Chasse aux sorcières

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Un résumé de 1533 relatant l’exécution d’une sorcière accusée d’avoir brûlé la ville de Schiltach en 1531.

La chasse aux sorcières est la poursuite, la persécution et la condamnation de personnes accusées de pratiquer la sorcellerie. Elle se rencontre à toutes les époques et dans toutes les civilisations.

En Europe, ce mouvement débute dans les années 1430 dans l'arc alpin et connaît son apogée des années 1560-1580 aux années 1620-1630 jusqu'à sa remise en cause progressive par le christianisme, puis par la culture scientifique et technologique.

Sommaire

Contexte[modifier | modifier le code]

Sorcières cuisinant des enfants - tiré du Compedium maleficarum de Francesco Maria Guazzo, 1608.jpg
Sorcières jetant un maléfice, tiré du Compendium maleficarum

La croyance à la sorcellerie ne peut se comprendre qu'en se replongeant dans les mentalités anciennes. Dans ce contexte culturel, la nature est peuplée de forces surnaturelles. Un humain peut, par divers procédés (invocations, rituels), les mettre temporairement à son service pour faire le bien ou le mal. Dans ce dernier cas, le sorcier supposé est perçu comme n'importe quel criminel, donc poursuivi et condamné comme tel. Le plus souvent, il ne s'agit pas d'un procès devant un tribunal, mais simplement d'une vengeance collective, d'un lynchage populaire. Dans l'Europe païenne de jadis, comme dans le Moyen Âge chrétien, il suffit parfois qu'une personne tombe malade, qu'une grange brûle ou qu'une vache meure sans cause apparente, pour que la communauté villageoise désigne un coupable que son comportement ou sa marginalité a rendu suspect — souvent un berger (qui vit à l'écart), ou le meunier ; parfois une vieille femme solitaire. On le violente, on le soumet à une « ordalie », on le tue sommairement par bastonnade, noyade ou pendaison — rarement par le bûcher —[1].

Cette chasse aux sorcières fait parfois intervenir la justice criminelle. Placée devant de tels débordements de « justice populaire », les autorités ont toujours le réflexe de les contrôler. En fonction des rapports de force (existence ou non d'un état central puissant…), soit elles ont fait la "part du feu" (c'est le cas de le dire), soit elles ont réprimé la chasse aux sorciers[2]. La véritable épidémie de chasse aux sorcières qui a touché certaines régions d'Europe du Nord (Allemagne, Angleterre, Danemark, France notamment) à la Renaissance n'a pratiquement pas touché les états catholiques d'Espagne et d'Italie. L'inquisition s'occupait de pourchasser l'hérésie, c'est-à-dire l'erreur en matière de doctrine religieuse, mais ne s'intéressait guère à la sorcellerie qui relevait, soit des tribunaux civils, soit de l'évangélisation par le prêche. On a pu dire que, plus on était près de Rome, moins il y avait de bûchers.

Le contexte économique est lui aussi important pour comprendre le phénomène. La période de la chasse aux sorcières coincide avec le développement du mouvement des enclosures qui suscite une forte réaction des populations pauvres paysannes. La perte de leur autonomie par la suppression des communaux entraîne une forte résistance notamment des femmes qui survivent grâce à ces communaux[3]. On peut donc interpréter la chasse aux sorcières comme l'éradication de mouvements de rébellion féminins[4] face aux violences du régime féodal pour répondre aux nouvelles normes sociétales, et aux efforts d'éradication des anciens rites païens[5],[6],[7].

Le christianisme a généralement estimé qu'il s'agissait d'une superstition païenne, car dans sa doctrine aucun être humain n'a le pouvoir de commander aux démons. D'où l'interdiction de la répression de la sorcellerie par l’Église catholique[8]. L'Église a changé d'avis sur ce point à la fin du Moyen Âge, avant de revenir à sa doctrine initiale. En conjonction avec l'évolution des juristes, ce mouvement aboutit au début du XVIIe siècle à faire interdire par le Parlement de Paris toute forme de répression de la sorcellerie.

Des chasses aux sorciers ont eu lieu en Europe avec des hauts et des bas jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, principalement entre 1580 et 1630, faisant au total à travers les siècles un nombre considérable de victimes, qui reste cependant très difficile à estimer puisqu'on a peu de traces écrites des lynchages spontanés. Certains historiens l'évaluent entre 40 000 et 100 000. Ce qui représente en moyenne quelques individus par an, dans un pays comme la France, avec des flambées temporaires en Lorraine ou dans le Bordelais vers 1600.

La dernière sorcière à être condamnée en Europe fut Anna Göldin, en 1782 dans le canton protestant de Glaris, Suisse[9]. Cette pratique a encore lieu dans certains pays d'Afrique et du Moyen-Orient appliquant la Charia qui interdit la sorcellerie, la magie noire, ou la prédiction de l'avenir, pratiques considérées comme polythéistes.

Si, historiquement, ce sont bien de prétendues pratiques magiques qui étaient visées, l'expression « chasse aux sorcières », dans son acception contemporaine, a adopté un sens plus figuré. Elle est utilisée aujourd’hui pour désigner la persécution de personnes au sein d’une société à cause de leurs opinions ou de leur appartenance à un groupe. L'exemple le plus connu de cet emploi actuel vise le maccarthysme aux États-Unis, pour dénoncer la croisade anticommuniste du sénateur américain MacCarthy. L'expression « chasse aux sorcières » a ici une valeur polémique : on fait référence à un danger imaginaire (les sorcières) et à une peur irrationnelle, pour dénoncer la lutte contre la propagande et l'espionnage soviétiques, qui eux étaient bien réels.

Historique[modifier | modifier le code]

Définitions[modifier | modifier le code]

La période de la chasse aux sorcières, initiée aux XVIe et XVIIe siècles en Europe débute par une série de procès dans le Valais, connait une période particulièrement vive au XVe siècle et se termine vers les années 1680. Elle s’accomplit dans le contexte d’une culture dominée par la peur et poussée à la délation, entraînant des exécutions principalement basées sur des ouï-dire, des tortures inhumaines et sans preuves directes[10].

La chasse aux sorcières est une thématique souvent explorée par les historiens modernistes et médiévistes. Cependant, il est important de définir la notion même de sorcellerie et de sorcière, car elle n’est pas à confondre avec l’hérésie malgré leurs points communs.

Selon Maxime Perbellini, le mot « sorcières » apparait en français pour la première fois dans le Roman d'Énéas[11]. C'est dans cette œuvre littéraire que « la femme aux pouvoirs occultes et surnaturels se dédouble sous la figure de la Sybille et celle de la sorcière[12]. »

Richard Kierckhefer définit le mot sorcery, en distinction avec beneficient magic, comme une magie malfaisante à but nuisible, c’est-à-dire causant une variété de maux tels que maladies, mort, pauvreté, dommages matériels, ou encore désastres surnaturels[13].

Néanmoins, comme l’explique Jean-Patrice Boudet, la notion même de magie « blanche » ou « noire » est anachronique pour la période du Moyen Âge, la magie elle-même était plutôt un outil aidant à accomplir le bien comme le mal[14]. Toutefois, une certaine distinction est faite entre certaines pratiques jugées collectivement comme nocives et malsaines et d’autres pratiques dont les qualités bénéfiques sont en grande partie reconnues, telles que les remèdes de gens informés au sujet des plantes à propriétés magiques[15].

Il existait deux sortes de personnes se livrant à la pratique de la magie : les magiciens lettrés, appelés nigromanciens[16] ou invocateurs de démons, et les sorciers ou sorcières[15].

À la différence du magicien lettré, généralement instruit et en possession de grimoires et/ou autres livres magiques, les sorcières et sorciers sont issus de milieux populaires, ne savent usuellement pas lire ni écrire, sont instruit oralement par un proche et servent de guérisseurs et envoûteurs dans leurs communautés.

Origines et genèse médiévale[modifier | modifier le code]

Malleus Maleficarum, début de la bulle d'Innocent VIII. Wellcome M0013811
Malleus maleficarum (ed. II) - pars secunda
Déesse Frigga chevauchant son balai, d’après une fresque du XIIe siècle de la cathédrale de Schleswig

Selon Boudet, le véritable point de départ de la chasse aux sorcières peut être retracé jusqu'au XIIIe siècle. En 1233, le pape Grégoire IX, à la demande de son inquisiteur exerçant en Allemagne Conrad de Marbourg, édicte la première bulle de l’histoire contre la sorcellerie, la Vox in Rama en y décrivant le sabbat des sorciers et leur culte du diable[17]. Dans les années 1260, le pape Alexandre IV ordonne aux inquisiteurs de s’intéresser aux « sortilèges et divinations ayant saveur d’hérésie »[18] autant qu’aux hérétiques qu’ils poursuivaient déjà[19]. Ces décisions font de la sorcellerie un important crime contre la foi. La base idéologique de la proscription de la sorcellerie se met alors en place.

Le premier procès en sorcellerie à Paris est celui de Jeanne de Brigue le  : jugée par le Parlement, elle est brûlée vive le .

Au début du XIVe siècle, le nombre de procès pour sorcellerie est encore faible en Europe[20]. Un certain nombre de ces procès touchent des membres importants du clergé et font souvent partie de stratégies politiques, comme les procès de Boniface VIII, des Templiers, ou encore des Visconti[15]. Vers 1326, le pape Jean XXII rédige la bulle Super Illius Specula, qui définit la sorcellerie comme une hérésie. Sorcellerie et hérésie, jusque-là perçues comme deux univers mentaux très éloignés, vont être assimilés pour les trois siècles suivants[15].

