfums.

Ses liaisons masculines lui donnent souvent de beaux motifs d’inspiration, c’est ainsi qu’elle crée des robes à motifs slaves lorsqu'elle a une liaison amoureuse avec le Grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie, cousin du dernier tsar de Russie en exil qui lui aurait inspiré la forme du flacon de son célèbre N° 5 (flasque de vodka des troupes russes). Elle fut aussi la maîtresse du poète Pierre Reverdy, avant que celui-ci de plus en plus mystique ne se retire à l'abbaye de Solesmes.

Elle hébergea Igor Stravinski et les siens pendant deux ans à Garches

Plus tard, elle emprunte à son nouvel amant, le duc de Westminster, réputé l’homme le plus riche d’Angleterre, des éléments de costume masculin, comme le chandail, la pelisse, le béret de marin ou la veste en tweed. Elle les adapte ensuite à la panoplie vestimentaire de la femme qu’elle souhaite moderne et dynamique, sachant allier le confort à l’élégance.

Elle est l'une des premières à lancer la mode des cheveux courts, elle s’oppose résolument à la sophistication prônée par Paul Poiret (qui accusait Chanel de transformer les femmes en « petites télégraphistes sous-alimentées ») (D'après la télésuite Coco Chanel, elle aurait répliqué en disant qu'elle ne voulait pas de femmes ayant l'air d’« esclaves échappées de leur harem » en se référant à la mode orientaliste de l'époque). Elle privilégie une simplicité soigneusement étudiée, des tenues pratiques, comme le pyjama, à porter sur la plage comme en soirée ; les premiers pantalons, la jupe plissée courte, le tailleur orné de poches. Une mode qui s'inspire du vêtement de sport en lieux balnéaires (golf, tennis, plage, nautisme). Elle propose des cardigans en maille jersey sur des jupes courtes, le tout surmonté d'un chapeau cloche. De même les robes de soirée taille basse s'arrêtant au-dessus du genou, que l'on peut associer aux danses charleston populaires entre 1925 et 1935.

En 1926, la célèbre petite robe noire (couleur jusqu’alors exclusivement réservée au deuil), fourreau droit sans col à manches 3/4, tube noir en crêpe de Chine, correspondent parfaitement à la mode « garçonne » effaçant les formes du corps féminin. Maintes fois copiée, cette « Ford signée Chanel » faisant référence à la populaire voiture américaine, ainsi que devait la qualifier le magazine Vogue, ne tardera pas à devenir un classique de la garde-robe féminine des années 1920 et 30.

Récusant le qualificatif de « genre pauvre » souvent accolé à ses créations, Chanel entend distinguer la véritable sobriété du dépouillement : si la toilette féminine doit être simple, celle-ci, en revanche, doit être agrémentée d’accessoires. Chanel recourt, par exemple, à de faux bijoux mêlant pierres semi-précieuses, strass et fausses perles, ainsi qu’à des bracelets ornés d’un motif « croix de Malte », ou encore à des broches d’inspiration byzantine ou à motifs d’animaux, de fleurs ou de coquillages — à la création desquels ont présidé Étienne de Beaumont, Paul Iribe et surtout, entre 1929 et 1937, Fulco di Verdura, qui a su conférer aux bijoux de Chanel leur identité propre.

En 1927, elle fait construire à Roquebrune-Cap-Martin, une maison appelée la Pausa[13]. Elle demande à l'architecte Robert Streitz de la dessiner en intégrant quelques éléments, l'escalier et le cloître, rappelant son enfance à l'orphelinat d'Aubazine. Elle la meublera essentiellement de mobilier anglais et espagnol du XVIe et XVIIe siècles. Elle y accueillera le duc de Westminster, Jean Cocteau, Pierre Reverdy, Paul Iribe, Salvador Dalí, Luchino Visconti ; une partie de la maison a été recréée au Dallas Museum of Art lors de la donation de la collection Reves[14],[15]. Son mobilier est désormais conservé au Dallas Museum of Art.

