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Armée byzantine

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Fresque provenant du monastère de Saint-Lucas en Grèce.

L'armée byzantine était le corps militaire terrestre des forces armées byzantines, servant côte à côte avec la marine byzantine. Descendante directe des légions et de la marine romaine de l'ancien Empire romain, l'armée byzantine maintint un niveau similaire de discipline, de prouesse stratégique et d'organisation. Pour une grande part de son histoire, l'armée byzantine fut la plus puissante et la plus performante force militaire de toute l'Europe. La tactique militaire byzantine commença à évoluer de manière autonome après la chute de l'Empire romain d'Occident et la disparition des légions romaines.

La langue utilisée dans l'armée était au départ toujours le latin. Cependant, progressivement, et particulièrement à partir du VIe siècle, le grec a commencé à s'imposer, de la même façon qu'à la même époque il est devenu la langue officielle de tout l'empire.

À la différence des légions romaines, sa force résidait dans l'utilisation d'une cavalerie lourde, appelée kataphractos (cataphractaire), qui était une évolution des clibanarii utilisés dans l'Empire romain dès le règne d'Hadrien. L'infanterie était encore employée mais principalement dans un rôle de soutien et comme base de manœuvre pour la cavalerie. La plus grande partie des fantassins de l'empire constituait ce que l'on pourrait appeler « l'infanterie lourde » — Skutatoi et plus tard, Kontarioi (pluriel de Kontarios) —, le reste formant « l'infanterie légère », avec les archersPsiloi.

Le « Ρωμαίοι στρατιώται » ("Romaïoï Stratiotaï", "Soldats romains") était une force fidèle constituée de citoyens prêts à mourir pour défendre leurs maisons et leur État, et elle était renforcée par des mercenaires. La conscription était encore pratiquée pour l'infanterie, comme dans l'armée romaine, chaque citoyen étant susceptible d'être appelé pour servir. La formation était très poussée, comme celle des légionnaires, avec les soldats enfermés dans des casernes, apprenant les techniques de combat avec leurs épées. Mais comme vers la fin de l'Empire romain, le tir à l'arc était intensivement pratiqué.

L'Empire proto-byzantin (395-641)

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Histoire militaire

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L'Orient : front principal

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Chérubin et l'empereur Héraclius soumettant le roi sassanide Khosro II, plaque provenant d'une croix. Émail champlevé sur cuivre doré, 1160-1170.
Fresque de Piero Della Francesca dépeignant une bataille entre Byzantins et Sassanides.
Frontière byzantino-perse.
Campagnes de 611-624.
Les dernières campagnes d'Héraclius face aux Sassanides (624-628).

Comme souvent dans l'histoire romaine, l'attention principale des Empereurs d'Orient se concentre vers l'Est, lieu d'implantation de la puissance rivale de Rome puis de Constantinople que sont les Parthes suivis des Sassanides. Cet Empire est capable de mobilisation massive et la frontière entre les deux superpuissances du Moyen-Orient est lourdement militarisée. Néanmoins, elle évolue peu dans les premières décennies de l'Empire d'Orient, en raison des priorités militaires qui accaparent Romains et Perses sur d'autres fronts. De ce fait, la frontière fixée lors du traité de Nisibis est stable au moins jusqu'au règne de Justinien Ier et l'Empire jouit d'une période de paix plutôt solide[1].

Néanmoins, dès le règne d'Anastase, une première guerre éclate, suivie de plusieurs autres sous Justin Ier puis Justinien. D'ampleur relativement localisée, à l'image de la lutte d'influence en Lazique, cette conflictualité n'entraîne pas de mouvements frontaliers d'ampleur. Pour autant, les limitanei sont rapidement dépassés par la puissance sassanide et les empereurs successifs leur substituent des troupes de campagne et n'hésitent pas à fortifier de nombreux bastions, à l'image de Dara par Anastase ou Phasis par Justinien. Quelques grandes batailles parsèment ces conflits, comme la victoire de Bélisaire à Dara mais aussi sa défaite à Callinicum. Par ailleurs, autre aspect notable de ces conflits, les supplétifs arabes sont mobilisés par Ctésiphon autant que par Constantinople avec les Lakhmides, alliés des Perses et les Ghassanides, alliés des Byzantins, qui peuvent lancer des raids parfois destructeurs.

Cette belligérance s'accentue après la mort de Justinien et les périodes de paix deviennent de moins en moins fréquentes. Sous Justin II, Tibère II Constantin et Maurice, les campagnes se multiplient, parfois violentes et de nombreux généraux byzantins se succèdent sur ce front primordial, qui accaparent de nombreuses ressources humaines et financières sans résultats d'ampleur mais avec des destructions parfois fortes. Au début du règne de Maurice, l'empereur profite du renversement du shah pour lui offrir l'asile et l'appuyer militairement dans sa reconquête du trône. Il peut ensuite négocier une paix très avantageuse, qui octroie d'importants progrès territoriaux pour les Byzantins en direction de l'Arménie.

Cette gradation dans la violence et l'intensité atteint son paroxysme au début du VIIe siècle. Le renversement de Maurice par Phocas offre à Khosro le prétexte d'une intervention militaire qui se transforme en véritable invasion des provinces orientales de l'Empire byzantin. Si le rideau défensif byzantin résiste quelques années, les Perses profitent des conflits internes byzantins pour envahir la Palestine, la Mésopotamie et jusqu'à l'Égypte byzantines. Les premières années du règne d'Héraclius sont donc marquées par la perte de pans entiers de territoires d'importance stratégique. Les Sassanides peuvent même pénétrer en profondeur en Anatolie et assiéger Constantinople en coordination avec les Avars en 626.

Cette guerre voit surtout une formidable réaction byzantine. Héraclius devient le premier empereur byzantin à s'engager personnellement sur le front, alors que ses prédécesseurs ont rarement quitté Constantinople. Il mobilise une armée mobile et bien entraînée, capable d'opérer sur les arrières des Sassanides et de lancer des raids sur leur propre territoire. Jouant des rivalités entre les généraux ennemis, il réussit à renverser le cours du conflit et va jusqu'à menacer Ctésiphon, remportant une grande victoire à Ninive (627), avant de conclure la paix. Si la totalité des terres perdues sont récupérées, notamment Jérusalem, l'épuisement d'un conflit d'une ampleur inédite jusqu'alors et qui a mobilisé des ressources considérables laisse l'Empire byzantin très fragile.

Les Balkans, menacés puis submergés

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Le siège de Constantinople en 626, représenté sur une fresque du monastère de Moldovița en Roumanie.

Si l'Orient est le théâtre des conflits les plus massifs mais aussi les plus prestigieux pour les soldats, le théâtre balkanique est d'une autre nature. Il ouvre directement sur les plaines d'Europe centrale et orientale et aux nombreux peuples, dits barbares, qui menacent de plus en plus les frontières romaines, à l'image des Goths puis des Huns. Ainsi, c'est dans la péninsule balkanique que les Romains essuient l'une de leur pire défaite lors de la bataille d'Andrinople (378). Le Danube demeure une frontière fragile pour l'Empire d'Orient, régulièrement franchi par les Huns notamment, qui pillent en profondeur la région jusqu'en Grèce. Les empereurs se limitent le plus souvent à une guerre défensive, même si Marcien conduit quelques raids en Pannonie, tandis que le nord de l'Illyrie est abandonné aux Ostrogoths.

À partir d'Anastase et surtout sous Justinien, la fortification de cette frontière devient la priorité et se matérialise par un dispositif qui s'appuie sur la profondeur stratégique des Balkans, à l'image du mur d'Anastase qui constitue la défense extérieure de Constantinople[2]. Toute une série de fortifications sont établies ou restaurées mais les effectifs sont souvent insuffisants pour les maintenir en état[3]. De ce fait, les raids sont nombreux à franchir le Danube, de la part des Gépides ou des Proto-Bulgares puis des Avars, qui s'établissent en Pannonie vers 550-560. Surtout, les peuples slaves commencent à migrer vers le sud et s'établissent de manière plus ou moins durable sur les terres traditionnellement romaines, au travers des sklavinies. Il est difficile de retracer l'exacte chronologie de ces mouvements mais la mainmise de l'Empire sur les Balkans s'affaiblit tout au long du VIe siècle, à l'image de la perte de Sirmium en 582[4],[5].

La plupart des empereurs sont confrontés à la difficulté de déployer des effectifs suffisants dans la région balkanique, alors qu'ils doivent régulièrement affronter les Sassanides en Orient[6],[7]. En outre, c'est un front qui présente peu d'attraits pour les troupes, qui évoluent sur un terrain compliqué et offrant peu de perspectives de butins face à un adversaire qui n'a pas le prestige des Sassanides[8]. C'est Maurice qui est le plus actif, profitant de la paix avec les Sassanides pour déployer des troupes en nombre pour affronter les Slaves et les Avars, n'hésitant pas à porter le combat au nord du Danube, parfois au prix d'hivernages impopulaires. Face à l'intensité de cette guerre et au manque d'effectifs, la grogne s'installe et une mutinerie finit par éclater en 602, conduite par Phocas, qui mène au renversement violent de Maurice, pour la première fois dans l'histoire byzantine[9].

Cet événement, tournant dans l'histoire politique, l'est aussi pour l'histoire militaire car le front balkanique est de nouveau laissé au second plan lors des décennies suivantes. Les Avars en profitent pour multiplier leurs incursions, jusqu'à assiéger Constantinople en 626 tandis que les sklavinies se développent de plus en plus au sud, au point de rendre la souveraineté byzantine sur les Balkans parfois très formelle[10].

