Grand couturier

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Un grand couturier est un « créateur de modèles de vêtements originaux, de toilettes féminines, directeur ou animateur d'une maison de haute couture[n 1]. »

Présentation[modifier | modifier le code]

Si le terme féminin de « couturière » fait le plus souvent référence à l'ouvrière, celui de « couturier » ou « grand couturier » contient une part renvoyant à la création, au travail artisanal, et au principe de présentation régulière de collections originales, uniques, pour un public spécifique (médias ou clients)[2], dans les salons de présentation des maisons ou lors du calendrier officiel parisien[n 2]. D'ailleurs, historiquement, les femmes pratiquant la haute couture utilisent parfois l’appellation de « couturier »[2], bien que « grande couturière » soit usité[n 3].

Indispensable haute couture[modifier | modifier le code]

La haute couture est traditionnellement attribuée à une idée de Worth dans les années 1850. Avant cette époque, la couture est uniquement exercée par les femmes[6]. Le terme de « couturier » apparait vers 1870[7] puis rapidement, le terme de grand couturier[8]. Le Dictionnaire historique de la langue française Robert considère l'association du syntagme « grand couturier » avec celui de « haute couture » comme établi en 1874[9]. L'emploi du terme masculin « couturier » est ainsi dès l'origine préféré au terme féminin plus ancien « couturière », afin de désigner une nouvelle fonction, généralement occupée par un homme, de direction d'une maison de haute couture[10],[11]. Mais au XXe siècle, l'intimité et la promiscuité qu'entretien le couturier avec sa cliente, loin de la pudeur de l'époque, trouble « l'ordre moral bourgeois » : Eugène Pelletan dénonce « des hommes qui, de leurs mains solides, prennent les dimensions exactes des femmes les plus titrées de Paris, les habillent, les déshabillent, les font tourner et retourner devant eux »[6].

La haute couture est une dénomination réglementée par la Chambre syndicale de la haute couture suivant certaines règles établies. Cette chambre dispose légalement du droits d'attribuer cette dénominations aux créateurs. Seuls les « Membres permanents » ou les « Membres correspondants » de la chambre ont l'usage de ce terme. Pour être affilié à la Chambre syndicale, le futur grand couturier doit répondre à de nombreux critères, dont avoir prouvé un savoir-faire, ne serait-ce qu'en disposant de sa propre clientèle habillée sur mesure. L'usage même des termes « couture » et « couturier » est réglementé par une décision du 18 mars 1943[12].

Article détaillé : Haute couture.

Mais outre les critères établis, un grand couturier doit démontrer qu'il contribue ou a significativement contribué au domaine de la mode sous différents aspects : le principe de l'influence, difficilement quantifiable, peut se référer à des publications dans la presse spécialisée, voir au fait que ses créations sont reprises et copiées.

Un grand couturier est donc un créateur, français ou étranger, mais pratiquant cette activité exclusivement en France[n 4]. Certains grands couturiers étrangers, à l'image de Giorgio Armani présentant à Paris sa ligne de haute couture Armani Privé, disposent d'un ou plusieurs ateliers dans la capitale afin d'être en accord avec les normes de la Chambre syndicale[n 5].

Grand couturier ou styliste[modifier | modifier le code]

Le terme de grand couturier, par son côté artisanal confectionnant des pièces souvent uniques, se différencie de la production plus large du prêt-à-porter[2] des stylistes[n 6]. Le grand couturier est caractérisé par son style, ou sa griffe[17], et généralement associé à une marque.

Mais après la Seconde Guerre mondiale, les frontières sont devenues plus floues. Face à la faible rentabilité de la haute couture, les grands couturiers et leurs maisons doivent alors s'affranchir des règles tout en conservant les spécificités propres à leur rang de grand couturier, à l'image de Christian Dior ayant rapidement développé une ligne de prêt à porter de luxe[n 7] dans les années 1950, Pierre Cardin au début des années 1960, rapidement suivi par André Courrèges, ou Yves Saint Laurent avec sa marque rive gauche

Article détaillé : prêt-à-porter.