Un cercle d'amis artistes[modifier | modifier le code]

Misia Sert, rencontrée en 1919 chez son amie Cécile Sorel, sera la meilleure amie de Chanel pendant l'entre-deux-guerres. Misia tenait un salon, était l'hôtesse du gratin culturel et artistique de Paris; elle a ouvert les portes du « monde » à Coco.

Égérie de nombreux peintres et musiciens du début du XXe siècle, Toulouse-Lautrec, Pierre Bonnard, Odilon Redon et Auguste Renoir, Misia Sert se fait connaître dans le milieu artistique parisien par ses talents de pianiste (elle était élève de Fauré) et par sa beauté. Elle fréquente Stéphane Mallarmé et Marcel Proust, puis Erik Satie, Colette, elle se lie avec Serge Diaghilev, Picasso, Cocteau et Serge Lifar. Les journalistes la surnomment la « Reine de Paris ».

La proximité de Chanel avec les artistes a toujours été à l'honneur. En 1924, elle réalise les costumes du "Train Bleu", ballet de Bronislava Nijinska sur un livret de Cocteau et une partition de Darius Milhaud, créé par les Ballets russes de Serge Diaghilev. Elle était une personnalité du Tout-Paris, amie de Cocteau, pour lequel elle créera des costumes de scène : Œdipe roi (1937) et Antigone (1943). Elle signa des chèques qui évitèrent à Serge Diaghilev quelques précipices et régla ses funérailles à San Michele de Venise.

Elle réalise également des costumes pour le cinéma, notamment, en 1939, pour La Règle du jeu de Jean Renoir.

De 1924 à 1930, Coco Chanel est une intime de Hughes Richard Arthur Grosvenor (1879-1953), IIe duc de Westminster, et visiteuse privilégiée du château Woolsack à Mimizan, où elle vient se ressourcer. Elle est parfois accompagnée de ses petites mains, leur offrant quelques jours de vacances à la villa « Le Pylone », quelques années avant l'instauration des congés payés[16].

On lui prête, en suivant Misia Sert, une liaison amoureuse avec le poète Pierre Reverdy à la fin des années 1930.

L'Empire Chanel[modifier | modifier le code]

Parallèlement, Chanel est la première couturière à lancer ses propres parfums. Avec l’aide de son parfumeur Ernest Beaux qui conçoit : N° 5 (1921), qui connaîtra une célébrité mondiale, mais aussi No22 (1922), Gardénia (1925), Bois des Îles (1926) et Cuir de Russie (1926). Pour diffuser internationalement son produit, Chanel fait appel à l'expérience commerciale des frères Pierre et Paul Wertheimer qui dès 1924 possèdent 70 % des parfums Chanel. Leurs descendants Alain et Gérard Wertheimer possèdent l'intégralité de la maison Chanel aujourd'hui.

Chanel saura s’adapter aux mutations des années 1930, au cours desquelles elle affrontera à la fois les revendications syndicales de ses ouvrières et l’étoile montante de la Haute Couture parisienne qu'était Elsa Schiaparelli. Privilégiant alors une silhouette plus épurée, Chanel présente notamment des robes du soir légères et transparentes en mousseline de soie, en tulle ou en laize de dentelle, le plus souvent dans des couleurs faussement neutres (blanc, noir ou beige), parfois brodées de perles ou de strass. Comportant une combinaison cousue à l’intérieur, la coupe très simple de ces robes permet à la femme du monde de s’habiller sans l’assistance d’une domestique. Un peu plus tard, elle crée les premières robes à balconnet, puis en 1937, le style « gitane ».

Féminine, Mademoiselle ne se déplaçait jamais sans ses perles et avait un goût très prononcé pour les bijoux. Dès 1924, elle ouvre donc son atelier de "bijoux fantaisie". Comme à son habitude, la créatrice sait s'entourer : Étienne de Beaumont puis le duc Fulco de Verdura contribuent au développement des bijoux de la maison.

