Vogue

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne l'édition féminine américaine du magazine de mode. Pour les autres éditions, voir Condé Nast Publications
Vogue (États-Unis)
Image illustrative de l'article Vogue

Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Langue Anglaise
Périodicité Mensuel
Genre Magazine de mode
Diffusion 1909 : 14 000
1928 : 138 000
2011 : 1 248 121[p 1] ex.
Date de fondation 1892

Rédacteur en chef Anna Wintour
propriétaire : Condé Nast Publications
ISSN 0014-5270
Site web www.vogue.com

Vogue est un magazine américain, un des principaux magazines de mode féminin dans le monde avec une diffusion supérieure à un millions d'exemplaires mensuels. Le titre est édité par Condé Nast Publications basé à New York et fait l'objet de nombreuses éditions internationales. À l'origine une petite revue mélangeant mode, arts, conseils, et chroniques mondaines, Vogue connait un bouleversement à partir de 1909, date de son rachat par Condé Montrose Nast, qui incorpore au magazine alors bi-mensuel, « cet indispensable chic qui est la marque du magazine » : Condé Montrose Nast en fait une publication composée de mode, de luxe, et d'art contemporain.

Historique[modifier | modifier le code]

Couverture de Vogue en mai 1917

Josephine Redding 1892 - 1901[modifier | modifier le code]

Fondée en 1892 par Arthur Baldwin Turnure, avec l'aide financière de Gertrude Vanderbilt Whitney[p 2], Vogue est alors une petite publication hebdomadaire consacrée à la société mondaine new-yorkaise. Josephine Redding en est la rédactrice en chef.

Marie Harrison 1901 - 1914[modifier | modifier le code]

En 1905, Condé Montrose Nast (en) dit à propos du magazine que « Vogue est le conseiller technique -le consultant spécialisé- de la femme à la mode[p 3] ». À la mort de Arthur Baldwin Turnure, en 1909, Condé Montrose Nast reprend la publication qui est alors « un petit journal mourant[d 1] » à cours de fonds et de lecteurs[c 1], et la développe. Le premier changement est une parution toutes les deux semaines au lieu de chaque semaine. À partir des premières années du rachat, Vogue est composé d'illustrations, de critiques, et d'articles de fond[d 2] mélangeant les arts, la haute couture, la haute société, les conseils mondains, mais également les potins[d 1]. Nast se concentre particulièrement sur un lectorat élitiste, en premier lieu par la couverture du magazine ; il le recentre sur la mode[c 1], souhaitant augmenter les publicités[c 2]. Il voyage en Europe dans les années 1910, il va d'abord en Angleterre puis il se tourne ensuite vers l'Espagne, où il rencontre un échec avec le lancement de l'édition espagnole, et finalement en France en 1920. Le magazine décline un intérêt important pour l'Art nouveau, puis pour l'Art déco dans les décennies suivantes[d 3]

Edna Woolman Chase 1914 - 1951[modifier | modifier le code]

Edna Woolman Chase (en), adepte du style victorien, qui a débuté à la fin du XIXe siècle chez Vogue au « service courrier » pour un emploi temporaire de trois semaines plusieurs années auparavant, devient « managing editor »[N 1] dans les années 1910 puis rédactrice en chef plus tard. Vogue embauche son premier photographe, le baron Adolf de Meyer[p 1] et Paris est alors la capitale de la mode et de l'art[d 4] : les photographies de ces années là seront surtout des « portraits mondains pour incarner une mode parisienne haute couture[p 4]. » Mais la Première Guerre mondiale entraine la fermeture des maisons de coutures françaises. Woolman Chase, fidèle collaboratrice de Nast et avec l'appui du magazine, encourage la création aux États-Unis ; elle sera à l'origine de l'émergence de nombreux stylistes locaux. Après la Première Guerre mondiale, le British Vogue est fondé de l'autre coté de l'Atlantique, avec l'aide du bureau américain ; quatre ans plus tard, ce sera le tour de l'édition française, un succès immédiat. Mais dans les années à venir, la prédominance de la version américaine est totale[d 5], et les éditions des autres pays sont souvent très proches en termes de contenu du Vogue américain[c 3]. Condé Montrose Nast persévère sur la ligne qu'il a installé chez Vogue, « le désir de promouvoir tout ce qui est nouveau en art à la condition que soient réunis le talent et cet indispensable chic qui est la marque du magazine[d 6] ». Cependant, William Randolph Hearst achète Harper's Bazar en 1913 : ce magazine va devenir le plus féroce concurrent de Vogue dans les années à venir.