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, les procès se font plus rares, mais cette tendance s’inverse de 1376 à 1435[20]. De la seconde moitié du XIVe siècle à la première partie du XVe siècle, la France et l’Angleterre évoluent de manière similaire, gardant un nombre de procès faible, tandis qu’en Allemagne, en Italie et plus particulièrement en Suisse, le rythme de procès augmente de manière significative[15] et deviennent des entreprises systématiques. Ainsi Richard Kieckhefer et Martine Ostorero expliquent ce revirement de situation par l’introduction de la procédure d’inquisition en terre d’Empire à cette période[21]. Au début du XVe siècle apparait également la croyance du pape Alexandre V et d’une quantité grandissante de membres du clergé et de juges laïques en un complot contre la chrétienté par des assemblées et sectes de sorcières et sorciers. Ce phénomène est significatif d’un transfert du rôle de bouc émissaire des Juifs ou encore des lépreux aux sorciers et sorcières[15].

De 1436 à 1499, le nombre des procès pour sorcellerie en Europe est désormais en moyenne trois fois plus élevé que dans la période précédente[15]. Les temps sont alors troublés en Europe. Alors que l’absolutisme gagne en puissance et en influence, figeant la société, le catholicisme auparavant unifié est secoué par la Réforme. C’est dans ce contexte de peur, d’insécurité et d’affirmation du pouvoir temporel et ecclésiastique que la justice laïque poursuit la sorcellerie[10].

C’est à ce moment que la sorcellerie populaire prend la place de la magie rituelle des invocateurs de démon et passe au premier plan de la prohibition. À ce moment se fixe au Nord de la Loire l’image stéréotypée de la sorcière que l’on connait encore à nos jours. L’idéologie de la chasse aux sorcières qui se met en place se construit selon 3 étapes. Tout d’abord, l’aspect du crime de foi, qui se base sur une culture dénonciatrice du paganisme, de l’impiété et de l’hérésie dont font preuve magiciens et sorciers, centrée autour de la bible et d’une hantise du péché originel assigné au genre féminin entier[10]. Ainsi, on observe une féminisation et une démocratisation des accusés. Désormais, les sorcières puisent leur énergie maléfique et destructrice du Diable lui-même[14]. Les régions latines (Portugal, Espagne, Sud de la France, Italie) ne semblent pas pour leur part prendre au sérieux l'éventualité d'une sorcellerie féminine.

Ensuite, l’évolution de l’imaginaire touchant à la mort et au Mal. Tandis que la mort est considérée plutôt comme un sommeil apaisé et éternel et le Diable comme une figure imaginaire et comique aux XIIIe et XIVe siècles, le contexte change la situation. Suite de l’épidémie de Peste Noire décimant l’Europe au XIVe siècle, puis surtout avec les ébranlements, les guerres et l’incertitude touchant les XVe et XVIe siècles, la mort devient quelque chose dont il faut avoir peur, quelque chose à redouter. La peur étant omniprésente, le diable se transforme pour incarner le Mal[10].

Enfin, les traités de démonologie et les descriptions des rituels pratiqués lors du sabbat, qui devient en quelque sorte une antithèse de l’eucharistie, par les sorciers et sorcières, tel que cannibalisme, meurtre d’enfants et accouplement avec le démon, le summum de la dévotion au mal. De fait, ces textes concrétisent l’imaginaire du mal. Ces récits et traités décrivent l’adoration du démon et du mal par les sorcières, et circulent, après les premiers manuscrits, sous forme d’ouvrages imprimés. Ils encouragent la peur du Mal et la peur de la sorcière, qui commet une hérésie suprême[10].

Les premières chasses aux sorcières ont lieu dès le deuxième quart du XVe siècle. La majorité des accusés sont des femmes, en grande partie pauvres, âgées de plus de 50 ans et le plus souvent isolées. Cette féminisation de la sorcellerie est encore implicite dans la bulle d’Innocent VIII de 1484, la Summis desiderantes affectibus, dans laquelle il lance le signal de la chasse aux sorcières et organise la lutte contre la sorcellerie, élargissant ainsi la mission de l’Inquisition aux « praticiens infernaux »[18]. Elle est au contraire tout à fait explicite dans les deux célèbres ouvrages démonologiques qui suivirent la création de cette bulle papale. Tout d’abord, le Malleus Maleficarum (1486), par Heinrich Kramer et Jacques Sprenger, deux dominicains. Il s’agit d’une enquête commanditée par l’Inquisition qui décrit les sorcières, leurs pratiques, et les méthodes à suivre pour les reconnaître. Le Malleus Maleficarum, ou Marteau des sorcières en français, est un véritable succès : il connut près de trente éditions latines entre 1486 et 1669. le manuel rédigé par les deux dominicains servit de référence à la justice séculière qui condamnait les sorciers. Le deuxième ouvrage, De lanii et phitonicis mulieribus ou Des sorcières et femmes devins (1489), du docteur en droit canon et juge au tribunal de Constance, Ulrich Molitor, est moins connu que le premier, et considère les sabbats non comme la réalité mais comme des illusions diaboliques. Il s’aligne cependant avec le Malleus pour réitérer la nécessité d’exécuter les sorcières pour leur hérésie et apostasie[15].

Actuellement, les historiens tendent à considérer la persécution des sorciers comme un enjeu stratégique entre les puissances laïques et ecclésiastiques et comme « un instrument de pouvoir »[21]. Robert Muchembled[22] et Jacques Chiffoleau[23] voient dans la genèse de la chasse aux sorcières la naissance de l’État moderne, de la christianisation excessive du pouvoir temporel et de « l’extension de la notion de majesté »[15]. Pour Jean-Patrice Boudet, la genèse médiévale de la chasse aux sorcières prend place dans un contexte où l’Église, l’État et les locaux semblent vouloir surpasser l’orthodoxie des autres. Dans ce contexte semblent avoir lieu des rivalités d’idéologie et de grands conflits entre la Papauté et le roi de France. Et c’est dans ce contexte que les procès pour sorcellerie sont utilisés comme stratagèmes politiques – de la même manière que le fait l’entourage de Philippe le Bel au début du XIVe siècle. Comme il le conclut dans son article, Boudet rapporte qu’« en France comme en terre d’Empires, sorciers et sorcières semblent donc avoir été surtout les victimes, parmi d’autres, de "surchristianisation" du pouvoir temporel qui caractérise l’automne du Moyen Âge et la première partie des Temps modernes »[24].

Prohibition, condamnation et persécutions[modifier | modifier le code]

Répression judiciaire[modifier | modifier le code]

Sorcière soumise à l'ordalie par l'eau froide (aqua frigida)

En ce qui concerne le point de vue judiciaire de la prohibition de la sorcellerie, il y a en principe deux genres de législation. Tout d’abord, il y a celle des autorités séculaires (comme le roi), qui pouvaient prescrire les peines (comme l’exécution) qu’elles jugeaient adéquates au crime de sorcellerie. En règle générale, ce type de condamnation légale se concentre surtout sur les dégâts causés par l’utilisation de la sorcellerie par l’accusé(e)[25].

Ce n’est pas le cas du deuxième genre de proscription de l’Église, qui quant à elle se préoccupe de l’offense à Dieu que sont les cérémonies, rites et croyances qui accompagnent la sorcellerie au moins tout autant que des préjudices matériaux engendrés. Ainsi, l’Église pouvait excommunier ou exiger de l’accusé(e) qu’il ou elle fasse pénitence[25].

Cependant il est simpliste de diviser la condamnation de la sorcellerie ainsi, car bien souvent les deux aspects sont indissociables. Le gouvernement n’est pas laïc, et bien des souverains étaient influencés par des hommes d’église et la législation ecclésiastique faisait partie du code séculier[14].

Si la chasse aux sorcières telle qu’on l’évoque dans la culture populaire s’est mise en place au XVe siècle, la poursuite et la persécution d’individus accusés de sorcellerie existe déjà depuis longtemps.

On trouve déjà des mentions de l’interdiction de l’utilisation de la magie à des fins nuisibles dans certains codes législatifs des peuples germaniques au début du Moyen Âge. Un code provenant du peuple des Wisigoths, par exemple, datant du VIe siècle fait mention de sorciers nomades levants de terribles tempêtes ou acceptant de l’argent pour jeter de mauvais sorts[25].

Cependant l’un des éléments les plus frappants dans l’évolution de la proscription de la sorcellerie est la variation des punitions qu’elle engendre. Au tout début du XVe siècle, une personne accusée de sorcellerie à Lucerne encourait majoritairement une excommunication et/ou un bannissement. Pendant la fin de la dernière décennie de ce même siècle, la même accusation dans la même ville avait un haut risque de mener à une exécution au bûcher[26].

Cette transformation est souvent attribuée à la naissance du concept de la sorcière diabolique, qui attise les peurs[15].

Persécutions et procès[modifier | modifier le code]

Examen d'une sorcière pendant un procès par Thomkins H. Matteson en 1853 (Collection du Peabody Essex Museum)
Persécutions
Exécution de Anne Henricks à Amsterdam en 1571
The Wonderful Discoveries of the Witchcraffts, 1619 retrace les procès pour sorcellerie dan sle comté de Lancashire du 18 au 19 août 1612
La persécution des sorcières, représentation de Verena Trost, Barbara Meyer et Anna Lang (1574).

À la suite du début de la chasse aux sorcières au début du XIVe siècle, après l’émission de la bulle Summis desiderantes affectibus d’Innocent VIII de 1484 (précédée en 1326 par la bulle de Jean XXII Super ilius specula), et la parution d’une quantité grandissante d’ouvrages démonologiques diabolisant l’imaginaire du sabbat, commence un mouvement d’arrestations systématiques dans toute l’Europe.