Mais c'est en 1932 que Gabrielle Chanel défraie à nouveau la chronique. À la demande de la Guilde internationale du Diamant, Coco crée Bijoux de Diamants sa première collection de haute joaillerie. À l'honneur, les diamants sont montés sur platine, une extravagance que seule Coco peut se permettre après le krach de 1929.

En 1939, elle était alors à la tête d'une entreprise de 4 000 ouvrières qui fournissaient 28 000 commandes par an.

La Seconde Guerre mondiale : fermeture de la maison[modifier | modifier le code]

À l’annonce de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, elle présente une collection « bleu-blanc-rouge » patriote puis ferme subitement sa maison de couture et licencie l'intégralité du personnel (4 000 ouvrières qui confectionnaient annuellement 25 000 modèles), se consacrant uniquement à son activité dans le domaine des parfums dont la boutique reste ouverte.

Elle profitera alors de la confusion et de l’antisémitisme ambiant pour tenter de récupérer la marque de parfum N° 5, car la célèbre fragrance dont elle ne détient les droits qu’à hauteur de 10 % est en fait la propriété d'une famille juive, les Wertheimer[17].

Elle attire l’attention des pouvoirs publics sur la fausse « arianisation » de la société Bourjois qui protège leurs intérêts alors qu’ils sont réfugiés aux États-Unis, en vain car les Wertheimer font passer le contrôle des Parfums Chanel entre les mains de différents prête-noms, dont leur ami Félix Amiot[18].

Installée à demeure au septième étage de l'Hôtel Ritz, entourée de ses paravents en Coromandel, elle y vit durant la Seconde Guerre mondiale de 1941 à 1944 avec Hans Günther von Dincklage (le baron Spatz), ancien attaché d'ambassade allemand, dont certaines sources affirment qu'il servait les renseignements militaires de son pays, Edmonde Charles-Roux y voyant plus un agent d'influence mondain à Paris en faveur de la collaboration.

Ils auront une liaison amoureuse au cours de laquelle, comptant sur son amitié avec Churchill, Chanel tentera d'œuvrer en faveur de la conclusion d'une paix séparée entre l'Allemagne nazie et la Grande-Bretagne par l'intermédiaire de Walter Schellenberg (SS-Brigadeführer et chef de la section espionnage du RSHA, et qu'elle aidera financièrement après son emprisonnement) qu'elle rencontre à Berlin en avril 1943[18] et de Vera Bate Lombardi (en) membre de la famille Windsor, mais l'opération, baptisée « Chapeau de couture » (appelée « Modellhut » en Allemagne), échouera.

La biographie[19] du journaliste Hal W. Vaughan (en), s'appuyant notamment sur la déclassification d'archives allemandes ou du MI6, affirme qu'elle est recrutée comme espionne de l'Abwehr par le baron Louis de Vaufreland, ancien agent de la Gestapo au Maroc et recruteur d'espions allemands, devenant l'agent F-7124 sous le nom de code Westminster (en référence à son ancien amant le duc de Westminster). Le baron Louis de Vaufreland l'aurait envoyée en mission en Espagne dès 1941.

Hal Vaughan affirme également que Coco Chanel aurait été d’un antisémitisme féroce : « mariée », dit-il, (quoique Chanel ne l'ait jamais été) à Paul Iribe, antisémite notoire selon lui, elle distinguait les « Israélites » comme les Rothschild qu'elle fréquentait et les « youpins ». Un ancien proche déclare à ce propos : « Juif ou pas, elle s’en foutait. C’était une égocentrique qui n’avait aucune empathie pour le genre humain, qui méprisait les Allemands autant que les résistants et de Gaulle »[20]. Le groupe Chanel réfute ces interprétations tout en reconnaissant « une part de mystère » chez sa fondatrice[21].

L'après-guerre, l'exil en Suisse[modifier | modifier le code]

En septembre 1944 à la Libération, Coco Chanel est brièvement interrogée par les FFI (Forces françaises de l'intérieur) mais aussitôt relâchée ; Winston Churchill, connu en 1927 pendant sa liaison avec le duc de Westminster, serait intervenu en sa faveur.

