Spécisme

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Le spécisme (du mot anglais speciesism de même sens) est la considération morale supérieure que les humains accordent à leur propre espèce, et le traitement discriminatoire qui en découle, notamment à l'encontre des animaux d'élevage, destinés à l'expérimentation ou considérés comme nuisibles. Ce concept est surtout utilisé par les défenseurs des droits des animaux. Par extension, le spécisme renvoie aussi à l'idée que les humains accorderaient une considération morale plus ou moins importante aux individus des autres espèces animales en fonction de celle-ci : les animaux de compagnie et les animaux dont l'espèce est en voie de disparition verraient par exemple leurs intérêts davantage pris en compte que les animaux d'élevage.

Le concept de spécisme a été forgé à partir du début des années 1970 par analogie avec les notions de racisme et de sexisme, dans le but de dénoncer une idéologie dominante, de la même manière que la notion de patriarcat a été reprise par le féminisme radical pour définir ce qui était jugé comme une idéologie omniprésente, invisible et à l'origine de diverses injustices. Le concept de spécisme est ainsi fondamentalement lié à celui d'antispécisme[1].

L'affirmation de la prééminence de l'espèce humaine, et les distinctions entre animaux de compagnie, animaux d'élevage et animaux nuisibles faisant partie du sens commun, la pertinence analytique de la notion de spécisme est avant tout reconnue par les militants animalistes et par certains universitaires travaillant spécifiquement sur le statut moral des animaux. Bien moins reconnu que les concepts de racisme ou de sexisme, le spécisme ne fait pas l'objet de politiques publiques visant à le combattre. Il existe de plus une controverse sur l'existence même de l'idéologie spéciste : tandis que les antispécistes considèrent que le spécisme est une idéologie qui est très largement répandue dans la société et qui devrait être combattue, d'autres personnalités rejettent cette qualification, soutenant plutôt que l'intérêt que nous accordons prioritairement à notre espèce et la façon dont nous différencions le traitement des animaux des autres espèces ne résultent pas d'une idéologie particulière et unifiée.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Pour Paul Waldau (en), le spécisme est fort ancien. Il écrit qu’on a traditionnellement justifié de ne pas prendre en compte, ou secondairement en compte, les intérêts des autres animaux par la croyance qu’ils existeraient pour notre usage[réf. souhaitée]. Aristote affirma notamment la prééminence de l'espèce humaine au IVe siècle av. J.-C. dans son ouvrage Histoire des animaux, dans lequel il établit également une hiérarchie entre les espèces animales. Pour Isocrate, d'après Thierry Gonthier, l'animal représente alors le pôle négatif de la dualité humaine, la bestialité étant opposée au logos[2],[3]. De même, toujours selon Gonthier, Cicéron au Ier siècle av. J.-C. voit dans l'animal un outil rhétorique, servant à mettre en valeur l'homme[4]. La religion juive puis la religion chrétienne posent aussi la prééminence de l'espèce humaine sur les animaux, créés pour les humains.

Ce n'est toutefois que plus récemment que cette hiérarchie a commencé à être interrogée par certains philosophes.

Richard D. Ryder forgea le terme « spécisme » en 1970.

Le terme « spécisme » et l’idée corrélative qu’il s’agissait d’un préjugé est apparu en 1970 dans un pamphlet du psychologue Richard D. Ryder intitulé Speciesism. Ryder avait écrit au Daily Telegraph en avril et mai 1969 trois lettres critiquant l’expérimentation animale, fondées sur des incidents qu’il avait observés dans des laboratoires. Par la suite, il rejoignit un groupe d’intellectuels et d’écrivains à Oxford connu aujourd’hui sous le nom de « groupe d’Oxford », qui remettait en cause le statut et le traitement des animaux. L’une des activités de ce groupe était d’écrire et de distribuer des pamphlets, tel que « Speciesism », sur l’expérimentation animale.

