Nationalisme révolutionnaire

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Nationalistes révolutionnaires manifestants contre l'OTAN et les USA en 2007.

Le nationalisme révolutionnaire, également connu sous l'acronyme NR, est un courant d'idées situé à l'extrême droite. Le nationalisme révolutionnaire est apparu en contrepied à la fin de l’Algérie française[1] et de la colonisation française en Tunisie et au Maroc. L'un des éléments fondateurs du nationalisme révolutionnaire est une réunion à Venise, le , de l'essentiel des groupes néofascistes européens. Au cours de cette réunion, les participants s'étaient engagés à fonder un « parti nationaliste européen intégré ». Cette alliance, découlant du courant nationaliste européen, aurait visé à édifier une Europe unitaire, pour constituer une « troisième voie » entre d'une part l'URSS et le communisme, et d'autre part les États-Unis et le capitalisme[1].

Les NR sont profondément anticapitalistes, ils pensent que le capitalisme est la première force antinationaliste et uniformisatrice. Ils sont hostiles à l'immigration, aux anarchistes, au libre-marché, au racisme anti-blanc, au sionisme, au marxisme et au gauchisme. Les nationalistes révolutionnaires prônent une forme de socialisme particulier : l'ethno-socialisme[réf. nécessaire].

Description[modifier | modifier le code]

Le nationalisme révolutionnaire est décrit par ses partisans comme une tendance associant une vision nationaliste du monde et une vision socialiste de la société, avec des références et des thématiques attribuées traditionnellement à la gauche. Les NR revendiquent une filiation avec le national-bolchevisme et le national-syndicalisme ; ils militent à ce titre pour la création d’un « front anti-système », regroupant les ennemis radicaux du système, et qui serait une jonction entre l'extrême gauche et l'extrême droite.

Refusant à la fois le capitalisme libéral et le communisme égalitariste, d'où le terme de « Troisième voie » ou tercérisme, les NR prônent, dans un même temps, nationalisme et socialisme. Il s'agirait d'un socialisme à l'échelle continentale qui permettrait l'émergence d'un empire européen respectant les différences culturelles et ethniques, débarrassé d'un capitalisme destructeur des identités. Les NR rejettent aussi le racisme traditionnel suprémaciste, au profit d’une conception différentialiste de la société, un différentialisme garant de la préservation des différentes identités culturelles et ethniques propres à chaque peuple. Les nationalistes révolutionnaires rejettent donc le libéralisme et ce qu'ils considèrent comme sa tendance à abattre les frontières, à mélanger les peuples et uniformiser les cultures, faisant disparaître leur unicité. Ils développent de ce fait une rhétorique violemment hostile à l'immigration.

« La “troisième voie” NR, politique, économique, géopolitique, serait en fait l’équivalent européen des régimes populistes du Tiers-monde (en particulier le péronisme, le nasserisme, le baasisme et la Jamahiriya libyenne). Les NR mettent en avant une continuité entre les notions d’ethnie, de peuple, de nation, de construction européenne, de socialisme et d’État. Leur antisémitisme n’est pas d’ordre biologique ou religieux mais politique. Le juif est conçu tel l’agent du cosmopolitisme, qui empêche l’édification du socialisme national, et du sionisme, qui vise à régenter le monde avec l’appui des USA via le processus de mondialisation[1]. »

Les combats des NR se situent à la marge de ceux menés par l'extrême droite électoraliste. Les NR ne nient pas l'existence des classes sociales et se sont aussi impliqués dans le combat écologiste. Ils soutiennent les mouvements nationalistes arabes et rejettent violemment le sionisme.

Les NR revendiquent une filiation avec des personnalités aussi diverses que Auguste Blanqui, Corneliu Zelea Codreanu, Pierre-Joseph Proudhon, Georges Sorel, Édouard Berth, Manuel Hedilla, Ramiro Ledesma Ramos, Juan Peron, Ernst Jünger, Ernst Niekish, les frères Gregor Strasser et Otto Strasser, Francis Parker Yockey ou Jean Thiriart.