Plus récemment, le rôle du grand couturier évolue[18] : c'est juste avant le XXIe siècle que Karl Lagerfeld, aux multiples activités, devient la représentation publique du grand couturier : pratiquant la haute couture pour Chanel, mais également plusieurs activités de stylisme pour Chloé, Fendi, ou H&M, il est également un précurseur, omniprésent, mettant le grand couturier au tout premier plan de la communication d'une maison[n 8],[19],[20]. Ses prédécesseurs, que ce soit Dior ou plus loin encore Poiret, se contentaient de faire des défilés dans leurs locaux, de donner de grandes fêtes ou des bals, le tout pour quelques invités triés, et leur image de grand couturier tenait plus de leur réputation[20] et de leur influence.

Le styliste Tom Ford précise que « la tâche d'un styliste de mode, c'est de saisir une impression dans l'air du temps, et d'en faire quelque chose de tangible, que les gens peuvent acheter[21] », alors que la biographie du grand couturier Hubert de Givenchy indique que à propos de celui ci « le grand couturier est un « marchand d'idées », aussi bien qu'un « marchand de robes »[22]. » Gabrielle Chanel apportera une définition plus large du terme lorsqu'elle précisera que « le grand couturier est un homme qui a de l’avenir dans l’esprit ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ici, le terme « maison » dans le sens de « endroit, lieu où l'on reçoit, héberge des usagers dans un but déterminé », mais surtout « maison de » suivi d'un substantif dans le sens « entreprise commerciale ou industrielle ». Les « maisons de haute couture » sont un « ensemble des maisons où sont créés et présentés chaque saison des modèles de toilettes surtout féminines, destinés à être reproduits aux mesures des clientes par personnel de ces maisons assurant leurs productions. » Christian Dior précise dans ses mémoires que « le couturier n'est plus un simple artisan anonyme, la haute couture « est devenue aujourd'hui l'expression d'une personnalité : celle du chef de maison[1] ».
  2. Le calendrier officiel de la haute couture comporte deux présentations par an, en janvier et en juillet.
  3. « Chanel fut l'une des premières grandes couturières à […][3] » ou « [Elsa Schiaparelli], son statut de grande couturière à Paris[4] » ou encore « [Madame Grès], les robes drapées à l'antique ont une noblesse de ligne rarement vue ailleurs que chez cette grande couturière dont le talent […][5] »
  4. L'historien Olivier Saillard souligne qu'encore de nos jours,
    « la haute couture est une industrie exclusivement française, pour ne pas dire parisienne […] si le prêt-à-porter se joue en plusieurs capitales du monde, dont Milan, New York et Londres, la haute couture demeure, depuis son origine, parisienne[13]. »
  5. Noël Palomo-Lovinski résume ainsi les principaux critères. « Pour être considéré comme un grand couturier, un styliste doit avoir un atelier ou une salle d'exposition à Paris, et habiller sur mesure une clientèle privée. Chaque cliente a le droit à trois essayages au minimum par vêtement. Le couturier doit aussi présenter à la presse deux collections par an[14]. ».
  6. Dans les ouvrages ayant pour sujet la mode, les deux termes sont souvent séparés sans être systématiquement opposés ; par exemple : « Il n'y a sans aucun doute de nombreux autres stylistes et grands couturiers qui […][15] Aujourd'hui, la plupart des couturiers et des stylistes utilisent leurs pièces (qu'il s'agisse de haute couture ou de prêt-à-porter) pour […][16] ».
  7. La ligne de prêt-à-porter Miss Dior n'apparaitra que bien plus tard.