La guerre sur d'autres fronts

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Principales opérations de la guerre des Goths.
Carte des opérations de la guerre des Vandales.

Si l'Empire byzantin opte principalement pour une posture défensive, des guerres offensives sont aussi menées, en particulier sous Justinien. C'est le cas d'abord contre les Vandales qui occupent l'Afrique du Nord autour de Carthage. Après une expédition désastreuse en 468, une longue paix règne que brise l'envoi du corps expéditionnaire mené par Bélisaire en 533. Il ne faut que quelques mois au général byzantin pour triompher à deux reprises des Vandales, dont le royaume disparaît rapidement, laissant place à une longue campagne de pacification face aux Maures, menée notamment par Jean Troglita. Par la suite, cette province jouit d'une paix plutôt solide pendant un siècle[11],[12].

En Italie, l'effort est autrement soutenu. Pour reprendre le cœur de l'ancienne puissance romaine, Justinien envoie Bélisaire depuis le sud et Mundus depuis le nord. Si les premiers résultats face aux Ostrogoths sont probants, ils ne permettent pas de briser la résistance adverse et la nécessité régulière de déployer des hommes sur d'autres fronts prive la péninsule d'effectifs suffisants pour une pacification effective. Face aux sursauts des Ostrogoths, il faut plus de vingt ans de conflits pour remporter une victoire dont le prix est élevé, à l'image de Rome, plusieurs fois l'objet de sièges qui finissent de l'appauvrir[13]. De ce fait, l'Italie n'est guère en mesure de soutenir le choc face aux invasions des Lombards. La défense des Byzantins, qui s'articule autour de l'exarchat de Ravenne dont le gouverneur détient d'importantes prérogatives militaires, consiste à défendre les régions les plus stratégiques et de miser sur la diplomatie pour tenter de combler l'insuffisance de moyens[14].

Enfin, de manière plus anecdotique mais témoignant des capacités de projection de l'armée byzantine, une expédition est menée jusqu'en Espagne avec la conquête du sud de la péninsule mais qui ne survit guère que quelques décennies, entre les années 550 et 620[15].

Organisation

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Structure de commandement, vers 395

L'organisation de l'armée byzantine reprend celle de l'armée romaine tardive. Elle est notamment connue par un texte fondamental, le Notitia dignitatum qui récapitule la structuration de l'armée romaine au tournant de l'année 400. Cette armée est marquée par une distinction forte entre des troupes de frontière, les limitanei, chargées de défendre le limes et les comitatenses, une armée mobile capable d'opérer sur différents théâtres d'opérations. Cette distiction, qui s'opère sur le temps long, voit aussi le déclin progressif des unités frontalières et l'avènement d'une armée de campagne dominée par la cavalerie.

L'armée des frontières : le limes et les limitanei

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Carte du limes Arabicus, composante proche-orientale du système défensif frontalier de l'Empire romain tardif.
Vestige de la forteresse de Diana, exemple de bastion fortifié de la région danubienne restauré par Justinien.

L'armée romano-byzantine est fondée sur l'existence d'une défense fortifiée, le limes, défendu par des troupes de garnison[16]. Ce sont les limitanei. Selon le Notitia, 336 garnisons parsèment les frontières de l'Empire d'Orient. La nature de cette frontière militarisée reste variable d'une région à l'autre et s'adapte aux particularités géographiques. Dans les zones désertiques, elle repose sur un réseau plutôt lâches de bastions fortifiées alors que dans les Balkans, le réseau semble bien plus compact. L'intérêt de ce dispositif a fait l'objet de vifs débats. S'il faut souligner sa pertinence pour fournir un premier rideau défensif, son efficacité a régulièrement fait défaut, avec une tendance à priver de mobilités des troupes dispersées aux quatre coins de l'Empire[17].

Le statut de ces hommes semble évolutif. Si ces soldats sont bien issus d'unités régulières, notamment les anciennes légions ou divers corps d'auxiliaires, ils basculent de plus en plus vers le statut de paysan, mobilisable en cas de besoin. C'est une loi de 363 qui distingue pour la première fois ces limitanea militia, ces milices frontalières distinctes de l'armée de campagne et de moindre qualité. Peu mobiles, elles tendent à s'intégrer à la communauté civile, ce qui explique que leur professionnalisation est partielle et qu'une certaine hérédité s'installe parfois dans l'occupation des différentes fonctions ou le recrutement. Souvent détenteurs de terres, ils jouissent de diverses exemptions fiscales, réaffirmées par exemple par une novelle de Théodose II[18].

Néanmoins, le limes connaît un déclin de plus en plus profond et les troupes frontalières deviennent de moins en moins mobilisables. Celles-ci, qui n'occupent des fonctions militaires que de façon partielle, peinent à maintenir des capacités opérationnelles décentes. Ce problème est mis en exergue dès le début du Ve siècle et il ne fait que s'accroître alors que les soldes sont souvent payées avec retard. Justinien tente de lutter contre la tendance de certains ducs de détourner le montant des soldes à leur profit, avec des résultats difficiles à mesurer. Il essaie notamment de réinstaurer un limes dans la province d'Afrique reconquise[19].

Au-delà, l'intérêt du limes comme première ligne de défense présente de sérieuses limites, que ce soit face à des attaques concentrées ou en raison du coût de l'entretien d'une frontière fortifiée, laquelle entraîne également une dispersion des troupes sur de larges secteurs[20].

Dans l'ensemble, les forts censés défendre les frontières sont de moins en moins entretenus. Le phénomène apparaît déjà lors de la courte guerre d'Anastase lors de laquelle les garnisons sont vite dépassées et Procope de Césarée critique souvent vertement l'état déplorable des troupes frontalières. Les recherches archéologiques démontrent aussi l'état d'abandon de plusieurs forts. Dans les Balkans, malgré l'effort de fortification entrepris par Justinien, l'Empire peine à les garnir de troupes suffisantes. Dans la deuxième moitié du VIe siècle, les limitanei semblent avoir disparu en tant que corps de troupe en Orient , même s'ils se maintiennent dans les Balkans jusqu'aux percées des Avars et des Slaves dans les premières décennies du VIIe siècle.

L'armée mobile : les comitatenses

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Insignes du magister militum praesentalis dans le Notitia Dignitatum.

En réalité, ce sont les comitatenses qui constituent le cœur de la puissance romaine tardive. Cette armée de campagne n'est en théorie pas attachée à une région en particulier et ses composantes peuvent être déployées sur les différents théâtres d'opération. Leur origine remonte aux réformes de Dioclétien tandis que Constantin est parfois tenu pour responsable de la création de ces unités mobiles, au détriment de la défense des frontières selon certains chroniqueurs antiques comme Zosime[21]. Néanmoins, il faut appréhender l'évolution sur le temps long. Les empereurs tendent de plus en plus à prélever certaines unités (les cohortes) des légions pour les faire intervenir sur différents fronts et parer aux nombreuses menaces sur les frontières de l'Empire. Or, ces unités tendent à revenir de moins en moins das leur région d'origine. C'est ainsi qu'elles finissent par être appelées comitatenses, en référence au comitatus, la suite impériale, vraisemblablement au IVe siècle[22]. Pour autant, ces troupes ne sont pas équivalentes aux gardes impériales, un rôle rempli par les Excubites et les Scholes palatines, lesquelles troupes tendent parfois à prendre un caractère cérémoniel, tout en ayant un rôle politique fort de par leur proximité avec le pouvoir[23],[24].

De plus en plus, les unités de cavalerie se développent et occupent la préséance dans le Notitia. C'est un changement d'importance par rapport à la prévalence de l'infanterie dans l'histoire romaine. Le tournant semble s'opérer dans le courant du IIIe siècle et se confirme sous Constantin avec un maître des cavaliers (magister equitum) associé à un maître des fantassins (magister peditum). Cette structuration renforcée des comitatenses se poursuit avec la création de commandements régionaux, dirigés par des maîtres des milices (magister militum) en Illyrie, en Thrace et en Orient, pour ce qui concerne l'Empire d'Orient. Cinq sont comptabilisés, dont deux dits « en présence » (praesentalis) restent à Constantinople. Par la suite, de nouveaux commandements apparaissent en Italie, Afrique et Arménie. Ce développement progressif et accéléré de l'armée mobile est concomitant et compense le déclin des limitanei. En plus de ces maîtres des milices, des ducs leur sont subordonnés et exercent des commandements plus locaux.

Vers la fin de la distinction entre limitanei et comitatenses

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Néanmoins, dans les faits, plusieurs unités de comitatenses tendent à prendre racine dans telle ou telle région, à l'image du corps des ballistaires mentionnés à Cherson, la possession impériale en Crimée. De même, Justinien crée une véritable armée d'Arménie, dirigée par un maître des milices auquel sont subordonnés plusieurs ducs[25].