Ryder explique dans son article que :

« Depuis Darwin, les scientifiques admettent qu’il n’y a aucune différence essentielle « magique » entre les humains et les autres animaux, biologiquement parlant. Pourquoi, dès lors, faisons-nous moralement une distinction radicale ? Si tous les organismes sont sur un seul continuum biologique, nous devrions aussi être sur ce même continuum. »

Il écrit que, au même moment au Royaume-Uni, 5 millions d’animaux sont utilisés chaque année pour l’expérimentation, et que cette façon de tirer bénéfice, pour notre propre espèce, de mauvais traitements infligés aux animaux relève du spécisme.

Ryder réemploie le terme dans « Expérimentations sur les animaux » dans Animals, Men and Morals (1971), un recueil d’essais sur les droits des animaux édité par trois autres membres du groupe d’Oxford, Stanley et Roslind Godlovitch et John Harris. Il établit alors un parallèle entre spécisme et racisme :

« Les mots « race » et « espèce » sont des termes aussi vagues l’un que l’autre que l’on utilise pour classifier les êtres vivants principalement sur la base de leur apparence. On peut faire une analogie entre les deux. La discrimination sur la base de la race, bien que tolérée presque universellement il y a deux siècles, est maintenant largement condamnée. De la même façon, il se pourrait qu’un jour les esprits éclairés abhorreront le spécisme comme ils détestent aujourd’hui le racisme. L’illogisme dans ces deux formes de préjugés est du même type. Si nous acceptons comme moralement inacceptable de faire souffrir délibérément des êtres humains innocents, alors il est logique de trouver inacceptable de faire souffrir délibérément des êtres innocents d’autres espèces. Le temps est venu d’agir selon cette logique. »

En français, le terme « espécisme » est parfois employé (l'anthropologue Pascal Picq dans Il était une fois la paléoanthropologie, ou encore le philosophe Jean-Yves Goffi dans Le Philosophe et ses Animaux[5]).

Diffusion de l’idée[modifier | modifier le code]

Peter Singer popularisa le concept de spécisme dans Animal Liberation (1975).

L’idée fut popularisée par le philosophe utilitariste australien Peter Singer (qui a connu Ryder a Oxford) dans La libération animale (1975). Singer explique que le spécisme viole le principe d’égale considération des intérêts, qui découle du principe énoncé par Jeremy Bentham : « chacun compte pour un, et personne pour plus d’un ». Bien qu’il puisse y avoir de nombreuses différences entre les humains et les autres animaux, nous partageons avec eux la capacité de souffrir. Aussi, dans la délibération morale, nous devons accorder le même poids à deux souffrances similaires, quel que soit l’individu qui souffre. Une théorie morale qui conduirait à traiter de façon dissemblable deux cas semblables ne serait pas une théorie morale valable. Singer écrit dans le 1er chapitre de La Libération animale :

« Les racistes violent le principe d'égalité en donnant un plus grand poids aux intérêts des membres de leur propre race quand un conflit existe entre ces intérêts et ceux de membres d'une autre race. Les sexistes violent le principe d'égalité en privilégiant les intérêts des membres de leur propre sexe. De façon similaire, les spécistes permettent aux intérêts des membres de leur propre espèce de prévaloir sur les intérêts supérieurs des membres d'autres espèces. Le schéma est le même dans chaque cas[6]. »

Le terme fit son entrée dans l`Oxford English Dictionary en 1985. En 1994, l`Oxford Dictionary of Philosophy le définit ainsi :

« Par analogie avec le racisme et le sexisme, l’attitude consistant à refuser indûment le respect envers la vie, la dignité, ou les besoins d’animaux appartenant à d’autres espèces que l’espèce humaine[7]. »

Arguments en faveur du spécisme[modifier | modifier le code]

Les arguments en faveur du spécisme se fondent principalement sur des croyances religieuses, des conceptions philosophiques anthropocentriques et le concept de préférence pour son groupe d'appartenance (ici l'espèce).

