Nationalisme sicilien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Sicile

Le nationalisme sicilien est constitué de différents mouvements présents aussi bien dans la région autonome de Sicile, que dans la diaspora sicilienne, recherchant une plus grande autonomie ou même l'indépendance[1] de la région, et promouvant la défense de l'héritage, des traditions, de la culture et de la langue sicilienne[2],[3].

Différents mouvements autonomistes et séparatistes de Sicile ont reçu un soutien provenant de la gauche, de la droite et du centre[4]. Historiquement, le parti sicilien le plus notablement connu pour son programme nationaliste fut le séparatiste Mouvement pour l'indépendance de la Sicile (MIS), qui eut quatre sièges au Sénat et neuf sièges à la Chambre des députés à son apogée dans la seconde moitié des années 1940[5]. À l'époque contemporaine, le parti sicilianiste le plus important a été le Parti des Siciliens (en)[6], autonomiste et membre de la grande coalition Mouvement pour les autonomies, qui gouverna la Sicile sous la présidence de Raffaele Lombardo de 2008 à 2012[7].

Idéologie[modifier | modifier le code]

L'indépendantisme sicilien se base sur le principe selon lequel la Sicile est une nation qui possède sa propre histoire, sa propre culture et sa propre langue, et sur l'affirmation du fait que la Sicile ne pourra pas retrouver son plein développement culturel, social et économique tant qu'elle continuera à faire partie du système étatique italien ou qu'elle n'aura pas sa propre architecture étatique indépendante, responsable et autonome. Une autre pierre angulaire pour un tel courant politique est sa totale aversion pour l'association délinquante Cosa Nostra ou pour n'importe quelle autre organisation de nature mafieuse[8],[9],[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Sicile.

Antécédents[modifier | modifier le code]

Bien que l'idée d'indépendance, dans le sens moderne du terme, soit née seulement avec le Romantisme, accompagnée du concept d'État-nation, les idées d'émancipation de l'île sicilienne furent nombreuses auparavant. Il est possible de noter, parmi les exemples, la révoltes des Sicules avec Doukétios, ou pendant la période romaine, celle des esclaves avec Eunus.

Les Vêpres[modifier | modifier le code]

Les Vêpres siciliennes sont considérées comme les progénitrices du nationalisme moderne. Ce fut en fait un mouvement de séparation des étrangers de l'époque, les français angevins.

Les révoltes contre les vice-rois[modifier | modifier le code]

À la fin de son indépendance comme royaume (première moitié du Quinzième siècle), la Sicile se retrouve réduite au rang de vice-royaume espagnol, ce qui entraînera un profond déclin économique et une détresse générale de la population qui vivait dans la misère. Les révoltes anti-espagnoles de Messine de 1647 et 1648, qui s'étendirent à toute l'île, furent menées par deux personnalités : Giuseppe D'Alesi (it) et Nino La Pelosa, qui cherchèrent à chasser les vice-rois (beaucoup de ces derniers étaient d'ailleurs des nobles siciliens), pour instaurer une république indépendante, mais celle-ci durera seulement pendant une brève période. Il faut aussi noter la Révolte anti-espagnole de Messine (it), entre 1674 et 1678, au cours de laquelle la cité du Détroit se souleva contre la domination espagnole. Messine ambitionnait à devenir une république oligarchique et mercantile à l'instar de la République de Gênes et de la République de Venise. La révolte fut réprimée dans le sang et la cité rebelle fut déclarée "morte civilement".

Le séparatisme de Di Blasi[modifier | modifier le code]

Francesco Paolo Di Blasi (it) peut, à l'égal de Giuseppe D'Alesi (it) et de Nino La Pelosa, être considéré comme un séparatiste républicain. Le martyr de Palerme fonda une Académie de langue sicilenne pour réhabiliter la langue de l'île et pour instaurer une sorte d'identité sicilienne même dans les classes sociales les plus basses. Di Blasi, fasciné par les doctrines de la Révolution française, cherchera par tous les moyens à fonder une république sicilienne, mais découvert, il sera décapité en 1795.