L'époque justinienne est surtout marquée par la mise en place de corps expéditionnaires aux effectifs relativement limités mais qui sont des troupes aguerries et très bien formées. Ainsi, l'armée qui envahit l'Afrique vandale compte moins de 20 000 hommes dont 10 000 fantassins et 5 000 cavaliers. Parfois, les généraux disposent de soldats qui leur sont personnellement attachés. Ce sont les bucellaires dont près de 6 000 accompagnent Bélisaire dans ses campagnes. Face à la diversité des fronts, la difficulté est surtout de pouvoir les affecter au bon moment sur le bon théâtre des opérations, dans un contexte de déclin démographique causé par les vagues de peste justinienne (541-767). Surtout, la cavalerie occupe désormais une place centrale et l'infanterie se voit réduite à un rôle d'auxiliaire. L'évolution vers une armée professionnelle de taille réduite mais très bien entraînée se confirme sous Héraclius, qui parvient à lever une troupe susceptible de mener des opérations d'envergure sur les arrières des Sassanides sans engager d'effectifs très importants. En revanche, le recours aux troupes étrangères, notamment les Turcs, se confirme et permet à l'Empire de gonfler artificiellement ses effectifs. L'organisation militaire sous les successeurs de Justinien se caractérise aussi par la fin progressive de la distinction entre l'administration civile et l'administration militaire. Cette dichotomie cardinale dans l'Empire romain tardif s'exprime notamment par la coexistence de fonctions civiles comme les préfets du prétoire avec les maîtres des milices. Dès Justinien, des circonscriptions civilo-militaires apparaissent mais c'est surtout avec les exarchats de Ravenne et de Carthage, fondés par Maurice pour gouverner les provinces extérieures, que la confusion des pouvoirs civils et militaires s'incarnent. En effet, les exarques cumulent les deux fonctions et disposent de troupes régionales pour faire face aux menaces.

Enfin, quelques unités jouissent d'un statut particulier, notamment les troupes présentes à Constantinople. Ces gardes palatines sont d'abord les Scholes, remplacées par les Excubites, dont les commandants (le comte) jouissent d'une grande proximité avec le pouvoir, expliquant que plusieurs d'entre eux deviennent empereurs (Justin Ier ou Justinien notamment).

L'armée sous Justinien et ses successeurs

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Carte de l'Empire d'Orient à la mort de Justinien.
Carte de l'Empire d'Orient à la mort de Justinien.

L’armée byzantine connaît d'importantes transformations sous Justinien et les nombreuses campagnes qui sont menées sous son règne. Les armées dites en présence, praesentalis, sont alors en voie d'extinction après la désastreuse bataille du cap Bon (468). Avec Justinien, les contingents de l'armée permanente sont envoyés sur les divers fronts au gré des besoins tandis que des troupes nouvelles sont parfois levées, comme des régiments de Vandales vaincus et intégrés à l'armée byzantine. Ces unités constituées aux dépens de l'adversaire permettent de compenser la disparition progressive des armées en présence, jusque-là une forme de réserve stratégique. En outre, une forme d'armée parfois qualifiée de « privée » se développe, ce sont les bucellaires, des soldats levés par un général et payés par ce dernier[26]. Bélisaire, le principal général de Justinien, aurait ainsi eu à son service plusieurs milliers d'hommes, même s'il s'agit d'un cas exceptionnel. Par ailleurs, l'empereur exige toujours un serment de fidélité de ces troupes qui pourraient autrement rapidement servir d'autres causes[27].

Sous les successeurs de Justinien, les empereurs, confrontés à un déclin des effectifs lié notamment aux effets de la peste justinienne reconstituent tant bien que mal une armée de campagne. Celle-ci s'appuie largement sur les contingents des Fédérés, des soldats recrutés parmi les peuples voisins de l'Empire, les bucellaires mais aussi le corps des Optimates. Ce terme signifie littéralement « les Meilleurs », initialement constitué de Lombards ou de Goths et d'autres soldats originaires de l'ouest de l'Empire[28]. Ce corps est appuyé par celui de l'Opsikion (ou obsequium), qui sert de garde palatine. Cette structuration, décrite notamment dans le Strategikon de l'empereur Maurice équivaut à une armée de campagne de 10 000 à 15 000, largement composée de cavaliers, ce qui constitue une rupture par rapport à l'Empire romain traditionnel, qui base sa puissance militaire d'abord sur l'infanterie[29].

Le financement de l'armée

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La période tardo-romaine repose sur une armée financée par le trésor central. Les soldats reçoivent une solde régulière en monnaie, complétée par des distributions en nature (annone) destinées à l’alimentation des troupes, des chevaux et aux besoins logistiques [30]. L’entretien de l’armée représente alors la principale dépense de l’État, absorbant jusqu’à un tiers du budget impérial sous Justinien [31]. En plus de la fiscalité et des réquisitions ponctuelles, l'armée est financée par des dons (Donativum) de l'empereur à différents moments, notamment lors de son accession au pouvoir où l'exercice de sa générosité lui garantit également le soutien des troupes. Ce modèle, bien qu’efficace pour une armée nombreuse et dispersée, dépend d’un appareil administratif coûteux. Les crises du VIIᵉ siècle (guerres perses, conquêtes arabes) provoquent son effondrement partiel.

L'armée à l'époque méso-byzantine (641-1025)

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Histoire militaire

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Le choc des conquêtes musulmanes

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L'Empire face à l'expansionnisme musulman
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Le second siège arabe de Constantinople représenté dans la traduction en bulgare de la chronique de Manassès.
Exemple de la guerre de raids et de razzias entre Musulmans et Byzantins : les campagnes de 837 et 838 qui conduisent au sac d'Amorium.
La fuite de Théophile à la suite de la bataille d'Anzen. Illustration issue du manuscrit Skylitzès.

Pendant près d'un siècle, l'Empire byzantin connaît un mouvement de recul important qui débute dès les premiers temps de l'expansion de l'islam. Il ne s'écoule que quelques années entre la fin de la guerre perso-byzantine en 628 et les premières batailles face aux Musulmans dans les années 630, qui pénètrent par le sud de la Palestine, une zone généralement peu menacée et donc mal défendue. Surtout, l'épuisement militaire consécutif aux nombreuses campagnes d'Héraclius, confronté au dynamisme d'un envahisseur qui s'appuie sur une armée très mobile et motivée par une ferveur religieuse non négligeable, conduit à une débâcle très rapide. La défaite lors de la bataille du Yarmouk en 636, lors de laquelle une grande partie de l'armée byzantine est anéantie, consacre cette infériorité et contraint rapidement les Byzantins à abandonner la Syrie et la Palestine, dont la défense est assurée par des forces locales vite dépassées.

Carte de la frontière byzantino-arabes, lourdement fortifiée et présentant une sorte de no man's land entre les deux rivaux.

En outre, l'effondrement militaire des Sassanides favorise la concentration des forces musulmanes contre le Proche-Orient byzantin. L'Égypte est rapidement isolée et tombe en quelques années alors que les Byzantins choisissent de se replier en Anatolie, à l'abri des monts Taurus et de l'Anti-Taurus, qui forment une frontière naturelle, tout en défendant tant bien que mal l'Afrique byzantine et l'Arménie byzantine[32]. Par la suite, les Arabes vont concentrer leurs forces vers Constantinople avec deux tentatives notables de s'en emparer. D'abord un premier siège, plus ou moins soutenu et dans une chronologie mal établie[33], est repoussé par Constantin IV. Pendant un temps, les Byzantins parviennent même à obtenir des trêves favorables et à consolider la frontière anatolienne, tout en perdant l'Afrique en 698[34]. Toutefis, après une période de crise interne et de reprise de l'expansionnisme par le califat, le siège de 717-718 de Constantinople intervient. Alors que l'Empire connaît une grave crise interne, son salut vient de l'usage combiné du feu grégeois sur mer et de l'intervention des Bulgares sur terre. Par la suite, les Musulmans renoncent à prendre la capitale byzantine[35].

La guerre byzantino-arabe prend alors une autre forme. Sur la défensive, les Byzantins sont confrontés à la récurrence de raids souvent destructeurs menés de façon quasi-annuelle par les Musulmans. Pendant plus de deux siècles, les Byzantins adaptent leur appareil militaire à cette guerre de razzias et de pillages et non plus de conquêtes. L'objectif est alors de réagir rapidement pour intercepter les forces adverses. Les Byzantins remportent ainsi plusieurs grandes victoires, comme lors de la bataille d'Akroinon (740) ou la bataille de Poson (863) mais les Musulmans réaffirment régulièrement la supériorité de leur puissance à l'occasion de campagnes violemment destructrices, comme lors du sac d'Amorium (838)[36]. Il ne s'agit pas alors formellement d'une guérilla que mènent les Byzantins mais la stratégie défensive adoptée en prend certaines formes, notamment l'exploitation du terrain, des tactiques d'usure et de harcèlement, l'adaptation à une situation structurelle d'infériorité numérique en impliquant directement les populations locales. Jean-Claude Cheynet parle à cet égard de « guerre akritique » qui favorise une culture martiale sur les marges frontalières[37].

Finalement, l'affaiblissement progressif du califat couplé à un regain de dynamisme au sein de l'Empire byzantin favorise le retour à l'offensive au Xe siècle. Cela se traduit d'abord par une consolidation de la frontière orientale puis à de véritables visées expansionnistes, incarnées par des empereurs comme Nicéphore II Phocas ou Jean Ier Tzimiskès, qui reprennent la Cilicie puis la région d'Antioche en brisant des émirats frontaliers dont la puissance est amoindrie, à l'image de celui des Hamdanides d'Alep. Ce retour à la guerre offensive, qui repose sur une armée centrale professionnelle, atteint son point culminant sous Basile II, qui se contente de consolider la présence byzantine en Syrie face aux Fatimides. Les ultimes conquêtes orientales, notamment la prise d'Edesse en 1038 ou l'incorporation de la région arménienne d'Ani poussent la frontière dans des régions qui n'ont plus été byzantines depuis Héraclius.

L'Empire en Occident

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Les guerres byzantino-bulgares entre 741 et 775.
Les opérations militaires entre Byzantins et Bulgares à l'époque de Krum.