Dans une conférence, reprise par le site Vox NR, un militant de ce courant, Christian Bouchet, a tenté d'écrire une histoire du nationalisme-révolutionnaire français en qui il voit un héritier tant des sans-culottes les plus radicaux de 1793 que de la montagne blanche ou du bonapartisme plébiscitaire, de la droite révolutionnaire de la fin du XIXe siècle et du Cercle Proudhon, de Georges Valois, de certains des « non-conformistes des années 30 », comme Philippe Lamour ou Pierre Winter ainsi que de théoriciens d'extrême droite d'après-guerre plus classiques [2].

Parmi les dirigeants politiques mondiaux contemporains, Hugo Chávez, Fidel Castro et Mahmoud Ahmadinejad inspirent du respect aux NR pour leur opposition à l'impérialisme américain, et sont souvent cités dans leurs publications. Les nationalistes-révolutionnaires ont également apporté leur soutien, selon les époques, à des dirigeants nationalistes arabes comme Gamal Abdel Nasser, Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, Hafez el-Assad puis Bachar el-Assad.

Parmi les symboles utilisés par le nationalisme révolutionnaire on retrouve les couleurs rouge et noire (en référence à la première Phalange) et le trident (emprunté au solidarisme russe).

Le nationalisme révolutionnaire est aujourd'hui représenté en France par le groupe Bastion social et fut par le passé représenté par des organisations telles que le Réseau radical, le GUD, le Mouvement nationaliste révolutionnaire, Troisième voie, Nouvelle Résistance, Unité radicale, les Groupes nationalistes révolutionnaires ou encore Jeune Europe fondée par Jean Thiriart.

Des membres de ce courant se réclament également du mouvement eurasiste dans l'ex-URSS, du péronisme ou du bolivarisme en Amérique latine, ainsi que du baasisme ou du kadhafisme dans les pays arabes.

Les nationalistes révolutionnaires sont plus axés dans la lutte contre le capitalisme, l'américanisme et le sionisme que contre le marxisme (même si ils sont anticommunistes pour la majorité d'entre eux). Les nationalistes révolutionnaires sont contre l'OTAN et contre les trotskystes et la mouvance "antifa" en particulier.

Certaines personnalités d'extrême droite proches du courant national révolutionnaire ont par le passé milité à gauche voire à l'extrême gauche et conservent des idées économiques de gauche associées à un nationalisme exacerbé, dans la lignée de l'idéologie strasseriste. Ces personnalités sont souvent décrites comme rouges-brunes ou national-communistes. C'est le cas notamment de personnalités comme Alain Soral, Jean Thiriart ou le national-anarchiste Hans Cany[3]. En dépit de l'anticommunisme affiché par les nationalistes révolutionnaires, ceux-ci affichent de la sympathie pour un certain nombre de régimes communistes anti-impérialistes et également nationalistes[4]. A titre d'exemple, Hans Cany, ex-communiste passé par Unité radicale, soutient le régime communiste vietnamien[3],[5]; plus récemment Alain Soral et Dieudonné (qui n'est cependant pas formellement une personnalité d'extrême droite) se sont rendus à plusieurs reprises en Corée du Nord et ont rencontré de nombreux officiels du régime nord-coréen[4],[6]. Dans la même registre, Jean Thiriart, national-bolchéviste belge, a également été proche de la Chine maoïste et du régime communiste roumain de Nicolae Ceaușescu[4]. Les nationalistes révolutionnaires sont généralement considérés comme des partisans de l'autoritarisme voire du totalitarisme de par leurs soutiens à de nombreux régimes dictatoriaux au nom de l'anti-impérialisme.