XIXe siècle et révoltes contre les Bourbons[modifier | modifier le code]

Jusqu'à 1814, le Royaume de Sicile avait maintenu ses propres institutions symbolisées par le Parlement sicilien, malgré l'union personnelle avec le Royaume de Naples ; le Roi des Deux-Siciles attachait néanmoins une plus grande attention à la partie continentale de son royaume, provoquant un grave mécontentement au sein du peuple sicilien. En 1806, le Roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles, fuyant Naples occupé par Napoléon Ier, se réfugie en Sicile, où il reçut avec les honneurs : les Siciliens demandent à voix haute une Constitution qui puisse garantir la stabilité de l'État et une meilleure application du droit. Poussé également par les intérêts économiques des Britanniques sur l'île, Ferdinand concède la Constitution sicilienne de 1812 (it), de claire inspiration anglaise, qui deviendra vite un exemple de libéralité pour l'époque. En 1814 cependant, à la suite du Congrès de Vienne, le Roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles accomplit un véritable coup d'état : il réunit le Royaume de Sicile et le Royaume de Naples sous une seule Couronne, celle du nouveau-né Royaume des Deux-Siciles, éliminant le Parlement sicilien qu'il déclare de facto déchu. La monarchie des Bourbons accomplit sa restauration sans rétablir l'union des Royaumes de Naples et de Sicile dans leurs statuts antérieurs à 1789, et fait un bond en arrière de cinq siècles et demi en restaurant en quelque sorte le Royaume de Charles Ier de Sicile[11]. L'acte fut perçu par la classe politique sicilienne comme un affront, La Sicile ayant formé pendant au moins 700 ans un royaume indépendant dans tous les sens du terme. Quasi immédiatement commença une campagne anti-bourbons, accompagnée d'une propagande en faveur de l'identité sicilienne (it), menée principalement par l'élite de Palerme. Cela déboucha en 1820 à la Révolte de Palerme, qui amena à la mise en place d'un gouvernement provisoire, ouvertement séparatiste. Toutefois, le manque de coordination des forces des diverses cités siciliennes entraîna l'affaiblissement du gouvernement provisoire (Messine et Catane s'opposèrent à la volonté de Palerme de gouverner l'île), qui bien vite chuta sous les coups de la répression des Bourbons. Le patriote carbonaro Gaetano Abela en fut une des victimes éminentes. L'échec de cette première révolution ne découragea pas les forces politiques sicilianistes, qui réessayèrent environ 20 ans plus tard.

La révolution de 1848[modifier | modifier le code]

Impression allégorique qui montre l'expulsion des troupes napolitaines de la Sicile au début de l'insurrection
Article détaillé : Révolution sicilienne (1848).

En juillet 1848, après une crise économique prolongée, à Palerme, à la Chiazza dâ Feravecchia, débuta une nouvelle révolution indépendantiste, dirigée par Giuseppe La Masa. Après des échanges meurtriers, La Masa, commandant l'armée populaire, réussit à chasser la lieutenance générale et une grande partie de l'armée des Bourbons de la Sicile, et constitua un « comité général révolutionnaire » au début du mois de février. Le comité général institua un gouvernement provisoire à Palerme ; au milieu de l'enthousiasme général et dans un climat d'optimisme, Ruggero Settimo, un libéral modéré appartenant à la noblesse sicilienne, fut nommé président. le , le parlement sicilien complèta l'indépendance par une nouvelle délibération dans laquelle il affirma que :

  1. Ferdinand de Bourbon et sa dynastie sont pour toujours déchu du Trône de Sicile.
  2. La Sicile sera dirigée par un Gouvernement Constitutionnel, et appellera au Trône un prince italien après avoir réformé son Statut[12].