Si l'armée byzantine concentre l'essentiel de ses forces contre les Arabes, les Balkans continuent d'être le lieu de menaces de plus en plus fortes pour l'Empire. Au-delà des Slaves, ce sont les Bulgares qui deviennent le danger principal. Ils parviennent à franchir de force le Danube en écrasant l'armée byzantine au cours de la bataille d'Ongal, s'installant sur les deux rives du fleuve et contraignant les Byzantins à se replier vers le sud. Dans les faits, ils ne contrôlent plus que les franges littorales des Balkans. Pendant trois siècles, les Bulgares et les Byzantins se mènent une guerre acharnée. Les Byzantins profitent de la solidité des murailles de Constantinople mais souffrent de défaites d'ampleur, à l'image de la bataille de Pliska (811) qui voit la mort de Nicéphore Ier ou celle de Versinikia deux ans plus tard. Comme face aux Arabes, les Byzantins parviennent à s'organiser pour consolider la frontière avec la création de thèmes (des circonscriptions militaires) en Europe. Avec le regain de puissance au Xe siècle, ils parviennent même à prendre le dessus sur les Bulgares sous Jean Ier Tzimiskès. Celui-ci doit alors aussi combattre la Rus' de Kiev qui s'avance jusqu'à Arcadiopolisils sont repoussés en 971. L'année d'après, les Byzantins réoccupent brièvement la Bulgarie. Néanmoins, les Bulgares se reprennent sous la conduite de Samuel Ier qui mène une guerre de grande ampleur jusqu'en 1018. Il faut la détermination et le talent militaire de Basile II pour que les Byzantins remportent une série de victoires qui culminent à l'occasion de la bataille de la passe de Kleidion (1015) qui brise la résistance des Bulgares. Cette fois, l'occupation est durable et permet à l'armée byzantine de revenir sur le Danube, asservissant aussi la Serbie.

Plus à l'ouest, l'Empire peine à déployer des forces militaires d'importance pour protéger ses possessions italiennes. L'exarchat de Ravenne mène une longue lutte contre les Lombards qui grignotent inexorablement l'essentiel des terres byzantines, jusqu'à prendre Ravenne en 751. Seul le sud de l'Italie et la Sicile demeurent sous la domination impériale mais c'est ensuite la Sicile qui fait l'objet d'une conquête musulmane qui dure jusqu'au tournant de l'an 900. Si les Byzantins lancent périodiquement des contre-offensives, ils n'ont pas les moyens militaires suffisants pour défendre durablement ce front. Malgré tout, ils parviennent à réorganiser le sud de la péninsule et à résister aux assauts des Carolingiens puis des Musulmans de l'émirat de Bari pour fonder le catépanat d'Italie aux alentours de l'an 1000.

Les armées à l'époque mésobyzantine (641-1025)

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Les thèmes

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Le système des thèmes en 750.

L'une des transformations fondamentales de l'armée byzantine et, au-delà, de l'Empire, est la formation des thèmes, dans le contexte du choc des conquêtes musulmanes. De profonds débats ont agité les historiens sur l'origine et les raisons de cette évolution. Longtemps, sous l'influence de Georg Ostrogorsky, l'idée d'une réforme consciemment pensée dès Héraclius et approfondie par Constant II a été défendue. Pourtant, aujourd'hui, les historiens s'accordent plutôt autour d'une lente évolution des structures profondes d'une armée contrainte de muter face au contexte qu'elle affronte. Au VIIe siècle, plusieurs contingents subsistent et s'installent progressivement dans les provinces anatoliennes toujours tenues par l'Empire et désormais en première ligne. Ces premiers thèmes sont les suivants :

Le système des thèmes en 950.

Par ailleurs, des contingents provinciaux demeurent dans les régions extérieures encore tenues. Ils sont généralement placés sous le commandement d'un exarque, sorte de vice-empereur. Il en existe deux : l'exarchat d'Italie à Ravenne et l'exarchat d'Afrique à Carthage, qui doivent généralement composer avec les moyens locaux limités dont ils disposent pour assurer la défense de leurs provinces, qui finissent par tomber en 698 pour Carthage et dans les années 750 pour Ravenne.

Quoi qu'il en soit, ce redéploiement stratégique des grands corps d'armée ne modifient que sur le temps long la structure administrative de l'Empire, qui se calque peu à peu sur cette organisation militaire, avec le rôle prépondérant tenu par le stratège, général de ces corps d'armée et bientôt gouverneur provincial. Il faut donc observer une survivance d'unités parfois anciennes, avec la création de nouveaux thèmes au fur et à mesure des règnes et des évolutions frontalières. Ainsi, tout au long des VIIIe et IXe siècles, de nouveaux thèmes sont créés, à l'instar de la Sicile mais aussi en Europe, avec le Thrace ou la Macédoine, qui constituent un glacis contre le khanat bulgare du Danube, tandis que certaines des grandes unités d'Anatolie sont subdivisées pour prévenir leur influence devenue trop grande, avec les fondations des Bucellaires et du thème des Optimates. Enfin, avec la reprise d'une guerre offensive au Xe siècle, de nouveaux thèmes frontaliers sont créés comme la Mésopotamie ou le thème de Colonée. À l'époque de la rédaction du De administrando Imperio (Xe siècle), Constantin VII Porphyrogénète établit une liste de trente-huit thèmes.

Le système des thèmes à l'apogée byzantin du XIe siècle. Des duchés sont présents sur les frontières orientales et les provinces italiennes sont rassemblées au sein d'un catépanat.

Ces thèmes ont une vocation principalement défensive, face à la supériorité militaire du califat. Elles défendent une frontière montagneuse, qui s'appuie sur des positions stratégiques et des zones parfois fortifiées, dénommées kleisoura, sur les cols et autres défilés. Bientôt, le recrutement devient local. Le stratège s'appuie sur des soldats issus des territoires qu'il gouverne au nom de l'empereur. Selon Haldon, ces nouvelles provinces constituent « un compromis entre l’autonomie locale et la centralisation impériale », préfigurant la structure militaire du Moyen Âge byzantin. Les tourmarques, placés sous la direction des stratèges, ont la charge de deux à trois divisions armées, qui correspondaient aussi à des subdivisions territoriales appelée les tourmes. Sous leur commandement se trouvent les drongaires, eux-mêmes à la tête de territoires appelés drongoi, dont chacun est constitué en théorie d'un millier de soldats. Sur le champ de bataille, ces unités sont divisées en bandes, ou banda (singulier : bandon) de 300 hommes environ, bien que parfois réduites à tout juste un peu plus de 50 hommes. Il s'agit de l'unité de base. Les soldats proviennent de la paysannerie libre, propriétaire de ses terres et qui a à sa charge son équipement. Elle est mobilisable dès que la situation l'exige. Ce système souple comporte de nombreux avantages : le soldat défend ses propres terres, il connaît le terrain et le coût pour l'Empire est réduit puisqu'il ne s'agit pas à proprement parler d'une armée de campagne professionnelle.

Le système des stratiôtika ktemata (terres militaires), étudié par Kaplan et Haldon, lie service militaire et possession foncière, ce qui explique l'importance de la paysannerie locale dans le système byzantin. Largement plus rural que le monde romain antique, la communauté villageoise devient la base d'un mode de fonctionnement nécessaire à la défense de l'Empire. Cet état de fait justifie aussi les efforts des empereurs pour limiter la progression d'une grande aristocratie foncière alors que le paysan-soldat apparaît comme un modèle dans la vie sociale rurale d'alors. Cependant, dès le IXe siècle, l’essor des grandes familles militaires (dynatoi) entraîne la concentration foncière et la disparition progressive du petit soldat paysan, affaiblissant le modèle initial. De grandes familles aristocratiques apparaissent alors, largement forgées par les armes et qui s'opposent parfois à Constantinople. Parmi ces lignées figurent les Phocas, les Argyre, les Sklèros, jusqu'aux Comnène qui émergent à la fin de cette période. Un débat historiographie nourri a opposé cette noblesse des armes à une noblesse civile, plus constantinopolitaine, représentée par exemple par les Monomaque. Cette vision, défendue par Georg Ostrogorsky, est aujourd'hui largement amendée au profit d'alliances familiales qui vont au-delà de cette dichotomie, même si certains clans ont bien une vocation militaire affirmée.

La Sicile fut perdue au profit des Arabes au début du règne de Constantin VIII — l'expédition entreprise pour la reconquérir en 964 fut un échec -, et Chypre était un condominium administré conjointement avec le califat musulman jusqu'à sa reconquête par Nicéphore II Phocas en 965. Constantinople, quant à elle, était sous la domination d'un éparque (autrefois appelé préfet de la ville, en latin praefectus urbi) et était protégée par de nombreuses tagmata et forces de police.

Le tableau suivant illustre la structure thématique telle qu'on pouvait la voir dans le thème des Thracésiens entre 902 et 936.

Nom Effectif Nombre d'unités subordonnées Chef de troupe
Thème 9 600 4 mérè Stratège
Tourma, Méros 2 400 6 Drongoi Tourmarque
Drongos 400 2 banda Drongaires
Bandon 200 2 centuries Comte
Centurie 100 10 contubernia Hécatontarque
50 5 contubernia Pentecontarque
Contubernium 10 1 avant-garde* + 1 arrière-garde* Décarque
Avant-garde* 5 aucune Pentrarque
Arrière-garde* 4 aucune Tétrarque
  • Note: ces termes sont des traductions directes en français.

Enfin, à la fin de cette période, d'autres circonscriptions militaires apparaissent. L'extension des frontières, tant en Orient qu'en Occident avec la conquête de la Bulgarie, rend les thèmes obsolètes. Certains, de plus en plus éloignés des frontières, perdent leur nature militaire. En revanche, aux marges de l'Empire apparaissent des duchés ou des catépanats, à l'instar du catépanat d'Italie ou du duché d'Antioche. Regroupant plusieurs thèmes, ils sont dirigés par un duc ou un catépan qui disposent d'une certaine autonomie militaire et sont en première ligne face aux ennemis de l'Empire.

