National-anarchisme

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L'étoile violette du national-anarchisme contemporain[1]. La FAQ nationale-anarchiste française l'appelle l'étoile de la souveraineté[2].

Le national-anarchisme (ou anarcho-nationalisme) est un mouvement politique cherchant à concilier les positions anarchistes de rejet du capitalisme et de l’État avec le nationalisme, voire dans certains cas, avec le « séparatisme racial[3] ». Il trouve ses racines intellectuelles dans les écrits de Julius Evola et du néo-nazi Francis Parker Yockey[4], et compte Pierre-Joseph Proudhon, Michel Bakounine, Pierre Kropotkine, Léon Tolstoï, Murray Bookchin, Richard Walther Darré, Max Stirner[4], Jean Thiriart, Ernst Niekisch, Robert Dun, Otto Strasser[5] parmi ses influences, malgré le fait que certains de ces auteurs se soient opposés au racisme et au nationalisme[Note 1].

Utilisé ainsi, le terme fut créé simultanément par Troy Southgate (en Angleterre), Peter Töpfer (en Allemagne) et Tim Mudde (aux Pays-Bas), et fut utilisé par la National Revolutionary Faction, désormais inactive, pour décrire son idéologie[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme national-anarchiste remonte aux années 1920, lorsque Helmut Franke, écrivain allemand impliqué dans la révolution conservatrice, l'utilisa pour décrire ses vues politiques[6]Au Royaume-Uni, au début des années 1980, le groupe Black Ram[Note 2] promut des idées qu'il décrivait comme national anarchiste et anarcho-nationaliste[7]. Cependant, le sens actuel fut forgé par le national-anarchiste français Hans Cany, qui utilisa le premier le mot au début des années 1990, ainsi que les termes « national-libertaire » et « anarcho-identitaire »[6],[8]. À peu près à la même époque, Richard Hunt quitta le comité de rédaction de Green Anarchist, du fait d'un désaccord quant aux stratégies politiques, et créa son propre journal, Alternative Green[9]. Du fait de la politique d’Alternative Green concernant la publication d'articles provenant de tout le spectre politique, le personnel restant de Green Anarchist accusa constamment Hunt de défendre le fascisme, alors que l'écrivain et activiste de gauche Stewart Home accusa à la fois Alternative Green et Green Anarchist de promouvoir l'écofascisme[10].

Au milieu des années 1990, Troy Southgate, un ancien membre strasseriste du British National Front et de l'organisation néo-fasciste International Third Position, commença à se ranger aux thèses anarchistes vertes de Hunt, tout en y mêlant le séparatisme racial (que Hunt ne défendait pas) pour créer une nouvelle forme de national-anarchisme[5]. En 1998, Southgate forma la National Revolutionary Faction (NRF), officiant en tant que secrétaire national[11]. Durant un temps, il était également membre du comité de rédaction d’Alternative Green[11]. Southgate désavouera par la suite le concept de cellule révolutionnaire et en 2003, la NRF se dissout, peu après que Southgate et d'autres personnes associées à la NRF devinrent impliqués dans un forum de contre-culture basé au Royaume-Uni, le Cercle de la Rose Noire, dont Southgate est le président[11],[12]. Southgate est également un membre de New Right, groupe inspiré par le mouvement français de la Nouvelle Droite[13].

Principes fondamentaux[modifier | modifier le code]

Le national-anarchisme se veut l'expression d'un antimodernisme et d'une volonté d'autodétermination individuelle et collective radicaux[14]. Les nationaux-anarchistes considèrent que les hiérarchies inhérentes au capitalisme et au gouvernement sont oppressive. Ils défendent une action collective organisé selon l'identité nationale, et cherchent à promouvoir un ordre social décentralisé au sein duquel des individus ayant les mêmes opinions établiront et maintiendront volontairement des communautés distinctes[3]. Le national-anarchisme a été critiqué par la gauche qui le considère comme étant une idéologie d'extrême droite[15].