Le séparatisme de Finocchiaro Aprile et de Canepa[modifier | modifier le code]

L'indépendentisme sicilien traverse une autre période de lustre entre 1943 et 1950 environ, avec la naissance du Mouvement pour l'indépendance de la Sicile. Le , à l'occasion de la chute de Pantelleria, est diffusé une proclamation séparatiste par le Comité d'action provisoire qui se transforme dans les semaines suivantes en Comité pour l'indépendance sicilienne. Après le Débarquement allié en Sicile, le mouvement séparatiste se renforce ultérieurement en élargissant sa base auprès des masses. La fin du fascisme se liait à l'imminente dissolution de l'Unité italienne. Le principal promoteur de l'initiative est Andrea Finocchiaro Aprile (it), considéré comme le père du séparatisme sicilien contemporain. Les points principaux de son programme sont : autodétermination et république indépendante de Sicile. Une autre grande figure éminente est celle d'Antonio Canepa (it), de tendance socialiste révolutionnaire, professeur à l'Université royale de Catane, et aussi antifasciste, partisan et agent des services secrets britanniques. Canepa est le fondateur de l'EVIS (it) (en italien Esercito volontario per l'indipendenza della Sicilia ou Armée volontaire pour l'indépendance de la Sicile) qui commence sa propre activité en février 1945 en riposte à la restitution par les Alliés de la Sicile au gouvernement italien[13]. La naissance d'une telle organisation, dont l'existence n'est pas publiquement appuyée par le MIS (elle est ainsi refusée par certains de ses dirigeants comme Antonio Varvaro (it), lui aussi de gauche), est motivée par la nécessité d'une riposte à la croissante « répression coloniale italienne ». Le même Canepa (it) est tué avec deux jeunes militants Rosano et Lo Giudice, aux alentours de Randazzo après un échange de tirs avec les Carabiniers, le matin du , dans des circonstances non encore éclaircies. Après la mort de Mario Turri (nom de guerre de Canepa (it)), les rangs de l'armée - renfloués par des mafieux connus comme Salvatore Giuliano et Rosario Avila - passent sous le commandement de Concetto Gallo (it)[14]. L'action des bandes armées met durement à l'épreuve les forces de l'ordre par des assauts sur les convois, les camionettes, les casernes et les gares, provoquant un nombre élevé de victimes. Le Gouvernement répond par l'envoi de la Division Aoste (it) - en appui à la Sabauda (it) - et de la Brigade Garibaldi. La principale rencontre armée a lieu à San Mauro (it) de Caltagirone, le . Les troupes italiennes réussissent à prendre le dessus sur les forces adverses et arrêtent Concetto Gallo (it). Les dernières opérations de grande envergure redimensionnent l'Evis et permettent à l'État d'engager les pourparlers avec les séparatistes qui conduisent à l'Autonomie spéciale (it) en 1946. Le MIS continuera à survivre, quoique désormais vidé de ses contenus[15].

Organisation actuelle[modifier | modifier le code]

Diverses organisation et partis se réfèrent à ce courant politique comme le Front national sicilien, d'inspiration socialiste et progressiste (fondé en 1964), ou le Mouvement pour l'indépendance de la Sicile, constitué officiellement en 2004, qui a expressément repris l'idéologie du MIS (en sachant qu'il n'y a jamais eu de dissolution formelle)

De manière générale, ces groupes visent à l'indépendance par voie pacifique et démocratique, évoquant le droit à l'autodétermination de la Sicile. Cependant, de telles propositions sont pour l'instant éloignées des aspirations populaires comme en témoignent les Élections régionales de 2006 en Sicile (it) ou les Élections générales italiennes de 2008, et il faut souligner que beaucoup de partis n'aspirent pas à une véritable indépendance, mais plutôt une forte autonomie de la Sicile.