  8. Cette tendance du grand couturier qui devient l'image de ses créations au-dessus de l'image de sa maison a été initiée entre autres par Yves Saint Laurent dans les années 1970 : il pose alors nu pour une publicité d'un de ses parfums.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Musée Christian-Dior Granville, Florence Müller et al., Dior, le bal des artistes, Versailles, ArtLys,‎ mai 2011, 111 p. (ISBN 978-2854954418), « Art et haute couture », p. 13
  2. a, b et c Gérard Baril, Dicomode : dictionnaire de la mode au Québec de 1900 à nos jours, Crayons bleus,‎ 2004, 382 p. (ISBN 978-2915296198), p. 105
  3. Emma Baxter-Wright (trad. Laurence Le Charpentier), Le petit livre de Chanel [« The Little Book of Chanel »], Paris, Eyrolles,‎ septembre 2012, 160 p. (ISBN 978-2-212-13545-9), p. 85
  4. Palomo-Lovinski 2011, p. 162 - Elsa Schiaparelli
  5. « Les collections d'hiver », L'Officiel de la mode, Éditions Jalou, no 391-392,‎ octobre 1954, p. 238 (ISSN 0030-0403)
  6. a et b Alexandra Bosc 2012, p. 22 - Le couturier et ses clientes dans la seconde moitié du XIXe siècle
  7. Françoise Tétard-Vittu, Couture et Nouveautés confectionnées, 1810-1870, Palais Galliera, citée in : Didier Grumbach, Histoires de la mode, Paris, Éditions du Regard,‎ 2008 (1re éd. 1993 Éditions du Seuil), 452 p. (ISBN 978-2-84105-223-3), « La défense dela tradition », p. 103
  8. « Modes - Renseignements divers, description des toilettes », Le moniteur de la mode : journal du grand monde, Goubaud, no 1,‎ 1866, p. 26
    « Nos élégantes, - j'entends les vraies, celles qui, en allant au Bois, font arrêter leurs voitures au coin de la rue de la Paix, et vont à pied choisir un bijou chez le joaillier à la mode, ou savoir chez le grand couturier ce qu'il y aura de nouveau demain soir, […] »
  9. Dictionnaire historique de la langue française Robert, t. 1, p. 932
  10. (en) Nancy Green, « Art and Industry: The Language of Modernization in the Production of Fashion », French Historical Studies, vol. 18,‎ 1994, p. 729 (lien JSTOR?)
  11. (en) Solange Montagné Villette et Irene Hardill, « Paris and fashion: reflections on the role of the Parisian fashion industry in the cultural economy », The International Journal of Sociology and Social Policy, vol. 30, no 9/10,‎ 2010, p. 461
  12. Didier Grumbach, Histoires de la mode, Paris, Éditions du Regard,‎ 2008 (1re éd. 1993 Éditions du Seuil), 452 p. (ISBN 978-2-84105-223-3), « Chronologie », p. 434
  13. Olivier Saillard 2012, p. 13 - Paris haute couture
  14. Palomo-Lovinski 2011, p. 8 - L'industrie de la mode
  15. Palomo-Lovinski 2011, p. 6 - Introduction
  16. Palomo-Lovinski 2011, p. 9 - L'industrie de la mode
  17. Bourdieu, P., Delsaut, Y., (1975), Le couturier et sa griffe : contribution ‡ une théorie de la magie, Actes de la recherche en sciences sociales , °1, pp.7-36.
  18. Michel Legris, « Le grand couturier », Archives, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 13 mai 1993 (consulté le 17 février 2013) : « Mais son plus grand miracle est de s'être lui-même mué en artiste. Fini le temps où les élégantes le tenaient pour un simple fournisseur. Il est devenu un créateur, un metteur en scène qui organise de ruineuses présentations de collections. Sa griffe est aujourd'hui une signature. »
  19. Fashion !, Go Global, de Olivier Nicklaus, INA, octobre 2012, DVD
  20. a et b Palomo-Lovinski 2011, p. 10 - Les stars de la haute couture
  21. Palomo-Lovinski 2011, p. 27 - Tom Ford
  22. Jean-Noël Liaut, Hubert de Givenchy, Grasset,‎ décembre 1999, 300 p. (ISBN 978-2246579915)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]