Empowerment

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La microfinance constitue une forme d'empowerment financier dans les pays en développement. Ici, une banque d'épargne communautaire à Battambang, au Cambodge.

L'empowerment[1] (prononcé en anglais : [ɪmˈpaʊərmənt]), ou autonomisation[2],[3],[4],[5], ou encore capacitation, est l'octroi de davantage de pouvoir à des individus ou à des groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques auxquelles ils sont confrontés[6].

Termes et équivalents français[modifier | modifier le code]

L'emprunt à l'anglais empowerment est fréquemment attesté en français, notamment dans le français de France. Au Québec, différents termes ou expressions sont parfois employés pour remplacer cet emprunt, en particulier « autonomisation », qui est recommandé par l'Office québécois de la langue française depuis 1998[2]. On trouve aussi le néologisme « agentivation », inspiré du terme « agentivité » rencontré dans les écrits de Judith Butler[7].

Autonomisation communautaire[modifier | modifier le code]

L'autonomisation des communautés se réfère au processus d'habilitation (enabling) qui permet aux communautés d'accroître leur contrôle sur leur vie. Les communautés sont des groupes de personnes qui peuvent ou non être liés dans l'espace, mais qui partagent des intérêts, des préoccupations ou des identités communes. Ces communautés peuvent être locales, nationales ou internationales, avec des intérêts spécifiques ou généraux. L'autonomisation désigne le processus par lequel les personnes acquièrent le contrôle des facteurs et des décisions qui façonnent leur vie. Il s'agit du processus par lequel ils augmentent leurs atouts et leurs attributs et renforcent leurs capacités à obtenir un accès, des partenaires, des réseaux et/ou une voix, afin de prendre le contrôle. Le terme habiliter implique que les gens ne peuvent pas être habilités par les autres ; ils ne peuvent s'habiliter eux-mêmes qu'en acquérant davantage de formes différentes de pouvoir. Elle suppose que les personnes sont leurs propres atouts, et le rôle de l'agent extérieur est de catalyser, faciliter ou accompagner la communauté dans l'acquisition du pouvoir[8].

L'autonomisation de la communauté est donc plus que l'implication, la participation ou l'engagement des communautés. Elle implique l'appropriation par la communauté et une action qui vise explicitement le changement social et politique. L'autonomisation de la communauté est un processus de renégociation du pouvoir afin d'obtenir plus de contrôle. Il reconnaît que si certaines personnes doivent être habilitées, d'autres partageront leur pouvoir existant et en abandonneront une partie. Le pouvoir est un concept central dans l'autonomisation des communautés et la promotion de la santé opère invariablement dans le cadre d'une lutte de pouvoir[8].

L'autonomisation des communautés s'intéresse nécessairement aux déterminants sociaux, culturels, politiques et économiques qui sous-tendent la santé, et cherche à établir des partenariats avec d'autres secteurs pour trouver des solutions[8].

La communication joue un rôle essentiel pour garantir l'autonomisation de la communauté. Les approches participatives en matière de communication qui encouragent la discussion et le débat permettent d'accroître les connaissances et la sensibilisation, ainsi que le niveau de pensée critique. La pensée critique permet aux communautés de comprendre l'interaction des forces qui agissent sur leur vie, et les aide à prendre leurs propres décisions[8].

Origine de la notion en Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Selon Bernard Vallerie, on repère la première utilisation du terme empowerment aux États-Unis, au début du XXe siècle. Il est alors utilisé par les femmes luttant pour la reconnaissance de leurs droits. On trouve également cette notion dans les méthodes du community organizing de Saul Alinsky dès les années 1930, puis dans le mouvement des droits civiques dans les années 1960. En 1965, un groupe de psychologues l'utilise dans le cadre de pratiques de psychologie communautaire. La notion d'empowerment va alors se diffuser dans de nombreux champs, puis être utilisée dans les politiques publiques de lutte contre la pauvreté.

Au Québec, des associations de lutte contre la pauvreté effectuent la promotion de l’empowerment pour alléger le fardeau social et économique de certains milieux en perdition.

Accueil en France[modifier | modifier le code]

Malgré son introduction au Québec dans les années 1960, l’empowerment est resté très longtemps une notion difficile à traduire en France.

Le terme dans le monde anglo-saxon se répand fin des années 1970, puis international vers 2000 et est traduit alors par « autonomisation » en français[5].

