National-communisme

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affiche roumaine pour ce parti

Le terme national-communisme apparaît dans l'ouvrage de l'historienne française Catherine Durandin, Histoire des Roumains[1], pour désigner la forme idéologique du régime communiste roumain adoptée sous la gouvernance Ceaușescu à partir de 1975, associant à la vision marxiste-léniniste de l'évolution de la société, une vision nationaliste et isolationniste de l'histoire et des relations internationales, selon laquelle chaque peuple doit retrouver ses racines (y compris très anciennes) pour définir sa « propre voie vers le socialisme » en quasi-autarcie, et en réduisant les influences extérieures (y compris, après 1986, celle de la perestroïka).

Par métonymie, l'utilisation du terme s'élargit ensuite pour désigner le « tercérisme » ou « troisième voie », ensemble disparate de mouvements parfois aussi nommés « rouges-bruns », qui affirment refuser à la fois le capitalisme mondialisé et le côté internationaliste du communisme. Si ces mouvements affirment rejeter le racisme traditionnel suprématiste, c'est pour promouvoir des conceptions différentialistes de la société, selon lesquelles la préservation des différentes identités culturelles et ethniques propres à chaque peuple seraient l'« antidote » contre le libéralisme, le mélange des peuples et l'uniformisation des cultures.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Sorti de son contexte défini par Catherine Durandin, le syntagme « nationaux-communistes » qui rappelle les nationaux-socialistes, sert à désigner des idées social-nationalistes, autrement dit des versions « socialisantes » des idéologies nationalistes classiques, diffusées par Ernst Niekisch et Jean Thiriart[2]. Selon ces versions, l'analyse marxiste pourrait être utilisée sans y adhérer pour critiquer le capitalisme et le libéralisme (c'est surtout ce dernier qui est visé) afin de rendre légitime l'instauration d'une dictature du prolétariat (c'est surtout la dictature qui est souhaitée) mais « à l'intérieur d'une unité nationale » servant, selon ce point de vue, à définir un cadre géographique et culturel local et limité pour lutter contre le capitalisme, chaque nation de son côté et à son rythme, en contradiction avec le motto « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » tiré du « Manifeste du Parti communiste ». C'est pourquoi, aux yeux des marxistes-léninistes, le national-communisme n'est qu'un « mythe fasciste » qui puise d'un côté aux sources de ce que Lénine appelait « le gauchisme, maladie infantile du communisme », et d'un autre côté aux racines du fascisme[2].

Europe de l'Est[modifier | modifier le code]

En Europe centrale et orientale, les représentants de la nomenklatura, après avoir abandonné le communisme, ont adopté, pour se maintenir au pouvoir en se posant en protecteurs des peuples opprimés, des discours alliant nationalisme ethnique et idées socio-économiques de gauche : c'est le cas pour la Serbie de Slobodan Milosevic, pour la Hongrie de Viktor Orban, pour la Biélorussie d'Alexandre Loukachenko ou pour la Russie de Vladimir Poutine, considérées par les partisans du national-communisme comme étant des régimes incarnant leurs idéaux de lutte contre l'impérialisme américain et contre le capitalisme, au même titre que le Juche nord-coréen[3].

Europe de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Le Parti français national-communiste de Pierre Clémenti, fondé en 1934, est revendiqué par les « Rouges et Noirs » comme un précurseur du courant national-bolchévique représenté par le Parti communautaire national-européen[3]. Ainsi, Dominique Blanc prend des positions antisémites représentant un syncrétisme entre communisme de conseils, régionalisme breton et ethno-différencialisme.

Ailleurs dans le monde[modifier | modifier le code]

Le Front démocratique pour la réunification de la patrie depuis l'indépendance de la Corée du Nord en 1948, est considéré comme étant d'extrême gauche[4],[5], puisqu'il remplit la plupart des critères définissant politiquement l'extrême gauche (rejet de la démocratie parlementaire, abolition de la propriété privée et collectivisation de l'économie). Cependant, certains observateurs étrangers, tels que B. R. Myers, professeur d'Études internationales à l'Université Dongseo, ou encore le journaliste et écrivain britannico-américain Christopher Hitchens, estiment que l'idéologie marxiste originelle a été largement dévoyée et dénaturée au profit de l'idéologie nord-coréenne officielle du Juche qui insiste avant tout sur un nationalisme exacerbé ainsi qu'une politique militariste, et considèrent donc la Corée du Nord comme dirigée par un régime d'extrême droite, d'essence fasciste[6],[7],[8]. D'autres observateurs et politologues occidentaux et sud-coréens décrivent la Corée du Nord comme un État néo-staliniste[9],[10].