Arguments religieux[modifier | modifier le code]

Certaines traditions religieuses affirment que les animaux ont été créés à l’usage de l’Homme, et qu’à l’inverse les humains sont des créatures spéciales. Par exemple, les religions abrahamiques enseignent que l’Homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, contrairement aux animaux qui ont été créés pour servir l’Homme.

« Puis Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer et sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre ». (Genèse 1:26) »

Bien que le bouddhisme reconnaisse aux animaux un statut moral d’êtres sensibles et bien que Bouddha ait prôné le végétarisme[8], le bouddhisme procède à une hiérarchie des êtres, certains étant plus avancés que d’autres dans le cycle des réincarnations[9]. Les animaux peuvent se réincarner en êtres humains, les humains peuvent être rétrogradés en animaux dans leur prochaine vie s’ils se sont mal comportés, et seuls les humains peuvent atteindre directement l’illumination (les animaux devant d’abord se réincarner en humains).

On retrouve cette conception de progression dans les réincarnations dans l'hindouisme. Certains hindous sont végétariens, avec un profond respect pour les vaches en particulier (représentant la terre/mère, la figure centrale)[10].

Anthropocentrisme[modifier | modifier le code]

Une des défenses philosophiques du spécisme est l’anthropocentrisme. Elle se fonde sur l’idée que les seuls les humains, possèdent certaines capacités mentales considérées comme supérieures telles la raison, le langage, l’autonomie, l’intelligence, etc. Traditionnellement, depuis Aristote, il s’agit de la raison, de la conscience de soi et de la capacité à agir moralement qui sont considérées comme exclusives à l'espèce humaine.

Les auteurs antispécistes répondent à la conception anthropocentrique de l’éthique de trois façons[11] :

  1. Il n’y a pas toujours de lien logique entre la capacité en question et le statut moral. Par exemple, ils s'interrogent sur la raison pertinente qui ferait accorder moins d’importance aux intérêts, aux droits, à la dignité d’un individu au motif qu’il est moins intelligent qu’un autre. Ils considèrent que la souffrance d’un être ne devrait pas être ignorée au motif qu’il n’est pas un agent moral.
  2. L’éthologie nous apprend que de nombreux animaux possèdent, à des degrés divers, les capacités en question. Les primates, par exemple, sont des individus sociaux intelligents, dotés d’une vaste gamme d’émotions, ayant une reconnaissance de leur corps. Ils sont capables de comprendre la réciprocité, l’équité, et d’agir selon des motivations morales ou proto-morales (empathie, sympathie, sollicitude)[12].
  3. Il existe des humains qui sont dépourvus de ces capacités, ou les possèdent à un degré moindre que certains animaux, tels que les nouveau-nés, les handicapés mentaux profonds, les séniles. Il s'agit de l’argument des cas marginaux, qui consiste à soutenir que si nous accordons de la considération morale à ces humains, la même considération morale doit être accordée aux autres animaux dotés des mêmes capacités ou de capacités supérieures.

Ces trois points permettent ainsi d'ouvrir un débat sur le positionnement anthropocentrique. On peut par exemple penser au Cycle de l'Élévation de David Brin qui introduit un monde où les chimpanzés, les dauphins, les gorilles et les chiens sont reconnus comme des êtres conscients doués d'autonomie et égaux aux humains (dans les limites de l'œuvre de fiction).

Certains ont affirmé la pertinence de l'anthropocentrisme en critiquant l'analogie entre sexisme, racisme et spécisme.