Les tagmata impériaux

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Mosaïque montrant l'empereur Justinien entouré d'officiers et d'une unité de tagmata.

La réorganisation de l'armée byzantine autour des régiments thématiques s'accompagne aussi d'une quasi-disparition de l'armée permanente, basée à Constantinople. Les régiments palatins, tels que les Excubites ou les Scholes disparaissent ou voient leur rôle se réduire drastiquement. De ce fait, l'appareil militaire byzantin repose presque entièrement sur des forces provinciales, aux mains de gouverneurs parfois ambitieux et qui peuvent donc menacer le trône. C'est le cas d'Artabasde, le beau-fils de Léon III qui se rebelle sans succès contre le fils de Léon, Constantin V, avec l'aide des armées des Arméniaques et de l'Opsikion. En réaction, Constantin V refonde le noyau d'une armée permanente, à la disposition directe de l'empereur. Ce sont les tagmata (tagma au singulier), qui sont des régiments basés à Constantinople ou aux alentours. La chronologie de leurs créations demeure incertaine mais les premiers sont les Scholes et les Excubites, qui reprennent leur rôle de protecteurs directs du souverain et qui peuvent l'accompagner dans les principales campagnes militaires[43].

Ce sont généralement des unités de cavalerie, comprenant chacune entre 1 000 et 6 000 hommes. Dans les faits, un effectif d'un millier d'hommes constitue une base relativement crédible, même si certaines unités sont plus fournies, comme la garde varangienne créée à la fin du Xe siècle. Les Noumeroi (en grec Νούμεροι / Noúmeroi)[44], les Optimatoi (en grec Ὀπτιμάτοι / Optimátoi, « les meilleurs »), et la tagma ton Teikhon (en grec Τειχών / Teikhṓn, « des murs ») sont des tagmata d'infanterie. La Vigla[45] et les Noumeroi aident à la police de Constantinople ; la tagma des murs, comme son nom l'indique, défend les murs de Théodose et est plus généralement responsable de la défense de la capitale.

En plus de ces unités plus ou moins stables, quelques tagmata éphémères ou moins biens connus sont formés en tant qu'unités dévouées aux empereurs. Nicéphore Ier crée probablement l'unité des Hikanatoi (les « Capables ») qui lui survit pendant quelques décennies[46]. Michel II crée les tessarakontarioi, unité spéciale de marine, et Jean Ier Tzimiskès les Athanatoi (en grec Ἀθάνατοι / Athánatoi, les « Immortels ») d'après l'ancienne unité perse[47].

Les unités tagmatiques sont généralement dirigées par un domestique, qui a pour lieutenant le topotérétès, hormis pour la Vigla, commandée par un drongaire[48]. Les banda qui formaient ces unités étaient dirigés par un comte (komes en grec). Le domestique des Scholes, commandant du régiment des Scholes, devient peu à peu de plus en plus important, jusqu'à devenir l'officier le plus important au Xe siècle. Le recrutement de ces unités se fait sur la base du volontariat et peut s'appuyer sur la sélection des meilleurs éléments des régiments thématiques. Le service s'étale de dix-huit ans à quarante ans et la solde ainsi que l'équipement de ces soldats, assurés par l'Empire, sont meilleurs que pour les soldats des provinces[49]..

Le tableau suivant montre, suivant Treadgold, l’évolution théorique des effectifs totaux des forces tagmatiques.

Année 745 810 842 959 970 976 1025
Nombre total 18 000[50] 22 000[51] 24 000[52] 28 000[52] 32 000[53] 36 000[53] 42 000[52]

Dans un article sur les effectifs de l'armée byzantine du Xe siècle au XIIe siècle, Jean-Claude Cheynet cite les nombres suivants :

Unité Scholes Excubites Hicanates Garde varangienne Archontopouloi Turcopoles
Nombre total 1 500 à 4 000[54] 700 en 949[55] 456 en 949[55] Jusqu'à 6 000[56] 2 000 dans les années 1080-1090[57] Jusqu'à 2 000 dans les années 1080-1090[57]

S'il est difficile d'obtenir une évaluation précise et si ces nombres demeurent débattus, les tagmata prennent progressivement le pas sur les forces thématiques, peu adaptées aux campagnes offensives que mène l'Empire à partir du la fin du IXe siècle.

Le financement de l'armée

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Face aux pertes fiscales, l’Empire réorganise le financement militaire autour des stratiotika ktemata, des lots de terre attribués aux soldats pour assurer leur propre entretien [58]. Les communautés rurales participent via un système de solidarité fiscale (sunaichmoi), garantissant le remplacement d’un soldat déficient et maintenant les effectifs requis[59]. Ce modèle réduit le coût budgétaire de l'armée, tout en l'ancrant sur le territoire. Le débat sur l'origine des thèmes se retrouve sur le sujet des terres militaires. Pour Georg Ostrogorsky et Warren Treadgold, c'est dès le VIIe siècle que les empereurs concèdent des domaines impériaux à des soldats. D'autres historiens, dont John Haldon et Jean-Claude Cheynet, considère que le phénomène est plus tardif. Selon eux, la liaison entre le service militaire et la possession de terres ne prend de l'ampleur qu'au Xe siècle, ce qui n'empêche pas qu'il ait pu préexister[60]. Quoi qu'il en soit, le défi devient ensuite de sauvegarder ces terres de la tentation de la grande aristocratie à les racheter. Si le soldat n'est plus propriétaire de sa terre, le système ne fonctionne plus. En outre, le déclin du recours aux armées thématiques entraîne la fiscalisation de la strateia. Les terres militaires deviennent alors redevables de l'impôt, ce qui pemet à l'Empire de se servir de ce revenu fiscal pour financer l'armée centrale et le recours aux mercenaires[61].

Les soldes monétaires continuent d’exister, mais deviennent complémentaires : elles rémunèrent principalement les campagnes ou les troupes professionnelles (tagmata) [62]. Les conquêtes des Macédoniens (Crète, Syrie du Nord, Bulgarie) reposent sur une armée plus dense et mieux entraînée, nécessitant un renforcement des paiements monétaires. Les dépenses militaires atteignent alors leur sommet : Cécile Morrisson estime qu’elles représentent environ 40 % du budget impérial au Xe siècle[63]. Il ne faut jamais oublier que la solde des militaires peut périodiquement se compléter du produit du butin ou de dons impériaux qui demeurent, quoi qu'exceptionnels[64].

L'armée byzantine face aux forces nouvelles (1025-1204)

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Face aux Turcs

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Carte des premières campagnes de Romain IV face aux Turcs.
Photographie d'une miniature représentant une scène de bataille médiévale avec, au premier plan, un homme enfourchant un cheval
La bataille de Manzikert représentée dans le manuscrit français du XVe siècle De casibus virorum illustrium[65].

Si le XIe siècle marque l'apogée de la puissance byzantine, elle consacre aussi l'apparition de forces nouvelles à ses frontières. En Orient, l'extension des frontières met l'Empire au contact des Turcs, qui dominent le monde musulman et multiplient les raids aux marges du monde byzantin. Sans rechercher à conquérir des territoires, ils troublent suffisamment les provinces pour justifier que Romain IV Diogène mène plusieurs campagnes contre eux. En 1071, l'une d'elles culmine avec la bataille de Mantzikert, contre le sultan Alp Arslan qui remporte une victoire décisive lors de laquelle il s'empare de l'Empereur. C'est d'ailleurs cela plus que la défaite, loin d'être écrasante, qui entraîne l'effondrement militaire byzantin. La captivité entraîne l'éclatement d'une suite de guerres civiles et d'usurpations qui accaparent l'armée byzantine sur le front intérieur au détriment de la défense des frontières. Plus encore, les prétendants au trône mobilisent des mercenaires turcs qui en profitent pour pénétrer et s'installer au cœur de l'Anatolie[66].

Quand Alexis Ier Comnène arrive au pouvoir en 1081, toute l'Asie Mineure est perdue, à l'exception de quelques villes, et l'appareil militaire est considérablement affaibli. Il doit faire appel à l'aide des soldats occidentaux, qu'il espère solder comme mercenaires mais c'est un véritable appel à la croisade qui intervient. Les Byzantins sont alors dépassés par l'arrivée d'armées entières dirigées par des seigneurs occidentaux qui souhaitent s'emparer de la Terre sainte et non uniquement soutenir la reconquête byzantine[67]. En dépit de cette méfiance réciproque, l'armée byzantine profite des succès de la première croisade pour reconquérir les littoraux anatoliens[68]. Si les empereurs Comnènes parviennent à circonscrire la menace du sultanat de Roum, ils ne peuvent reconquérir le plateau anatolien, en dépit de succès partiels, rapidement remis en cause par la fragilité de l'empire durant la période comnène. La défaite de Manuel Ier Comnène lors de la bataille de Myrioképhalon consacre cette incapacité à reprendre l'Anatolie centrale[69].

En Occident

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Représentation de la prise de Constantinople par les Croisés par Palma le Jeune.

