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Nationalisme chrétien

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Manifestation de nationalistes chrétiens à Portsmouth en 2025

Le nationalisme chrétien est un nationalisme religieux affilié au christianisme. Les nationalistes chrétiens se concentrent principalement sur la politique intérieure, comme l'adoption de lois qui reflètent leur vision du christianisme et de son rôle dans la vie politique et sociale. Ils promeuvent activement les discours religieux et nationalistes dans divers domaines de la vie sociale, de la politique à l'histoire en passant par la culture et la science. En Europe et aux États-Unis, le nationalisme chrétien se rapproche des conservateurs mais aussi de l'extrême droite.

Les mouvements nationalistes chrétiens ont souvent des structures de direction complexes, selon la nature de leurs relations avec les institutions ecclésiastiques locales. Certains mouvements sont orientés par les laïcs, avec une participation symbolique des employés et un soutien indirect des structures de l’Église locale, tandis que d’autres sont dirigés ou fortement influencés par le clergé local. L'implication du clergé dans divers mouvements nationalistes chrétiens depuis le XIXe siècle a conduit au développement de formes particulières du nationalisme chrétien, connues sous le nom de nationalisme clérical. Certaines formes radicalisées de nationalisme clérical ont même conduit à la montée du fascisme clérical dans divers pays européens, en particulier pendant l'entre-deux-guerres de la première moitié du XXe siècle[1].

Le nationalisme chrétien défend que l'identité d'une nation historiquement chrétienne doit rester chrétienne. Les nationalistes chrétiens défendent le fait qu'il faut une place privilégiée au christianisme dans la société et, dans certains cas, le retour du cléricalisme et la délaïcisation de la société.

Les nationalistes chrétiens promeuvent les discours chrétiens dans diverses sphères de la vie publique, de la politique et de l'histoire à la culture et à la science. Donc, côté législation, ils sont favorables aux lois bleues du dimanche[à définir][2].

Dans les pays dotés d'une Église d'État, les nationalistes chrétiens cherchent à préserver le statut d'État chrétien en adoptant une position anti-establishment pour perpétuer l'Église dans la politique nationale[3].

États-Unis

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Le nationalisme chrétien américain affirme que les États-Unis sont un pays fondé par et pour les chrétiens[4]. Aux États-Unis, les nationalistes chrétiens prônent « une fusion entre l'identité chrétienne identitaire et le conservatisme culturel d'une part, et l'appartenance civique américaine d'autre part »[5].  Il a été relevé qu'il présentait des recoupements avec le fondamentalisme chrétien, le suprématisme blanc[6],[7] la suprématie chrétienne[8], et d'autres tendances radicales comme le mouvement Seven Mountain Mandate et le dominionisme[5]. La plupart des chercheurs ont décrit le nationalisme chrétien comme « autoritaire » et « imposant des limites », mais des recherches récentes se sont concentrées sur la manière dont l'idéologie libertaire prônant un gouvernement réduit et l'économie politique néolibérale ont intégré l'identité politique chrétienne américaine[5]. Le nationalisme chrétien recoupe également la théocratie, tout en s'en distinguant, car il revêt un caractère plus populiste. Les chrétiens théocratiques cherchent à ce que la Bible inspire les lois nationales et à ce que des chefs religieux occupent des postes au sein du gouvernement ; tandis qu'en Amérique, les nationalistes chrétiens considèrent les documents fondateurs du pays comme « d'inspiration divine » et révélés de manière surnaturelle à des hommes chrétiens afin de privilégier le christianisme, et sont prêts à élire des chefs d'État impies s'ils soutiennent des causes suffisamment proches[7].

Le nationalisme chrétien prône l'affichage de symboles chrétiens dans l'espace public et le soutien de l'État à la pratique et à l'expression de la religion, comme le fait de faire de Noël une fête nationale, la prière à l'école, le chant de « God Bless America », l'exposition de crèches pendant la période de Noël et l'affichage de la croix chrétienne le Vendredi saint[9]. La symbolique des croisades est aussi souvent glorifiée, notamment chez des militants militaristes comme Pete Hegseth[10]. Le nationalisme chrétien a connu un âge d'or au début de la guerre froide, période durant laquelle les États-Unis ont ajouté des expressions telles que « Under God » (Sous Dieu) dans le serment d'allégeance et sur la monnaie, ce qui était alors décrit comme une « religion civile » motivée en partie par la volonté de marquer une distance par rapport au communisme[11], mais avait également influencé la constitution de la Confédération, qui mentionnait ouvertement Dieu, contrairement à la Constitution américaine[12].