Edna Woolman Chase a pour assistante, à partir de 1921, une certaine Carmel White, alors presque débutante. Deux ans plus tard, le magazine fête ses trente ans, c'est une étape charnière : Vogue est à cette époque une entreprise internationale solidement établie, avec un magazine devenu célèbre[d 1], renommé et influent[d 7], ainsi qu'une diffusion multipliée par dix environ en moins de trois décennies. Le magazine a maintenant quelques pages intérieures avec de la couleur, et l'illustration omniprésente est passée de sa fonction annexe servant à simplement… illustrer, pour devenir primordiale[d 8] ; Lepape, Benito, Carl Erickson, ou de nombreux illustrateurs français ou américains vont être au premier plan chez Vogue[d 9]. Pourtant, les premiers photographes célèbres, tels Steichen ou Man Ray, investissent de plus en plus les pages du magazine les années suivantes[p 5]. En 1929, Nast nomme Mehemed Fehmy Agha, dit le Dr Agha, comme directeur artistique : celui ci va faire évoluer la mise en page du magazine[d 7], son contenu[N 2], et engagera de nouveaux photographes pour les éditions Condé Nast[d 10], encourageant Horst[p 7]. Il est remplacé au début de la Guerre par Alexander Liberman qui va influer de façon considérable sur le contenu et la forme du magazine.

Article détaillé : Alexander Liberman.

L'omniprésente illustration perd symboliquement son monopole : Vogue publie son numéro de juillet 1932 avec la première couverture réalisée à partir d'une photographie en couleur : ce sera le début de l'influence de la photographie de mode ; à la fin des années 1930, l'illustration aura pratiquement disparue des couvertures[d 11]. Le Surréalisme investi les pages du magazine[d 12]. Le Vanity Fair (en), dans sa version historique datant de 1913 et appartenant également aux éditions Condé Nast, est en échec : il fusionne avec le Vogue en 1936. Mais Vogue perd un peu de sa suprématie face au Harper's Bazaar qui a son âge d'or autour de la Seconde Guerre Mondiale[N 3] ; de la Crise de 1929 à la Seconde Guerre Mondiale, le nombre d'abonnements baisse.

Après la Guerre, l'illustration dans Vogue, ainsi que dans tous les autres magazines de mode, vit ses dernières années de gloire avec, entre autres, les français Marcel Vertès ou René Gruau qui publient leurs dessins dans l'édition américaine[d 13]. Le magazine, après la victoire des Alliés et le leadership des américains, prend une tournure plus internationale[d 14], et les séries de photographies sont réalisées partout dans le monde[p 9], les voyages en avion se démocratisant.

Jessica Daves 1952 - 1963[modifier | modifier le code]

Jessica Daves (1894 - 1974) est nommée au poste de rédactrice en chef, sur les conseils de Chase[1], en 1952 : celle ci n'a pas l'apparence habituelle des rédactrices de Vogue[2]. Elle va intégrer l'art au magazine en plus de la mode[1], et y embaucher Bruce Davidson comme photographe de mode en 1961[3]. Elle va connaitre la révolution du prêt-à-porter et y adapter le magazine.

Samuel Irving Newhouse, Sr. (en) rachète les Éditions Condé Nast en 1959[4], et trois ans plus tard, il engage Diana Vreeland, alors chez Harper's Bazaar, pour « apporter un peu d'extravagance[p 10] » à Vogue.

Diana Vreeland 1963 - 1971[modifier | modifier le code]

Diana Vreeland devient rédactrice en chef au début de l'année 1963. Elle a Grace Mirabella comme assistante durant plusieurs années. À elle deux, elles vont rapprocher le magazine de la jeunesse puis de la révolution sexuelle[N 4]. L'illustration, qui vivait ses dernières heures, disparait presque complètement, à l'arrivée de Vreeland[d 15]. Tous les plus grands mannequins de l'époque sont dans Vogue : Suzy Parker, Twiggy, Penelope Tree (en), Veruschka, Lauren Hutton[N 5]… Le contenu du magazine change d'orientation : la femme glamour, élégante, raffinée, disparait au profit d'une femme active plus jeune, indépendante, dynamique[p 10].