Le régime nord-coréen actuel est soutenu aussi bien par des mouvances d'extrême gauche européennes, telles que le Parti communiste de Grande-Bretagne (marxiste-léniniste)[11], que des personnalités françaises d'extrême droite comme Alain Soral[12],[13]. Aux yeux des nationaux-communistes, la Corée du Nord représenterait un modèle typique de régime national-communiste[3].

D'autres régimes communistes en Asie, tels que les régimes chinois et vietnamien se caractérisent par un exercice autocratique du pouvoir associé à un nationalisme exacerbé, et ont largement délaissé les idéaux communistes originels, au profit d'un système économique à mi-chemin entre planification et économie de marché capitaliste (économie socialiste de marché en Chine, Đổi mới au Vietnam) et semblent ainsi s'apparenter dans les faits à des régimes nationaux-communistes ; la Chine affiche en outre une politique belliqueuse, militariste, expansionniste et ultranationaliste contre les autres États riverains en Mer de Chine méridionale[14],[15]. Il est à noter que ces régimes ont été soutenus par des personnalités européennes d'extrême droite, à l'image du régime communiste vietnamien soutenu par le « national-anarchiste » et ex-communiste Hans Cany[16],[17] ou encore la Chine maoïste soutenue par le national-communiste belge Jean Thiriart[12].

Enfin, la plupart des régimes autoritaires des pays issus de la dislocation de l'URSS, comme les partis politiques au pouvoir au Turkménistan et en Ouzbékistan, ont officiellement abandonné l'idéologie marxiste au profit d'une idéologie nationaliste et renommé leurs partis tout en conservant les méthodes autocratiques de gouvernement héritées de l'ère soviétique. Ils sont décrits par certains politologues occidentaux comme néo-staliniens[18],[19],[20],[21], essentiellement en raison du culte de la personnalité instauré par les dirigeants de ces pays[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Catherine Durandin, Histoire des RoumainsFayard, 1995, 573 pp., (ISBN 9782213594255)
  2. a et b Front social du [1]
  3. a b et c « National-communisme et national-bolchevisme. », sur Rouge & Noir, (consulté le )
  4. (es) Francisca Bastías, « 12 datos sobre Corea del Norte que te costará creer que son reales », sur AyAyAy TV, (consulté le ) : « Hay muchos países fascinantes en el mundo, pero probablemente el más curioso y raro de todos sea Corea del Norte. En un régimen totalitario y de extrema izquierda »
  5. Sébastien Falletti, Corée du Sud : Le goût du miracle : L'Âme des Peuples, Bruxelles, Nevicata, , 88 p. (ISBN 978-2-87523-086-7, lire en ligne)

    « Entre ce courant droitier à Séoul et l'extrême gauche au pouvoir à Pyongyang, la conciliation est devenue impossible. »

  6. (en) "China rejects U.N. criticism in North Korea report, no comment on veto", Reuters, 18 février 2014
  7. (en) "Lifting the cloak on North Korean secrecy", Asia Times, 10 avril 2010
  8. (en) "A Nation of Racist Dwarfs", Slate, 1er février 2010
  9. Working, Russel. "An Open Door to North Korea". Business Week, June 4, 2001.
  10. By Sŭng-hŭm Kil, Soong Hoom Kil, Chung-in Moon. Understanding Korean Politics: An Introduction. SUNY Press, 2001. (ISBN 0-7914-4889-4), (ISBN 978-0-7914-4889-2), p. 275.
  11. An exposure of the shameful, unconstitutional and anti-communist behaviour of Arthur Scargill and his flunkeys, Proletarian, août 2004
  12. a et b Nicolas Lebourg, « L'étrange fascination de penseurs d'extrême droite pour des régimes d'extrême gauche », sur Slate, (consulté le )
  13. « Dieudonné, Soral : pourquoi une telle lune de miel avec la Corée du Nord ? », sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
  14. Stéphanie Kleine Ahlbrandt, « Guerre des nationalismes en mer de Chine », sur Le Monde Diplomatique, (consulté le )
  15. (en) Michael Richardson, « Troubling signs of the rise of Chinese ultra-nationalists », sur The Sydney Morning Herald, (consulté le )
  16. « A propos de quelques commentaires », sur La Terre d'abord, (consulté le )
  17. « Rébellion », sur REFLEXes, (consulté le )
  18. Radio Free Europe, Czech Republic, 2005
  19. Freedom House, United States, 2006
  20. Juergensmeyer, Mark. The Oxford Handbook of Global Religions. Oxford University Press US, 2006. (ISBN 0-19-513798-1), (ISBN 978-0-19-513798-9). P. 460.
  21. Thornton, William H. New world empire: civil Islam, Terrorism, and the Making of Neoglobalism. Rowman & Littlefield, 2005. (ISBN 0-7425-2941-X), (ISBN 978-0-7425-2941-0). P. 134.
  22. The Independent, United Kingdom, 2006

Articles connexes[modifier | modifier le code]