Protochronisme

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Le protochronisme (du grec : πρώτος « prõtos », « premier » + χρονος « chronos », « temps », en traduction « le premier temps, l’ancien temps ») est une tendance moderne du nationalisme culturel universel. Des professeurs comme Jean Ravenstein de l’université d'Aix-Marseille définissent le protochronisme comme une « rétroprojection nationaliste ». C’est un courant pseudo-historique très répandu en Asie et dans les pays anciennement communistes, dont les dictatures ont promu ce courant (qui les précède, mais sans avoir été aussi influent auparavant). Le protochronisme postule pour chaque peuple des racines remontant à l'antiquité ou à la préhistoire et un développement propre, séparé des peuples voisins, dont les influences sont minimisées voire niées. Il est particulièrement développé (au point que ses thèses sont présentes dans les livres scolaires) en ex-Yougoslavie, Albanie, Bulgarie, Macédoine, Roumanie, Russie, Turquie, Irak, Iran, Chine ou Japon (entre autres).

Il vise à « démontrer » que les ancêtres réels ou revendiqués des habitants de ces pays : Slaves anciens, Illyriens, Proto-Bulgares, Macédoniens antiques, Daces, Proto-Turcs, Homo erectus de Chine ou hommes du pré-Jomon au Japon, seraient les ancêtres directs et exclusifs des populations actuelles, existaient avant tous les autres peuples de l’Antiquité (y compris, en Europe, avant les Grecs antiques et les Romains), remonteraient directement, selon les pays, aux anciens Indo-Européens (voire, selon les versions, aux « Aryens » ou à Noé) ou aux populations préhistoriques, et auraient disposé de civilisations bien plus élaborées que celles reconnues par les historiens.

Le protochronisme décrit les états multiculturels et pluri-ethniques du passé (comme, en Europe du Sud-Est : l’Empire byzantin, la Hongrie médiévale, les Principautés danubiennes, la Dobrogée ou le royaume Bulgaro-Valaque) comme des pays mono-ethniques ou même des nations au sens moderne du terme (respectivement grecque, magyare, roumaine ou bulgare) : chaque pays s’approprie le passé en y projetant son identité actuelle[1].

Exemples de protochronisme[modifier | modifier le code]

On peut identifier au niveau mondial une grande variété de thèses, pour la plupart motivées par le nationalisme sur le plan idéologique.