Soutien politique[modifier | modifier le code]

Après les élections régionales de 2012, la coalition sicilianiste la plus importante[16],[17], dirigée par Gianfranco Micciché[18], obtient seulement 19,98 % des voix, et ne fait plus partie de la coalition de gouvernement. Elle fait maintenant partie de l'opposition au sein de l'Assemblée régionale sicilienne[19].

soutien électoral en 2006[modifier | modifier le code]

Parti Voix Pourcentage Sièges
Mouvement pour les autonomies - Nouvelle Sicile (it) 308,219 12.52 % 10
Alliance sicilienne (en) 59,380 2.41 % 0
Chrétiens Démocrates pour l'autonomie 6,530 0.26 % 0
TOTAL:[20] 374,129 15.19 % 10

soutien électoral en 2008[modifier | modifier le code]

Parti Voix Pourcentage Sièges
Mouvement pour les autonomies - Alliés pour le Sud 375,587 13.94 % 15
Sicile forte et libre 119,892 4.45 % 0
Démocrates autonomistes (en) 101,449 3.76 % 0
TOTAL:[21] 596,928 22.15 % 15

soutien électoral en 2012[modifier | modifier le code]

Parti Voix Pourcentage Sièges
Parti des Siciliens (en) - Mouvement pour les autonomies 182,737 9.53 % 7
Force du Sud - Grande Sud 115,444 6.02 % 3
Peuple des fourches - Front national sicilien 23,965 1.25 % 0
Révolution sicilienne 22,422 1.17 % 0
TOTAL:[22] 344,568 17.97 % 10

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Francesco Renda, Storia della Sicilia dalle origini ai giorni nostri - Vol.II Da Federico III a Garibaldi, Palermo, Sellerio Editore, 2003. (ISBN 88-389-1914-3)
  • (it) Antonello Battaglia, Sicilia contesa. Separatismo, guerra e mafia, Rome, Salerno,

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (it) SICILIA INDIPENDENTE: il programma politico
  2. (it) Sicilia VERA: Malarazza Politica
  3. (it) Partito dei Siciliani: il programma politico
  4. (it) Google Books: Muvumentu Nnipinnenti Sicilianu (Mouvement indépendantiste sicilien)
  5. (en) Google Books: Travel Sicily, Italy: Illustrated Guide, Phrasebook & Maps
  6. PPartitu dî Siciliani: lu mpegnu pulìticu
  7. Repubblica.it - Palermo: Risultato record per Lombardo Presidente della Regione Siciliana
  8. (it) [1]
  9. (it) Politiche 2013 - Programma del MIS - Scomunicando
  10. (it) [2]
  11. (it) Francesco Renda, Storia della Sicilia dalle origini ai giorni nostri - Vol.II Da Federico III a Garibaldi, Palermo, Sellerio Editore, 2003. (ISBN 88-389-1914-3) pag. 783
  12. (it) Decreti in Collezione di Leggi e Decreti Del General Parlamento di Sicilia nel 1848 Anno 1° della Rigenerazione, Palermo, Stamperia Pagano-Via Macqueda laterale S. Orsola, n. 321-322, 1848
  13. (it) Antonello Battaglia, « La fine del conflitto e la parabola del separatismo siciliano », dans L’Italia 1945-1955, la ricostruzione del paese e le Forze Armate, p. 432-433
  14. (it) Antonello Battaglia, Sicilia contesa. Separatismo, guerra e mafia, Rome, Salerno,
  15. (it) Antonello Battaglia, « Il Separatismo siciliano nei documenti dello SME e del SIM », dans Le operazioni interforze e multinazionali nella storia militare, p. 858-874
  16. (it) Repubblica.it - Palermo: Sicilia: Micciche', coalizione sicilianista contro partiti nazionali
  17. LiveSicilia: "Sicilianisti" corteggiati per vincere al Senato
  18. (it) Affaritaliani.it: Sicilia / Micciché molla Musumeci
  19. Regione Siciliana: Dati Elezioni 2012
  20. http://www.regione.sicilia.it/risultati_elezioni_2006/rep_7/riepilogoRegionale.html
  21. http://www.elezioni.regione.sicilia.it/regionali2008/rep_7/riepilogoRegionale.html
  22. http://www.elezioni.regione.sicilia.it//rep_7/riepilogoRegionale.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Nationalisme sicilien.

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]