Enfin, certaines personnalités national-communistes souhaitent une alliance entre l'extrême gauche et l'extrême droite, à l'instar d'Alain Soral; qui déplore, dans ses Chroniques d’avant-guerre (2012), qu’il ne soit pas possible de fusionner le Front national et le Front de gauche, en se basant sur l’exemple libanais de Hassan Nasrallah, musulman, s’alliant au général Aoun, chrétien[7]. En 2017, celui-ci a adressé ses encouragements à Jean-Luc Mélenchon[8][travail inédit ?].

La plupart des nationalistes révolutionnaires rejettent le qualificatif d'extrême droite qui leur est accolé[9],[10]. Au contraire, certains d'entre eux se considèrent comme étant de « gauche »[9] et revendiquent des idéaux anarchistes, écologistes, tout en rejetant la gauche traditionnelle et l'extrême gauche assimilées à des « traîtres » en raison de leur cosmopolitisme et leur acceptation du multiculturalisme[9],[11]. Néanmoins, les nationalistes révolutionnaires contestent la pertinence des classifications gauche/droite et ne se reconnaissent pas sur l'échiquier politique traditionnellement utilisé[9]. Pour leurs détracteurs de gauche, les nationaux-communistes et les nationaux-anarchistes seraient en réalité des fascistes voire des néonazis déguisés, maquillant leur ultranationalisme en dévoyant et en dénaturant des concepts habituellement utilisés par les partis et mouvements de gauche, telles que la lutte des classes ou l'écologisme afin de donner une apparence respectable à leurs mouvements[3],[5].

Activités[modifier | modifier le code]

Le site de la librairie en ligne Librad est tenu par des militants nationalistes-révolutionnaires (il existe trois sites « librad » : un français, un italien et un allemand)[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Nicolas Lebourg, « Qu’est ce que le nationalisme-révolutionnaire » ? (1/2), Fragments sur les Temps Présents, le 9 mars 2009.
  2. Voir sur voxnr.com.
  3. a b et c « A propos de quelques commentaires », sur La Terre d'abord, (consulté le 23 janvier 2018)
  4. a b et c Nicolas Lebourg, « L'étrange fascination de penseurs d'extrême droite pour des régimes d'extrême gauche », sur Slate, (consulté le 23 janvier 2018)
  5. a et b « Rébellion », sur REFLEXes, (consulté le 23 janvier 2018)
  6. « Dieudonné, Soral : pourquoi une telle lune de miel avec la Corée du Nord ? », sur Le Nouvel Obs, (consulté le 23 janvier 2018)
  7. Louis Simon, « Vous avez dit Soral ? », sur revue-ballast.fr, (consulté le 14 juin 2015).
  8. « Le point sur la très douteuse vidéo anti-Valls publiée par Jean-Luc Mélenchon », sur Conspiracy Watch, (consulté le 15 octobre 2017).
  9. a b c et d « Hans Cany, le paria...d'ultra-gauche ?? », sur L'Etoile Noire, (consulté le 23 janvier 2018)
  10. « HANS CANY : la vérité sur son parcours politique », sur L'Etoile Noire, (consulté le 23 janvier 2018)
  11. « National-communisme et national-bolchevisme. », sur Rouge & Noir, (consulté le 23 janvier 2018)
  12. Stéphane François, « Réflexions sur des subcultures contemporaines 7, Fragments sur les Temps Présents, le 18 mars 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Yves Camus, « Une avant-garde populiste : « peuple » et « nation » dans le discours de Nouvelle Résistance », Mots, nº 55, juin 1998, p. 128-138 (analyse approfondie de la doxa nationaliste révolutionnaire).
  • Alexandre Faria, « Unité radicale : histoire d’un mouvement nationaliste-révolutionnaire », mémoire de maîtrise en histoire, université Toulouse 2.
  • Nicolas Lebourg, « Les nationalismes-révolutionnaires en mouvements : idéologies, propagandes et influences (France : 1962-2002) », thèse de doctorat en histoire, université de Perpignan.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]