Biphobie

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Joseph Lelyveld, Prix Pulitzer, publie en 2011 une biographie suggérant que Gandhi ait été bisexuel, mettant en avant les passages aux tonalités amoureuses de certaines de ses lettres adressées à un autre homme, Hermann Kallenbach[1]. Ces révélations ont causé un scandale en Inde, certains politiques allant jusqu'à réclamer l'interdiction du livre[2].

La biphobie[note 1], est le fait d'entretenir une attitude de peur, de se rendre coupable de discrimination, de concevoir des préjugés ou d'entretenir une haine des bisexuels, des pansexuels, des omnisexuels ou des non-monosexuels; sous sa forme la plus extrême, elle consiste à nier que des personnes puissent être réellement bisexuelles. La biphobie se rencontre indifféremment dans les communautés hétérosexuelles ou homosexuelles[3].

Existence de la bisexualité[modifier | modifier le code]

La position la plus radicale consiste à considérer que la bisexualité n'existe pas[3],[4],[5],[6], c'est-à-dire considérer qu'on ne peut être qu'hétérosexuel ou homosexuel. La revendication de personnes à se définir comme bisexuelles est alors considérée comme un phénomène de mode[7],[8]. D'après des études américaines et françaises, près de 15 % des personnes estiment que la bisexualité est une orientation sexuelle « non légitime[9]. »

L'orientation sexuelle « véritable » est alors censée être l'homosexualité, que l'individu bisexuel est supposé refouler ou ne pas assumer ouvertement[10].

La définition élargie de la biphobie conduit à des controverses au sein de la communauté LGBT, certains récusant par exemple le concept d'« homosexualité de circonstance », qui se manifeste en l'absence de partenaire de sexe opposé, par exemple en milieu carcéral. Ils l'accusent de renforcer l'homophobie et la biphobie en autorisant les personnes ayant eu des rapports sexuels dans un environnement monosexué à continuer à se définir comme hétérosexuels[11].

Préjugés généraux[modifier | modifier le code]

Considérer qu'un couple de personnes de sexe différent, comme de personnes de même sexe, ne puisse être respectivement composé que de personnes hétérosexuelles ou homosexuelles est l'une des manifestations les plus courantes de biphobie[3],[12],[13],[14].

Parmi les exemples de biphobie se trouvent les conceptions selon lesquelles les bisexuels sont autant attirés par les hommes que par les femmes, ou qu'un couple de personne de même sexe est composé de personnes homosexuelles, et qu'un couple de personnes de sexes différents est constitué de personnes hétérosexuelles[12].

Le cliché du bisexuel est celui d'une personne paillarde, pratiquant la polygamie, l'échangisme, étant par nature instable et portée sur l'infidélité[15]. Parfois, les bisexuels sont accusés de répandre les maladies sexuellement transmissibles, notamment le SIDA[3].

Une étude faite en 2002 prétend que les hommes s'identifiant en tant que bisexuels ne réagissent pas de la même manière face au matériel pornographique ne comprenant que des hommes qu'au même type de matériel ne comprenant que des femmes. Ils s'excitaient quatre fois plus devant l'un ou l'autre. Cependant, la bisexualité n'implique pas une attirance égale pour les deux sexes[16],[17]. L'étude, et l'article du New York Times qui en parla en 2005[18], furent dénoncés comme défectueux et biphobes[19]. Lynn Conway critiqua l'auteur de l'étude, J. Michael Bailey, citant son protocole controversé et montrant que l'étude n'a pas été scientifiquement répétée ni confirmée par des chercheurs indépendants[20].

Cette étude de 2002 est contredite par une seconde dirigée par le même Bailey. Cette seconde étude elle aussi basée sur l'observation des réactions biologiques des sujets masculins face à des stimulis sexuels, met en évidence une spécificité des bisexuels observés par rapport aux hommes hétérosexuels et homosexuels sujets de cette même étude, et conclut sur l'impossibilité de choisir entre le résultat des deux études[21].

La bisexualité des femmes est souvent associée dans les médias à l'hypersexualité, que ce soit en soulignant l'attractivité des personnes dans les articles rapportant leurs coming-out ou en célébrant la journée de la bisexualité par des « listes des bisexuelles les plus sexy[E 1]. »

« Double discrimination »[modifier | modifier le code]

La bisexualité peut être à la fois dénigrée par les communautés homosexuelles et hétérosexuelles[3]. Par exemple, une personne bisexuelle en couple avec un homme ou une femme peut être suspectée de vouloir quitter la présente relation pour aller avec quelqu'un de « l'autre sexe »[3]. Une des raisons de la biphobie chez les homosexuels peut être la conscience de leurs propres attirances hétérosexuelles, et donc la nécessité de faire un nouveau et difficile « coming-out », bisexuel, cette fois[3].