On peut observer ce phénomène principalement en Allemagne, en Suisse et en France, mais également en Espagne et en Italie. Cette première vague dure environ jusqu’en 1520. Puis une nouvelle vague apparaît de 1560 à 1650. Les tribunaux des régions catholiques mais surtout des régions protestantes envoient les sorcières au bûcher. On estime le nombre de procès à 100 000 et le nombre d'exécutions à environ 50 000[27]. Brian Levack évalue le nombre des exécutions à 60 000[28]. Anne L. Barstow révise ces nombres et les élève à 200 000 procès et 100 000 exécutions en prenant en compte les dossiers perdus[29]. Mais Ronald Hutton fait valoir que l'estimation de Levack prenait déjà en compte les dossiers manquants, lui-même penche pour 40 000 exécutions[30].

Cependant, d’après Laura Stokes, l’application et la sévérité de cette chasse aux sorcières n’est pas uniforme à travers l’Europe, comme elle le démontre en prenant les villes de Bâle Lucerne et Nuremberg comme exemple. On peut observer une variété de cas différents non seulement entre les cités mais également avec elle-même à travers le temps. À Nuremberg, par exemple, malgré la publication par Heinrich Kramer d’une version abréviée du Malleus Maleficarum appelée le Nürnberger Hexenhamme, et bien que la ville devienne fortement préoccupée par la réformation et la punition de transgressions morales, elle ne place pas grande foi dans les accusations de sorcellerie, les considérant plutôt comme superstitions populaires et ignorance. À Bâle également, cette notion est finalement rejetée après un pic de sévérité au milieu du XVe siècle. Au contraire, si le stéréotype a mis du temps à s’incruster dans les mentalités à Lucerne, on peut constater y un crescendo de violence judiciaire envers les sorcières[26].

Ce changement des méthodes et punitions appliqués aux accusés de sorcellerie coïncide avec la réception de la loi romaine dans les pays germanophones. C’est un procédé qui culmine dans le second quart du XVe siècle, en même temps que le début de la chasse aux sorcières. D’après Laura Stokes, ces éjections prennent place du fait du statut et de la perception des élites urbaines d’elles-mêmes ; celles-ci réalisent que dans ces temps troublés, elles devaient démontrer et asseoir leur autorité et légitimité à travers une nouvelle façon de gouverner. Dans cette situation, un durcissement du point de vue légal sur le crime n’était pas malvenu. Cette théorie peut expliquer le besoin de faire des exemples des sorcières à travers la sévérité de leurs procès. Comme Stokes le rapporte elle-même, « finalement, la transformation du système judiciaire du XVe siècle peut être attribué à la mentalité des personnes aux pouvoir de ces villes, à leur nouvelle identité en tant que classe régnante, et à leur propre sens de la responsabilité pour le bien de la communauté » [31]. Le début du phénomène de la chasse aux sorcières s’inscrit donc dans un mouvement beaucoup plus vaste tendant à la discipline morale de la société, qui rassemble des tentatives de suppression d’une quantité bien plus nombreuse de conduites, comme la sodomie ou le vol[26].

En 1613, en Allemagne, le superintendant de Henneberg déclarait : « Les autorités ne doivent pas permettre aux avocats de s'occuper des affaires de sorcières et de leur sauver la vie pour provoquer encore plus de dommages et de maux. Car tout le mal que de telles fiancées du diable font, les régents et les honorables avocats devront un jour en répondre devant Dieu et la chaire du Christ. » Les juges pratiquent une certaine douceur dans le questionnement, pour mettre l'accusée en confiance, mais les questions théologiques, comme celles qui furent pratiquées pour le procès de Jeanne d'Arc, perdent les pauvres paysannes sans culture que ces femmes étaient le plus souvent. Les plus cultivées, comme Adrienne d'Heur en 1646 lorsqu'on lui demande si elle croit aux sorciers, sait que si elle répond non, on l'accusera de ne pas croire au diable et donc de s'opposer au dogme de l'Église et que si elle répond oui, on lui demandera d'où elle tient cette certitude suspecte : connaîtrait-elle donc personnellement des sorciers ? Adrienne sent le piège et répondra qu'elle croit aux sorciers parce que la Bible en parle.

Les méthodes sont celles utilisées à toute époque quand l'accusé est jugé coupable avant même que commence le procès. Un moment clé de l'interrogatoire est l'apparition des témoins qui sont souvent des proches de la sorcière. L'instant d'avant, elle ne savait pas qui avait déposé contre elle et, tout à coup, l'accusée s'effondre quand elle réalise quelles personnes se sont liguées contre elle. Le livre de Friedrich Spee, Cautio Criminalis, écrit à l'époque de la persécution la plus violente en terre germanique, décrit parfaitement le mécanisme implacable qui fait que la sorcière ou le sorcier ne peuvent que mourir ; s'ils n'avouent pas, ils sont accusés de taciturnité diabolique et sont condamnés, s'ils avouent sous la souffrance, ils sont également brulés.

Délation et accusés[modifier | modifier le code]

L’accusation de magie ou de sorcellerie s’appuie en partie sur la réputation des individus. Les sorciers présumés sont souvent des marginaux. Ainsi ceux qui ont une mauvaise renommée comme les prostitués, les batards, les concubins, les étrangers (tout particulièrement les juifs) sont de potentiels coupables. Mais les accusations peuvent aussi être portées après des querelles de voisinages à la suite d'un événement brutal. On attribue au crime de sorcellerie 71 morts d’enfants, 63 cas de maladies 32 morts d’animaux, 29 décès adulte dans le Haut Dauphiné entre 1436 et 1445. On voit que c'est donc la réputation qui influe sur les potentiels coupables[14].

Bien souvent, les raisons principales poussant à la délation sont la peur, la mythomanie, l’appât du gain ou le désir d’assouvir des haines personnelles.

Les gens riches ne sont pas protégés, leurs biens étant une tentation pour leurs accusateurs. Les condamnations pouvaient parfois être étendues à leurs enfants, surtout s’il s’agissait de filles. Les prêtres eux-mêmes n'étaient pas à l'abri, comme le rappelle Von Spee.

L'épidémie de sorcellerie vient sans doute aussi du fait que les rétributions des inquisiteurs, mais aussi des délateurs, se faisaient au nombre d'inculpés[32]. Les prisons sont remplies, le nombre d'accusés dépasse le ridicule (plus de douze mille participants à un sabbat, selon P. de Lancre[32]). Deux enfants de dix et douze accusèrent leur mère « pour avoir du pain »[33].

La fin des sévices[modifier | modifier le code]

Le mouvement de la chasse aux sorcières ralentit et atteint sa fin au XVIIe siècle, pour plusieurs raisons. En France, le Parlement de Paris, de moins en moins épris avec les œuvres de démonologies, n'est plus aussi rapide à exécuter les sorcières. De plus les superstitions et croyances en des sectes de gens dotés de pouvoirs surnaturels dont le but était de propager le mal et la dévastation décroit avec les ans. En outre, l'essor de la médecine et la stabilisation de la société qui font que peur et maladies s'estompent, rendant le besoin d'un bouc-émissaire surnaturel caduc. La présence même de sorcières est remise en question, et devient vite considéré comme une simple superstition. Les dates varient selon les nombreuses régions, mais la chasse aux sorcières prend principalement fin dans les années 1680.

Des penseurs, libertins ou cartésiens, récusent peu à peu l'idée de sorcellerie démoniaque[34], l’Église elle-même se fait plus circonspecte[35]. Dès 1601, le Parlement de Paris interdit l'épreuve de l'eau ; en 1624 surtout, le droit d'appel au parlement est obligatoire en cas de sentence capitale. Celles-ci sont de plus en plus atténuées par le pouvoir central[35]. La grande Ordonnance de procédure criminelle de 1670 ne fait aucune allusion à la sorcellerie. En France, l’Édit de juillet 1682 la décriminalise entièrement[10].

La dernière femme exécutée pour sorcellerie est Anna Göldin à Glaris, dans la Suisse protestante en 1782.

À Bournel en France une femme accusée de sorcellerie fut brûlée par des paysans en 1826 et une autre sorcière jetée dans un four en 1856 à Camalès canton de Vic-en-Bigorre[36]. En 1886 à Luneau, le couple composé de Georgette et Sylvain Thomas brûle vive la mère de celle-ci, l'estimant possédée et responsable de leur malheur[37].

Liste de victimes de chasse aux sorcières[modifier | modifier le code]

La liste ci-dessous est classée par ordre de chronologique de condamnation.

Sorcière suisse au bûcher.
Chemin Michée-Chauderon, Genève, plaque.
La Voisin CIPA0896.

Les détracteurs et défenseurs[modifier | modifier le code]

Les détracteurs[modifier | modifier le code]

Le sabbat des sorcières, gravure de Hans Baldung.
Version colorisée de la gravure de Baldung, 1508.
Démonomanie des sorciers Bodin.

Selon Sylvia Federici, une véritable campagne médiatique est orchestrée pour susciter "une psychose de masse", avec notamment des artistes comme Hans Baldung[79],[80]. Les grands détracteurs des sorcières, outre les autorités religieuses furent des philosophes et économistes reconnus, les mêmes qui défendirent l'éradication des communaux dans le mouvement des enclosures[81]. Tout cela selon Federici a pour but de briser la résistance populaire à la suppression des communs. Les femmes, sont particulièrement touchées par le phénomène en raison de leur exclusion progressive de la monétarisation de l'économie, la suppression des communs leur ôtant dès lors l'accès à des moyens de subsistance autonome. On peut ainsi comprendre leur grande implication dans la résistance au mouvement des enclosures et la nécessité pour ses défenseurs de briser la résistance féminine[82].

Jean Bodin, économiste auteur du premier traité sur l'inflation, est expert judiciaire dans des procès en sorcellerie, ce qui l'amène à publier en 1580 De la démonomanie des sorciers. Ce livre est censé constituer un livre de preuves de l'existence de la démonologie et des sorciers, se basant notamment sur les confessions obtenues sans torture de Jeanne Harvilliers, condamnée au bûcher en 1578[83],[84],[85].