Elle décide alors de s'installer en Suisse, sur les hauts de Lausanne, au bord du lac Léman. Elle en fera pendant 10 ans sa résidence principale tout en séjournant encore occasionnellement à Paris. Elle se fait soigner à la clinique Valmont, et l'on peut souvent la rencontrer au salon de thé Steffen, sur les hauts de Montreux, lieu de rencontre de nombreuses célébrités.

Pendant ce temps, à Paris, le « New Look » de Christian Dior fait fureur : taille de guêpe et seins « pigeonnants » obtenus par la pose d'un corset ou d'une guêpière. Elle est effondrée : tout son travail de libération du corps de la femme serait-il réduit à néant ?

Le retour à Paris, le triomphe du tailleur en tweed gansé[modifier | modifier le code]

Pourtant, en 1954, âgée de 71 ans, elle accepte de rouvrir sa maison sur l'insistance de ses commanditaires, les frères Wertheimer — qu'elle tenta de déposséder pendant la Guerre — qui comptent sur sa présence pour relancer la vente des parfums. Par ce biais, elle renoue avec la création. Sa première collection est pourtant mal accueillie, dans la mesure où elle s’inscrit résolument à contre-courant du style de Christian Dior. Négligeant les balconnets et les formes bouffantes qui faisaient le succès de ce style d'après-guerre, Chanel impose de nouveau des robes près du corps, une silhouette androgyne au service de vêtements sobres et raffinés.

Le tailleur de tweed, dont la veste à quatre poches est décorée de boutons-bijoux et ornée d’une ganse de couleur contrastée, complété par une blouse de soie réalisée dans le même tissu que la doublure, des chaussures bicolores et un sac matelassé à chaîne dorée — le 2.55 —, façonnent la nouvelle silhouette Chanel qui deviendra un classique.

Boutique Chanel Joaillerie, en face de l'Hôtel Ritz, place Vendôme, à deux pas de la rue Cambon.

Son style est copié partout dans le monde ; elle habille les actrices du moment, notamment Romy Schneider ou Jeanne Moreau dans Les Amants (1958) de Louis Malle, et Delphine Seyrig dans L'Année dernière à Marienbad (1961) d’Alain Resnais. Jackie Kennedy portait un tailleur Chanel rose lors de l'assassinat de son mari John F. Kennedy.

En 1957, elle reçoit à Dallas un « Oscar de la mode ». La star Marilyn Monroe continue cette consécration en affirmant qu'elle ne porte, la nuit, que « quelques gouttes de N° 5 »[22].

À partir de 1954, la création de bijoux est confiée à Robert Goossens. Parallèlement, de nouveaux parfums sont créés sous l’impulsion d’Henri Robert, nouveau « nez » de la maison, qui lance Pour Monsieur (1955), N° 19 (1970) et Cristalle (1974).

Chanel n'a pas d'appartement, ni de maison, elle ne se sent pas chez elle dans le petit deux pièces situé dans sa maison de couture. Elle s'installe alors dans une suite de l'Hôtel Ritz, pour des raisons pratiques tout d'abord, car l'hôtel est entre la place Vendôme et la rue Cambon – juste à côté de la maison Chanel –, et certainement pour la luxueuse discrétion qu'offrent les grands palaces. Elle y séjournera pendant une quinzaine d'années.

Mais Chanel est encore plusieurs fois confrontée à l’Histoire. Après les deux guerres mondiales, c'est la minijupe popularisée autour de 1965 par Mary Quant et André Courrèges qui a fait l'effet d'une bombe et la met en colère. Rien n'y fera, « Mademoiselle » ne relèvera pas la jupe au-dessus du genou, car elle pense que les genoux sont laids. Elle continue donc de varier son classique tailleur avec des jupes sous le genou, faisant fi de la mode des midinettes de l'époque, qui importaient des apparences anglaises et américaines, véhiculées par la musique pop.