Le philosophe Carl Cohen (en) a écrit que le racisme et le sexisme sont injustes car il n'y a pas de différence pertinente entre les sexes ou entre les races, tandis qu'il existe des différences significatives entre les espèces. Les animaux ne seraient pas des personnes selon la définition que Kant en donne[13], par conséquent ils n'ont pas de droits[14]. Il estime d'ailleurs que le spécisme est nécessaire pour agir moralement :

« Le spécisme n'est pas simplement plausible, il est essentiel à une conduite juste, parce ceux qui ne verraient pas de différences moralement pertinentes entre les espèces sont presque sûrs, en conséquence, de mal comprendre leurs vraies obligations[15]. »

Peter Staudenmaier a écrit :

« L'analogie avec le mouvement des droits civiques et le mouvement féministe est trivialisant et anhistorique. Ces deux mouvements sociaux furent initiés et conduits par les membres des groupes discriminés eux-mêmes, non par des hommes et des blancs bienveillants agissant au nom des discriminés. Ces deux mouvements se sont construits sur l'idée de réclamer et réaffirmer une commune humanité face à une société qui la leur avait retirée et déniée. Aucun militant pour les droits civiques ou pour les droits des femmes n'ont argué que « nous sommes aussi des êtres sentients ! ». Ils ont argué « nous sommes pleinement humains aussi ! ». Or, le mouvement de libération animale ne reprend pas cet argument humaniste, il le critique directement[16]. »

La préférence pour le groupe[modifier | modifier le code]

Plusieurs auteurs[17] ont affirmé que les humains ont un devoir de préférence envers leur espèce et que ce devoir fondait le spécisme.

Singer a répondu[18] à cet argument que si nous acceptions l’argument de la préférence envers le groupe, nous devrions accepter qu’un individu pratique, voire « ait le devoir » de pratiquer, des discriminations en faveur de son propre sexe, groupe ethnique, groupe religieux, etc. nous devrions alors accepter et encourager entre autres le népotisme, le tribalisme, le nationalismeetc. Le principe de préférence envers le groupe « espèce humaine » est selon lui contraire au principe d'égale considération des intérêts défendu par Singer et contraire à l'universalisme (qui inspire par exemple la Déclaration universelle des droits de l'homme).

Un fondement théorique de la préférence pour le groupe a été proposé par Jean-Pierre Dupuy, qui la fait découler d'une logique de solidarité permettant à chaque humain d'augmenter la probabilité de sa propre survie[19]. Historiquement, cette solidarité s'est établie d'abord au niveau de groupes humains restreints, et pouvait exclure d'autres groupes dont les droits étaient ignorés ; puis la sphère de solidarité s'est progressivement étendue à l'espèce humaine toute entière. Les humains ont majoritairement intérêt à défendre un système moral aux termes duquel la vie et certains droits humains sont sacrés et doivent être préservés absolument. Jean-Pierre Dupuy qualifie ce système d'« auto-transcendant » car c'est une construction humaine désormais perçue comme absolue et au-dessus des humains.

La féministe américaine Nel Noddings (en) a reproché à Singer de ne pas prendre en compte le contexte dans lequel se produisent les discriminations envers les espèces, tandis que la critique du racisme et du sexisme aurait pris en compte le contexte dans lequel se produisent les discriminations entre les humains[20].

Arguments contre le spécisme[modifier | modifier le code]

Antispécisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Antispécisme.

Selon l'antispécisme (mouvement philosophique et politique opposé à la discrimination spéciste), le spécisme est une idéologie condamnable, et un « mouvement de libération animale » est nécessaire pour mettre un terme à l'exploitation des animaux.

L’argument principal contre le spécisme se fonde sur l’idée que l’appartenance à une espèce n’a, en tant que telle, aucune pertinence morale. Peter Singer écrit[21] :

« Le défunt philosophe Robert Nozick prétendait que le fait de n'avoir encore formulé aucune théorie sur l'importance morale de l'appartenance à une espèce ne prouve rien : « Personne n'y a encore passé beaucoup de temps, parce que le problème ne paraissait pas urgent »[22]. Mais trente ans après, le commentaire de Nozick prend un sens différent. Depuis, beaucoup d'auteurs ont passé du temps à essayer de défendre l'importance de l'appartenance à l'espèce. Et l'échec persistant des philosophes à produire une théorie plausible de l'importance morale de l'appartenance à l'espèce montre, avec une probabilité croissante, qu'une telle théorie est impossible. »

Le raisonnement antispéciste procède par extension de la morale existante : il fonde les droits des animaux sur ceux que les humains s'accordent entre eux, sans chercher à analyser l'origine de ces droits. Ce n'est pas le fait que des animaux soient maltraités qui est remis en cause mais la différence de traitement entre ceux-ci et les humains. En niant l'existence d'une théorie morale justifiant l'humanisme en tant que tel, l'antispécisme conclut que les animaux doivent être respectés autant que le sont les humains.