En Occident, les forces nouvelles se manifestent d'abord en Italie avec l'arrivée des Normands. D'abord mercenaires pour le compte de l'Empire, ils s'émancipent et finissent par chasser les Byzantins de la péninsule après une série de victoires face à des forces trop faibles pour s'opposer à eux et notamment à la puissance de leurs chevaliers. Bari tombe en 1071 et les Normands tentent ensuite de prendre pied dans les Balkans. Ils remportent notamment une grande victoire lors de la bataille de Dyrrachium (1081) qui détruit ce qu'il reste d'une armée byzantine alors très affaiblie par des années de guerre civile. Alexis Ier doit mener à bien une restructuration complète de son armée mais c'est par la diplomatie qu'il contraint les Normands à la retraite. Il peut ensuite juguler les raids des Petchénègues qui pénètrent au sud du Danube. Il réussit presque à les exterminer à l'occasion de la bataille de la colline de Lebounion (1091) qui confirme le regain militaire de l'Empire. Par la suite, l'Empire byzantin se montre capable de mener des opérations assez ambitieuses, notamment contre le royaume de Hongrie pour confirmer sa domination sur les Balkans. Finalement, l'extinction de la dynastie des Comnènes et l'affaiblissement qui s'ensuit permet à la Bulgarie de s'émanciper et de fonder le Second Empire bulgare dans les années 1180-1190, tandis que le phénomène des Croisades continue de représenter un danger majeur en raison des effectifs nombreux de soldats occidentaux qui traversent le territoire impérial.

C'est d'ailleurs d'Occident qu'intervient la principale menace à la survie de l'Empire quand la quatrième croisade est détournée de son objectif initial. Face à une armée bien équipée et structurée, les Byzantins ne peuvent opposer d'effectifs suffisants et sont contraints de se barricader à Constantinople. Finalement, dominés sur terre comme sur mer, ils finissent par céder et Constantinople tombe aux mains des Croisés en 1204.

L'armée des Comnène

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L'évolution au XIe siècle
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Photographie d'une miniature d'un homme assis, les pieds sur un homme couché
Romain IV vaincu, aux pieds d'Alp Arslan, illustration d'une traduction française du XVe siècle du De casibus virorum illustrium de Boccace.

Face aux menaces nouvelles, l'armée byzantine connaît un début de mutation après 1025. Au maximum de son expansion, des débats ont émergé sur la nature des politiques militaires menées par les souverains d'alors. Les anciennes armées thématiques, fondées sur la levée provinciale, perdent progressivement leur rôle militaire et, quand elles sont encore mobilisées, font en général preuve d'un niveau d'efficacité ou de préparation très insuffisant[70]. Leur faible efficacité dans les opérations de longue durée, couplée à l’essor des unités professionnelles plus adaptées à l'offensive, entraîne la fiscalisation de la strateia. Toutefois, les soldats indigènes demeurent majoritaires dans les effectifs jusqu’aux années postérieures à 1071[71]. Les tagmata permanents – souvent complétés par des mercenaires étrangers – deviennent la principale force mobile de l’Empire. Loin de constituer un signe de décadence, ce recrutement spécialisé permet d’obtenir des troupes mieux entraînées, plus fiables lorsqu’elles sont régulièrement payées et plus faciles à contrôler par le gouvernement central. Néanmoins, cette focalisation sur des troupes d'infanterie et de cavalerie lourdes s'avère mal adaptée aux adversaires nouveaux, notamment les cavaliers légers turcs, plus mobiles[72]. John Haldon combat malgré tout l'idée d'un déclin militaire[73]. Cette hypothèse, portée notamment par Georg Ostrogorsky, repose sur un affrontement entre des empereurs issus de la noblesse civile (Romain III Argyre, Constantin IX) et des souverains venus de familles aux traditions martiales (Romain IV Diogène, Isaac Ier Comnène). Si ces derniers sont attentifs au maintien d'un appareil militaire correctement dimensionné, les premiers auraient fait preuve de négligence dans l'entretien de l'armée. Celle-ci aurait alors été incapable de soutenir le choc des nouveaux adversaires de l'Empire. D'autres historiens, dont John Haldon et Jean-Claude Cheynet, ont largement tempéré cette dichotomie au sein de l'aristocratie, tout en soulignant l'impact de l'instabilité politique sur la capacité de l'Empire à maintenir un effort suffisant pour la défense des frontières.

Par ailleurs, un autre débat a porté sur une hypertrophie des frontières, en particulier en Orient. En intégrant toujours plus de marges frontalières, à l'instar du district arménien d'Ani, l'Empire s'est privé d'États tampons. Cette thèse est en partie rejetée mais l'organisation frontalière nouvelle, qui repose sur les duchés et les catépanats, présente des limites. Elle favorise une fragmentation de la capacité de mobilisation des forces armées. Si elle est efficace face à des adversaires divisés, comme c'est le cas des émirats arabes au Xe siècle, elle ne l'est plus face à l'empire des Seldjoukides[74]. Ce constat, combiné à l'inefficacité d'armées de campagne peu mobiles face à un adversaire qui mise sur sa mobilité et sa légèreté, tant pour les Seldjoukides que pour les Petchénègues, explique le déclin stratégique de l'armée byzantine dans la deuxième moitié du siècle[75].

Instauration et succès
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L'empereur Jean II Comnène acquit une grande renommée en tant que général et dirigea de nombreux sièges réussis. Sous sa direction, l'armée byzantine reconquit d'importants territoires sur les Turcs.

À l'avènement de la dynastie Comnène, en 1081, l'Empire byzantin a été réduit à sa plus faible extension depuis le début de son histoire. Cerné par des peuples hostiles et ruiné financièrement par une longue période de guerre civile, l'empire semble destiné à un avenir bien sombre. Mais, grâce à une politique hardie et déterminée, et à des années de campagnes militaires, Alexis, Jean et Manuel Comnène parvinrent à restaurer le pouvoir de l'empire en mettant en place une nouvelle armée sur de nouvelles bases. Cette force armée était à la fois professionnelle et disciplinée. Elle était constituée de puissantes unités telles que les gardes des Varanges et des Immortels (unité de cavalerie lourde), stationnées à Constantinople, et d'autres unités légères des provinces. Ces dernières incluaient la cavalerie des cataphractaires de Macédoine, Thessalie et Thrace, et d'autres forces régionales des côtes asiatiques de la mer Noire.

Sous Jean II, une unité macédonienne fut maintenue, et de nouvelles troupes de citoyens byzantins furent désormais recrutées dans les provinces. L'Asie Mineure commençant à prospérer sous les règnes de Jean II et Manuel Ier, on recruta davantage de soldats dans les provinces asiatiques de Néokastra, Paphlagonie et Séleucie (au Sud-Est). Des soldats furent aussi recrutés parmi les peuples vaincus, tels les Petchénègues (cavaliers archers), ou les Serbes, qui étaient utilisés comme colons stationnés à Nicomédie. Les troupes locales étaient organisées en unités régulières et basées à la fois dans les provinces asiatiques et européennes. Les armées comnèniennes étaient aussi souvent renforcées par des contingents venus d'Antioche, Serbie et Hongrie, bien qu'elles fussent formées aux deux tiers de troupes byzantines, contre seulement un tiers de troupes étrangères. Les unités d'archers, d'infanterie et de cavalerie étaient associées pour combiner l'utilisation de leurs différentes armes.

Cette armée comnénienne était très efficace, bien entraînée et bien équipée. C'était une force capable de combattre en Égypte, en Hongrie, en Italie et en Palestine. Cependant, comme c'était le cas de nombreux aspects de l'État byzantin sous les Comnène, la plus grande faiblesse de l'armée était que son organisation reposait sur un chef qui devait être assez puissant et compétent pour pouvoir diriger et mener à bien les opérations. Pendant les règnes d'Alexis Ier, Jean II et Manuel Ier, entre 1081 et 1180 environ, l'armée comnénienne garantit à l'empire une période de sécurité qui permit à la civilisation byzantine de s'épanouir. Mais à la fin du XIIe siècle, le commandement compétent sur lequel l'efficacité de l'armée des Comnène se fondait disparut en grande partie. La conséquence de cette crise d'état-major devait se révéler désastreuse pour l'Empire byzantin.

Négligence sous les Ange
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Carte de l'Empire byzantin sous Manuel Comnène, vers 1180.

En 1185, l'empereur Andronic Ier Comnène mourut. Avec lui disparaissait la dynastie Comnène, qui avait procuré à l'empire une série d'empereurs aux grandes qualités militaires pendant près d'un siècle. Elle fut remplacée par la famille des Ange, réputée la dynastie la plus incompétente ayant régné sur l'Empire byzantin.

L'armée byzantine est à ce moment un organisme très centralisé. Elle reposait sur le système selon lequel l'empereur rassemblait ses troupes et les conduisait, personnellement, sur le champ de bataille ou à l'assaut des forteresses ennemies. Les généraux étaient étroitement contrôlés et toute instruction et récompense provenait de Constantinople.

Toutefois, l'inaction et l'inaptitude des Ange conduisit rapidement à une décadence de la puissance militaire byzantine, à la fois sur terre et sur mer. Entourés d'une foule d'esclaves, maitresses et courtisans, ils permirent à des favoris indignes de gouverner l'empire, alors qu'eux-mêmes engloutissaient l'argent extorqué aux provinces dans de coûteuses constructions et des dons dispendieux aux églises de la métropole. Ils éparpillèrent tant les richesses que le trésor se trouva épuisé, et leur permissivité à l'égard des officiers de l'armée laissa l'empire pratiquement sans défense. Ensemble, ils consommèrent la ruine financière de l'État.