Bodin pense qu'il vaut mieux que les sorcières soient brûlées vives plutôt que d'être étranglées avant d'être brûlées. L'historien Lucien Febvre questionne les positions de Bodin sur la sorcellerie. L'historien Trevor-Roper écrit également que la chasse aux sorcières est défendue par

"les pages cultivées de la Renaissance, les grands réformateurs protestants, les saints de la Contre-réforme. les érudits, les légistes et les hommes d'église"[86]

Le philosophe Thomas Hobbes questionne la réalité de la sorcellerie mais considère les condamnations efficaces comme moyen de contrôle social[87],[88].

Selon Silvia Federici, les autorités inquisitoriales diminue le rythme des procès après la Réforme. L'inquisition dépend des pouvoirs temporels et législatifs pour mettre en place les procès et exécutions des peines, ce qui demande une étroite coopération avec l'État. Selon Ruth Martin et E.W Monter, l'inquistition méditéranéenne, notamment les procès de Venise sont relativement modérés dans leurs condamnation des actes de sorcellerie par rapports aux tribunaux civils[89],[90].

Les défenseurs[modifier | modifier le code]

Jules Michelet publie en La Sorcière en 1862, dans lequel il montre une figure de la sorcière constituée en réaction aux violences du Haut Moyen-Âge inspirée par un paganisme et une manifestation de l'esprit de nature.

Les reproches de la société aux sorcières et sorciers[modifier | modifier le code]

La médecine traditionnelle[modifier | modifier le code]

Les femmes accusées de sorcellerie sont souvent sages-femmes ou guérisseuses, dépositaires d’une pharmacopée et de savoirs ancestraux. La population, essentiellement rurale, n’avait guère d’autre recours pour se soigner. Ces méthodes définies comme magiques se heurtent au rationalisme de la Renaissance. Des incantations en langue connue ou inconnue sont souvent associées aux soins et l'Église contraint les fidèles à remplacer ces gestes et incantations par des prières aux saints guérisseurs et par des signes de croix. Les sages-femmes sont accusées de pratiquer des avortements.

Aspects liés à l'émancipation des femmes[modifier | modifier le code]

Selon l'historienne Alison Rowlands spécialiste de la chasse aux sorcières :

« les interprétations féministes les plus radicales de la chasse aux sorcières ont émergé dans un contexte d'activisme politique féministe hors de la sphère académique, et étaient par conséquent polémiques et historiquement imprécis. [Les historiens] critiquent le présupposé des féministes radicales selon lequel les chasses aux sorcières étaient des “chasses aux femmes”, la sur-dépendance de leur analyses au manuel de démonologie Le marteau des sorcières (Malleus Maleficarum), leur réticence à travailler sur les archives des procès de sorcières, et leur usage anhistorique des termes “misogynie” et “patriarcat” qui minimise la spécificité historique de la culture et de la société de la Renaissance. »

— Alison Rowlands[93]

En contrepoint, Rowlands note cependant que cette antipathie de nombreux historiens académiques envers les analyses féministes, en particulier celles des féministes radicales, « peut cependant être contre-productive, car elle les dissuade de travailler à partir des éclairages utiles que le féminisme jette sur le caractère genré des accusations de sorcellerie, en particulier en relation avec l'analyse du patriarcat ». Elle déplore que l'historienne féministe Christina Larner, autrice d'une « étude révolutionnaire sur la chasse aux sorcières en Écosse », ne soit citée que de façon sélective par ses confrères : sa formule « La sorcellerie n'était pas spécifique au sexe mais elle était liée au sexe » est souvent reprise, alors que l'est beaucoup moins son observation subséquente « Les femmes qui étaient accusées étaient celles qui remettaient en cause la vision patriarcale de la femme idéale »[réf. nécessaire].

Pour Rowlands elle-même, « Le genre influençait [shaped] tous les aspects de la sorcellerie et des procès en sorcellerie aux Temps Modernes. »

Selon Silvia Federici, auteure de Caliban et la sorcière[94] :

« Le fait que les victimes, en Europe, aient principalement été des paysannes explique probablement l'indifférence des historiens à ce génocide. Une indifférence qui a frôlé la complicité, l'effacement des sorcières des pages de l'histoire ayant contribué à banaliser leur élimination physique sur le bûcher, laissant penser qu'il s'agissait d'un phénomène mineur, voire une affaire de folklore. »

Ceux qui se sont penchés sur la chasse aux sorcières (par le passé exclusivement des hommes) se montraient souvent dignes héritiers des démonologues du XVIe siècle.Tout en déplorant leur extermination, beaucoup ont tenu à les représenter comme de malheureuses folles, frappées d'hallucinations, de sorte que leur persécution prenait un sens de « thérapie sociale », servant à renforcer la cohésion sociale. On a décrit cette persécution en termes médicaux, une « panique », une « folie », une « épidémie », caractérisations qui toutes disculpent les chasseurs de sorcières et dépolitisent leurs crimes.

Le genre de misogynie qui a inspiré les approches universitaires sur la chasse aux sorcières abondent. Comme Mary Daly l'a signalé dès 1978, la plupart de la littérature à ce sujet a été écrite « du point de vue du bourreau », discréditant les victimes de la persécution (...) Cette tendance à transformer les victimes en coupables a connu des exceptions, autant parmi la première que la deuxième génération de spécialistes universitaires de la chasse aux sorcières. De la deuxième génération on peut citer Alan Macfarlane[95], E.W. Monter[96], et Alfred Soman[97]. C'est pourtant seulement à la suite du mouvement féministe que la chasse aux sorcière est sortie des oubliettes où l'on l'avait reléguée (...) Les féministes comprirent rapidement que des centaines de milliers de femmes n'avaient pas pu être massacrées et soumises aux plus cruelles tortures sans avoir menacé la structure du pouvoir. Elles réalisèrent aussi qu'une telle guerre contre les femmes, menée sur une période de plus de deux siècles, était un tournant dans l'histoire des femmes en Europe, le « péché originel » du processus d’avilissement social subi par les femmes avec l’avènement du capitalisme. Il fallait revisiter ce phénomène si l'on voulait comprendre la misogynie qui imprègne toujours les pratiques institutionnelles et les relations hommes-femmes.

La sexualité[modifier | modifier le code]

Le Sabbat des sorcières Francisco de Goya, 1798, Musée Lázaro Galdiano

On reproche également aux sorcières leur sexualité. On leur prête une sexualité débridée. D’après le Marteau des sorcières[98] Malleus Maleficarum, elles ont le « vagin insatiable ». Les sabbats qu’on leur reproche sont l’occasion d’imaginer de véritables orgies sexuelles. On retrouve ici dans la sorcière la figure de Lilith, que la tradition juive présente comme la première femme d’Adam. Formée par Dieu à l’égal de l’homme, Lilith aurait abandonné Adam car il refusait de se livrer au jeu de l’amour en dehors des positions traditionnelles (position du missionnaire)[99].

Il faut aussi rapprocher ces sabbats de fêtes anciennes, comme Beltaine au printemps, qui étaient des fêtes de la fécondité. Il a pu y avoir, au Moyen Âge et à la Renaissance, des résurgences de ces fêtes.

Il est probable, à lire certains comptes rendus de prétendues relations sexuelles avec le diable dans certaines maisons ou dans la nature, que des hommes déguisés abusaient de la naïveté de certaines femmes en se faisant passer pour le diable, avec ou sans complicités. L'autre aspect de cette focalisation sur la sexualité est l'accusation de rendre les hommes impuissants (« nouer l'aiguillette ») ainsi que la terre et les animaux infertiles. Institoris raconte dans Le Marteau des sorcières que les sorcières volent les sexes masculins et les cachent dans des nids. La guerre de la fertilité est attestée par les travaux de l'historien Ginzburg sur les benandantis du Frioul qui vont en rêve combattre les sorciers et démons qui volent les récoltes. Ces croyances sont immémoriales.

S. Alexandrian[100], qui s'exprime sur la magie sexuelle, l'érotisme diabolique et la « Terreur érotique du XVIe siècle », note que Michelet imaginait encore au XIXe siècle et contre la position ecclésiastique qu'on cuisait au sabbat des gâteaux dans le sexe des femmes (ou tout au moins, une hostie sur elle[101]). Sans avoir cette imagination, les textes des inquisiteurs sont déjà un catalogue fourni des perversions humaines et des fantasmes sexuels masculins.

Le satanisme[modifier | modifier le code]

Si les populations païennes marginalisaient ou parfois lynchent un "jeteur de sorts", elles admettent cependant les transes et les états de possession (et les admettent toujours, voir les cultes Vaudou et les diverses formes de chamanisme). Le judéo-christianisme, lui, considère qu'il s'agit d'une attaque du démon contre une personne qui en est victime : Jésus a donné l'exemple en délivrant des possédés, en "chassant le démon". Et l’Église emploie encore aujourd’hui des prêtres exorcistes. Mais, dans les cas rares où c'est la personne elle-même qui a recherché l'état de transe, on pouvait l'accuser d'avoir basculé du côté du Mal, de la sorcellerie.

Les sorcières sont censées être en relation avec le diable, d'où la recherche du « signe du diable » (sigillum diaboli, sceau du diable repéré sur le corps dénudé et rasé de la sorcière par une aiguille chirurgicale car il doit être insensible et non hémorragique[102]) et des signes associés[103], dont la glossolalie, la voyance, la psychokinèse et les « marques du diable (en) » (pattes de crapaud au blanc de l'œil, taches sur la peau, zones insensibles, maigreur...), d'utilisation de dagydes, de potions magiques ou de sortilèges.

Au XIVe siècle, on attribue aux sorcières et sorciers de posséder des démons familiers. C'est lors du procès posthume de Boniface VIII en 1310 qu'apparait pour la première fois ce type d'accusation. L’article d’accusation contre Boniface VIII dit : "il y a un démon privé, dont il prend en tout point conseil en toute matière". L'accusation de posséder un démon privé réapparaît au début du Grand Schisme en 1379. Ici le cardinal Jean de La Grange est accusé par l’entourage du dauphin futur Charles VI de posséder un démon privé. Lors de son procès au concile de Pise en 1409 Benoit XIII est suspecté de tenir deux esprits enfermés dans une hostie et d’être assisté par 7 démons familiers[14].