Le nationalisme chrétien américain est régulièrement associé à des préjugés à l'égard des groupes minoritaires[7]. Les chercheurs Li Ruiqian et Paul Froese l'ont défini comme une croyance qui « célèbre et privilégie l'histoire sacrée, la liberté et le pouvoir légitime des conservateurs blancs »[13]. Le nationalisme chrétien privilégie un cadre ethnoculturel, ethnoreligieux et ethnonationaliste fondé sur la peur de « l’autre », à savoir les immigrants et les minorités (raciales, religieuses, sexuelles...). Des études ont associé le nationalisme chrétien à la xénophobie, à l'homophobie, à la misogynie, au racisme, au soutien au droit de porter des armes, au pronatalisme et à la restriction des droits civils de ceux qui ne se conforment pas aux idéaux traditionnels de blancheur, de citoyenneté et de protestantisme[14]. Le système de croyances du nationalisme chrétien comprend des éléments de patriarcat, de suprématie blanche, de nativisme et d'hétéronormativité[14]. Il a été associé à un « récit de conquête », à l'apocalyptisme prémillénariste et à une « rhétorique du sang », en particulier celle du sacrifice sanglant à un Dieu courroucé[14].

La pandémie de COVID-19 a vu une augmentation de l’activité nationaliste chrétienne, de nombreux groupes utilisant des sentiments anti-confinement pour étendre leur portée à davantage de personnes[15]. Le groupe Liberty Coalition Canada a recueilli le soutien de nombreux politiciens élus à travers le Canada[16]. Dans leurs documents fondateurs, ils soutiennent que « c'est seulement dans les nations christianisées que la liberté religieuse a jamais fleuri ». Leurs rassemblements ont attiré le soutien d'Alex Jones et de Canada First, un spin-off du groupe America First de Nick Fuentes. De nombreux dirigeants de Liberty Coalition Canada sont des pasteurs qui ont accumulé des millions d'amendes potentielles pour avoir violé les protocoles COVID et expriment dans de nombreux cas des opinions ultra-conservatrices[17].

Le nationalisme clérical au Québec était une idéologie associée à la tendance de droite au Québec depuis les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale jusqu'à la veille de la Révolution tranquille en 1960. Le nationalisme clérical était une forme religieuse du nationalisme canadien-français qui mettait l'accent sur le rôle des l'église catholique. Il convient de noter que jusqu'à la veille de la Révolution tranquille de 1960, les domaines de la santé et de l'éducation étaient aux mains de l'Église catholique romaine.

En Écosse au Royaume-Uni, le Scottish Family Party a été décrit comme nationaliste chrétien. Le parti a été formé comme un mouvement de refoulement, basé sur le rejet des sujets LGBT+ enseignés dans les écoles, le parti politique affirmant qu'il s'agit d'un sujet et d'une idéologie trop sexualisés. Ils estiment qu'il s'agit d'une attaque contre les valeurs familiales chrétiennes traditionnelles, promue par le Parti national écossais.

Le Front Libanais était une coalition de partis à majorité chrétienne pendant la guerre civile libanaise, qui va toutefois se fissurer entre les partisans d'une coopération avec la Syrie et ceux qui voulaient s'allier avec Israël, ce qui va mener à des massacres inter-chrétiens comme le Massacre d'Ehden où les Phalanges libanaises pro-israéliennes ont massacré la Brigade Marada pro-syrienne. En 1980, le nationalisme chrétien adopté par de nombreux membres de la communauté maronite est abandonné. Les insurgés Maronites cherchaient à créer un mini-État chrétien.

Il ne faut pas confondre les nationalistes chrétiens libanais avec les chrétiens libanais du Parti social nationaliste syrien, qui est un mouvement certes fréquenté par de nombreux chrétiens libanais, mais qui est laïc.

Le président russe Vladimir Poutine a été décrit comme un leader mondial des mouvements nationalistes chrétiens et de droite chrétienne[18]. En tant que président, Poutine a accru le pouvoir de l'Église orthodoxe russe et a proclamé sa foi inébranlable dans l'orthodoxie orientale, tout en maintenant des contacts étroits avec le patriarche de Moscou et de toutes les Russies Alexis II, puis Cyrille, le successeur de celui-ci[19].

Le Mouvement impérial russe est un important groupe nationaliste chrétien orthodoxe fondamentaliste qui forme des militants dans toute l'Europe et a recruté des milliers de combattants pour son groupe paramilitaire, la Légion impériale russe, qui participe à la guerre en Ukraine[20].

