Essentialisme

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L'essentialisme s'intéresse à l'essence — ce qui fait qu'un être "est ce qu'il est" — par opposition aux contingences, que l'essentialisme nomme accidents, dont l'absence ne remet pas en cause la nature de cet être (voir Ontologie). Ainsi, bien qu'un homme dispose en principe de ses cinq sens, un aveugle ne cesse en rien d'être un homme.

Le terme a des acceptions différentes selon qu'il est utilisé dans le contexte de la biologie, de la sociologie ou de la philosophie.

En biologie (essentialisme contre nominalisme)[modifier | modifier le code]

En biologie, l’essentialisme est une conception selon laquelle les diverses espèces animales et végétales diffèrent entre elles par essence[1], ce qui supposerait des classifications d'origine non humaine dans la nature. La conception opposée, selon lequel les individus et leurs populations préexistent, et les catégories ne sont que des regroupements établis par l’homme pour commodité au sein d'un vaste continuum de formes dans la nature, est le nominalisme,. L'essentialisme a quelque temps été nommé "réalisme" au Moyen-Âge.

De même, l'essentialisme de genre désigne des natures féminine et masculine différentes par essence, ce qui s'oppose au constructionnisme.

L'essentialisme est pratiqué par Aristote, qui fait remarquer dans son Organon que la nature semble stable en espèces : on y trouve, explique-t-il, des juments et des vaches, mais jamais de formes intermédiaires entre les deux.

Les études des hybrides viendront par la suite introduire des considérations plus nuancées : tigrons, zébrânes, etc.

Critiques de l'essentialisme[modifier | modifier le code]

Selon ses détracteurs[Qui ?], l'essentialisme biologique servirait de base idéologique au ségrégationnisme, en considérant des différences établies pour la commodité pratique comme différences de « nature » entre les hommes. En d'autres termes, des repères purement conventionnels seraient confondus avec des différences qualitatives et « naturelles ». Selon les critères retenus pour établir ces discriminations, on parlera alors de sexisme, de racisme, d'homophobie

Dans la pratique, on observe souvent que des classifications paraissant claires vues de loin deviennent moins évidentes quand on s'intéresse à leur détail. Ainsi Konrad Lorenz fait remarquer que dans les cas des mouettes, la notion d'espèce elle-même devient imprécise, deux variétés interfécondes avec une même troisième pouvant ne pas l'être entre elles, mettant à mal la notion de transitivité qui la définit.

En sociologie (essentialisme contre constructionnisme)[modifier | modifier le code]

L'essentialisme désigne en sociologie l'idée selon laquelle hommes et femmes diffèrent (même de façon autre que physique) par essence, c'est-à-dire selon laquelle leur nature (féminine ou masculine) ne détermine pas que leur leur physiologie, mais a une influence sur leurs aptitudes ou goûts personnels. La notion opposée est le constructivisme social, que résume une phrase de Simone de Beauvoir en clin d'oeil à Erasme[2] : « On ne naît pas femme, on le devient »

La position essentialiste en ce domaine estime que l'innéité biologique prévaut dans le comportement d'un individu sur les acquisitions ultérieures qu'il a adoptées ou construites.

Essentialisme et genre[modifier | modifier le code]

Le féminisme essentialiste (ou féminisme différentialiste ) considère qu'il n'y a pas lieu de distinguer sexe et genre, puisque le sexe d'une personne détermine le genre correspondant[3].

La notion américaine de « french feminism » correspond à un mouvement de défense des femmes qui met en avant les qualités et les valeurs traditionnellement attribuées à ce sexe.[réf. nécessaire]

En philosophie (essentialisme contre existentialisme)[modifier | modifier le code]

En philosophie, l’essentialisme est le nom de la conception de l'homme qui s'oppose à l’existentialisme. L'essentialisme philosophique suppose l'existence d'une essence précédant l'existence. Sans nier ni affirmer le libre arbitre éventuel de l'individu, il le rend tributaire de quelques déterminismes dont il ne peut pas commodément s'extraire et qui le définissent donc en partie. L'essentialisme réactualise un débat opposant la nature et la culture plutôt que de jouer sur leur complémentarité : la surface d'un triangle dépend-t-elle de la base "ou" de sa hauteur ? Des deux, répondra le géomètre, et dans des proportions ne dépendant que du triangle particulier considéré.

L'existentialisme distingue entre les objets relevant d'une conception préalable (il existe bien une essence du couteau, qui est d'avoir un manche et une lame pour pouvoir assurer des fonctions de découpe et de prise en main) et celle des objets relevant de constructions causales dans le monde sans idée de finalité. Il n'existe pas dès lors de nature humaine, ce qui est évidemment porteurs de dangers possibles comme le nazisme. La brève conférence de Jean-Paul Sartre L'Existentialisme est un humanisme[4] le mentionne explicitement.

Crédit d'auteurs[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On nomme d'ailleurs précisément essences, dans le langage courant, les diverses variétés végétales
  2. « On ne naît pas homme. On le devient » http://www.franceculture.fr/emission-les-idees-claires-de-daniele-sallenave-l’histoire-d’une-formule-2014-02-07
  3. Naomi Shor Cet essentialisme qui n'(en) est pas un"En termes moins abstraits et plus pratiques, un(e) essentialiste, dans le contexte du féminisme, est celle ou celui qui, au lieu de prendre soin de séparer les pôles du sexe et du genre, situe le féminin [...] au même lieu que l’appartenance au sexe féminin [...]"
  4. http://www.danielmartin.eu/Textes/Existentialisme.htm