  • En France sous le Second Empire, le faussaire Denis Vrain-Lucas prend dans ses fausses lettres des positions typiquement protochronistes : la civilisation gauloise avec ses druides est supérieure aux autres et inspire Rome ; Newton a presque tout copié sur Pascal, et tout à l’avenant... mais Vrain-Lucas a été démasqué par Chasles, jugé et condamné, ce qui n’est pas le cas des protochronistes d'autres pays[2].
  • En Suède, Nils Ragvaldsson (v.1380-1448), les frères Johannes (1488-1544) et Olaus Magnus (1490-1557), ainsi qu'Olof Rudbeck (1630-1702) tentent de prouver que les Suédois avaient pour ancêtres directs les Goths : cette croyance prospèrera au XVIIe siècle quand, après la Guerre de Trente Ans, la Suède deviendra une grande puissance, et surtout au XIXe siècle avec le nationalisme romantique et les Vikings comme figures héroïques[3].
  • Dans l’historiographie catholique du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, la séparation des Églises d'Orient et d'Occident était présentée comme un « schisme des églises d’Orient sortant du giron de l’Église catholique romaine » comme si l’église du premier millénaire était l’actuelle Église catholique aux 21 conciles, alors qu’en fait cette église d’avant la séparation était une pentarchie partageant la doctrine des sept premiers conciles et accordant au Pape la dignité honorifique de primus inter pares mais non l’infaillibilité ni une autorité doctrinale sur les quatre autres Patriarches, et encore moins des pouvoirs temporels : on ne peut donc pas, historiquement, parler d’Église catholique ni d’Église orthodoxe avant la séparation, ni accuser l’une de s’être séparée de l’autre ; on peut seulement parler d’une église trinitaire ou d’une pentarchie ayant connu un clivage Occident-Orient au XIe siècle[4].
  • En Albanie, le dictateur communiste Enver Hoxha soutenait la théorie de Zacharie Mayani qui affirmait que les Albanais, liés à la civilisation étrusque et aux Pélasges, descendraient directement des Illyriens antiques, en dépit des linguistes qui, eux, postulent une origine thrace pour les Albanais et expliquent que l’illyrien est devenu illyro-roman à la manière dont le celtique de Gaule est devenu gallo-roman[5].
  • Dans les pays issus de la fragmentation de l’ex-Yougoslavie et en Bulgarie, les auteurs d’histoire-fiction, très prolifiques sur internet, promeuvent la théorie dite « iranienne », avatar européen de la théorie de l'invasion aryenne (TIA) qui soutient qu’un peuple de cavaliers et de guerriers nomades de « race indo-européenne », connu sous le nom d’« Aryens » et originaire de l’actuel Afghanistan, a connu une grande expansion démographique et militaire entre les XVIIe et XVIe siècles av. J.-C., et a envahi l’Europe et l’Inde du Nord[6].
  • En Croatie, toujours selon la théorie « iranienne », le nom « Horouathos » figurant dans deux textes de la « pierre de Tanaïs », inscription grecque de l’an -520 retrouvée dans le port de Tanaïs sur la mer d'Azov, en Crimée[7] est interprété comme signifiant « Croate », de même que celui de la ville de Cracovie ou des montagnes Carpates, et bien d’autres noms, qui seraient issus de Horvat dans cette théorie.
  • Il circule également dans ces pays l'idée que les Serbes seraient des descendants de la « tribu perdue d’Israël » (la même origine est parfois attribuée aussi aux Amérindiens), les thèses de la continuité sumériano-hongroise et étrusco-hongroise combinées avec l’idée de l’invention de l’écriture par les anciens Hongrois, et d’autres.
  • Contrairement à son homologue albanais qui ne jurait que par les Illyriens, le dictateur communiste Todor Jivkov a encouragé en Bulgarie les études sur les origines thraces des Bulgares. Sa fille Liudmila Jivkova a créé l’Institut de Thracologie comme section de l’Académie Bulgare des sciences. Quant aux Proto-Bulgares, ce seraient selon la théorie « iranienne », des tribus de cavaliers iraniens, en provenance du mont Iméon dans le Pamir, et fondateurs, selon l’académicien bulgare Petăr Dobrev, d’une grande civilisation appelée Bulkh (« Balkh » en Bactriane, d'où viendrait le nom de Balkans[8]). « Des études génétiques » permettraient de trouver les origines des premières tribus slaves au nord de l’Asie centrale, autour de la chaîne de montagnes de l’Oural il y a environ 10 000 ans. Les partisans de cette théorie « iranienne » affirment aussi que les mots d'origine alane en bulgare (qui est une langue slave) ne proviennent pas des Iasses (des Alains installés au XIe siècle en Bulgarie, Hongrie et Moldavie), mais démontreraient l’origine iranienne des Proto-Bulgares, qui se seraient installées dans l’actuelle Ukraine au Ve ou VIe siècle : les Alains et les Slaves en seraient les descendants directs. Une partie d’entre eux auraient rejoint les Balkans, tandis que d’autres auraient émigré entre le IVe et le Ve siècle vers l’Europe centrale, dans la région de la haute Vistule (Galicie), fondant l’« Empire » de Croatie blanche[9].
  • Des populations minoritaires d'Europe, isolées dans des massifs montagneux et ayant soit des langues, soit des dialectes ou des traditions particulières, comme les Basques pyrénéens, les Houtsoules des Carpates ukrainiennes ou les Saracatsanes des Balkans, ont également été, concernant leurs origines, l'objet d'hypothèses protochronistes, les faisant remonter à la préhistoire (ou, dans les cas des Houtsoules, aux tout premiers Slaves)[10], alors que d'autres auteurs pensent qu'il s'agit de cultures issues d'une « pidginisation pastorale » dans laquelle des composantes linguistiques diverses et parfois anciennes ont pu entrer, mais qui sont d'origine relativement récente[11].
  • Dans la communauté Tsigane de Roumanie, les « Sigyens » (Siguennoi) ancien peuple nomade cité par Hérodote au nord du Danube[12], est interprété, en raison de sa ressemblance phonétique avec le mot « Tziganes » (Atsiganoi) comme un argument pour anticiper de plus de mille ans l'arrivée des Roms en Europe, et surtout pour affirmer que ces derniers vivaient dans l'actuelle Roumanie avant les Roumains[13].
  • En Turquie, dès l’époque d’Atatürk et sous son égide, l’ethnie et la langues turques, substituts laïcs à l'islam, sont présentés comme antérieures en Anatolie à toutes les autres civilisations connues, et comme étant leur principale composante que l'historiographie internationale refuserait de reconnaître[14].
  • En Irak, le dictateur Saddam Hussein utilisait fréquemment une rhétorique et des images impliquant un lien direct du pays contemporain avec Sumer et Babylone.
  • Comme Atatürk en Turquie, Mohammad Reza Pahlavi, chah d’Iran, a tenté d’établir une identité nationale laïque en faisant appel à l’Empire perse.
  • En Chine, la théorie selon laquelle l’Homo erectus en Chine (hommes de Pékin ou de Lantian) serait un ancêtre des populations chinoises modernes, est officielle et enseignée dans les écoles[15].
  • Au Japon, la théorie de la « continuité » et du « peuple homogène » considère que la population de l’archipel n’a plus connu aucun apport extérieur ni transformation génétique depuis son premier peuplement à l’époque paléolithique, établissant ainsi une lignée ininterrompue jusqu’à aujourd'hui. Définie par des historiens et anthropologues de la fin des années 1940, tel le président de la Société anthropologique de Tōkyō de l'époque Kotondo Hasebe, cette hypothèse est élevée au rang de modèle dans les années 1950 et 1960 à travers le concept de « changements microévolutionnaires » établi par Hisashi Suzuki, de l'université de Tokyo, sur la base d’analyses craniométriques de milliers de squelettes découverts après la fin de la guerre[16]. Elle reste le paradigme de l’ethnogenèse japonaise jusqu’aux années 1970, et, malgré les travaux de Takeo Kanaseki qui, depuis les fouilles menées à Doigahama (Yamaguchi, à l’extrémité ouest de Honshū) montrent que le peuple japonais est issu d’un métissage[17], continue à être enseignée dans de nombreux établissements scolaires et universitaires.