Les défilés de haute couture ont toujours eu lieu dans les salons du 1er étage du 31, rue Cambon dans un silence religieux, Coco, comme à son habitude, est assise sur les marches de l'escalier qui mène à l'étage supérieur, elle observe les réactions de ses clientes par le biais de miroirs qui tapissent les parois de l'escalier.

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Aux événements de mai 1968, la vague hippie change la donne de la mode. Chanel affirmait que les modes n’étaient bonnes que lorsqu’elles descendaient dans la rue, et pas quand elles en venaient. Chanel devient tyrannique, s’enferme dans son monde, fait d’essayages, de défilés, de mannequins et de courtisanes. Edmonde Charles-Roux écrit : « Jamais Chanel n'aima avouer que son art de vivre était fait de recettes empruntées à Sert. La violence qu'elle apportait à le nier la dénonçait. À 80 ans passés, l'âge où sa rage d'imposture s'était développée jusqu'au délire. »[23]. Sèche et acariâtre, elle est très seule, accompagnée dans ses dernières années parfois par Jacques Chazot et surtout par sa confidente de longue date, Lilou Marquand ; elle souffre de blessures intimes jamais cicatrisées que masque mal sa renommée professionnelle de « femme de fer » ne montrant pas son désespoir. Une amie fidèle était la Brésilienne Aimée de Heeren qui vivait à Paris 4 mois par an et avec laquelle elle partagait de bons souvenirs du duc Hugh Grosvenor [24].

Le , à l'âge de 87 ans, elle meurt de vieillesse dans sa suite de l'Hôtel Ritz à Paris. Elle est enterrée au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne en Suisse.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • C'est Coco Chanel qui lança la mode des peaux bronzées, après un bronzage accidentel lors de ses vacances en mer du Nord, alors qu'avant les peaux claires étaient à la mode. À la fin de sa vie, elle reviendra sur cette mode en insistant sur l'aspect dangereux de trop fortes expositions au soleil.
  • Ses intimes la surnommaient « Mademoiselle ».
  • De 1955 à sa mort, elle se rendait à son travail presque quotidiennement vêtue d'un imperméable attaché à la taille qu'elle nommait « caoutchouc ».
  • Elle fait partie des cent personnalités les plus marquantes du XXe siècle, selon un classement du magazine Time réalisé en 1999.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Si vous êtes née sans ailes, ne faites rien pour les empêcher de pousser. »
  • « C'est la solitude qui m'a trempé le caractère, que j'ai mauvais, bronzé l'âme, que j'ai fière, et le corps, que j'ai solide. »
  • « C'est avec ce qui ne s'apprend pas qu'on réussit. »

(propos que lui prête P.Morand dans "L'allure de Chanel", 1976)

  • « Si une femme est mal habillée, on remarque sa robe mais si elle est impeccablement vêtue, c'est elle que l'on remarque »
  • « Je ne fais pas la mode, je suis la mode. »
  • « J’ai rendu au corps des femmes sa liberté ; ce corps suait dans des habits de parade, sous les dentelles, les corsets, les dessous, le rembourrage. »[25]
  • « Quand on me demande mon âge, je réponds : Après 50 ans, ça dépend des jours. »[25]
  • « La mode passe, le style reste. »
  • « Chanel est d'abord un style. La mode se démode. Le style, jamais. »
  • « Avec les accessoires, le plus important c’est de toujours enlever le dernier que l’on a ajouté. »
  • « Une femme sans parfum est une femme sans avenir. »

Cinématographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Coco Chanel », sur larousse.fr, Éditions Larousse,‎ 25 juin 2009 (consulté le 4 avril 2013) : « Née en 1883, Gabrielle Bonheur Chasnel crée son premier salon de modiste rue Cambon à Paris en 1910, sous le nom de Coco Chanel. »
  2. a et b (de) « Die lebenslange Mademoiselle », sur sueddeutsche.de, Süddeutsche Zeitung,‎ 17 mai 2010 (consulté le 4 avril 2013) : « "Chasnel" schrieb ein nachlässiger Standesbeamter im französischen Saumur vor 125 Jahren in die Geburtsurkunde von Gabrielle Chanel »
  3. Le spectacle du monde, no 555, 9 avril 2009
  4. Philippe Pierre, Chanel : La vie comme un roman, Sodaperaga, 2003 (lire la présentation)
  5. a, b et c Caroline Constant, « Coco Chanel », dans l'Humanité [lire en ligne]
  6. Coco Chanel – "Un parfum de solitude et de réussite" - Le Portail des Antiquaires
  7. N° 4 - Coco Chanel: La double vie de la Grande Mademoiselle - Colombe Pringle, L'Express, 23 juillet 1998
  8. Martine Marcowith, « Chanel », dans Weekend, lire en ligne
  9. Documentaire Passion patrimoine : du Lot-et-Garonne à la Corrèze de Marie Maurice et Franck Dhelens, émission Des racines et des ailes, reportage sur l'abbaye d'Aubazine, 13 avril 2011
  10. Une légende veut qu'elle ait découvert ces lettres, lors d’un séjour dans les années 1920 au Château de Crémat (C C) de son amie Irène Bretz, une riche américaine.
  11. Pantalon d'équitation importé des Indes par les officiers anglais, ajusté du genou à la cheville et qui se porte sans bottes. Empr. à l'anglais jodhpurs « id. », abréviation de Jodhpur breeches « pantalon de Jodhpur » (nom d'une ville de l'État du Rajasthan, dans le nord-ouest de l'Inde). Cf. angl. Jodhpur riding-breeches. Source : http://atilf.atilf.fr.
  12. Laurence Benaïm, Azzedine Alaïa, le Prince des lignes, Paris, Grasset, coll. « Documents Français »,‎ octobre 2013, 160 p. (ISBN 978-2-246-81055-1, présentation en ligne), p. 27

    « Après Poiret, Chanel a offert la liberté aux femmes, […] »

  13. Voir l'historique et les photographies de La Pausa.
  14. The Wendy and Emery Reves Collection, Harry S. Parker III, 1985.
  15. The Wendy and Emery Reeves Collection, Richard R. Bretell, 1995.
  16. Mimizan, Woolsack, Coco Chanel et Le Pylone, Georges Cassagne, imprimerie Andres à Labouheyre, juin 2011
  17. Derrière l'empire Chanel... 2 - Les années de guerre, Bruno Abescat et Yves Stavridès, Lexpress.fr, publié le 11/07/2005 et Lettre du 8 mai 1941 de Gabrielle Chanel aux autorités de Vichy, L'Express, 11 juillet 2005, page 85
  18. a et b « Chanel: un parfum d'espionnage », sur L'Express,‎ 16 mars 1995
  19. (en) Hal Vaughan, Sleeping with the Enemy : Coco Chanel's Secret War (« Coucher avec l’ennemi : la guerre secrète de Coco Chanel »), Knopf,‎ 16 août 2011, 304 p. (ISBN 0-3075-9263-4)
  20. Paris Match, du 22 au 28 septembre 2011, page 107.
  21. « Coco Chanel, espionne nazie ? Le groupe admet « une part de mystère » », sur Challenges.fr,‎ 16 août 2011
  22. Journal des femmes.
  23. Edmonde Charles-Roux (op.cit., p. 222).
  24. [1] souvenirs de promenades d'Aimée de Heeren avec Coco Chanel).
  25. a et b Sylviane Degunst. Coco Chanel : Citations. Paris : Éditions du Huitième Jour, 2008 (ISBN 978-2-9141-1982-5)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Article[modifier | modifier le code]

  • « Coco déjà », Vogue Décoration, no 8,‎ décembre 1986, p. 130 à 135 et 222 reprod. une photo de Gabrielle Chanel dans le jardin de l'hôtel Pillet-Will avec son chien danois arlequin Soleil, et trois vues inédites des salons par la maison Jansen