Le sabbat[modifier | modifier le code]

Le sabbat serait un lieu de réunion des sorciers et sorcières. Le sabbat est employé dans un premier temps par le mot synagogue. C'est Martin Le Franc dans Le champion des dames, qui désigne le sabbat par le mot synagogue. Cela montre le caractère antinomique du sabbat par rapport à l’Église. Le mot sabbat apparait en 1446 dans un procès au parlement de Paris où une sorcière confesse se rendre au sabbat. Il existe plusieurs hypothèses quant à ce que serait réellement le sabbat[14].

  • Selon Carlo Ginzburg la signification du sabbat serait un voyage nocturne. Le rite du sabbat prendrait racine dans un très ancien culte chamanique eurasiatique[14].
  • Selon Norman Cohn, le sabbat s‘agirait d’un fantasme construit par les clercs à partir de faits déjà existants. En effet, vers 1180 Gauthier Map, emploie le mot synagogue pour désigner le lieu de réunion des hérétiques de son temps. Ce serait donc un lieu de réunion d'hérétiques mais pas forcément des sorciers et sorcières à l'origine[14].

Le sabbat aurait lieu dans la nuit du jeudi au vendredi. Par exemple, lors du procès de Philippe Calvet au parlement de Paris en 1442, l’une des femmes qui l’accusent pense qu’il doit aller au sabbat. En effet, elle s'est rendue chez lui le vendredi matin entre 9 et 10 h et Calvet est toujours au lit. Ici aussi, plusieurs hypothèses peuvent expliquer cette temporalité[14].

  • La première hypothèse est que le sabbat prendrait racine dans un ancien culte dévoué à Jupiter. On peut en effet lire dans un passage des sermons de Césaire d'Arles au Ve siècle, "au sujet des malheureuses femmes qui honorent Jupiter en cessant leur travail le jeudi"[14].
  • La seconde hypothèse est que jeudi est un jour gras et qu'il précède le jour maigre du vendredi qui est aussi le jour de la mort du Christ[14].

On peut aussi noter que le sabbat se présente comme un rituel d’inversion de la messe, plus précisément de la Cène. On peut dire que la présence de 12 disciples du diable en forme de bouc sur l’une des miniatures du Traité du crisme de vauderie de Jean Tinctor 1460 est une allusion aux apôtres. Rajoutons que lors du sabbat, les sorciers et sorcières consommaient un breuvage à base d’enfants sacrifiés le dimanche avant la messe qui serait une sorte d’antidote contre l’eucharistie[14].

Sorcières et humanisme[modifier | modifier le code]

La persécution des sorcières culmine aux XVIe et XVIIe siècles et coïncide avec la Renaissance, c'est-à-dire le début de l'époque moderne qui est caractérisé par l’humanisme et les débuts de l’imprimerie. Les sorcières étant des boucs émissaires, dans le sens de la théorie de René Girard, les chasses aux sorcières correspondent avec les périodes de guerre (guerres de religion, guerre de Trente Ans) et les malheurs du temps (famines, épidémies etc.). Les grands penseurs humanistes ne s’élevèrent pas contre ce mouvement, à l’exception de Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim qui fut attaqué pour soutien à la sorcellerie.

Le pasteur allemand Anton Praetorius de l’Église réformée de Jean Calvin édita en 1602 le livre De l’étude approfondie de la sorcellerie et des sorciers (Von Zauberey und Zauberern Gründlicher Bericht) contre la persécution des sorcières et contre la torture. Le jésuite Friedrich Spee von Langenfeld qui a accompagné de nombreuses prétendues sorcières au bûcher publia sous l'anonymat un livre pour les défendre (cautio criminalis), toute sa vie il se battit pour les défendre, et invitait les juristes et tous ceux qui contribuaient à cette chasse, d'assister à une séance de torture au cours de laquelle il dit avoir vu blanchir ses cheveux en voyant tant de détresse et de souffrance qu'il ne pouvait soulager. Il les adjurait d'appliquer la constitution caroline de Charles Quint, un système de droit pénal évolué et protecteur des droits des accusés. Les pratiques locales étaient souvent peu respectueuses des textes, ce qui explique que dans certains lieux il y ait eu des flambées de violence et rien du tout 50 kilomètres plus loin.

Le juriste Jean Bodin publia un traité de démonologie[85]. Il est dans la ligne dure du Marteau des sorcières et s'élève violemment contre ceux qui les défendent. Ce mouvement de normalisation des esprits et des mœurs s’inscrit dans la progression de la pensée de la Renaissance.

Au contraire, son contemporain Montaigne ne voit dans la sorcellerie qu’illusions de vieilles femmes superstitieuses à qui il faudrait « quelques grains d’ellébore ». Le médecin Jean Nydault réduit également la sorcellerie à un fantasme. La psychiatrie est née au pied des bûchers, les médecins s'interrogeaient sur ce qu'était la possession, les visions, les hallucinations. Jan Wier (de paestigiis daemonium 1567) et Paulus Zachias font partie des sceptiques. Jean Wier assure : "ces pauvres possédés et ensorcelés sont victimes de leur imagination avivée par des tourments". Comme le remarque Esther Cohen, « Au nom de la science, la rationalité occidentale éradique les figures de l’altérité »[104].

Esther Cohen établit un parallèle avec les thèses des philosophes de l’école de Francfort, comme Adorno ou Walter Benjamin. Selon eux il existe un lien entre le processus de civilisation et la barbarie. Le progrès et la violence marchent de pair. Les sorcières sont un des boucs émissaires de la modernité.

René Girard explique que les boucs émissaires sont universellement répandus, mais que seul le christianisme a pu envisager que les sorciers soient innocents. D'où l'utilisation de tribunaux de l'Inquisition, où s'était ébauché un droit de l'accusé et une procédure rationnelle de recherche de la preuve et de l'aveu, essentiellement par questions/réponses. Il n'y aurait donc pas eu à proprement parler une recrudescence de chasse aux sorcières particulière à la Renaissance, mais plutôt une prise de conscience du "scandale" (au sens Girardien du terme)

Mutation du phénomène[modifier | modifier le code]

Au XVIIe, avec le développement de l'état royal centralisé, notamment en France et en Espagne, le pouvoir accroît son contrôle et met au pas les mouvements populaires, dont les chasses aux sorcières sont un aspect. À partir des années 1620, le Parlement de Paris interdit aux juridictions provinciales de les pratiquer. Des magistrats et des policiers sont condamnés à mort, sous Louis XIII, pour avoir fait brûler un sorcier[105]. Les procès en sorcellerie continuent seulement dans les régions d'Europe où l'État est faible, comme l'Allemagne. En 1634, l’affaire des possédées de Loudun marque une étape. Dans un couvent d’ursulines à Loudun, les sœurs affirment avoir été ensorcelées par le curé Urbain Grandier. À la suite d'un procès en sorcellerie demandé par Richelieu, le curé est brûlé. Mais ce n'est qu'un cas spectaculaire d'un phénomène qui tend à disparaître. L'Église Catholique en pleine réforme, et d'autres mouvements chrétiens, remettent de plus en plus en cause ces croyances archaïques, en phase avec le développement de l'esprit critique qui condamne cette pratique. Si les masses populaires croient encore à la sorcellerie, les élites ne veulent plus en entendre parler et imposent son exclusion du champ judiciaire. La sorcellerie est de plus en plus considérée comme un symptôme d'arriération, à l'époque du progrès, de l'ordre et de la raison. À la fin du XVIIe en France, les gens qui se font passer pour sorciers sont condamnés pour escroquerie ou empoisonnement, non pour leurs relations supposées avec le diable.

La réhabilitation et la mythologie contemporaine[modifier | modifier le code]

L'historien français Jules Michelet publia un ouvrage de pure fiction en 1862[4] dénommé La sorcière. Il voulut ce livre comme un « hymne à la femme, bienfaisante et victime » pour voir apparaître le thème sous un jour positif, faisant de la sorcière une femme révoltée alors qu'il s'agissait le plus souvent de femmes âgées, frêles et vivant en marge de la société. Sa motivation était uniquement anti-catholique, et il y invente les "millions de morts de l'Inquisition". Les représentantes des mouvements féministes des années 1970 se sont emparées et ont revendiqué l'oppression par la sorcellerie comme symbole de leur combat. On notera par exemple la revue Sorcières de Xavière Gauthier, qui étudiait les « pratiques subversives des femmes ».

Cas de la météorologie[modifier | modifier le code]

Une loi anglaise de 1677 condamnait au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie. Cette loi qui ne fut pas toujours appliquée à la lettre fut abrogée seulement en 1959.[réf. nécessaire]

Analyses du phénomène de la sorcellerie et des chasses aux sorcières[modifier | modifier le code]

Gravure sur bois montrant des sorciers suppliciés, Tengler's Laienspiegel, Mainz, 1508.

Crimes et péché sont liés, un crime contre la société et les hommes est donc souvent, aussi, un crime religieux. À une accusation judiciaire peut donc très souvent être associée une accusation en sorcellerie.