On pourrait multiplier les exemples de protochronisme à travers de nombreux autres pays modernes, de la Norvège au Viêt Nam en passant par la Géorgie, Israël ou le Kazakhstan.

Un cas d'école : le protochronisme en Roumanie[modifier | modifier le code]

De l'alphabet dace ou l’œuvre d'un potier illetré ?

En Roumanie, les auteurs protochronistes, telle Viorica Enăchiuc, utilisent des documents apocryphes, comme le Codex Rohonczi, supposé en alphabet dace[18] pour « démontrer » l’antériorité des Daces sur les civilisations de La Tène et de l’Italie antique, et l’origine dace des Latins[19]. Ils sont soutenus financièrement par des mécènes comme le médecin roumano-américain Napoleon Săvescu, auteur de « Nous ne sommes pas des descendants de Rome » et coéditeur avec le milliardaire Joseph Drăgan de la revue « Nous, les Thraces ».

Les racines du protochronisme en Roumanie se nourrissent des doctrines nationalistes d'inspiration maurrassienne qui se sont succédé dans le pays (surtout à partir des années 1930) et dont l'avatar récent est le « national-communisme » du régime Ceaușescu[20]. Ces doctrines prétendent définir la place de la Roumanie en Europe et, isolationnistes, elles contestent la viabilité du modèle européen en Roumanie.

Le terme de « protochronisme » a commencé à circuler en Roumanie dans les années 1970 parmi les dissidents pour désigner ce courant qui, conformément à l’idéologie du régime, affirmait le caractère unique et pionnier de la culture roumaine, dénonçait « les conséquences fatales que la subordination à la culture occidentale » et combattait les « positions cosmopolites » du synchronisme d’Eugène Lovinesco[21]. Dans son développement, le protochronisme « national-communisme » promouvait un passé idéalisé du pays, en contournant ou détournant les règles de la recherche scientifique, en n’utilisant que les sources pouvant servir son propos, elles-mêmes souvent douteuses.