Pour Bernard Jouve, (2006), l’empowerment, pour être opérationnel, nécessite la constitution de communautés qui agrègent des acteurs sociaux confrontés à une même problématique[9].

Marie-Hélène Bacqué (pour qui il s'agit d'un processus par lequel un individu ou un groupe acquiert les moyens de renforcer sa capacité d'action, de s'émanciper) et Carole Biewener notent dans leur ouvrage infra consacré au concept que la notion d'empowerment apparait au cours des années 2000 en France comme « modèle-type de démocratie participative », une « démarche collective d'intervention sociale » mais aussi comme « nouvelle expression de la doxa néolibérale »[10].

Périnatalité[modifier | modifier le code]

Le terme désigne, en périnatalité, le fait pour une femme enceinte ou un couple de se prendre en charge plutôt que de laisser le personnel de santé prendre seul les décisions concernant la naissance à venir. Il s'agit d'encourager, de remettre en avant plan la capacité du corps de la femme à accoucher et non pas de « se faire accoucher »[11].

Autonomisation en santé mentale[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

Selon Tim Greacen, directeur du laboratoire de recherche à l'hôpital psychiatrique Maison Blanche et coordinateur de l'ouvrage Pour des usagers de la psychiatrie acteurs de leur propre vie, publié en 2012, l'autonomisation implique un changement de paradigme dans lequel l'usager est impliqué « au sein d'une collectivité dans laquelle il est citoyen à part entière. Les services de santé mentale doivent être configurés de manière à soutenir son autonomie plutôt que de perpétuer son rôle traditionnel de patient[12] ».

Études sur le processus d'autonomisation[modifier | modifier le code]

Certaines études examinent les relations entre les concepts d'autonomisation et de santé mentale à travers les observations de consommateurs-survivants de la psychiatrie participant à des programmes communautaires en santé mentale. Des entretiens de groupe ont servi de base de données. La santé mentale a été définie comme le développement du choix, du contrôle et de l'intégration communautaire (voir Psychiatrie communautaire) et l'acquisition de ressources précieuses, et la recherche a identifié des indicateurs de chacune de ces qualités. Des processus d'autonomisation ont été trouvés à divers niveaux de l'analyse, qui facilitent le rétablissement en santé mentale, ainsi que des processus de désautonomisation (disempowerment) entravant la santé mentale[13].

Spécificité du concept d'autonomisation et conditions concernées[modifier | modifier le code]

L'Organisation mondiale de la santé a défini l'autonomisation comme étant le niveau de choix, d'influence et de contrôle que les usagers des services de santé mentale peuvent exercer sur les événements de leur vie. L'autogestion (self-management) est l'une des principales évolutions qui permettent d'atteindre cet objectif dans le contexte des soins et des traitements qui, traditionnellement, sont entièrement contrôlés par les cliniciens. L'autogestion consiste à mettre les patients sous le contrôle direct de la gestion de leur état[14].

Il existe un certain nombre d'approches de l'autogestion, mais elles ont tendance à se concentrer sur la capacité du patient à faire face à un ou plusieurs des domaines suivants : résolution de problèmes, fixation d'objectifs, identification des déclencheurs et des indicateurs de détérioration de la santé et réponse à ces derniers avant de s'en remettre à l'intervention du clinicien[14].

Le thème commun est une approche structurée qui se développe avec le temps grâce à l'expérience, de sorte que le patient prend davantage le contrôle de l'identification des changements et de la réponse initiale à ceux-ci. Le soutien par les pairs s'appuie sur cette approche en encourageant le travail de groupe et le soutien mutuel permettant aux personnes de s'inspirer de l'expérience des autres[14].

L'autogestion a été développée pour toute une série d'affections de longue durée. La psychoéducation pour les troubles bipolaires a été développée par le Programme des troubles bipolaires de l'Institut d'Investigations Biomédicales August Pi i Sunver (IDIBAPS), clinique hospitalière à Barcelone pour aider les personnes à mieux comprendre et gérer leur propre mauvaise santé mentale. Il a été conçu et est dispensé par des cliniciens[14].

MDF The BiPolar Organisation (Royaume-Uni) organise des formations à l'autogestion pour les personnes souffrant de troubles bipolaires depuis 1998. Le cours a été conçu et est dispensé par des personnes ayant reçu un diagnostic de trouble bipolaire[14].