Le cartésien Nicolas Malebranche, prêtre oratorien et théologien français, dans son célèbre ouvrage De la recherche de la vérité, proposa, au XVIIe siècle une analyse rationaliste de la sorcellerie. Même s’il admet que de très rares cas de sorcellerie soient possibles, il pense que l’immense majorité des cas sont de purs produits d’une imagination « contagieuse ». Il mobilise trois arguments de trois types différents :

  • théologique : Satan a été vaincu par Dieu, et relégué dans les abîmes du monde, d’où il ne peut rien sur les hommes. Les sorciers ne peuvent donc user de pouvoirs qu’il ne peut leur donner. Argument qui reflète la doctrine habituelle de l'Église catholique ;
  • rationnel : ceux qui témoignent (de bonne foi) avoir été au sabbat, ne le font que parce qu’ils confondent la veille avec les rêves qu’ils ont eus en dormant. En le racontant, ils font que d’autres en rêvent la nuit, qui confondront également la veille avec le sommeil, et ainsi de suite. De plus, une telle histoire extraordinaire captive les oreilles et donne un certain prestige à qui la raconte, et s’en prévaut - ne fût-ce même que pour celui qui raconte connaître un sorcier véritable ;
  • pragmatique : à supposer même qu’il existe quelques cas de sorcellerie véritable, les traquer si impitoyablement ne fait qu’en multiplier les signalements. Non seulement par les dénonciations mesquines, ni seulement non plus par le complexe d’Érostrate, qui fait que n’étant doué en aucune chose qui nous puisse acquérir la gloire, nous la cherchions dans la nuisance et la destruction, mais encore parce que ceux que leur imaginaire emporte, et qui ne distinguent la veille d’avec le sommeil, trouvent confirmation de la possibilité de la sorcellerie dans sa reconnaissance institutionnelle. Aussi Malebranche en tire-t-il la conclusion qu’il vaut mieux ne pas juger les prétendus sorciers aux parlements (tribunaux de l’époque)[106]

Pour les esprits rationnels, cette affaire de sorcières n’était que le fruit d’une société superstitieuse. Pour ceux chez qui la raison dominait, cette peur des superstitions était des plus stupides. Les philosophes du siècle des Lumières croyaient que de tels événements ne se reproduiraient plus jamais, et cela bien avant que la chasse aux sorcières soit complètement terminée.[réf. nécessaire]

Les Romantiques prônèrent, eux, l’imaginaire et non la philosophie de Voltaire, Newton ou Locke. Ils furent fascinés par tout ce qui a trait à la sorcellerie. Pour eux, ces femmes qui avaient été jugées folles par les philosophes des Lumières, étaient porteuses de messages, d’anciennes croyances. Elles « devenaient des visionnaires, des oracles, de glorieuses femmes fatales, victimes des forces obscures, de la pudibonderie et de l’oppression. » C’est ainsi que les Romantiques donnèrent une nouvelle image aux sorcières, celle que nous connaissons aujourd’hui, mais qui reflète plus les désirs du XIXe siècle que les réalités historiques des civilisations anciennes.

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Monument aux victimes de la chasse aux sorcières des XVIe et XVIIe siècles, Bernau, Allemagne Annelie Grund (en)[107]

Le phénomène de la chasse aux sorcières perdure dans les sociétés dans lesquelles la croyance dans la pratique de la magie prévaut. Dans la plupart des cas, des occurrences de lynchage et de bûchers sont rapportées régulièrement en Afrique subsaharienne[108],[109],[110],[111],[112],[78], dans l'Inde rurale du Nord[69],[113],[114] et en Papouasie-Nouvelle-Guinée[115],[116],[117]. Quelques pays disposent par ailleurs d'une législation contre les pratiques de sorcellerie. Le seul pays dans lequel la sorcellerie est punie de la peine de mort est l'Arabie Saoudite[70],[77],[118].

Des chasses aux sorcières sont rapportées par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés comme constituant des violations des droits humains. La plupart des personnes accusées sont des femmes et des enfants[119], mais aussi des personnes agées ou marginalisées, comme les albinos et les personnes infectées par le VIH[120]. Ces victimes sont souvent considérées comme des fardeaux pour la communauté, et sont souvent rejetées, affamées jusqu'à leur mort, ou tuées violemment, parfois même par leur propre famille dans une tentative de nettoyage social. Les causes de ces chasses aux sorcières sont à rechercher parmi la pauvreté, les épidémies, le manque d'éducation et les crises sociales. Les personnes dirigeant une chasse aux sorcières,souvent des personnalités notoires de la communauté, ou des "docteurs experts en sorcellerie" (witch doctor), peuvent en retirer un gain économique en demandant des émoluments pour une pratique d'exorcisme ou en vendant des parties du corps des victimes[121],[122].

Afrique subsaharienne[modifier | modifier le code]

Dans nombre de sociétés d'Afrique subsaharienne, la peur des sorcières occasionne des chasses aux sorcières périodiques pendant lesquelles des personnes proclamées expertes dans la recherche et l'identification de sorcières identifient des personnes suspectes, avec souvent pour résultat une mise à mort par une foule[123]. Les pays particulièrement affectés par le phénomène sont l'Afrique du Sud[124], le Cameroun, le Congo, la Gambie, le Ghana, le Kenya, Sierra Leone, la Tanzanie et le Zambie[125].

Des chasses aux sorcières concernent des enfants sont rapportées par la BBC en 1999[126] au Congo et en Tanzanie, où le gouvernement répond aux attaques contre des femmes accusées de sorcellerie pour avoir des yeux rouges[127]. Un procès est intenté au Ghana, où le phénomène est également récurrent, par une femme accusée de sorcellerie[127]. Les procès de sorcellerie en Afrique sont souvent initiés par des membres de la famille cherchant à s'approprier les biens de la personne accusée.

Audrey I. Richards, dans le journal Africa relate en 1935 une instance où une nouvelle vague de trouveurs et trouveuses de sorcières, les Bamucapi[128], apparaissent dans les villages des Bemba au Zambie[129]. Ce groupe s'habille à l'européenne, et sollicite les autorités du village pour préparer un repas rituel pour le village. Quand les personnes du village arrivent, elles sont regardées dans un miroir[130], les exorcistes prétendant pouvoir identifier les sorcières par cette méthode. Ces sorcières doivent ensuite rendre leurs "cornes", c'est à dire les récipients utilisés pour les sorts et les potions aux exorcistes et ensuite boire une potion appelée kucapa, censée causer la mort immédiate d'une sorcière si elle devait recommencer les actions interdites.

Les villageois relatent que les exorcistes ont toujours raison car les sorcières trouvées le sont parmi les personnes que le village craint depuis toujours. Les Bamucapi utilisent un mélange de traditions religieuses chrétiennes et locales pour décrire le pouvoir magique de ces personnes, et affirmer que Dieu (sans spécifier lequel) les aide à préparer les remèdes. De plus, toutes les sorcières qui ne participent pas au repas pour être identifiées sont appelées à faire un rapport ultérieur à leur maître, revenu d'entre les morts, et qui les forcerait ensuite à l'aide de tambours à se rendre au cimetière pour mourir. Richards note que les Bamucapi créent un sentiment de danger en réunissant toutes les « cornes » du village, qu'elles soient utilisées pour des sorts contre la sorcellerie, des potions, pour priser le tabac ou soient des réceptacles de magie noire

Dans les tribus bantoues d'Afrique du Sud, les renifleurs de sorcières (en) sont responsables de l'identification des sorcières. Dans certains régions d'Afrique du Sud, plusieurs centaines de personnes ont été tuées au cours de chasses aux sorcières depuis 1990[131].

Le Cameroun a ré-établi la possibilité de formuler des accusations de sorcellerie durant un procès après son indépendance en 1967[132].

le au Kenya une foule brûle au moins 11 personnes en les accusant de sorcellerie[133].

En mars 2009, Amnesty International rapporte que pas moins de 1 000 personnes accusées de sorcellerie en Gambie ont été enlevées par des « docteurs de de sorcières » sponsorisés par le gouvernement et emmenées dans des centres de détention où elles ont été forcées de boire des décoctions empoisonnées[134]. Le , le New York Times révèle que la campagne de chasse aux sorcières est initiée par le président du Gambie, Yahya Jammeh[135].

En Sierra Leone, la chasse aux sorcières est l'occasion d'un sermon par le kɛmamɔi (exorciste mendé) sur l'éthique sociale[136],[137].

Asie du Sud-Centrale[modifier | modifier le code]

En Inde, accuser une femme de sorcellerie est un moyen d'accaparer ses terres, de régler des comptes ou de punir une femme ayant refusé des avances sexuelles. Dans la majorité des cas, il est difficile pour une femme accusée de demander de l'aide et elle se voit forcée d'abandonner maison et famille ou de se suicider. La plupart des cas ne sont pas documentés du fait qu'il est ardu pour des femmes pauvres et analphabètes de se déplacer depuis des régions isolées pour déposer plainte. Selon une étude du Free Legal Aid Committee, travaillant avec des victimes dans l'État du Jharkhand, moins de 2 % des personnes accusées de chasse aux sorcières sont effectivement condamnées[138].

Une estimation de 2010 situe entre 150 et 200 le nombre annuel de femmes assassinées pour sorcellerie en Inde, pour un total de 2 500 sur la période de 1995 à 2009 [139]. Les lynchages sont particulièrement fréquents dans les États pauvres du nord du Jharkhand, du Bihar et dans l'État central du Chhattisgarh. Des chasses aux sorcières sont également lancées parmi le personnel du jardin de thé au Jalpaiguri au Bengale occidental en Inde[140]. Ces dernières, moins connues, trouvent leurs origines dans les conditions de travail stressantes de l'industrie du thé du personnel adivaci[141].

Des chasses aux sorcières au Népal sont fréquentes et ciblent particulièrement les femmes des castes inférieures[142],[143]. Elles sont favorisées par la superstition, le manque d'éducation, le manque de sensibilisation du public, l'analphabétisme, le système des castes, la domination masculine et la dépendance économique des femmes envers les hommes. Ces victimes sont souvent battues, torturées, publiquement humiliées et assassinées. Parfois, les membres de la famille de l'accusée sont également agressés. En 2010, Sarwa Dev Prasad Ojha, ministre des femmes et de la protection sociale, déclare:

Les superstitions sont profondément enracinées dans notre société et la sorcellerie en est l'une des pires formes[144].