Article connexe : Diana_Vreeland#Vogue.

Grace Mirabella 1971 - 1988[modifier | modifier le code]

En 1973, Vogue américain devient un mensuel. Pendant les années 1970, le magazine publie des photos de jeunes filles, et Nastassja Kinski, alors âgée d'une quinzaine d'années, fera le succès du numéro de Noël 1976[6].

Sous la direction de Grace Mirabella (en), entrée chez Vogue dans les années 1950, le magazine sera profondément transformé pour s'adapter aux changement de la société et du mode de vie de ses lecteurs. Dans les années 1970, la mode héritée des années 1960, est plus pratique, et les femmes travaillent[7]. À l'opposé de le réputée Diana Vreeland qu'elle avait remplacé soudainement, surprenant tout le monde, Grace Mirebella réussi en 17 ans de carrière à multiplier par trois le tirage[7], dépassant largement le million d'exemplaires[p 11] ; malgré tout, critiquant plusieurs personnalités du domaine de la mode et en conflit avec Alexander Liberman[7] le directeur de rédaction de toutes les publications Condé Nast, elle sera renvoyée, apprenant son licenciement par les informations, personne ne lui ayant dit[4]. Anna Wintour, plus jeune et arrivant du British Vogue, lui succède.

Anna Wintour 1988 -[modifier | modifier le code]

Anna Wintour en 2007

La rédactrice en chef actuelle de Vogue aux États-Unis est Anna Wintour, réputée comme « la femme la plus influente de la mode ». Elle est assistée de la réputée Grace Coddington. Anna Wintour a inspiré le personnage de la rédactrice-dictatrice du roman Le Diable s'habille en Prada, adapté au cinéma avec Meryl Streep dans le rôle. Les années 1990 voient également l'importance de l'édition américaine s'éclipser en partie, au profit du Vogue Italia repris en main par Franca Sozzani à cette époque et qui devient une référence mondiale. Mais l'édition américaine reste la plus puissante, et elle concurrence Marie Claire, Harper's Bazaar, ou WWD

Vogue reflète depuis des décennies les courants artistiques majeurs de son époque, et pas seulement la haute couture[c 4]. Le magazine se concentre sur la mode haut de gamme et la haute société depuis son origine. Ses lectrices ont un pouvoir d'achat en général supérieur à celles des autres journaux. « Le Vogue américain, c'est la bible pour les acheteurs » des magasins de prêt-à-porter de luxe, comme Barneys ou Henri Bendel, explique Marie Saeki, directrice d'une agence new-yorkaise de relations publiques travaillant avec de jeunes stylistes.

Depuis 2001 et la récession des revenus publicitaires aux États-Unis, Vogue consacre de plus en plus ses couvertures aux célébrités, abandonnant peu à peu les top models. Pour 2011, le tout-puissant magazine est acheté mensuellement par 1,3 millions de lectrices[8].

Le numéro de septembre de l'édition américaine, appelé The September issue, est traditionnellement le plus gros tirage de l'année en nombre de pages et en nombre d'exemplaires, avec un record établi en 2007 de 840 pages, dont 727 de publicité[p 11] ; cette édition donnera deux ans plus tard le documentaire The September Issue. Mais en septembre 2012, pour les 120 ans du magazine, Vogue réalise un nouveau record mondial en proposant 916 pages[9] dont 658 de publicités, et un poids total de 2,4 kilos[8]. Lady Gaga fait la couverture.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie en français[modifier | modifier le code]