Les termes péjoratifs « dacomanie » (en Roumanie) ou « tracomanie » (en Bulgarie) sont également utilisés par les universitaires pour désigner ce courant que ses partisans appellent « Dacologie » ou « Thracologie », tout en dénonçant une hypothétique censure de la "science officielle" et en revendiquant le droit de présenter leurs points de vue et leurs arguments à égalité avec ceux des universitaires, démarche analogue à celle des créationnistes dans le sud-est des États-Unis.

Historique[modifier | modifier le code]

L’une des racines du protochronisme est, selon Verdery, le complexe d’infériorité spécifique du nationalisme des « petites nations » balkaniques[22]. En Roumanie, le phénomène remonterait à Bogdan Petriceicu Hasdeu lui-même[23], scientifique et pionnier de l’historiographie roumaine, dont le travail est d’une valeur reconnue dans son ensemble, mais qui, dans son «Etymologicum magnum Romaniae », écrit que « les dynasties princières médiévales de la Moldavie et de la Valachie descendent d’aristocrates daces dont les origines remontent à l’époque de Burebista »[24]. Cette affirmation fantaisiste et indémontrable, qu’aucune source n’étaye, est reprise par les protochronistes actuels.

Après la Première Guerre mondiale, l’unification du pays, et la Grande Dépression des années 1930, l’idéologie protochroniste gagne les groupes politiques qui se targuent de proposer des solutions radicales à la crise et à la corruption, comme la Garde de fer, mouvement d’extrême droite qui affirmait parfois s’inspirer d’un prétendu « message salmoxien » (c’est-à-dire Dace)[25].

Elle gagne aussi l’historien Nicolae Densuşianu qui, dans sa « Dacie préhistorique », décrit de façon tout aussi spéculative une « civilisation pélasgique » qui serait originaire de l’espace roumain actuel, se serait étendue durant plus d’un millénaire sur un territoire allant de l’océan Atlantique à l’Inde et serait à l’origine de toutes les cultures européennes[26]. L’auteur présente aussi comme « Daces » des personnages historiques comme la dynastie Assénide du royaume Bulgaro-Valaque ou Horea[27].

En critiquant ces dérives, Şerban Cioculescu introduit en 1941 le terme « tracomanie »[26]. Mircea Eliade, bien que lui-même inspirateur de dérives hors du champ scientifique, reprenait le terme de Cioculescu et parlait d’un « courant qui dans ses expressions les plus extravagantes, méritait le nom de tracomanie »[28]. Dans les années 1960, le protochronisme a été diffusé et amplifié par Doru Todericiu, un ingénieur auteur d’histoire-fiction, qui, allant encore plus loin, attribuait le mégalithisme aux extraterrestres et faisait des Daces les plus anciens porteurs de cette première civilisation.

En 1974, Edgar Papu publie dans la revue culturelle « Le 20e siècle »[29] un essai intitulé « Protochronisme roumain », où il listait les innovations européennes qui, selon les protochronistes, seraient dues aux Daces ou aux Roumains[30]. Il donne en exemple « Les enseignements de Neagoe Basarab à son fils Teodosie », qui auraient inspiré toute la littérature baroque européenne, de Dimitrie Cantemir présenté comme un « écrivain romantique avant la lettre », ou encore de Mihai Eminescu vu comme un « précurseur de l’existentialisme et de la sociologie ». La conclusion de Papu est que « le protochronisme rend le monde entier redevable à la Roumanie et s’affirme comme un trait marquant de la critique littéraire roumaine lorsqu’elle se place face au contexte mondial ».

Sans se soucier du ridicule de ce trait, les idéologues du parti commencèrent à intégrer le protochronisme dans leur « national-communisme » à partir de 1974, lors du XIe Congrès du Parti qui adopte l’idée que les Daces auraient réalisé un « État proto-communiste »[31]. Plus son crédit intérieur et international s’effrite face aux critiques (par exemple d’Amnesty International[32]), plus le régime national-communiste de Nicolae Ceaușescu abuse du protochronisme pour légitimer son isolement, en vantant la « supériorité culturelle » locale sur toutes les « influences étrangères » et en insistant sur les « glorieuses » réalisations ou les découvertes du peuple roumain opprimé et ignoré, mais « précurseur » dans divers domaines artistiques, scientifiques ou technologiques[33].