L'égalité que prône l'antispécisme concerne les individus, et non les espèces. Les intérêts des individus (à vivre une vie heureuse, à ne pas souffrir) doivent être pris en compte de manière égale, indépendamment de l'espèce de ces individus[23]. L'espèce peut intervenir, mais uniquement dans la mesure où il en résulte quelque caractéristique pertinente pour la détermination des intérêts. C'est pourquoi il est moins grave, écrit Singer, de donner une claque (de même intensité) à un cheval qu'à un bébé humain ; car la peau du cheval est plus épaisse que celle du bébé, et sa souffrance effective sera donc moindre.

Ainsi, les auteurs antispécistes ne prônent pas nécessairement une égalité de traitement ou une égalité des droits ; tout comme il serait absurde d'accorder à un homme (mâle) le droit à l'avortement, il est absurde d'accorder à une poule le droit de fréquenter l'université. Les différences de traitement ou de droits ne sont cependant justifiables qu'en fonction de caractéristiques individuelles, et non collectives. Si le mal qu'il y a à tuer un être dépend de la capacité qu'a cet être à se projeter dans l'avenir (thèse que défend Singer), il est plus grave de tuer un être humain adulte normal que de tuer une vache ; mais il est plus grave aussi de tuer une vache, qui possède cette capacité à un certain niveau, que de tuer un nouveau-né humain, qui ne la possède presque pas (en pratique, il est nécessaire de tenir compte aussi de la douleur éventuelle causée aux parents et aux proches, dans un cas comme dans l'autre).

Peter Singer précise dans La Libération animale :

« Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison — hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur — de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces. »

Biologie et théorie de l'évolution[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Évolution (biologie).

La théorie de l'évolution infirme l'idée selon laquelle les humains auraient une essence ou une nature spéciale et différente des autres animaux[23]. Plus généralement, certains antispécistes réfutent la pertinence de la notion d'espèces animales[24].

Dans La descendance de l'homme, Darwin affirmait qu'il n'y avait qu'une différence de degré, et non de nature, entre les humains et les autres mammifères, tant au plan physique que mental.

« Néanmoins la différence entre l'esprit de l'Homme et celui des animaux supérieurs, aussi grande soit-elle, est certainement une différence de degré et non de nature. Nous avons vu que les sentiments et les intuitions, les diverses émotions et facultés, tels que l'amour, la mémoire, l'attention, la curiosité, l'imitation, la raison etc., dont l'Homme se fait gloire, peuvent se trouver à l'état naissant, ou même parfois bien développé, chez les animaux inférieurs[25]. »

Le biologiste de l'évolution Richard Dawkins critique le spécisme dans L'Horloger aveugle (1986) et Pour en finir avec Dieu sur la base de la théorie de l'évolution. Il compare les attitudes racistes du passé avec les attitudes spécistes actuelles. Dans un chapitre de L'horloger aveugle, intitulé « Le seul vrai arbre de la vie », il explique que la distinction que nous opérons entre les espèces n'est due qu'au fait que les formes intermédiaires sont mortes. Les êtres intermédiaires entre les humains et les chimpanzés, par exemple, sont tout simplement nos ancêtres et les leurs jusqu'à l'ancêtre commun entre nos deux espèces. C'est parce que nous n'avons pas sous les yeux ces êtres intermédiaires que nous pouvons raisonner selon un « esprit discontinuiste » (discontinuous mind) et pratiquer un « double standard » moral : par exemple condamner, au nom de la morale chrétienne, l'avortement d'une seule cellule œuf humaine tout en acceptant la vivisection d'un grand nombre de chimpanzés adultes intelligents.

