Marinière (vêtement)

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Tricot bleu de service courant de la Marine nationale.

La marinière, aussi appelée tricot rayé, est un maillot de corps à manches longues en jersey de coton à rayures horizontales étroites bicolores bleues et blanches, caractéristique de la tenue des quartiers-maîtres et des matelots de la Marine nationale.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un matelot breveté en tenue de sortie au début du XXe siècle.
Un stagiaire de la Préparation militaire marine en 2013, tenue 22 bis
Gabrielle Chanel dans l’entre-deux-guerres.
Le mime Marcel Marceau en 1963.

Un décret officiel du 27 mars 1858 introduit dans la liste officielle des tenues de matelot de la Marine nationale le tricot rayé bleu indigo et blanc décrivant ainsi ses caractéristiques techniques : « Le corps de la chemise devra compter 21 rayures blanches, chacune deux fois plus large que les 20 à 21 rayures bleu indigo. »

Une authentique marinière comporte donc sur le torse et le dos vingt rayures bleu indigo larges de dix millimètres, espacées de vingt millimètres et sur les manches, quatorze rayures bleues espacées de vingt millimètres[N 1].

Ses manches longues de trois-quarts ne doivent pas dépasser de la vareuse[1], et son encolure évasée monte au ras du cou.

Le « Tricot bleu de service courant Marine nationale » fait partie des tenues de service courant no 22 bis et 23 des équipage du personnel de la Marine nationale[2].

Les marins avaient coutume de dire que les rayures permettaient de repérer plus facilement un homme tombé à la mer.

Jadis fabriquée dans différents ateliers, puis dans les ateliers propres de la Marine nationale lorsque l'armée devint une armée de métier (autrefois de conscrit), la marinière est encore largement produite en France, par les entreprises Saint James, Armor Lux[3] et Orcival.

De la tenue de marin à l’accessoire de mode[modifier | modifier le code]

La marinière, bien que d’origine militaire, est également un élément important de la mode. Pendant la Grande guerre, Coco Chanel, habituée des stations balnéaires et inspirée par les marins locaux, lance dans sa seconde boutique, à Deauville, le « style marin », avec des marinières courtes. Elle perpétue ainsi la libération du corps de la femme et le coté « pratique » de ses créations, tout en utilisant un tissu simple lors de cette période de pénurie, le jersey de chez Rodier. La rayure devient luxueuse et se répand sur tout le territoire. Bien des années plus tard, Karl Lagerfeld, respectant l’héritage de la Maison Chanel, revisitera régulièrement la marinière dans ses défilés[4], particulièrement pour les collections annuelles de prêt-à-porter estival intitulées « Croisière[5] ».

Dans les années 1960, après que Jean Seberg soit apparue à l’écran dans À bout de souffle vêtue d’une marinière, c’est Yves Saint Laurent dès ses premières collections qui introduit la marinière[6], de façon détournée, dans la Haute couture.

John Wayne au cinéma dans les années 1940, puis Jean Cocteau, Pablo Picasso[1], Brigitte Bardot, le Mime Marceau, ou Sting plus tard, posent en marinière pour les photographes.

Mais c'est Jean Paul Gaultier qui reste le plus fidèle à la marinière, durant plusieurs décennies depuis les années 1980[1], et sous des formes, styles et matières les plus diverses : en 1983, c'est même l’élément majeur de sa collection Boy Toy, le créateur venant saluer le public à la fin du défilé habillé d'une classique marinière[N 2]. En 2006, la marinière est détournée en robe du soir[7]. Il habille Yvette Horner d’une marinière, il pose pour Pierre et Gilles avec ce vêtement, il l’utilise pour le design des flacons[8] de sa ligne de parfums pour hommes « Le Mâle »[9]. Pour lui et jusqu’à sa ligne « enfants »[10] ou ses collaborations avec d’autres marques[11], la marinière fait partie intégrante de l'univers du Couturier.

Dans les années 2000, Kenzo commercialise des marinières …avec des pois[12], Sonia Rykiel jusqu’alors abonnée aux rayures multicolores le plus souvent sur fond noir, revient vers le basique de la marinière aux couleurs blanche et bleue[13].

En 2010, la marinière marque la mode : l’agence Elite fait poser les finalistes de son concours annuel en marinière échancrée, Prada élargi les rayures pour sa collection de septembre, Kitsuné, marque dont Gildas Loaëc, l’un des fondateur est breton, exploite l’idée de la marinière[14], Dolce & Gabbana, Michael Kors…

L’année suivante, pour son nouveau contrat avec l’équipementier Nike, l’Équipe de France de football se voit dotée comme maillot officiel pour les matchs à l'extérieur d’un maillot blanc à rayures bleu foncé[15], inspiré de la marinière[16]. Il l'utilisera peu. Très commenté, critiqué même, ce maillot rayé est abandonné onze mois plus tard au profit d'un maillot tout blanc, bien plus sobre[17].

En avril 2011, la boutique Colette consacre un thème à la marinière avec la présence de plusieurs marques de prêt-à-porter : Chanel, Comme des Garçons, Hermès, les macarons Ladurée, Longchamp et son sac pliable, Montblanc, le maquillage YSL, Swatch… La même année, Jean Paul Gaultier toujours, mais également Salvatore Ferragamo, Oscar de la Renta, The Row[5], ou Alex Mabille[18],[1] l'incorporent dans leurs collections. Un an après, c'est Thom Browne pour Moncler qui détourne le motif jusque sur les pantalons[19], suivi par A.P.C. ou Marc by Marc Jacobs[20].

Outre les traditionnelles entreprises françaises Armor Lux, Saint James, ou l'historique Orcival[21] produisant toujours en France depuis sa création qui fournit la Marine nationale, la marque Petit Bateau[22] exploite la marinière, l’utilisant depuis des années sous de nombreuses formes et déclinaisons[23],[24].