Le protochronisme roumain actuel[modifier | modifier le code]

Lorsque les régimes communistes s’effondrent, la Nomenklatura et l’Église abandonnent le marxisme pour un nationalisme ombrageux dont le protochronisme est le pilier. L’internet, les média et la littérature offrent des vastes champs d’expression pour cette idéologie de rechange, largement diffusée, y compris dans l’enseignement public, par des personnages qui avaient fait carrière en encensant le régime de Ceauşescu, tels Adrian Păunescu ou Corneliu Vadim Tudor[34].

Partisans de la « théorie du complot » et se posant en victimes de la « censure » à laquelle ils seraient soumis par le monde académique, les partisans du protochronisme professent leur mépris pour la « science officielle » et ses « spécialistes asservis ». Pourtant ces derniers ne disposent pas de mécènes, et leurs moyens de diffusion sont inférieurs à ceux des protochronistes, dont les thèses sont mieux connues des écoliers et d’une partie du corps enseignant, que celles des chercheurs respectant la démarche scientifique d’investigation et de vérification. Les protochronistes font sans cesse l’amalgame entre d’une part les critères d’admissibilité d’un travail de recherche auprès des publications scientifiques et des éditions académiques qui veillent à ce que les résultats publiés soient sourcés et vérifiables, et d’autre part l’ancienne censure communiste qui étouffait la liberté d’expression. Le « complot » dont ils seraient les victimes est un leitmotiv des protochronistes, alors que dans l’histoire récente et présente, non seulement la sphère politique n’a pas réprimé le protochronisme, mais bien au contraire elle l’a promu, officialisé et instrumentalisé[26].

Pastiches[modifier | modifier le code]

Les outrances du protochronisme ont inspiré les humoristes. L'un d'entre eux, Radu G. Țeposu, entendait prouver que les Roumains descendent des Aztèques (en roumain Azteci qu'il reliait aux Dovleci : les courgettes, elles aussi d'origine méso-américaine, et au maïs, ingrédient principal d'un mets roumain très répandu, la mămăligă) ; selon lui, survivant à la colonisation espagnole, les Aztèques cachés à fond de cale parmi les pots de végétaux se seraient réfugiés en Italie au XVIe siècle et, en se mélangeant avec les Italiennes, auraient créé les Roumains et seraient venus au XVIIe siècle dans les principautés danubiennes, auparavant peuplées par un peuple disparu, les Dadaces (évoquant à la fois les Daces, et les mots roumains dada : « béni oui-oui », et dădacă : « nounou », « bonniche »)[35]. Un autre, Paul Lazăr-Tonciulescu, a écrit un livre-pastiche, De la Țara Luanei la Ieud (« Du pays de Loana à Ieud ») pour montrer (entre autres) qu'à l'époque des mammouths, les Roumains écrivaient déjà des traités (de gastronomie préhistorique) sur les parois des poteries. Enfin, des scientifiques se sont regroupés en une micronation, le Hospodariat de Melténie.

Contexte du protochronisme[modifier | modifier le code]