Papouasie Nouvelle Guinée[modifier | modifier le code]

Bien que la pratique de la magie blanche (comme la guérison par la foi) soit légale en Papouasie Nouvelle Guinée, la loi de 1976 sur la sorcellerie impose une peine de prison de 2 ans pour la pratique de la magie noire. La loi est abrogée en 2013. En 2009, le gouvernement signale que la torture extrajudiciaire et le meurte de prétendues sorcières, généralement des femmes seules, se propagent des hautes terres vers les villes en même temps que les villageois migrent vers les zones urbaines[10]. Par exemple, en juin 2013, quatre femmes sont acusées de sorcellerie parce que la famille possède une maison permanente en bois, une bonne éducation et une position sociale élevée[145]. Toutes les femmes sont torturées et Helen Rumbali est décapitée[145]. Helen Hakena, présidente du Comité des droits de l'homme de North Bougainville, déclare que les accusations sont causées par la jalousie, notamment économique suite au boom minier[145].

Des rapports des agences des Nations Unies, d'Amnesty International, d'Oxfam et d'anthropologues montrent que les attaques contre les sorciers et les sorcières accusées, parfois des hommes mais le plus souvent des femmes, sont fréquentes, féroces et souvent mortelles[146]. Le nombre de cas chaque année dans la seule province de Simbu en Papouasie-Nouvelle-Guinée est estimé 150[147]. Des rapports indiquent que cette pratique de la sorcellerie est devenue:

Quelque chose de plus sournois, sadique et voyeuriste[147]

Une femme attaquée par des jeunes hommes d'un village voisin. Ils lui brûlent ses organes génitaux [147]. Selon la Commission de réforme du droit de 2012, peu d'incidents sont signalés. Ils concluent qu'ils augmentent depuis 1980.

Dans l'art et la culture[modifier | modifier le code]

Genèse de l'iconographie des sorcières au XIVe siècle[modifier | modifier le code]

L'iconographie de la sorcellerie dès le XVe siècle est concomitante avec le développement de l'imprimerie. Presque toute la littérature concernant la sorcellerie est imprimée. On ne peut avec certitude établir si la circulation des livres sur ce thème, plus nombreux que les manuscrits et plus lisibles a lancé le phénomène de la chasse aux sorcières ou l'inverse, mais les deux phénomènes démarrent de concert[148].

Les manuscrits précurseurs[modifier | modifier le code]

1440 : Le Champion des dames de Martin le Franc[modifier | modifier le code]

Avant le développement de l'imprimerie, des manuscrits font leur apparition qui ont pu inspirer les livres imprimés ultérieurement. Le Champion des Dames, un poème de Martin le Franc écrit vers 1440 est imprimé vers 1485. Au moins une copie du poème comporte deux dessins de femmes volant et chevauchant un balai, avec pour légende « Des vaudoises », car Martin le Franc se préoccupe de l'hérésie des Vaudois.

1460 : Contra sectam Valdensium de Johannes Tinctoris[modifier | modifier le code]

Deux autres manuscrits illustrés ont pu servir de source d'inspiration. Les deux versions de Contra sectam Valdensium de Johannes Tinctoris écrits vers 1460 comportent une illustration d'hérétiques vaudois embrassant la croupe d'une chèvre et chevauchant à califourchon des bêtes démoniaques en volant. Deux autres vignettes montrent des démons instruisant des hérétiques sur la façon d'embrasser un chat et un singe.

Les livres imprimés[modifier | modifier le code]

1467: Le Formicarius de Johannes Nider[modifier | modifier le code]

Ces manuscrits ont sans doute influencé par la suite le Formicarius de Johannes Nider et le Fortalitium Fidei (La Forteresse de la foi) de Alphonsus de Spina écrit selon Russel Hope Robbins (en)[149] vers 1459 et publié en 1467 pour la première fois à Strasbourg, ainsi que les auteurs du Malleus Maleficarium de 1487, Henry Institoris et Jacques Sprenger. Johannes Nider s'intéresse plus particulièrement à la démonologie et aux incubes, mais il décrit les pouvoirs des sorcières en matière de magie, comme leur capacité à provoquer des tempêtes, à fabriquer des onguents et leurs pratiques alléguées d'utilisation de cadavres (notamment de nouveaux nés) pour préparer des potions.

Fortalitium Fidei de Alphonsus de Spina[modifier | modifier le code]

Alphonsus de Spina est un converso, ou juif converti, qui exprime des vues antisémitique. Il produit une description de femmes démoniaques prétendant chevaucher la nuit avec la déesse Diane. Cette idée de la déesse Diane peut être retracée depuis le Canon Episcopi vers 900[150],[151]. Alphonsus décrit aussi des femmes adorant des sangliers et tuant des enfants, des thèmes récurrents dans la description de la sorcellerie.

1488 : De Lamiis et Phitonicis Mulieribus de Ulrich Molitor[modifier | modifier le code]
Sorcière tirant une flèche dans le pied d'un paysan dans le Lamiis et pythonics mulieribus de Ulrich Molitor

Le Maleus Maleficarium ne comporte pas d'illustrations mais les descriptions sont imagées. Le livre est une source pour les premières images publiées de sorcières, notamment dans De Lamiis et Phitonicis Mulieribus (À propos des démons et des sorcières) de Ulrich Molitor (en) dont Albrecht Dürer s'inspire pour ses tableaux. Ce livre est imprimé vers 1488 à Constance. Il inclut des illustrations en pleines pages, fait exceptionnel au XIVe siècle. Molitor rend hommage à Sprenger et Institoris dans son livre, les décrivant "comme les plus illustres docteurs". Son livre représente ni plus ni moins que les idées du Maleficarium de Sprenger et Institoris. Selon Jane P. Davidson, le livre est un terrain préparatoire pour de futurs procès en sorcellerie à Constance, faisant suite à ceux d'Innsbruck[148]. Le livre propose les illustrations suivantes (dans l'ordre d'apparition) : une sorcière tirant une flèche dans le pied d'un paysan, trois sorcières (dont un homme) ayant pris la forme d'animaux se rendant à un sabbat sur une fourche après avoir causé une tempête, un sorcier chevauchant un loup (cette troisième image fait référence à un procès en sorcellerie ayant eu lieu à Constance, dans lequel un homme fut accusé d'être un sorcier et d'avoir chevauché un loup), une sorcière s'accouplant avec un incube et enfin un festin durant un sabbat.

Molitor est considéré comme un "modéré". Il explique qu'en réalité, les sorcières ne se transforme pas en animaux ni ne volent pour aller au sabbat : c'est l'œuvre du diable qui leur fait croire qu'elles font réellement ces choses.

Les illustrations de ce livre font référence et seront reprises par la suite par des ouvrages ultérieurs sur la sorcellerie.

Les débuts de la représentation iconographique dans la peinture[modifier | modifier le code]

Au début du XVIe siècle, un groupe de peintres de Suisse et d'Allemagne du sud s'empare du thème de la chasse aux sorcières : Albrecht Dürer, Albrecht Altdorfer, Hans Baldung Grien, Niklaus Manuel Deutsch et Urs Graf. Ces artistes présentent plusieurs points communs : ils sont tous employés par l'industrie de l'imprimerie, tous associés avec Albrecht Dürrer, et exploitent tous le thème érotique, voir pornographique du nu féminin à travers ce prétexte[148] (p17).

La représentation iconographique du thème de la chasse aux sorcières est uniforme du XIVe siècle au XVIe siècle, en raison de son intrication avec la littérature produite sur ces thèmes à cette époque. Les peintres décrivent ce qui est admis comme factuel par les autorités religieuses. Par ailleurs, la liberté que prennent ces artistes de peindre des iconographies d'ordre pornographiques est remarquable selon Jane P. Davidson.

Alfred Dürrer est le premier à peindre des sorcières, il réalise deux tableaux : Quatre sorcières en 1497 et La sorcière en 1500.

Le XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Shakespeare publie sa célèbre tragédie, Macbeth en 1603-1607. Dans cette tragédie, trois sorcières Trois sorcières (en) jouent un rôle très important, car elles prédisent à Macbeth tout ce qui va lui arriver.

Les Lumières[modifier | modifier le code]

Deux vieillards mangeant de la soupe, peinture noire de 1819-1823
Linda maestra!, Capricho no 68

Goya est sans doute le peintre des Lumières ayant manifesté le plus d'intérêt pour le sujet de la sorcellerie durant les Lumières, avec une abondante représentation. Le peintre aborde ce thème au-travers d'au moins trois séries d’œuvres Los Caprichos, les tableaux pour le cabinet de la Duchesse d'Osuna, et les peintures noires.

Dans Los Caprichos, la sorcellerie est ridiculisée comme d'autres superstitions : « sorcières imposteurs et hypocrites, dont l'immoralité de charlatan exploite sans miséricorde l'ignorance et la bonne foi du peuple. » . L'Inquisition est tout autant visée, et Goya utilise la sorcellerie comme moyen là où il aurait difficilement pu faire le choix d'y représenter des cryptojuifs ou des morisques sans être lui même inquiété par cette institution.

Les tableaux pour le cabinet de la duchesse d'Osuna font partie d'une esthétique plus large autour de la folie et de la cruauté à laquelle il revient plusieurs fois. Il est difficile de déterminer elles ont une intention satyrique, comme la ridiculisation de fausse superstitions, dans la lignée de celles déclarées avec Los Caprichos et l'idéologie des Lumières, ou si au contraire elles répondent au but de transmettre des émotions inquiétantes, produits des maléfices, sorts et ambiance lugubre et terrifiante, qui seraient propres aux étapes postérieures marquée par des toiles sur les crimes de sang, la folie, le viol, le cannibalisme et qui incluent également des références à la sorcellerie.