Au cours d'une discussion avec Peter Singer en 2007, Richard Dawkins avoue qu'il continue de manger de la viande et dit :

« C'est un peu la position qu'avaient beaucoup de gens il y a 200 ans à propos de l'esclavage. Beaucoup se sentaient mal à l'aise mais continuaient de le pratiquer[26]. »

Le philosophe James Rachels estime que la théorie de l'évolution a pour implication éthique d'abandonner la morale traditionnelle, fondée sur la religion et l'essentialisme, et d'adopter une éthique fondée sur l'individualisme moral :

« Selon cette approche, la façon dont un individu doit être traité est déterminée, non pas en considérant son appartenance de groupe, mais en considérant ses propres caractères particuliers. Si A doit être traité différemment de B, la justification doit reposer sur les caractéristiques individuelles de A et sur les caractéristiques individuelles de B. On ne peut justifier de les traiter différemment en faisant valoir que l'un ou l'autre est membre d'un groupe privilégié[27]. »

Films abordant le sujet du spécisme[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • Tom Regan, Les Droits des animaux, 2013
  • James Rachels, "Darwin, espèce et éthique", Cahiers antispécistes n°15-16 (1998)
  • Peter Singer, Comment vivre avec les animaux ?, Empêcheurs de penser en rond, 2004
  • Peter Singer, L'Égalité animale expliquée aux humain-es, Tahin Party, 2000. Disponible en téléchargement sur le site de l'éditeur. Il s'agit d'un résumé des thèses de La Libération animale.
  • J-B. Jangène-Vilmer, Éthique animale, PUF, 2008
  • J-B. Jangène-Vilmer, L'Éthique animale, « Que sais-je ? », PUF, 2011

En anglais[modifier | modifier le code]

