Mépris de classe

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Le mépris de classe désigne un ensemble d'attitudes discriminatoires, plus ou moins explicites, déployées par un individu ou un groupe d'individus à l'encontre de personnes associées à une classe sociale jugée comme étant inférieure[1],[2].

Ce rejet peut prendre plusieurs aspects et freiner plus ou moins fortement l'ascension sociale de celui qui en est victime et qui se heurte ainsi à ce qu'on appelle un plafond de verre. Le mépris de classe ne cible ainsi pas uniquement les personnes faisant partie de la classe sociale jugée comme inférieure mais également celles de la classe dominante qui en sont originaires et qui conservent ses codes culturels donnant ainsi naissance aux concepts de nouveau riche, de parvenu ou de transfuge de classe. Il peut provoquer chez la victime un sentiment de honte vis à vis de son origine sociale et représente une des causes majeures du syndrome de l'imposteur.

Définition et représentation[modifier | modifier le code]

Cette forme de discrimination est liée à une certaine représentation qu'une personne se fait d'elle même au sujet de sa place dans le corps social en tant que supérieure en rang à une autre personne, mécaniquement perçue comme de rang inférieur. En ce sens, le mépris de classe est une violence symbolique, concept développé par Pierre Bourdieu dans son ouvrage La Distinction. Critique sociale du jugement[3].

Renaissance de l'ouvriérisme[modifier | modifier le code]

L'identification du mépris de classe, dans certains discours de dirigeants d'entreprises ou de personnalités médiatiques, a eu pour conséquence une renaissance de l'ouvriérisme en France, à laquelle s'était opposée la direction PCF au début du XXIe siècle, malgré les mauvais résultats électoraux à l'époque du secrétaire général Robert Hue[4]. A ses débuts dans les années 1920, le PCF avair suivi le tournant politico-organisationnel du Ve congrès de l'Internationale communiste (IC), en 1924, en soignant « l'élaboration d'une éthique militante ouvriériste », axée sur « une réorganisation autour des cellules, notamment d'usine, la promotion d'une idéologie constituée comme science, le marxisme-léninisme, et la promotion de cadres ouvriers »[5].

Au cours d'une thèse en sociologie sur les usines Cockerill, en Belgique, soumises pendant plus de trente ans à des plans sociaux successifs, Cédric Lomba souligne que les cadres tendent à considérer de façon caricaturale et méprisante les ouvriers qu’ils ont pour mission de diriger, d’envoyer en préretraite ou de déplacer[6]. Pour le politologue Bernard Pudal, « Ces cadres « aux grandes dents », comme le dit un ouvrier, ont tout intérêt à entretenir cette vision uniment négative des ouvriers comme groupe social, interdisant ainsi le trouble qui pourrait résulter d’une compréhension plus réaliste. Tout désir de comprendre minerait leur croyance en la légitimité de leur participation active aux restructurations industrielles. Le mépris et la méprise conditionnent ainsi l’aveuglement socialement nécessaire à leur mission[7].. »

Médias et livres[modifier | modifier le code]

L'expression a été lancée dans le débat public français en 2017 par le journaliste, chroniqueur et écrivain britannique de gauche Owen Jones (écrivain), qui écrit régulièrement des articles pour le quotidien de gauche britannique The Guardian, à l'occasion d'une publication dans le journal français Le Monde diplomatique en 2017 [8]. Selon lui, il fut un temps où « les mineurs, les sidérurgistes ou les cheminots britanniques étaient fiers d’appartenir à la classe ouvrière, avant que l’affaiblissement des syndicats et la précarisation du travail »[8] n'aient affaiblii cette identité sociale, permettant aux médias de se permettre de la « tourner en ridicule »[8]. par Owen Jones

Elle a ensuite été popularisée par Xavier Mathieu, ex-syndicaliste de la CGT devenu acteur, le 5 décembre 2018 sur BFMTV, à l'occasion de l'émission spéciale "Sortir de la crise", consacrée au mouvement des gilets jaunes, en affirmant, au moment où la parole lui est retirée pour la passer au patron de presse Nicolas Beytout, que des huit intervenants sur le plateau, il est « le seul à avoir vécu ce que ces gens vivent », tandis que la journaliste se défend en assurant n'avoir « de mépris de classe pour personne »[9],[10] même si la rédaction de Paris Match Belgique estime alors que la journaliste s'est alors fait « recadrer » par Xavier Mathieu[10].