Enfin, la sorcellerie est abondamment représentée dans la série des peintures noires, réalisée à la fin de sa vie, dans l'esthétique du « Sublime Terrible ». Il y a un consensus dans la critique spécialisée pour proposer des causes psychologiques et sociales à la réalisation des Peintures noires dont la sorcellerie est l'un des éléments.

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1861 Elizabeth Gaskell publie Lois the Witch and other tales, une série de cinq nouvelles abordant le thème des sorcières de Salem entre autres.

Le XXe et XXIe siècle[modifier | modifier le code]

En 2013, suite à la réhabilitation d'Anna Göldin en 2008 en Suisse, Angella Marzullo réalise une œuvre audio intitulée Malleus Maleficarium dans le cadre d'une résidence d'artiste au Radio Picnic de Berlin[152]. Elle fait notamment intervenir Silva Federici dans l'enregistrement, et s'inspire largement des études historiques de Carlo Ginzburg. En hommage à Anna Göldin elle réalise également en 2008 Makita Witch[153],[154].

La piste Dogma de l'album Portrait of an American Family de Marilyn Manson, parle de la chasse aux sorcières : « Burn the witches » et de la tolérance envers autrui : « You cannot sedate all the things you hate » (Tu ne peux pas calmer tout ce que tu détestes).

Camilla Läckberg publie en 2017 un roman policier intitulé La sorcière[155] avec une chronique romancée intégrée en parallèle de l'intrigue principale de la vie de Elin Jonsdotter, exécutée à Fjällbacka en Suède en 1672[156].

Dessins animés[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources imprimées[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études historiques[modifier | modifier le code]

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  • Guy Bechtel, La sorcière et l'Occident : la destruction de la sorcellerie en Europe des origines aux grands bûchers, Paris, Plon, coll. « Le doigt de dieu », , 732 p. (ISBN 2-259-18603-3, présentation en ligne)
    Réédition : Guy Bechtel, La sorcière et l'Occident : la destruction de la sorcellerie en Europe des origines aux grands bûchers, Paris, Pocket, coll. « Agora » (no 218), , 941 p. (ISBN 2-266-09573-0).
  • Jean-Patrice Boudet, « La genèse médiévale de la chasse aux sorcières : jalons en vue d'une relecture », dans Nathalie Nabert (dir.), Le mal et le diable : leurs figures à la fin du Moyen Âge, Paris, Beauchesne / Faculté des lettres, Université catholique de Paris, coll. « Cultures & christianisme » (no 4), , 274 p. (ISBN 2-7010-1346-1, présentation en ligne), p. 35-52.
  • Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance : astrologie, divination et magie dans l'Occident médiéval (XIIe-XVe siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « Histoire ancienne et médiévale » (no 83), , 624 p. (ISBN 978-2-85944-544-7, présentation en ligne).
  • Jacques Chiffoleau, « Dire l'indicible : remarques sur la catégorie du nefandum du XIIe au XVe siècle », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 45e année, no 2,‎ , p. 289-324 (lire en ligne).
  • Jacques Chiffoleau, « Sur le crime de majesté médiéval », dans Genèse de l'État moderne en Méditerranée, Rome, Collection de l'École français de Rome, n° 168, 1993.
  • Jacques Chiffoleau, « Pourquoi a-t-on brûlé les sorcières », L'Histoire, n° 26, janvier 2005, p. 82.
  • Joël Cornette, « Chasse aux sorcières », L'Histoire, n° 245, juillet 2000, p. 50.
  • Jean Delumeau, La peur en Occident (XVIe – XVIIIe siècles), Paris, Fayard, coll. « Pluriel », (1re éd. 1978, Fayard, sous le titre La Peur en Occident (XVIe – XVIIIe siècles) : une cité assiégée), 607 p. (ISBN 978-2-8185-0147-4, présentation en ligne).
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  • Carlo Ginzburg (trad. Monique Aymard), Le sabbat des sorcières [« Storia notturna : una decifrazione del sabba »], Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », , 423 p. (ISBN 2-07-072741-6, présentation en ligne).
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    Réédition : Carlo Ginzburg (trad. Giordana Charuty), Les Batailles nocturnes : sorcellerie et rituels agraires, (XVIe-XVIIe siècles) [« I Benandanti. Stregoneria e culti agrari tra Cinquecento e Seicento »], Paris, Flammarion, coll. « Champs » (no 135), , 270 p. (ISBN 978-2-08-124477-1).
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  • Gábor Klaniczay, Ildikó Kristof, Marie-Pierre Gaviano, « Écritures saintes et pactes diaboliques. Les usages religieux de l'écrit (Moyen Âge et Temps modernes) », Annales. Histoire, Sciences Sociales. 56e année, N. 4-5, 2001, p. 947-980, lire en ligne.
  • Franck Mercier, La vauderie d'Arras : une chasse aux sorcières à l'automne du Moyen Âge, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 413 p. (ISBN 2-7535-0191-2, présentation en ligne, lire en ligne), [présentation en ligne].
  • Frank Mercier, Martine Ostorero, L’énigme de la Vauderie de Lyon, Enquête sur l’essor de la chasse aux sorcières entre France et Empire (1430-1480), Florence, Sismel edizioni del galluzzo, 2015.
  • Robert Mandrou, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, Paris, Plon, 1968.
  • Robert Muchembled, La sorcière au village (XVe-XVIIIe siècles), Paris, Gallimard, coll. « Archives » (no 74), , 240 p. (ISBN 2-07-028631-2, présentation en ligne)
    Réédition : Robert Muchembled, La sorcière au village (XVe-XVIIIe siècles), Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire » (no 36), , 310 p. (ISBN 2-07-032652-7, présentation en ligne).
  • Robert Muchembled (dir.), Magie et sorcellerie en Europe : du Moyen âge à nos jours, Paris, Armand Colin, , 335 p. (ISBN 2-200-21399-9).
  • Robert Muchembled, Le Roi et la Sorcière. L'Europe des bûchers, Paris, Desclée, 1993.
  • Martine Ostorero (éd.), Agostino Paravicini Bagliani (éd.), Kathrin Utz Tremp (éd.) et Catherine Chène (éd.), L'imaginaire du sabbat : édition critique des textes les plus anciens (1430 c. - 1440 c.), Lausanne, Cahiers lausannois d'histoire médiévale, coll. « Cahiers Lausannois d'Histoire Médievale » (no 26), , 571 p. (ISBN 2-940110-16-6, présentation en ligne), [présentation en ligne].L'ouvrage réunit les sources primaires suivantes : Rapport sur la chasse aux sorciers et aux sorcières menée dès 1428 dans le diocèse de Sion, par Hans Fründ ; Formicarius (livre II, chapitre 4 et livre V, chapitres 3,4 et 7) par Johannes Nider ; Errores gazariorum seu illorum qui scopam vel baculum equitare probantur, anonyme ; Ut magorum et maleficiorum errores, par Claude Tholosan ; Le champion des dames, livre IV, vers 17377-18200, par Martin Le Franc.
  • Martine Ostorero (dir.), Georg Modestin (dir.) et Kathrin Utz Tremp (dir.), Chasses aux sorcières et démonologie : entre discours et pratiques (XIVe-XVIIe siècles), Florence, SISMEL - Edizioni del Galluzzo, coll. « Micrologus' Library » (no 36), , XXVIII-447 p. (ISBN 978-88-8450-392-3, présentation en ligne).
  • Martine Ostorero (préf. Agostino Paravicini Bagliani), Le diable au sabbat : littérature démonologique et sorcellerie, 1440-1460, Florence, SISMEL - Edizioni del Galluzzo, coll. « Micrologus' Library » (no 38), , XVII-806 p. (ISBN 978-88-8450-402-9, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Martine Ostorero, « Folâtrer avec les démons » : sabbat et chasse aux sorciers à Vevey (1448), Lausanne, Université de Lausanne, coll. « Cahiers lausannois d'histoire médiévale » (no 47), , 2e éd. (1re éd. 1995), XV-323 p. (ISBN 2-940110-61-1, présentation en ligne).
  • (en) Margaret Ronan, Hunt the Witch Down ! Twelve real life stories of witches and witchcraft, Scholastic Book Services, 1976.
  • Alfred Soman, « Les procès de sorcellerie au parlement de Paris (1565-1640) », Annales, juillet-août 1977.
  • (en) Laura Stokes, Demons of Urban Reform, Early European Witch Trials and Criminal Justice (1430 -1530), New York, Palgrave Macmillan, 2011.
  • Silvia Federici, Caliban et la Sorcière - Femmes, corps et accumulation primitive, Essai, traduction de l’anglais (États-Unis) par le collectif Senonevero, revue et complétée par Julien Guazzini, éditions Entremonde, Co-édition avec les éditions Senonevero.

Essais et articles de vulgarisation[modifier | modifier le code]

  • Josiane Ferrari-Clément, Catillon et les écus du diable, Fribourg, Éditions La Sarine, 2008.
  • (en) Anne Llewellyn Barstow, Witchcraze : A New History of the European Witch Hunts, Pandora, 1994.
  • Naïké Desquesnes, « À nous le temps des sorcières », Le Monde diplomatique, septembre 2014.
  • Weronika Zarachowicz, « Et si les sorcières renaissaient de leurs cendres ? », Télérama, avril 2015.
  • Barbara Ehrenreich, Deirdre English, Sorcières, sage-femmes et infirmières une histoire de femmes soignantes, Cambourakis

Radio et scène[modifier | modifier le code]

  • Michelle Perrot, Histoire de Femmes : Hérétiques et sorcières, France culture, 14/03/05
  • Car ils croyaient brûler le diable en Normandie, comédie musicale créée par l'association les Alberts (CD 1990). Paroles et musique de Daniel Bourdelès. D’après le roman éponyme de Louis Costel qui évoque un célèbre procès de sorcellerie, au XVIIe siècle, dans le département de la Manche.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]