Bibliographie

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  • Andrew Whitehead et Samuel Perry, Taking America Back for God: Christian Nationalism in the United States, (ISBN 978-0190057886)
  • Andrew Seidel (14 May 2019). The Founding Myth: Why Christian Nationalism is Un-American. Sterling Publishing. (ISBN 978-1-4549-3327-4).

Articles connexes

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En rapport avec le christianisme

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Nationalisme et autres religions

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Notes et références

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  1. Feldman et al. 3, 60, 65-69, 222, 227-231.
  2. (en) Alfred T. Moleah, South Africa: Colonialism, Apartheid and African Dispossession, (ISBN 978-0-913255-02-5, lire en ligne), p. 377
  3. Jack Jenkins, « Christian leaders condemn Christian nationalism in new letter », (consulté le ) : « Christian nationalism demands Christianity be privileged by the State... »
  4. Matthew D. Taylor, The Violent Take it by Force: the Christian movement that is threatening our democracy, Broadleaf Books, , « Chapter 1 »
  5. a b et c Samuel L. Perry, Andrew L. Whitehead et Joshua B. Grubbs, « Save the Economy, Liberty, and Yourself: Christian Nationalism and Americans' Views on Government COVID-19 Restrictions », Oxford University Press on behalf of the Association for the Sociology of Religion, Oxford and New York, vol. 82, no 4,‎ , p. 426–446 (ISSN 1759-8818, PMCID 7798614, DOI 10.1093/socrel/sraa047 Accès libre, S2CID 231699494)
  6. Samuel Perry, « After Trump, Christian nationalist ideas are going mainstream – despite a history of violence », The Conversation,‎ (ISSN 2201-5639, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  7. a b et c Taking America Back for God: Christian Nationalism in the United States, New York, Oxford University Press, (ISBN 9780190057909, lire en ligne)
  8. Matthew D. Taylor, The Violent Take it by Force: The Christian Movement That Is Threatening Our Democracy, Broadleaf Books, (ISBN 9781506497792), « Chapter 4 »
  9. Lydia Bean, The Politics of Evangelical Identity: Local Churches and Partisan Divides in the United States and Canada, Princeton, New Jersey and Woodstock, Oxfordshire, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-17370-2), p. 152
  10. Mike Baker et Ruth Graham, « Pete Hegseth and His 'Battle Cry' for a New Christian Crusade », The New York Times,‎ (lire en ligne [archive du ])
  11. (en-US) Mark Silk, « Hawley's Christian nationalism is the old-time civil religion, weaponized », sur Religion News Service, (consulté le ) : « Like the insertion of “under God” in the Pledge of Allegiance, “In God We Trust” was made the national motto during the Cold War to pose America’s civil religion against the atheistic communist faith. Hawley’s assault on the left’s alternative civil religion harks back to that historical moment precisely. »
  12. (en-US) John R. Vile, « Christian Nationalism », sur The Free Speech Center at Middle Tennessee State University, (consulté le )
  13. Ruiqian Li et Paul Froese, « The Duality of American Christian Nationalism: Religious Traditionalism versus Christian Statism », Society for the Scientific Study of Religion, Grand Rapids, MI, vol. 62, no 4,‎ , p. 770–801 (ISSN 0021-8294, DOI 10.1111/jssr.12868 Accès libre)
  14. a b et c Laura Upenieks et Terrence Hill, « Christian nationalism, religious struggles, and the structural amplification of emotional distress », Published by Wiley-Blackwell for the Southwestern Social Science Association, vol. 105, no 1,‎ , p. 5–24 (ISSN 0038-4941, DOI 10.1111/ssqu.13327 Accès libre)
  15. (en) « COVID-19 conspiracy theories are spreading online like a virus. An inside look at a dangerous misinformation movement that's spilling into the real world », sur thestar.com, (consulté le )
  16. (en) « End the Lockdowns Caucus | Liberty Coalition Canada », sur Liberty Coalition
  17. (en) « Excommunicated Politicians Partner With Christian Nationalists In COVID Conspiracy Movement », sur Canadian Anti-Hate Network,
  18. Casey Michel, « How Russia Became the Leader of the Global Christian Right », Politico Magazine,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  19. Tom Paterson, « Why Putin Goes to Church » [archive du ], sur The Cambridge Language Collective, (consulté le ).
  20. « Mapping Militant Organizations: Russian Imperial Movement », sur Center for International Security and Cooperation, (consulté le ).