Les ennemis de l'empire ne perdirent pas de temps pour profiter de cette situation nouvelle. À l'Est, les Turcs violèrent les frontières de l'empire, érodant graduellement le contrôle qu'exerçait Byzance sur l'Asie Mineure. Dans le même temps, à l'Ouest, les Serbes et les Hongrois rompirent définitivement avec l'empire, alors qu'en Bulgarie, la pression fiscale des Ange provoquait une rébellion valaquo-bulgare en 1185. Cette révolte conduisit à l'établissement du Second Empire bulgare sur des territoires vitaux pour la sécurité de l'empire dans les Balkans. Kaloyan de Bulgarie annexa plusieurs cités importantes, alors que les Ange consumaient le trésor public en palais et jardins et tentaient de résoudre la crise par des moyens diplomatiques. L'autorité de Byzance en sortit sévèrement amoindrie, et l'absence de pouvoir au centre de l'empire encouragea sa dislocation, alors que les provinces prirent l'habitude de se tourner vers des puissants locaux pour assurer leur protection. Ceci réduisit d'autant plus les ressources nécessaires à l'empire et à son armée que de larges régions s'émancipèrent de l'autorité du pouvoir central.

Les effectifs

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La question des effectifs est l'une des plus complexes, tant il est difficile de disposer de sources précises à ce sujet. Les sources anciennes ont souvent tendance à surestimer le nombre des soldats en présence lors d'une bataille, ce qui impose des réévaluations sur des bases parfois incertaines[76]. De ce fait, l'exercice relève plus de l'approximation. Pour ce qui concerne l'Empire proto-byzantin, la Notitia dignitatum constitue une source précieuse et relativement précise de la structuration militaire de l'Empire. Elle permet de lister près de 1 000 unités militaires pour environ 500 soldats en théorie pour chacune d'elles. Sachant que ce document concerne les deux parties de l'Empire romain, il est possible de chiffrer les effectifs des empires d'Occident et d'Orient à près de 500 000 hommes. Ce nombre est relativement proche de l'estimation de l'armée de Dioclétien à près de 400 000 sur la base des écrits de Jean Lydus. Pour le seul Empire d'Orient, cela revient à un peu plus de 250 000 soldats. Ce nombre tend à décroître, dès l'époque de Justinien et malgré les conquêtes militaires et l'expansion territoriale. Les conséquences démographiques de la peste justinienne en sont la raison principale, avec le déclin des troupes frontalières. Les effectifs dépassent probablement péniblement les 150 000 hommes. C'est ce qui ressort des écrits d'Agathias et de la critique formulée par Justin II sur l'insuffisance des moyens dont il dispose pour défendre les frontières de l'Empire. En outre, le fort développement de la cavalerie entraîne aussi un coût croissant pour les finances publiques, expliquant aussi la décrue des effectifs. Celle-ci se poursuit certainement jusqu'à Héraclius[76]

Après le choc des conquêtes musulmanes et les importantes pertes territoriales, il devient plus difficile d'estimer les moyens militaires de l'Empire, si ce n'est qu'ils baissent substantiellement. Un débat historiographique a opposé Warren Treadgold, tenant d'une lecture littérale des sources disponibles à John Haldon, plus critique et sensible aux contraintes logistiques qui s'imposent à l'Empire. Quelques sources permettent une estimation raisonnable autour de 80 000 hommes au VIIIe et IXe siècles, tant au travers du récit de Théophane le Confesseur que du prisonnier arabe al-Djarmî[77]. Warren Treadgold tend généralement à partir des effectifs théoriques de chacun des thèmes et des tagmata. Sur cette base, il estime par exemple que les quatre principales tagmata peuvent comprendre jusqu'à 24 000 hommes. Néanmoins, d'autres évaluations soulignent l'écart entre la théorie et la réalité de la capacité de mobilisation de l'Empire. Dans ce cas, même le nombre de 80 000 doit être considéré comme surévalué, même s'il peut correspondre à la capacité de mobilisation de l'Empire à son apogée des Xe et XIe siècles. Dans tous les cas, les armées en campagne ne rassemblent jamais plus de 25 000 hommes[78]. Sous les Comnènes, il est probable que l'ensemble des forces militaires byzantines avoisine 50 000 hommes, peut-être un peu plus sous Manuel Ier[79],[80].

Les effectifs ne font ensuite presque plus que décroître à partir de la fin du XIIe siècle. L'empire de Nicée ne peut vraisemblablement pas aligner plus de 10 000 hommes, un total qui remonte peut-être aux environs de 20 000 après la reprise de Constantinople par Michel VIII Paléologue. Sous Andronic II Paléologue, ce nombre baisse à 4 000 hommes, ponctuellement renforcés de mercenaires. Cet ordre de grandeur correspond aux effectifs alignés lors de la bataille de Pélékanon en 1329[81]. Par la suite, ce nombre continue sa chute pour ne plus compter que quelques centaines d'hommes dans les dernières décennies, peut-être les reliquats de diverses gardes impériales. Georges Sphrantzès mentionne ainsi deux cents étrangers au service de l'empereur Constantin XI lors de la chute de Constantinople en 1453[82].

L'armée à l'époque byzantine tardive (1204-1453)

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L’Empire byzantin (rouge) en 1265.

Histoire militaire

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Représentation du XVe siècle du siège de Constantinople par Jean Le Tavernier.

Après la chute de Constantinople aux mains des Croisés, l'effort des Byzantins se concentre à la fois sur la défense des territoires refuges où ils sont parvenus à s'exiler (empire de Trébizonde, empire de Nicée, despotat d'Épire) et sur l'enjeu de la reprise de Constantinople. Les empereurs nicéens se consacrent à la refondation d'une armée, qui combat à la fois les Turcs, battus par exemple à la bataille d'Antioche du Méandre en 1211. Cet affrontement aurait d'ailleurs vu la victoire en combat singulier de Théodore Ier Lascaris sur Kay Khusraw Ier[83]. Par la suite, la vassalisation des Seldjoukides par les Mongols soulage les Byzantins. Les Nicéens parviennent notamment à reprendre pied en Europe et à menacer plus directement Constantinople, qui tombe par surprise en 1261 à l'occasion d'un coup de main du général Alexis Strategopoulos. Le nouvel empereur byzantin, Michel VIII Paléologue doit alors prévenir toute réaction des Latins. Dès 1259, à l'aide de contingents étrangers, il vainc la principauté d'Achaïe soutenue par le despotat d'Epire lors de la bataille de Pélagonia.

Plus largement, le défi des armées byzantines est de défendre l'Empire face à des menaces multiples, notamment la persistance de principautés latines (duché d'Athènes, principauté d'Achaïe, duché de Naxos...) soutenues un temps par le royaume angevin de Sicile, la contestation de la primauté impériale par le despotat d'Epire et le retour des Turcs. Ces derniers, divisés en beylicats, profitent de la faiblesse militaire d'un Empire affaibli par la peste noire pour gagner du terrain. Ainsi, le petit émirat frontalier des Osmanli devient le fer de lance de cette entreprise guerrière, battant les Byzantins dès 1302 à la bataille de Bapheus puis en 1329 à la bataille de Pélékanon, privant l'Empire de ses possessions asiatiques. En Europe, l'Empire byzantin doit également lutter contre l'Empire serbe et le deuxième empire bulgare. Miné par des guerres civiles, l'Empire byzanti cède progressivement du terrain sur à peu près tous les fronts, avec une capacité militaire qui s'atrophie. À partir de la deuxième moitié du XIVe siècle, l'Empire ne mène plus que des batailles défensives, principalement des sièges. Constantinople est notamment visée par l'Empire ottoman. Un premier blocus intervient au tournant du XVe siècle, puis un nouveau siège en 1422. Finalement, c'est en 1453 qu'intervient la chute de Constantinople, dernier épisode de l'histoire militaire de l'Empire byzantin.

Organisation

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Miniature de l'époque représentant Andronic II Paléologue. Confronté au manque de ressources financières, il est contraint de réduire drastiquement les effectifs de l'armée.

La prise de Constantinople par les croisés en 1204 désagrège les structures impériales. L’armée byzantine éclate en plusieurs contingents régionaux, rattachés aux États héritiers que sont l'empire de Nicée, le despotat d'Epire et l'empire de Trébizonde. C'est au premier qu'il revient de reprendre Constantinople en 1261 et de refonder l'Empire byzantin. L’armée nicéenne, reconstituée par Théodore Ier Lascaris et Jean III Vatatzès intègre des contingents locaux d’Asie Mineure occidentale et un corps professionnel de mercenaires latins et turcs. Les latins sont d'ailleurs dirigés par leur propre général, le grand connétable (megas konostaulos)[84],[85]. Bartusis et Haldon soulignent que cette période voit la disparition définitive du système thématique et son remplacement par une armée mixte, semi-professionnelle, financée par le revenu domanial et par la distribution de pronoiai. Ce système est notamment utilisé pour la défense de la frontière avec les Turcs, confiée aux akritai, sortes de colons militaires[85]. Comme souvent lors de ces périodes de transition, des offices nouveaux apparaissent comme le stratopédarque, autant une dignité qu'une fonction, puisque son détenteur est plus particulièrement chargé de l'approvisionnement de l'armée. Le protostrator gagne aussi en importance[85]. C'est alors l’allagion qui devent l'unité de base, sorte de régiment, avec la création d'une fonction de protallagator.

