Transphobie

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Militante trans à une manifestation contre la transphobie à Paris en France, .

La transphobie correspond à l'aversion envers le transsexualisme, la transidentité, et les personnes trans sur la base de leur identité de genre. Certains auteurs, inspirés des critiques qui ont été faites à la notion d'homophobie et son remplacement par d'autres notions, comme celle d'hétéronormativité ou d'hétérosexisme, ont critiqué la notion de transphobie pour son caractère individualiste et pathologisant, ancré dans la phobie individuelle plutôt que la dimension structurelle de l'oppression des personnes trans[1]. Des termes comme cisnormativité et cisgenrisme servent ainsi à remplacer la notion de transphobie. Alexandre Baril écrit : « Le cisgenrisme est un système d’oppression qui touche les personnes trans, parfois nommé transphobie. Il se manifeste sur le plan juridique, politique, économique, social, médical et normatif. Dans ce dernier cas, il s’agit de cisgenrenormativité. Je préfère la notion de cisgenrisme à celle de transphobie, car elle s’éloigne des origines pathologiques et individuelles de la « phobie » »[2]

La transphobie peut se manifester sous forme de violences physiques (agressions, crime de haine, viols, ou meurtres), ou par un comportement discriminatoire ou intolérant (discrimination à l'embauche, au logement, ou encore à l'accès aux traitements médicaux).

En 2009, le comité IDAHO qui coordonne la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie a lancé une campagne qui avait pour mot d'ordre : « Refusons la transphobie, Respectons l'identité de genre ». Le texte a été signé par plusieurs prix Nobel[3], et par 300 associations issues de 75 pays à travers le monde[4].

Violences physiques[modifier | modifier le code]

Manifestation contre la transphobie à Paris en France, .

En 2000, la Commission contre les crimes de haine pour homophobie recensait à peu près quinze assassinats de personnes trans par mois au Mexique[5].

Des personnes trans ont été arrêtées arbitrairement au Venezuela en 2002, alors que par ailleurs d'autres personnes trans sont assassinés[6].

Amnesty International a dénoncé en 2005 les violences policières exercées sur des personnes trans aux États-Unis[7].

Au Portugal, en 2006, une femme trans brésilienne fut torturée et violée, puis abandonnée dans un puits, où elle mourut[8]. La non-incrimination de meurtre a provoqué plusieurs réactions de la part des organisations homosexuelles, relayées par les médias[9].

Et au Danemark, en 2012, une femme trans d'origine guatémaltèque venue pour trouver l'asile fut placée en centre de rétention réservé aux hommes et violée. Les autorités danoises n’admettent pas le droit d'asile en raison de l'identité de genre et elle est maintenant en danger de déportation[10].

Les violences sont souvent liées aux discriminations dont sont victimes les personnes trans : sans emploi ou en situation précaire, invisibles, vulnérables, les travailleurs du sexe contre leur volonté, leur vulnérabilité en fait des cibles faciles pour les actes de violence. Cela est particulièrement vrai dans les prisons[11].

Discriminations[modifier | modifier le code]

Dr Camille Cabral, une militante des transgenres à une manifestation contre la transphobie à Paris en France, .

Il est parfois difficile pour des personnes trans de trouver un emploi lorsque leur marquer de sexe inscrit sur leurs papiers d'identité ou leur carte de sécurité sociale ne correspond pas à leur apparence[12]. Les personnes en transition peuvent susciter le rejet lors de toutes sortes de démarches. Si des lois contre la discrimination sont passées dans la Communauté européenne, dans plusieurs pays, de tels dispositifs législatifs n'existent pas encore.

Les discriminations sont liées aux préjugés sur les personnes trans, qui subissent notamment l'homophobie par confusion entre transsexualisme et homosexualité (voir dénigrement trans). Elles peuvent aussi consister en un refus de prendre en compte l'identité de genre véritable de ces personnes, même au sein des minorités sexuelles ou dans les milieux militants. Des féministes non-mixtes/non inclusifs ont ainsi exclu des femmes parce qu'elles avaient été assignées homme à la naissance[13],[14],[15]. De même, des personnes transsexuel-le-s et transgenres ont pu subir un rejet de la part d'homosexuels qui ne les considéraient pas comme des hommes ou des femmes à part entière (qu'ils soient MtF ou FtM).