Au Japon, l'essai témoin d'une intervention d'autogestion a réussi à aider les personnes à passer des soins en institution aux soins de proximité (Naoki, Nobuo & Emi, 2003). Une étude multicentrique européenne utilisant la thérapie cognitivo-comportementale assistée par ordinateur a également fourni des données sur l'autogestion des troubles alimentaires. En 2009, la Fondation pour la santé mentale a lancé une intervention de formation à l'autogestion au Pays de Galles. Cette formation, qui a été élaborée et est dispensée par des personnes présentant toute une série de diagnostics psychiatriques (typiquement la schizophrénie, les troubles de la personnalité, le trouble bipolaire ou la dépression sévère à long terme), est davantage axée sur les compétences de vie que sur la gestion des conditions[14].

Lien avec le processus de désinstitutionnalisation[modifier | modifier le code]

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la plupart des pays européens ont des politiques visant à développer les services de proximité et à réduire le recours aux grands hôpitaux psychiatriques. La réduction du recours aux soins en institution ne peut être obtenue qu'en les reproduisant dans des cadres communautaires et en réduisant l'accès à ces soins au niveau institutionnel ou en combinant les deux. S'il apparaît que l'autogestion peut faciliter le passage des soins de l'institution à la communauté, elle devrait être incluse dans toute politique connexe. Les pays où la préparation des patients à la vie en communauté comprend une formation des patients doivent veiller à ce que cette formation soit évaluée afin d'accroître les connaissances dans ce domaine[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Origine du terme d'après le Online Etymology Dictionary de Douglas Harper : (en) « empower (v.) 1650s, used by Milton, but the modern popularity dates from 1986; from en- (1) + power. Related: Empowered; empowering; empowerment. »
  2. a et b « autonomisation », Le Grand Dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française (consulté le 18 mars 2019).
  3. Commission d’enrichissement de la langue française, « autonomisation », FranceTerme, Ministère de la Culture (consulté le 9 février 2018).
  4. « OBJECTIF 3 : Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes », sur www.un.org (consulté le 9 février 2018)
  5. a et b Cairn, Calvès Anne-Emmanuèle, « « Empowerment » : généalogie d'un concept clé du discours contemporain sur le développement », Revue Tiers Monde, 2009, (consulté le 02/04/2020)
  6. Voir aussi Sylvia Zappi, L'"empowerment", nouvel horizon de la politique de la ville, Le Monde.fr, 7 février 2013 : « l'expression désigne le processus qui permet aux individus de prendre conscience de leur capacité d'agir et d'accéder à plus de pouvoir. »
  7. Martin, Gabriel, « L’empowerment : d’autonomisation à agentivation », Le Collectif, vol. 40, no 2, 20 septembre 2016, p. 15.
  8. a b c et d « WHO | Track 1: Community empowerment », sur WHO (consulté le 7 avril 2020)
  9. Bernard Jouve, Politiques publiques et empowerment : l'exception française, Économie & humanisme, No 379, décembre 2006, p. 99-101.
  10. Bacqué & Biewener L'empowerment, une pratique émancipatrice.
  11. https://materniteetdignite.wordpress.com/2016/05/27/lempowerment-en-periode-perinatale-tremplin-pour-guerir-de-ses-blessures-agressions-a-caractere-sexuel-et-reprise-de-pouvoir-dans-la-maternite/
  12. Eric Favereau, « En psychiatrie aussi, il faut avoir cure du patient », sur Libération.fr, (consulté le 21 février 2020)
  13. (en) Geoffrey Nelson, John Lord et Joanna Ochocka, « Empowerment and mental health in community: narratives of psychiatric consumer/survivors », Journal of Community & Applied Social Psychology, vol. 11, no 2,‎ , p. 125–142 (ISSN 1099-1298, DOI 10.1002/casp.619, lire en ligne, consulté le 7 avril 2020)
  14. a b c d e f et g Auto-gestion des troubles de santé mentale, David Crepaz-Keay Mental Health Foundation, Londres, 27‐28 Octobre 2010

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • William A. Ninacs, Empowerment et intervention, Développement de la capacité d'agir et de la solidarité, 2008, Presses de l'Université de Laval.
  • Marie-Hélène Bacqué et Carole Biewener, L'empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, La Découverte, coll. « Sciences Humaines / Politique et sociétés », (ISBN 978-2-7071-6733-0).
  • Patrick Macquaire, Le quartier Picassiette, un essai de transformation sociale à Chartres, Ed L'Harmattan, Paris 2009.
  • Bertrand Verfaillie, Agir avec les pauvres contre la misère, Éditions de l'Atelier, 2016.

Articles connexes[modifier | modifier le code]