Ces théories sont anciennes mais ont beaucoup profité :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir aussi Jean-Simon Legascon : L'Europe face au défi nationaliste dans les Balkans in : Guerres mondiales et conflits contemporains no 217, janvier 2005, Presses universitaires de France
  2. Gérard Coulon, Signé Vrain Lucas ! La véritable histoire d’un incroyable faussaire, éd. Errance, 2015.
  3. (en) Steven P. Sondrup, Virgil Nemoianu, Nonfictional Romantic Prose : Expanding Borders, John Benjamins, coll. « International Comparative Literature Association's History of Literatures in European Languages Series », 2004 (ISBN 9027234515).
  4. Lire en ligne Images et signes de l’Orient dans l’Occident médiéval, Presses universitaires de Provence, 1982, (ISBN 2821835922).
  5. Eqrem Çabej, Eric Hamp, Georgiev, Kortlandt, Walter Porzig, Sergent et d’autres linguistes considèrent, dans une perspective paléolinguistique ou phylogénétique, que le proto-albanais s'est formé sur un fond thraco-illyrien vers le VIe siècle, à l'intérieur des terres, subissant un début de romanisation encore sensible dans la langue moderne, tandis que les emprunts les plus anciens de l'albanais aux langues romanes proviennent du diasystème roman oriental et non de l'illyro-roman qui était la langue romane anciennement parlée en Illyrie après la disparition de l'illyrien. Comme les lieux albanais ayant conservé leur appellation antique, ont évolué selon des lois phonétiques propres aux langues slaves et que l'albanais a emprunté tout son vocabulaire maritime au latin et au grec, ces auteurs pensent que les ancêtres des Albanais ont vécu à l'est de l'actuelle Albanie et que régions côtières de ce pays (thème du Dyrrhacheion) étaient initialement gréco-latines. De nos jours, l'existence en albanais de mots empruntés au roman oriental balkanique et en roumain de mots de substrat apparentés à des mots albanais corrobore cette manière de voir.
  6. La théorie de l'invasion aryenne a été proposée pour la première fois par l'abbé Jean-Antoine Dubois, un indianiste français, et développée par l'indianiste germano-britannique Max Müller durant le XIXe siècle
  7. la « Pierre de Tanaïs » est conservée au musée archéologique de Saint-Pétersbourg (Russie).
  8. Petăr Dobrev : Nepoznatata drevna Bălgarija (L'Ancienne Bulgarie inconnue), éd. Ivan Vazov, Sofia, 2001, (ISBN 954-604-121-1)
  9. En fait, selon la majorité des historiens et des linguistes (voir les articles correspondants) Balkan signifie « glissant » en turc, les Carpates doivent leur nom à la tribu dace des Carpes (les « rocailleux » en thrace), « Horouathos » dérive de l’ancien iranien hu-ur-vatha, mot vieux-perse qui signifie « allié », et Cracovie dérive du proto-slave « Krak » signifiant « chêne sacré ». Les premiers Croates, les Proto-Bulgares et d’autres groupes slaves étaient des populations d’agriculteurs et d’éleveurs qui furent simplement en contact avec le peuple nomade iranophone des Alains, sans en descendre pour autant : les traces de ces contacts tiennent principalement du domaine philologique et étymologique. Il n’existe pas de source écrite ancienne pour étayer la théorie « iranienne », qui ne peut s’appuyer que sur des légendes d’origine difficilement identifiable. L'interprétation de résultats du projet génographique sortis de leur contexte et les nombreux postulats indémontrables de la théorie « iranienne » rompt avec les études, concordantes depuis deux siècles, des ethnologues, historiens, linguistes et philologues, et fait fi des sources historiques concernant les migrations des Slaves comme De Administrando Imperio, écrit vers 950 par l'Empereur byzantin Constantin VII. La traduction du nom du document est De l'administration de l'Empire. Le titre original était Pros ton idion yion Romanon (À mon propre fils Romanos, grec: Προς τον ίδιον υιόν Ρωμανόν) et était destiné à être un manuel politique intérieur et étranger pour son fils et successeur, l'Empereur Romain II.