Le national-anarchisme partage avec la plupart des tendances de l'anarchisme le désir de réorganiser les relations humaines, en accentuant le remplacement des structures hiérarchiques du gouvernement et du capitalisme par une prise de décision locale et communale. Troy Southgate déclara :

« Nous croyons en la décentralisation politique, sociale et économique. En d’autres termes, nous souhaitons que les conceptions bureaucratiques comme l’ONU, l’OTAN, l’UE, la Banque mondiale et même les État-nations comme l’Angleterre et l’Allemagne soient éradiqués et remplacés par des communautés de villages autonomes »[16]

Les nationaux-anarchistes ont tendances à promouvoir des pratiques économiques pouvant être décrites comme du distributisme et du mutuellisme, plaçant l'accent sur une large possession des moyens de production, sous la forme de petites entreprises et de coopératives ouvrières[17]. Le concept révolutionnaire-conservateur de l'anarque est central au sein du national-anarchisme[11].

Les nationaux-anarchistes rejettent le libéralisme comme cause première du déclin des nations et de l'identité culturelle[18]. Les nationaux-anarchistes rejettent également le fascisme et le communisme du fait de leur étatisme et de leur totalitarisme[4], ainsi que le national-socialisme, considéré comme la dictature ratée d'un gouvernement totalitaire[4],[18]. Ce rejet est cependant considéré par une large part du mouvement anarchiste comme étant trompeur et malhonnête[15],[19]. Green Anarchist publia un article accusant les nationaux-anarchistes d'être des infiltrés fascistes soutenus par l'État ayant pour objectif de discréditer l'anarchisme classique[20]. Antifa, un réseau de militants antifascistes, prône la confrontation physique violente avec les nationaux-anarchistes, qu'il considère comme faisant partie de l'extrême droite[21].

Certains nationaux-anarchistes se sont rapprochés des idées eurasiennes[22], d'autres du national-bolchévisme[23].

Autonomie et indépendantisme[modifier | modifier le code]

Les nationaux-anarchistes prônent un modèle de société au sein duquel les communautés pratiquant l'indépendantisme ressemblant à une orientation sexuelle, religieuse ou ethnique sont capables de coexister à côté de communautés aux ethnies multiples ou intégrées sans que la force ne soit requise[24]. Ils suggèrent que des « zones autonomes[Note 3] » existeraient avec leurs propres règles quant à l'installation permanente au sein d'une communauté, sans qu'il n'y ait besoin de strictes divisions ethniques ou de la violence prônées par le nationalisme raciste[24]. Les nationaux-anarchistes estiment que le génocide, le meurtre et le conformisme social sont inutiles, tyranniques et sont un affront au « peuple d'opinion libertaire »[24].

Certains partisans du national-anarchisme soutiennent un « séparatisme racial » volontaire, mais pas de haine raciale ou de suprémacisme racial (tel que suprémacisme blanc et le suprémacisme noir)[25]. Certains nationaux-anarchistes, dont Southgate, croient que métissage endommage la diversité culturelle, aux motifs que le mélange de cultures détruit l'une voire toutes les cultures impliquées[16]. Ils maintiennent en outre que le « séparatisme racial » empêche la haine raciale de se développer en permettant aux cultures indigènes et à la biodiversité de continuer d'exister[17]. Southgate déclara : « Notre conception du mot « national » ne renvoie pas à un territoire mais à l'identité raciale qui est une facette naturelle de tous les peuples »[16], et que « nous cherchons notre propre espace sur lequel vivre selon nos propres principes »[4]. Le groupe américain de national-anarchistes Folk and Faith déclara : « étant de fermes croyants en la vraie biodiversité, les nationaux-anarchistes sont de fidèles séparatistes raciaux »[17]. Les critiques anarchistes estiment que le concept de séparation raciale est intrinsèquement lié à la haine raciale[15]. Pour leur part, les nationaux-anarchistes se distinguent à la fois des anarchistes classiques[15] et des suprémacistes blancs[5].