Symbole politique[modifier | modifier le code]

Le 19 octobre 2012, Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, apparaît en marinière Armor Lux sur la couverture du Parisien magazine[25]. Cette une, qui illustre un dossier de dix pages sur le made in France, aura un retentissement important dans les médias et dans la société française. C'est à la demande de la rédaction du magazine que le ministre a accepté de porter cette marinière, mais aussi une montre et un appareil d'électroménager, faits en France. Mais c'est d'abord la marinière que public et médias retiendront, assimilant désormais ce vêtement au combat pour le made in France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les rayures bleues peuvent être au nombre de vingt et une pour le torse et quinze pour les bras pour les marinières grandes tailles. Une légende prétend que les vingt et une rayures représentent le nombre de victoires napoléoniennes.
  2. Deux ans plus tard, en 1985, Charlotte Gainsbourg apparait à l’affiche de L'Effrontée avec ce vêtement.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Anne Cécile de Monplanet, « La marinière en 4 dates », L'Express Styles, no 3167,‎ 14 mars 2012, p. 30 (ISSN 0014-5270)
  2. Bulletin Officiel des Armées 557.1
  3. « Très chère marinière », sur puretrend.com sur le site Puretrend, 22 mai 2009.
  4. Aurore Charlot, « Les basiques de la maison Chanel », sur elle.fr, Elle,‎ 9 juin 2009 (consulté le 15 décembre 2012)
  5. a et b Julien Neuville, « Les quinze collections croisières qui nous ont fait chavirer! », sur ykone.com consulté le=4 novembre 2012,‎ 27 juin 2012
  6. Anne-Laure Quilleriet, « Saint Laurent forever… », sur lexpress.fr, L'Express,‎ 5 juin 2008 (consulté le 17 octobre 2012)
  7. Noël Palomo-Lovinski (trad. Lise-Éliane Pomier), Les plus grands créateurs de mode : de Coco Chanel à Jean Paul Gaultier, Paris, Eyrolles,‎ 2011, 192 p. (ISBN 978-2-212-55178-5), « Jean Paul Gaultier », p. 75
    « La marinière à rayures bleu marine et blanches est la signature de Gaultier, […] pour fêter trente ans de collections, clin d’œil de Gaultier à lui-même en créant cette robe du soir. »
  8. Le flacon «Le Mâle» sur le site jeanpaulgaultier.com.
  9. « Merci Jean-Paul », sur le site strategies.fr
  10. Katell Pouliquen, « Jean Paul Gaultier lance sa ligne enfant », Styles, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 4 septembre 2009 (consulté le 17 octobre 2012)
  11. Caroline Ronin, « Jean-Paul Gaultier collabore avec Pataugas », Styles, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 18 décembre 2009 (consulté le 17 octobre 2012)
  12. Héloïse Gray, « Esprit marin », sur lexpress.fr, L'Express,‎ 2 mars 2006 (consulté le 17 octobre 2012)
  13. Géraldine Dormoy, « La collection Sonia Rykiel pour H&M en images », Styles, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 10 février 2010 (consulté le 17 octobre 2012)
  14. Katell Pouliquen, « Quand les voyages inspirent les créateurs », Styles, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 24 juin 2010 (consulté le 17 octobre 2012)
  15. [vidéo] Maillot Marinière Équipe de France extérieur 2011 Nike sur YouTube
  16. « Le nouveau maillot des Bleus, il est... », sur lexpress.fr, L'Express,‎ 7 mars 2011 (consulté le 17 octobre 2012)
  17. Les Bleus abandonnent la marinière, sur le figaro.fr. http://www.lefigaro.fr/sport-business/2012/02/24/20006-20120224ARTFIG00407-les-bleus-abandonnent-leur-mariniere.php
  18. Katrin Acou-Bouaziz, « Défilé: Alexis Mabille et me déshabille », sur lexpress.fr, L'Express,‎ 24 juin 2011 (consulté le 17 octobre 2012)
  19. « Les rayures prennent le large », sur lefigaro.fr, Le Figaro Magazine,‎ 5 juillet 2012 (consulté le 4 novembre 2012)
  20. « Le B.A.-BA... de la marinière », sur lemonde.fr, Le Monde,‎ 24 mars 2012 (consulté le 4 novembre 2012)
  21. Marc Beaugé, « Est-ce bien raisonnable de porter une marinière ? », Style, sur lemonde.fr, M,‎ 2 novembre 2012 (consulté le 31 mai 2013) : « Encore largement produite en France, chez Saint James, Orcival ou Armor-Lux »
  22. « La marinière Petit Bateau », sur tendances-de-mode.com,‎ 14 avril 2008 (consulté le 4 novembre 2012)
  23. Clémence Pouget, « La collection Herman Düne pour Petit Bateau », Styles, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 29 février 2012 (consulté le 17 octobre 2012)
  24. Claire-Marie Allègre, « Une nouvelle collection Petit Bateau avec Tsumori Chisato », Styles, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 18 avril 2012 (consulté le 17 octobre 2012)
  25. http://www.purepeople.com/article/arnaud-montebourg-en-mariniere-made-in-france-sauf-sa-montre_a109048

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Pastoureau, L’Étoffe du diable : une histoire des rayures et des tissus rayés, coll. Points Histoire, Seuil, Paris 2007. (ISBN 978-2020968201)
  • Véronique Alemany, Les Marins font la Mode, Éditions Gallimard, Paris 2009 (ISBN 978-2070124572)
  • Collectif, Éloge de la Marinière : sur une idée d'Armor-Lux, Paris, Éditions Palantines,‎ juin 2008 (ISBN 978-2911434952, résumé)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]