Ex-élu de la CGT de l'usine Continental de Clairoix, ce dernier avait pris la tête du combat contre la fermeture, annoncée le dans le cadre d'une délocalisation[11], et avait été poursuivi pour faits de dégradation dans la sous-préfecture de Compiègne[12]. Le réalisateur Cédric Klapisch l'avait ensuite repéré dans un débat de l'émission de télévision Mots croisés et fait tourner en 2010, dans un rôle de syndicaliste, dans son film Ma part du gâteau. La même année, il avait fait ses débuts au théâtre avec la Compagnie Jolie Môme et joué dans Inflammable, une pièce de Thierry Gatinet, au Théâtre de La Belle Étoile à Saint-Denis puis en 2012 joué aux côtés de Zazie dans le court métrage Avec mon p'tit bouquet de Stéphane Mercurio, dans le cadre de La collection donne de la voi(e)x sur Canal+[13], puis aux côtés de Jacques Gamblin, Alexandra Lamy et Fabien Hérault dans De toutes nos forces (initialement intitulé L'Épreuve d'une vie), film de Nils Tavernier sorti en 2014. Parmi ses autres "Longs métrages", en 2015 Une famille à louer de Jean-Pierre Améris et La Loi du marché de Stéphane Brizé puis en 2016 : Saint Amour de Benoît Delépine et Gustave Kervern et Fleur de tonnerre de Stéphanie Pillonca-Kervern ou encore en 2017 Patients de Mehdi Idir et Grand Corps Malade et en 2018 I Feel Good de Benoît Delépine et Gustave Kervern ou en 2019 : L'Horizon d'Émilie Carpentier

Les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot en ont fait le titre d'un livre consacré au « mépris de classe dans la politique d'Emmanuel Macron », publié en 2019 [14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Beaud, S. & Pialoux, M. (2006). 4. Racisme ouvrier ou mépris de classe ? Retour sur une enquête de terrain. Dans : Éric Fassin éd., De la question sociale à la question raciale : Représenter la société française (pp. 72-90). Paris: La Découverte.
  2. Owen Jones, « Rien n’empêche le mépris de classe », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. Pierre Bourdieu, La Distinction, Critique sociale du jugement, 1979.
  4. "François Asensi: «Pas de retour à l'ouvriérisme»", par Pascal Virot, le 23 mars 2001 dans Libération [1]
  5. "Ouvriérisme et posture scolaire au PCF. La constitution des écoles élémentaires (1925-1936)", par Yasmine Siblot, dans Politix, revue des sciences sociales du politiqueen 2002 [2]
  6. Cédric Lomba, L'incertitude stratégique au quotidien : trajectoire d'entreprise et pratiques de travail : le cas de l'entreprise sidérurgique Cockerill Sambre, 1970-1998, Paris, EHESS, 2001.
  7. Bernard Pudal, « Une philosophie du mépris », sur Le Monde diplomatique,
  8. a b et c "Rien n’empêche le mépris de classe" par Owen Jones (écrivain) [3]
  9. "Énorme clash entre Ruth Elkrief et Xavier Mathieu dans "Sortir de la crise"" le 05/12/2018, par la rédaction du Huffigton Post [4]
  10. a et b "Gilets jaunes : Le « mépris de classe » de Ruth Elkrief envers Xavier Mathieu", par la rédaction de Paris Match Belgique, le 6 décembre 2018 [5]
  11. « A Continental Clairoix, une «délocalisation rampante» », Libération,‎ (lire en ligne)
  12. Audrey Garric, « Un homme en colère », Libération,‎ (lire en ligne)
  13. Avec mon p'tit bouquet sur mille-et-une-films.fr
  14. "Le président des ultra-riches. Chronique du mépris de classe dans la politique d'Emmanuel Macron" par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot aux Editions La Découverte en· 2019 [6]

Articles connexes[modifier | modifier le code]