  • Bekoff, Marc (en) (2 April 2012). "The Superior Human? Who Do We Think We Are?", Psychology Today.
  • Best, Steven (2 April 2012). "Now Online! Debut of New Anti-Speciesist Film, The Superior Human?", drstevebest.wordpress.com.
  • Blackburn, Simon (1994). "Speciesism", Oxford Dictionary of Philosophy. Oxford University Press.
  • Cohen, Carl (en). (1986). "The case for the use of animals in biomedical research", The New England Journal of Medicine, Vol. 315, No. 14.
  • Cohen, Carl and Regan, Tom (2001). The Animal Rights Debate. Rowman & Littlefield Publishers.
  • Diamond, Cora (2004). "Eating Meat and Eating People", in Cass Sunstein and Martha Nussbaum. Animal Rights: Current Debates and New Directions. Oxford University Press.
  • Daniel Dombrowski, Babies and Beasrs : the argument from marginal cases, University of Illinois Press, 1997
  • Frey, R. G. (1983). Rights, Killing and Suffering. Blackwell.
  • Graft, D. (1997). "Against strong speciesism", Journal of Applied Philosophy, Vol.14, No. 2.
  • Gray, J. A. (1990). "In defense of speciesism", Behavioral and Brain Sciences, Vol. 13 No. 1.
  • Karcher, Karin (2009) [1998]. "Great Ape Project", in Marc Bekoff. Encyclopedia of Animal Rights and Animal Welfare. Greenwood.
  • Lafollette, Hugh and Shanks, Niall (en). "The Origin of Speciesism", Philosophy, Vol. 71, No. 275 (Jan., 1996), p. 41-61; courtesy link.
  • Lee, Richard B. and Daly, Richard Heywood. The Cambridge Encyclopedia of Hunters and Gatherers.
  • Noddings, Nel (Winter 1991). "Comment on Donovan's 'Animal Rights and Feminist Theory'", Signs, Vol. 16, No. 2, p. 418-422.
  • Robert Nozick « About Mammals and People », The New York Times Book Review, 27 novembre 1983, p. 29.
  • Perry, Constance K. (June 2001). "A Compassionate Autonomy Alternative to Speciesism", Theoretical Medicine and Bioethics, Volume 22, Number 3.
  • Phelps, Norm. (2004). The Great Compassion: Buddhism and Animal Rights. Lantern Books (en).
  • Ryder, Richard D. (1971). "Experiments on Animals", in Stanley and Roslind Godlovitch and John Harris. Animals, Men and Morals. Victor Gollanz, p. 41–82.
  • James Rachels, Created from animals, 1990
  • Ryder, Richard D. (2000) [1989]. Animal Revolution. Berg.
  • Ryder, Richard D. (2009) [1998]. "Speciesism", in Marc Bekoff. Encyclopedia of Animal Rights and Animal Welfare. Greenwood.
  • Ryder, Richard D. (2010). "Speciesism Again: The Original Leaflet", Critical Society, Spring, Issue 2.
  • Scully, Matthew (en) (2003). Dominion: The Power of Man, the Suffering of Animals, and the Call to Mercy. St. Martin's Griffin.
  • Steve Sapontzis, Morals, Reason, and Animals. Temple University Press, 1987
  • Cass Sunstein et Martha Nussbaum, Animal Rights : current debate and new directions, 2004
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  • Waldau, Paul (2009) [1998]. "Speciesism: Historical Views", in Marc Bekoff. Encyclopedia of Animal Rights and Animal Welfare. Greenwood.
  • Wise, Steven M. (en) (2004). "Animal Rights, One Step at a Time", in Cass Sunstein and Martha Nussbaum. Animal Rights: Current Debates and New Directions. Oxford University Press.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fabien Carrié, « Antispécisme », Encyclopædia Universalis en ligne, consulté le 6 octobre 2015.
  2. Thierry Gonthier, L’homme et l’animal : la philosophie antique, Paris, P.U.F,
  3. Cité dans Marie-Agnès Ruggiu, « Humanité et animalité dans la pensée cicéronienne », Camenae, no 1,‎ (lire en ligne [PDF])
  4. Marie-Agnès Ruggiu, « Humanité et animalité dans la pensée cicéronienne », Camenae, no 1,‎ (lire en ligne [PDF])
  5. Voir sur cahiers-antispecistes.org.
  6. Peter Singer, La Libération animale, Payot, 2012, p. 76-77.
  7. Blackburn (1994), p. 358.
  8. Dans le Mahâyâna Mahaparinirvana, le Bouddha déclare que « La consommation de viande éteint le germe de la suprême compassion ». Voir Phelps, Norm (2004)
  9. Waldau, Paul (2001). The Specter of Speciesism: Buddhist and Christian Views of Animals. Oxford University Press, p. 5, 23–29.
  10. Waldau, 2001.
  11. Voir Singer (1975), Regan (2004), Rachels (1990, 1998), Dombrowski (1997), Sapontzis (1987).
  12. F. de Waals, L’Âge de l’empathie. Paris : Éditions Les Liens qui libèrent, 2010.
  13. Emmanuel Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique I,1 : « Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne (...) »
  14. Cohen (2001).
  15. Cohen (1986).
  16. Staudenmaier (2003).
  17. Comme Nozick (1983) ou R. Posner dans Sunstein et Naussbaum (2004).[réf. nécessaire]
  18. P. Singer, Comment vivre avec les animaux ?, 2004, p. 108-109.
  19. Jean-Pierre Dupuy, Introduction aux sciences sociales. Logique des phénomènes collectifs, 1992.
  20. Noddings (1991).
  21. P. Singer, Comment vivre avec les animaux, p. 109-110.
  22. R. Nozick, "About Mammals and People", The New York Times Book Review, 27 novembre 1983.
  23. a et b Voir Rachels (1990)
  24. http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article81
  25. Darwin, La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, 1871 - Chap 4.
  26. Voir sur Youtube.
  27. Voir sur cahiers-antispecistes.org.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]