Les nationaux-anarchistes suggèrent que chaque collectif serait libre de mettre en pratique la structure politique et économique de son choix, tant qu'il n'interfère avec les droits des autres communautés à suivre leurs propres choix de vie. Cependant, les nationaux-anarchistes estiment généralement que la conservation et la protection environnementales sont des sujets que tout le monde devrait coordonner[9]. Les zones dépourvues de développement humain significatif ainsi que les pays frontières seraient entretenus de façon collective, et l'existence de zones libres autorisant le commerce et le partage entre les communautés serait déterminée avec l'accord de toutes les parties concernées[26]

Le réseau Bay Area National Anarchist (BANA) prévoit le développement de zones autonomes nationales (abrégé, en ZAN, ou NAZ en anglais) et les promeut en tant qu'exemple, suggérant que les nationaux-anarchistes peuvent de cette façon parvenir à « l'autonomie au milieu de l'adversité » tout en observant que la théorie national-anarchiste « ne demande pas spécifiquement […] à ce que [ces communautés] adhèrent à une idéologie politique particulière » ou qu'elles s'organisent d'une façon particulière[27] Une ZAN peut contenir une ou plusieurs des caractéristiques suivantes[27] :

  • Une représentation homogène d'une langue parlée, d'une culture, d'une religion, et d'une ethnie.
  • La délégation organisée des tâches et de l'économie.
  • Des rapports prédéfinis régulant le comportement vis-à-vis des individus extérieurs à la ZAN.
  • Un système de procédures fonctionnelles standard en matière d'auto-défense.
  • Des processus de prise de décisions collectifs et informels.

Une ZAN mûre est considérée comme ayant une ou plus des caractéristiques du concept de la forteresse militaire vietnamienne[Note 4], en matière de défense nationale[28].

Troy Southgate a, de son côté, fait renaître en 1998 le Front européen de libération de Yockey sous le nom de Front de libération européen (dont les initiales sont, en anglais, ELF). Ce dernier, qui cherche à unir tous les nationaux-révolutionnaires européens, revendique l'héritage théorique de Yockey, Thiriart et Strasser. Dans son manifeste, celui-ci déclare lutter contre le sionisme, le marxisme, le capitalisme ainsi que les démocraties libérales, et entend défendre les différentes races et cultures européennes, l'autonomie et l'autodétermination économiques, ainsi qu'une politique d'union européenne. Le Front de libération européen estime que de tels changements ne pourraient survenir que dans le cas de révolution nationale[29].

Débat[modifier | modifier le code]

La plupart des anarchistes contemporains rejettent comme illégitime l’utilisation du terme anarchiste par ce mouvement. En effet, historiquement l'anarchisme ne se réduit pas à l'anti-étatisme, il se fonde sur le refus du principe d'autorité sous tous ces formes sociales, politiques, économiques, et religieuses. Le contrôle de la population (rejet de la liberté de circulation[réf. nécessaire]) que prône le national-anarchisme est donc en contradiction avec la volonté anarchiste de maximaliser la liberté de l'individu.

Les figures de proue du national-anarchisme sont également souvent des compagnons des mouvements white-power et néo-nazis qui recherchent directement le séparatisme racial. De plus, tous les porte-paroles connus du national-anarchisme sont des membres ou des anciens membres de groupes néo-nazis ou de partis d'extrême droite, et certains groupuscules nationaux-anarchistes cherchent à libérer des négationnistes[30].

Certains anarchistes prétendent que le national-anarchisme n’est qu’un outil pour recruter des personnes aux convictions anarchistes ou prônant la suprématie blanche, en dénaturant ce qu’ils entendent par anarchie[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Parmi lesquels Bakounine (il défendit un panslavisme non-nationaliste), Kropotkine, Tolstoï et Stirner se sont vivement opposés au nationalisme ; au XXe, Bookchin fit de même, et s'opposa également au racisme.
  2. Groupe socialiste libertaire antisexiste et antiraciste, à tendance völkisch, n'ayant existé que le temps d'une année.
  3. Ces zones autonomes sont calquées sur le principe des zones autonomes temporaires défendu par Hakim Bey.
  4. Prenant ses racines dans le « village de combat » de la guerre du Viêt Nam et du « village fortifié » de la guerre d'Indochine, il s'agissait d'un concept de guérilla impliquant un réseau de deux douzaines de districts nord-vietnamiens. Chaque village pouvait devenir un « village de combat », agissant de concert en matière de tactique avec les villages voisins. Le district entier pouvait devenir une simple unité stratégique, l'ensemble des districts formant une grande « forteresse militaire ».
    Les villageois étaient armés, avaient des devoirs particuliers en matière militaire. Chacun d'entre eux passait une partie de la journée à s'entraîner et à travailler sur les fortifications, pour lesquelles il pouvait obtenir des rations supplémentaires. Ce travail consistait principalement à creuser des tranchées, des pièges, des bunkers et des galeries de tunnels.

