Nationalisme ethnique

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Ne doit pas être confondu avec ethnisme.
Ne doit pas être confondu avec ethnicisme.

Le nationalisme ethnique, ou ethnonationalisme, est la forme de nationalisme dans lequel la « nation » est défini en termes d'appartenance ethnique. Il peut être nommé différemment en fonction des caractéristiques que l'on veut mettre en avant : nationalisme « ethno-culturel », « ethno-linguistique », « organique », « objectif », « romantique » ou « oriental », le plus souvent inspiré par des notions issues du droit du sang. Il se différencie ainsi du nationalisme civique inspiré du droit des personnes, et du nationalisme territorial lié au droit du sol, mais également généralement du nationalisme culturel qui admet l'assimilation culturelle.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Le thème central des tenants du nationalisme ethnique est que les nations ont chacune leur identité incontournable, définie par un patrimoine commun qui peut comprendre même une langue, culture, religion ou foi religieuse, histoire, origine ethnique, des mêmes traditions, coutumes, mœurs et un attachement affectif à la terre. Quant à un nationalisme qui se fonderait sur des « liens du sang » ou biologiques, cela renvoie plutôt à une autre idéologie, soit le racisme. Le nationalisme ethnique peut être perçu comme une extension du nationalisme culturel qui permet aux gens de devenir membres d'une nation par assimilation culturelle. Par ailleurs, définitions purement linguistiques qui définissent la « nation » comme l'ensemble des locuteurs d'une même langue (que les linguistes préfèrent nommer, d'après Hérodote, « homoglosses », et qu'ils désignent par le suffixe « ...phones » comme dans le mot « francophones »[1]).

Contrairement au nationalisme civil, le nationalisme ethnique met l'accent sur l'ascendance généalogique ou l'hérédité, souvent exprimée en tant que parenté ou de liens du sang, et ne prend en compte ni les découpages administratifs ou politiques, ni les migrations, échanges culturels et les divers phénomènes d'intégration. C'est donc un concept essentialiste puisqu'il s'appuie sur un déterminisme duquel les individus ne peuvent pas s'extraire.

Dans le nationalisme ethnique, l'État tire sa légitimité politique de son statut de patrie du groupe ethnique défini comme principal, et sa fonction principale est de protéger ce groupe, avec sa vie culturelle et sociale propre, contre la colonisation, la persécution, l'acculturation, les influences exogènes, les revendications des autres groupes.

Historique[modifier | modifier le code]

Les langues du domaine des Habsbourg : carte de l'Autriche-Hongrie en 1914 avec les zones linguistiques selon le recensement de 1890.
Frontières de 1919, tracées en application (partielle) des Quatorze points de Wilson : le nationalisme ethnique sépare ce que les Habsbourg avaient réuni... mais de manière inégalitaire.

En Grèce antique, quatre notions permettaient de définir les groupes sociaux : γένος / génos signifiant « famille, clan, tribu », λάος / laos signifiant « peuple assemblé, foule », δῆμος / dêmos signifiant « peuple du lieu, citoyens » et ἔθνος / éthnos signifiant « gens de même origine ». Pour définir ce dernier type de groupe, Hérodote se base sur des liens de parenté (ὅμαιμον, homaimones « du même sang » : le génos), linguistiques (ὁμόγλωσσον, homoglosses « parlant la même langue »), religieux (ὅμόθρισϰον, omothrisques « ayant les mêmes cultes ») et de coutumes (ὁμότροπον homotropes, « de mêmes habitudes, de mêmes mœurs »).

Le nationalisme ethnique s'est historiquement développé dans des lieux où les frontières étatiques ne coïncidaient pas avec les frontières culturelles ou ethniques. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, au temps du romantisme, les mouvements nationalistes, considérant que leur Nation s'est formée avant la création des États au sein desquels elle vit, ont œuvré pour créer de nouveaux États ou pour redessiner les frontières sur des bases ethno-linguistiques. On peut citer le Printemps des peuples en Europe ou les 14 points du président américain Woodrow Wilson et la déclaration Balfour à la fin de la première Guerre mondiale. Mais dès l'origine, le heurt entre ce nationalisme romantique et la réalité sociale notamment sur des territoires ou les groupes ethniques vivaient imbriqués, a produit de sanglantes dérives : les nettoyages ethniques comme le génocide arménien ou la Shoah qui ont pu faire naître (comme chez les Macédoniens slaves ou les Kurdes), renforcer (comme chez les Ukrainiens, les Bulgares, les Albanais ou les Juifs), et parfois exacerber (comme chez les Polonais, les Hongrois, les Roumains, les Grecs et les Turcs) les consciences nationales.

Les études universitaires étendent ce concept de « nation ethnique » aux diasporas, créant ainsi la notion d'« ethnie dispersée », appliqué par exemple aux Juifs et aux Roms[2]. Le nationalisme ethnique est également présent dans les politiques d'immigration de nombreux États sous la forme de « lois de retour au pays ». L'Allemagne, l'Arménie, les pays baltes, la Bulgarie, la Croatie, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l'Irlande, Israël, l'Italie, la Roumanie, la Russie, la Serbie, la Turquie ou l'Ukraine fournissent, si elle est demandée, leur citoyenneté facilement et rapidement aux membres des diasporas de leur propre groupe ethnique dominant[3]. Les demandeurs doivent souvent prouver qu'ils ont des ancêtres ayant appartenu à ce groupe ou ayant eu la citoyenneté du pays respectif, et parfois qu'ils en comprennent la langue.

Certains pays comme la Bolivie, le Canada, la Chine, l'Inde, Israël, la Nouvelle Zélande, la Roumanie et la Russie reconnaissent en interne aussi bien la nation civique (citoyenneté selon le droit du sol) que la nation ethnique (« nationalité ethnique » selon le droit du sang) : leurs citoyens peuvent donc, s'ils le désirent, se déclarer membres de telle ou telle « nationalité » (en russe Национальность, en chinois 少数民族 shǎoshù mínzú) et en utiliser la langue ou en manifester les traditions dans la vie publique ; en outre, dans certaines régions, ils disposent d'une autonomie territoriale locale (réserves aborigènes, états de l'Inde, collectivités territoriales autonomes de Russie ou de Chine).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gillo Dorflès, Homoglossie, hétéroglossie et le mythe de la foi, Aubier Montaigne, Paris 1966
  2. Safran, William (January 2008). "Language, ethnicity and religion: a complex and persistent linkage." Nations and Nationalism 14(1) 171–190. DOI:10.1111/j.1469-8129.2008.00323.x
  3. Muller, Jerry Z. "Us and Them." Current Issue 501 Mar/Apr 2008 9-14