  • 1980 : Vogue - Photographies De Mode 1920-1980 (Éditions Du Fanal)
  • 1980 : Vogue - Le Livre De La Beauté (Éditions Du Fanal)
  • 2000 : Vogue - La Mode Du Siècle (Hors Collection)
  • 2002 : Vogue Inédits - Histoire Secrète De La Photographie De Mode (Éditions Du Collectionneur)
  • 2004 : Belles En Vogue - Collection Photographique Vogue De 1925 A Nos Jours (Éditions Du Collectionneur)
  • Norberto Angeletti, Alberto Oliva et al. (trad. Dominique Letellier, Alice Pétillot), En Vogue - L'histoire Illustrée Du Plus Célèbre Magazine De Mode, Paris, White Star,‎ juin 2007, 410 p. (ISBN 978-8861120594, résumé)
  • Georges Vigarello, Vogue En Beauté (1920-2007), Ramsay,‎ 2007, 208 p. (ISBN 978-2841148899, résumé)
  • Sonia Rachline et al., Vogue à la mer, Ramsay,‎ avril 2008, 160 p. (ISBN 978-2841149414, résumé)
  • William Parker (préf. David Hockney), Dessins de mode : Vogue, Paris, Thames & Hudson,‎ 2010, 240 p. (ISBN 978-2-87811-359-4)
  • Nathalie Herschdorfer (préf. Todd Brandow), Papier glacé : un siècle de photographie de mode chez Condé Nast [« Coming into fashion »], Paris, Thames & Hudson,‎ 2012, 296 p. (ISBN 978-2-87811-393-8, résumé)

Bibliographie en anglais[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Assistante de la rédaction.
  2. Dans les années 1930, la photographie de mannequin statique, si elle ne disparait pas, laisse la place au sein de Vogue aux sports et aux photographies de corps parfaits pratiquant une activité physique en plein air. Toni Frissell devient une photographe spécialisée dans ce domaine[p 6].
  3. La concurrence que se livrent les deux magazines est également une concurrence entre les deux directeurs artistiques influents que sont Alexander Semeonovitch Liberman et Alexey Brodovitch d'Harper's Bazaar[p 8].
  4. « Le sexe est l'une des choses qui ont influencé la photographie de mode dans les années 1960 » dira le photographe Bob Richardson (en) qui a travaillé pour Vogue durant les années 1960[p 10].
  5. Lauren Hutton fera 26 fois la couverture de l'édition américaine de Vogue, ce qui semble un record d'après ce magazine[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Voguepedia : Jessica Daves », sur vogue.com, Condé Nast (consulté le 11 juin 2013)
  2. Dodie Kazanjian et Calvin Tomkins, The Life of Alexander Liberman, New York, Knopf, 1993, cité sur Jessica Daves, Voguepedia
  3. Dictionnaire mondial de la Photographie, Paris, Larousse,‎ 2001 (ISBN 2-03-750014-9, lire en ligne), « Davidson Bruce », p. 157
  4. a et b (en) Carol Felsenthal, Citizen Newhouse: Portrait of a Media Merchant, Seven Stories Press, décembre 1998, 512 p. (ISBN 978-1888363876) présentation en ligne
  5. (en) « 10 cover girls: fashion's familiar faces », Vogue,‎ septembre 2012, p. 760 (ISSN 0042-8000)
  6. Dominique_Sels, San Fernando Valley, impressions, Éditions de la Chambre au Loup, 2010
  7. a, b et c (en) Moira Hodgson, « Grace Under Pressure », sur nytimes.com, The New York Times,‎ 24 septembre 1995 (consulté le 8 avril 2013)
  8. a et b Katell Pouliquen, « Anna Wintour, le dieu de la mode est une femme », L'Express Styles, no 3201,‎ 7 novembre 2012, p. 126 (ISSN 0014-5270, lire en ligne)
  9. « Le numéro de septembre de Vogue fera 916 pages, un record! », Presse, sur jeanmarcmorandini.com,‎ 10 août 2012 (consulté le 8 avril 2013)

Sources Bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • William Parker, Dessin de mode Vogue, 2010
  1. a, b et c 1923 - 1934, p. 34
  2. Introduction, p. 10
  3. Introduction, p. 11
  4. Introduction, p. 12
  5. 1923 - 1934, p. 39
  6. 1923 - 1934, p. 36
  7. a et b 1923 - 1934, p. 41
  8. 1923 - 1934, p. 37
  9. 1923 - 1934, p. 38
  10. 1947 - 1983, p. 162
  11. 1935 - 1946, p. 98
  12. Introduction, p. 13
  13. Sur les traces de Lautrec, p. 20
  14. 1935 - 1946, p. 111
  15. 1947 - 1983, p. 203
  • Nathalie Herschdorfer, Papier glacé, 2012
  1. a et b Introduction, p. 12
  2. Introduction, p. 16
  3. Introduction, p. 17
  4. Introduction, p. 13

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]