Parmi les homosexuels biphobes, la critique est que les bisexuels maintiennent leurs « privilèges » au sein de la communauté hétérosexuelle en collaborant avec elle, tandis qu'ils profitent également du mode de vie LGBT[6]. Cette critique s'applique à la personne bisexuelle en couple hétérosexuel, n'ayant donc pas à subir l'homophobie au quotidien et pouvant se marier et avoir des enfants facilement, mais ayant des aventures homosexuelles cachées.

De même, des homosexuels craignent d'être en couple avec un(e) bisexuel(le) car ils jugent qu'une personne bisexuelle, ayant la possibilité de vivre avec les avantages sociaux de l'hétérosexualité, ainsi que de pouvoir physiquement concevoir avec un partenaire amoureux du sexe opposé, fera en bout de compte ce choix.

Selon la définition élargie de la biphobie, qui comprend l'occultation de la bisexualité, une partie des bisexuels eux-mêmes seraient biphobes, puisque deux études de 1992 et 1996 montrent que l'identité perçue ne concorde pas toujours avec le comportement sexuel, avec respectivement 31,4 % et 38 % seulement des personnes des échantillons étudiés de pratiquants bisexuels se considérant eux-mêmes comme bisexuels[22].

Étude sur la biphobie[modifier | modifier le code]

En 2013, pour la première fois en France, l'association SOS Homophobie publie dans son rapport annuel une rubrique sur la biphobie avec des statistiques issues des signalements reçus[23].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Biphobie est un mot-valise formé sur le modèle de homophobie (voir (en) Claude J. Summers, « BiNet USA », glbtq.com - An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Eisner 2013, p. 158-174
  • Autres références
  1. (en) Mandakini Gahlot, Letters suggest Gandhi was bisexual: Pulitzer Prize author, The Indian Express, 2011
  2. (en) Corey Flintoff, Gandhi Biography Causes Furor In India, National Public Radio, 4 avril 2011
  3. a, b, c, d, e, f et g (en) Meg Barker, Christina Richards, Rebecca Jones, Helen Bowes-Catton, Tracey Plowman, Jen Yockney et Marcus Morgan, The Bisexuality report : Bisexual inclusion in the LGBT equality and diversity, Centre for Citizenship, Identities and Governance and Faculty of Health and Social Care
  4. (en) Dworkin, SH; Treating the bisexual client; Journal of Clinical Psychology 57 (5): 671-80, 2001. PMID 11304706
  5. (en) Robyn Ochs, Biphobia: It Goes More Than Two Ways
  6. a et b (en) Gerald P. Mallon, Social Work Practice with Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender People, p. 75
  7. Voir notamment sur le site de Radio-Canada, traitant de la bisexualité féminine, lequel commence par s'interroger sur ce sujet
  8. To be bi, or not to bi, Le Figaro Madame
  9. (en) Marine Le Breton, « La bisexualité, plutôt bien acceptée mais pas toujours bien comprise », The Huffington Post, 7 novembre 2013
  10. (en) Weiss, Jillian T., GL vs. BT: The Archaeology of Biphobia and Transphobia Within the U.S. Gay and Lesbian Community, Journal of Bisexuality (Haworth Press 2004)
  11. (en) Tina ianoulis Situational Homosexuality, glbtq.com (An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture)
  12. a et b (en) Brett Genny Beemyn, « Bisexuality », sur glbtq.com (An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture) (consulté le 5 mars 2013)
  13. (en) Yoshino, Kenji (2000), The Epistemic Contract of Bisexual Erasure. Stanford Law Review, 52 (2)
  14. (en) San Francisco Human Rights Commission, « Bisexual Invisibility: Impacts and Recommendations », p. 8
  15. (en) Eliason MJ (1997) The prevalence and nature of biphobia in heterosexual undergraduate students; Archives of Sexual Behavior 26 (3): 317-26. PMID 9146816
  16. (en) Fred Klein, The Bisexual Option, p. 20
  17. (en) Sex and Society: Abstinence - Gender identity, Marshall Cavendish Corporation, 2009, p. 100
  18. (en) Straight, Gay or Lying? Bisexuality Revisited New York Times, July 5, 2005
  19. (en)Dawn Wolfe Gutterman « Bisexual study, New York Times article cause furor », Pride source, 14 juillet 2005
  20. (en) http://ai.eecs.umich.edu/people/conway/TS/Bailey/Bisexuality/Bisexuality-NYT%207-05-05.html
  21. (en)Rosenthal, Silva, Safron et Bailey, « Sexual arousal patterns of bisexual men revisited » Université Northwestern, 2011
  22. Gaston Gobin, Joseph Josy Lévy, Germain Trottier, « Vulnérabilités et Prévention VIH/SIDA : Enjeux Contemporains », Presses Université Laval, 2002, (ISBN 9782763779201) p. 144
  23. Rapport sur l'homophobie 2013, SOS Homophobie

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]