  10. Pour les Basques, hypothèses de José Miguel de Barandiarán Ayerbe citée dans (en) Robert Lawrence "Larry" Trask, The history of Basque, London, New York, Routledge, , 458 p. (ISBN 0415131162 et 9782908132014, OCLC 34514667, lire en ligne), ou de Merritt Ruhlen, L'Origine des langues, Débats/Belin, 1997, ISBN 2-7011-1757-7 ; pour les Houtsoules, les historiens ukrainiens O.D. Boïko, V.I. Borisenko, R. Ivantchenko, A. Kotsur, V. M. Litvine, V.M. Mordvintsev et A.G. Slyousarenko avancent l'hypothèse d'une population-relique des tout premiers Slaves, avant leur différenciation ; et pour les Saracatsanes, les universitaires grecs E. Makris et Poulianos les considèrent comme un peuple pré-Néolithique remontant aux Pélasges.
  11. Pour les Basques, Arnaud Etchamendy dans sa thèse Euskera-Erderak : basque et langues indo-européennes : essai de comparaison soutenue à l'université de Pau en 2007, suggère que le basque pourrait être issu d'une « pidginisation pastorale » entre des parlers indo-européens et des termes-reliques ibériques disparus : ce serait une langue initialement indo-européenne ayant évolué en langue agglutinante ; pour les Houstoules et les Saracatsanes, c'est Robert Magocsi (en) de l'université de Toronto qui défend l'hypothèse de la « pidginisation pastorale » : il souligne que le nom des Houstoules peut être rapproché du roumain hoțul (« voleur ») et du slave kochul (« vagabond », « nomade ») tandis que celui des Saracatsanes peut être rapproché de l'aroumain sireacatsan (« misérable ») et du turc kara-kaçak ("obscur fuyard"), les deux populations n'était pas signalées avant le XVIIIe siècle.
  12. Hérodote, Histoire, livre V,9 sur [1].
  13. En fait, la description qu'Hérodote donne des « Sigyens » (Siguennoi) correspond aux peuples scythiques, et leur dénomination n'est, selon tous les chercheurs, qu'une déformation de « Scythes » (Skuthoi) parvenue à Hérodote comme un nom différent, comme le serait le barbarisme "Scythiens" en français.
  14. Erol Özkoray : Turquie : le putsch permanent, éd. Sigest, 2010.
  15. Sur le site officiel [2], on peut lire dans l'article Site de l'homme de Pékin (colline Longgu, arrondissement de Fangshan, Pékin) : « En 1933, d'une caverne au sommet de la colline Longgu, on a déterré des fossiles de l'homme des cavernes datant, lui, de 18 000 ans. L'étude de son crâne a permis d'en déduire qu'il était l'ancêtre de la race jaune ». Voir aussi le deuxième épisode L’Asie de la série documentaire L’Aventure des premiers hommes de Fiona Cushley et Charles Colville, 2009, diffusé sur la chaîne France 5.
  16. (en) Suzuki H., « Microevolutionary changes in the Japanese population from the prehistoric age to the present day », éd. J. Fac. Sci. Univ. Tokyo, Sec. V3, 1969, p. 279–308.
  17. (ja) (en) Kanaseki T., Nagai M., Sano H., « Craniological studies of the Yayoi-period ancients, excavated at the Doigahama site, Yamaguchi Prefecture », Jinruigaku Kenkyu, no 7 (suppl.), 1960, p. 1–36.
  18. http://www.dacica.ro/
  19. Le rapport de synthèse du professeur Augustin Deac sur le Codex Rohonczi et sur la validité du travail de Viorica Enăchiuc
  20. L'expression « national-communisme » est due à l'analyste politique et historienne française Catherine Durandin de l'IFRI qui l'a prise aux dissidents roumains des années 1980 définissant le régime comme național-socialist (« national-socialiste ») en pastichant l'expression officielle socialism național (« socialisme national »).
  21. Keith Hitchins, Historiography of the Countries of Eastern Europe: Romania, American Historical Review, 1992.
  22. Verdery, p. 177.
  23. Boia, 138-139, 140, 147; Verdery, p. 326.
  24. Boia, p. 82.
  25. Boia, p. 320.
  26. a, b et c Babeș
  27. Boia, p. 147-148.
  28. Oișteanu citant Mircea Eliade dans De la Zalmoxis à Gengis-Khan, Ed. Științifică si Enciclopedică, Bucarest, 1980, p. 85.
  29. En roumain : Secolul 20.
  30. Boia, p. 122–123; Martin
  31. Boia, p. 120.
  32. Dans les années 1970 Amnesty international relève de nombreux cas de persécution en Roumanie : dissidents ouvriers comme Ionel Cană et Vasile Paraschiv fondateurs d'un syndicat libre équivalent de Solidarnosc, intellectuels comme Paul Goma ou Andrei Pleșu, membres de la minorité hongroise de Transylvanie, prêtres comme Gheorghe Calciu-Dumitreasa...
  33. Boia, p. 117-126.
  34. Ungureanu, Boia, p. 268, Verdery, p. 343
  35. Octavian Soviany, Banca Măgarilor (« Le banc des ânes », souvenirs autour de Radu G. Țeposu), éd. „Orientul latin”, Braşov 1996.
  36. Vladimir Jirinovski cité sur : [3] et [4]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]