Références[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. FAQ nationale-anarchiste
  3. a et b (en) Troy Southgate Transcending the Beyond: From Third Position to National-Anarchism. Synthesis. La FAQ nationale-anarchiste s'oppose et au racisme, et au métissage.
  4. a, b, c, d et e (en) Miron Fyodorov, Interview with Troy Southgate for Kinovar, Russia, New Right, février 2006.
  5. a, b et c (en) Wayne John Sturgeon, Synthesis editor Troy Southgate interviewed by Wayne John Sturgeon, Synthesis, (2001)
  6. a, b et c (de) NA-Internationale, der internationale Nationalanarchismus und etwas zu seiner Geschichte, Nationalanarchismus.
  7. Black Ram 1: 12, 18.
  8. Hans Cany, Sur l’histoire du National-Anarchisme en France et sa situation actuelle, Nationalanarchismus (2004).
  9. a et b (en) An Interview with Richard Hunt
  10. (en) Green Anarchist Documents, Stewart Home Society
  11. a, b, c et d (en) Graham D. Macklin, Co-opting the counter culture: Troy Southgate and the National Revolutionary Faction, Patterns of Prejudice 39(3): 301-326 (septembre 2005).
  12. (en) S Y N T H E S I S - Journal du Cercle de la Rose Noire
  13. (en) Graham Macklin, An Interview with Troy Southgate, Synthesis.
  14. (de) Peter Töpfer, Der internationale Nationalanarchismus und etwas zu seiner Geschichte
  15. a, b, c et d (en) Nick Griffin, National Anarchism - Trojan Horse for White Nationalism dans Green Anarchy.
  16. a, b et c (en) Troy Southgate, What is National-Anarchism?.
  17. a, b et c (en) FolkAndFaith.com
  18. a et b (en) Welf Herfurth, Doing the New Right thing by people, (entretien avec un national-anarchiste australien), Mathaba (février 2008)
  19. (en) Anarchists against Nationalism.
  20. a et b (en) Peter Manson, No case to answer (contient des déclarations de Terry Liddle), Weekly Worker no 363 (7 décembre 2000).
  21. (en) The opposition, Antifa Britain.
  22. (en) Archonis, Onward Eurasia!
  23. Le site Synthesis propose une traduction d'un article de Christian Bouchet consacré au national-bolchévisme ; Southgate cite Niekisch parmi ses influences, et certains nationaux-anarchistes considèrent Edouard Limonov comme étant un penseur de référence.
  24. a, b et c (en) Keith Preston, National-Anarchism and Classical American Ideals: Is A Reconciliation Possible?, Food For The European Mind, 2003.
  25. National-Anarchist-Online : National-Anarchist-Online
  26. (en) Troy Southgate, Tradition and Revolution: Collected Writings of Troy Southgate, Aarhus: Integral Traditions, 2007.
  27. a et b (en) National Autonomous Zones: Castles without walls, Bay Area National Anarchist, mai 2008.
  28. Inside the Gates: the Vietnamese Military Fortress, Bay Area National Anarchist, mai 2008.
  29. Troy Southgate, Manifeste du Front de libération européen, sur le site VoxNR. Le texte original est disponible sur le site Synthesis.
  30. Tels que Germar Rudolf (Freiheit für Germar Rudolf) ou Ernst Zündel ; certains nationaux anarchistes ont également apporté leur soutien à Dieudonné (Ein Kämpfer für die Republik: Frankreichs beliebter Komiker Dieudonné), lors de la polémique dont il a fait l'objet ; Peter Töpfer a notamment traduit en allemand des articles et des ouvrages de Serge Thion et de Pierre Guillaume (tel que le recueil d'articles négationnistes intitulé Revisionismus von ultralinks : Die Avantgarde des Anti-imperialismus).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sites archivés[modifier | modifier le code]