En France, un rapport de la Haute Autorité de santé de 2010[16] relève que la situation des personnes transsexuelles est « confuse », « inégalitaire », comprenant des « risques d’arbitraire », et « manquant d’un cadre juridique minimum »[17]. Depuis le , l'identité sexuelle est reconnue comme critère de discrimination par la législation française[18]. La Commission nationale consultative des droits de l'homme a publié le un avis proposant notamment la déjudiciarisation partielle de la procédure de changement d'état-civil, la déconnexion entre la procédure médicale et judiciaire ainsi que le remplacement du terme « identité sexuelle » par « identité de genre »[19].

Transphobie psychiatrique[modifier | modifier le code]

Des militantes trans à la Marche des fiertés de Paris en France, juin 2005.

Dans leur appréhension de la transidentité, certains psychiatres qualifient la transidentité au mieux de syndrome (tel qu'énoncé par le sexologue Harry Benjamin) ou encore de psychose[20], une généralisation souvent vue comme insultante et pathologisante[21].

Des personnes transidentitaires peuvent aussi se voir refuser un traitement hormonal lorsque leur demande ne correspond pas à la vision que leur médecin a de la transidentité[22],[11].

Les Principes de Yogyakarta refusent la classification psychiatrique de la transidentité[23] et ses « Annotations de jurisprudence sur les Principes de Jogjakarta » dénoncent que la diagnose comme maladie mentale de l'identité sexuelle différente de son sexe biologique ait causé les maltraitances médicales, y compris l'électroconvulsivothérapie[24].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Alexandre Baril, La normativité corporelle sous le bistouri : (re)penser l’intersectionnalité et les solidarités entre les études féministes, trans et sur le handicap à travers la transsexualité et la transcapacité, Université d'Ottawa, , 396-401 p. (lire en ligne), Thèse de doctorat.
  2. Alexandre Baril, « Sexe et genre sous le bistouri (analytique) : interprétations féministes des transidentités », Recherches féministes,‎ , p. 121 (lire en ligne).
  3. « Refusons la transphobie, respectons l'identité de genre ! », sur lemonde.fr, .
  4. « Les trans sont des cibles aisées », sur liberation.fr, .
  5. ILGA.
  6. OMCT.
  7. ASB.
  8. TGEu.
  9. BBC Brazil.
  10. « Danemark: une campagne pour stopper l’expulsion d’une femme trans vers le Guatemala », sur yagg.com, .
  11. a et b "Faut-il réserver des prisons aux transsexuels ?", Rue69, 11 février 2010.
  12. Axel Delmotte, « Les docteurs et la loi », Vacarme, no 11, 2000.
  13. Au Festival de musique féminine du Michigan, dans les années 1990 : Étude d'Aaron Devor, ou dans un bar lesbien de Paris en 1999.
  14. Alexandre Baril, « Sexe et genre sous le bistouri (analytique) : interprétations féministes des transidentités », Recherches féministes,‎ , p. 12-141 (lire en ligne).
  15. Alexandre Baril, « Quelle place pour les femmes trans au sein des mouvements féministes? », Spirale,‎ , p. 39-41 (lire en ligne).
  16. HAS, Situation actuelle et perspectives d’évolution de la prise en charge médicale du transsexualisme en France, novembre 2009.
  17. « Trans en France, mauvais genre », Libération, 19/02/2010.
  18. Le Défenseur des Droits : L'identité sexuelle
  19. La CNCDH souhaite rétablir la dignité des trans, 27/06/2013.
  20. Article de Pierre-Henri Castel.
  21. Association Nationale Transgenre.
  22. Dictionnaire de l'homophobie, PUF, 2003, article « Transphobie », p. 408.
  23. Principes de Yogyakarta, principe 18.
  24. Annotations de jurisprudence sur les Principes de Jogjakarta, page 43.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Viviane K. Namaste, Invisible Lives, The Erasure of Transsexual and Transgendered People, Chicago, Chicago University Press, .
  • Pat Califia, Le Mouvement transgenre, changer de sexe, Paris, EPEL, coll. « les grands classiques de l’érotologie moderne », .
  • Marie-Hélène Bourcier, Sexpolitiques, La Fabrique, .
  • (en) Transgender Rights, University of Minnesota Press, .
  • Alexandra Augst-Merelle et Stéphanie Nicot (préf. Martin Winckler), Changer de sexe : Identités transsexuelles, Le Cavalier bleu, .
  • Alexandre Baril. « Transsexualité et privilèges masculins : fiction ou réalité? », dans L. Chamberland, B. Frank et J.L. Ristock (dir.). Diversité sexuelle et constructions de genre, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2009, p. 263-295.[1]
  • Alexandre Baril. « Sexe et genre sous le bistouri (analytique) : interprétations féministes des transidentités », Recherches féministes, 28, 2, 2015, p. 121-141. [2]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]