Après la reconquête de Constantinople par Michel VIII Paléologue, l’armée byzantine demeure structurellement limitée. Les effectifs se situent entre 15 000 et 25 000 hommes, dont à peine un tiers de troupes régulières. Surtout, son successeur, Andronic II Paléologue, se distingue par la réduction des effectifs du fait des difficultés financières aïgues et le recours accru aux mercenaires, à l'image de la compagnie catalane, aux résultats désastreux. Les troupes latines sont d'ailleurs de moins en moins utilisées car trop chères. Dans l'ensemble, c'est l'hétérogénéité qui domine la composition de cette armée[86]. Parallèlement, le déplacement du centre de gravité de l'Empire vers Constantinople entraîne un déclin de la surveillance de la frontière face aux émirats turcs, qui développent une forte belligérance que ne peuvent soutenir les Byzantins. Ces derniers essuient plusieurs défaites face aux Ottomans, alors encore un petit émirat, à l'instar de la défaite de la bataille de Bapheus en 1302. L'armée des Paléologue conserve quelques corps de gardes impériaux, notamment la garde varègue ou bien le régiment méconnu des Paramonai[87], des troupes provinciales et des mercenaires. L’administration militaire, dirigée par le Grand domestique, conserve une structure hiérarchique héritée des tagmata, mais sans cohésion territoriale. De plus en plus, les fonctions militaires sont vidées de leur substance, faute d'effectifs substantiels[88] La solde régulière, jadis versée par le logothète du stratiotikon, a presque disparu : les soldats et officiers dépendent désormais de leurs propres revenus fonciers ou des profits tirés de la pronoia.

Les provinces (Macédoine, Thessalie, Morée) fournissent l’essentiel des contingents ; Constantinople et les îles n’entretiennent plus que des garnisons symboliques. Au XVe siècle, l'Empire est réduit à sa portion congrue et ne peut plus soutenir péniblement que des guerres de siège. À la chute de Constantinople en 1453, l'armée byzantine constitue une force hétérogène de 7 000 soldats, parmi lesquels 2 000 mercenaires étrangers. L'essentiel des forces impériales sont alors des habitants mobilisés pour l'occasion. De telles milices urbaines, plus ou moins organisées et bien armées semblent persister jusqu'aux derniers temps de l'Empire byzantin[89] Après un siège soutenu de deux mois, la cité tombe le 29 mai 1453 et l'empereur Constantin XI meurt à cette occasion. Dans les années qui suivent, les réduits byzantins qui subsistent et dont la force militaire est également négligeable et principalement défensive, sont conquis les uns après les autres, avec la chute du despotat de Morée en 1460 et de Trébizonde en 1461.

Durant cette période, Laiou et Bartusis montrent que la pronoia glisse progressivement d’un octroi de fonction vers un patrimoine héréditaire. Au XIVe siècle, de nombreuses pronoiai sont transmises à des descendants, voire vendues, privant l’État de son contrôle fiscal. Le pronoiaire devient un aristocrate terrien, mêlant fonctions militaires et gestion seigneuriale. Cette « féodalisation » de la défense entraîne la baisse de la discipline, la fragmentation du commandement et la perte de l’unité logistique de l’armée. Bartusis note que ce système, s’il assure la survie de l’Empire dans une période de faibles ressources, en sape la cohérence administrative : « La pronoia maintenait l’armée à flot, mais au prix d’une dissolution progressive de l’État. ». Le débat reste ouvert car Raul Estangui Gomez considère le système de la pronoia particulièrement profitable à un État dénué de ressource suffisantes pour entretenir une armée substantielle : « cette solution était doublement profitable pour l’État, car elle permettait non seulement le financement de l’armée sans versement de numéraire, mais aussi la mise en exploitation de terres abandonnées. ». Des soldes restent malgré tout attestées, soit pour les mercenaires, soit pour certains soldats. Un document vénitien évoque ainsi une solde mensuelle de 4 à 6 hyperpère pour un sergent à pied, montant jusqu'à près de quinze hyperpères pour un arbalétrier[90].

La vie du soldat

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L'infanterie

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L'équipement

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Exemple d'armure lamellaire (klivanion) de l'époque médio-byzantine.
Reconstitution d'une spatha.

L’armée byzantine, héritière de l’armée romaine, se caractérise par la diversité et l’adaptabilité de son équipement. Du fantassin du VIᵉ siècle au cavalier du XIVe siècle, l’armement byzantin évolue selon les ressources de l’État, les influences extérieures et les nécessités tactiques du moment[91],[92]. Le fantassin tardo-romain porte un casque conique ou segmenté en fer, parfois muni d’un protège-nuque ou d’une nasal. Il utilise un bouclier ovale ou rectangulaire (scutum), souvent orné d’un symbole impérial ou chrétien[93]. Son armement comprend une lance moyenne (hasta) ; un ou plusieurs javelots (spicula) ; une épée droite (spatha), héritière du glaive et, à titre secondaire, des dards plombés (plumbatae).

Les soldats des armées de campagne (comitatenses) portent une cotte de mailles (lorica hamata) ou une armure d’écailles (lorica squamata), tandis que les limitanei des frontières se contentent de protections de cuir ou de feutre[94].

Avec la mise en place des thèmes, le fantassin type, appelé stratiôtès, équipe son matériel grâce à sa terre militaire (stratiotikòn ktêma). Son équipement se compose généralement d’une lance (kontarion) ; d’un bouclier rond (skoutarion) ; d’un casque conique en fer ; d’un arc composite d’influence orientale, attesté dès le VIIᵉ siècle[95].

Les soldats aisés ajoutent un haubert de mailles (lorikion) et un klivanion, armure lamellaire composée de petites plaques métalliques cousues sur cuir. La combinaison de l’arc et de la lance offre une grande polyvalence, conforme à la tactique de combat en deux temps décrite dans le Strategikon : harcèlement à distance puis mêlée disciplinée[96].

Sous les empereurs macédoniens, l’infanterie se renforce et se spécialise. Les Taktika distinguent trois catégories :

  • Les skoutatoi, infanterie lourde en formation serrée, protégée d’un grand bouclier et d’une armure lamellaire ;
  • les toxotai, archers permanents ;
  • les psiloi, tirailleurs légers[97].

Le soldat porte un casque à nasal, des gants de cuir, des jambières et une tunique matelassée (kavadion). Les officiers, mieux équipés, arborent parfois des armures dorées ou argentées à valeur symbolique. Les rangs denses des skoutatoi, soutenus par les archers, constituent le cœur tactique des armées de Nicéphore II Phocas et de Jean Ier Tzimiskès[98].

Sous les Paléologues, l’infanterie perd sa cohésion. Les effectifs se composent de soldats mal équipés, souvent issus des milices locales ou des mercenaires étrangers. Leur équipement comprend des piques ou haches d’influence occidentale ; des épées longues importées d’Italie et des arbalètes, introduites au XIIIe siècle[99]. Les armures de mailles ou de cuir sont remplacées par des vestes matelassées, parfois renforcées de plaques de fer. Les armes à feu portatives apparaissent de manière très parcellaire dans les dernières décennies, sans modifier la nature essentiellement défensive des forces terrestres.

Recrutement

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Les conditions du recrutement ont profondément évolué en fonction des époques, allant de la contrainte au volontariat en passant par divers stades entre les deux. À la fin du IVe siècle, le service militaire contraint disparaît progressivement à partir de Théodose Ier. De ce fait, le caractère héréditaire du service tend aussi à s'estomper, même s'il se maintient assez solidement selon les unités. À la place de la conscription, les empereurs exigent plutôt un impôt en or, qui fournit à l'Empire les moyens de recruter des effectifs parmi diverses populations, notamment les peuples extérieurs et à les équiper. L'Empire d'Orient, à la différence de l'Empire romain classique, distingue donc assez nettement la société civile de l'armée. Ce système trouve à s'exprimer en raison de la richesse de l'Empire byzantin, bien plus prospère que l'Empire d'Occident mais il périclite avec le déclin économique connu par les successeurs de Justinien. L'Empire peine alors à maintenir des effectifs suffisants et des vagues de recrutement sont lancées, notamment par Tibère II Constantin qui engage d'importants régiments de troupes germaniques. En parallèle, la dureté de la vie militaire couplée à des soldes insuffisantes ou payées avec retard n'encouragent pas les volontaires à se presser dans les rangs, ce qui explique en partie les difficultés militaires de l'Empire au tournant de l'an 600.

La cavalerie

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Mêlée de cavaliers bulgares et byzantins. Chronique de Skylitzès de Madrid.
Reproduction moderne d'un cataphractaire sassanide, inspiration des équivalents byzantins.
Armure d'un cavalier byzantin du XIIIe siècle, musée byzantin et chrétien d'Athènes.

La cavalerie byzantine prolonge l’héritage de l’armée romaine tardive. Dès le IVe siècle, les réformes de Dioclétien et Constantin Iᵉʳ introduisent des unités montées plus mobiles — equites sagittarii, scholae palatinae, vexillationes — chargées de la reconnaissance, de la poursuite et de la protection impériale[100]. Sous Justinien Ier, les campagnes contre les Vandales et les Goths confirment la supériorité des cavaliers armés à la fois pour le choc et le tir, capables de s’adapter aux tactiques orientales comme aux modes de combat germaniques[101]. À la fin du VIe siècle, la cavalerie devient le cœur tactique de l’armée, comme le souligne le Strategikon attribué à Maurice : le soldat monté doit être « à la fois archer et lancier », capable de manœuvrer en formation serrée ou d’opérer des feintes de retraite, une tactique que les Byzantins semblent bien maîtriser[102].

À l’époque médio-byzantine (VIIᵉ–XIᵉ siècles), l’Empire met en place une organisation provinciale des thèmes. Chaque thème dispose de contingents de cavalerie (hippoi ou koursōres) commandés par un tourmarque sous l’autorité d’un stratège. Ces troupes rurales sont recrutées parmi les soldats-paysans détenteurs de terres militaires (stratiôtika ktêmata)[103]. À côté d’elles, les tagmata impériaux — troupes professionnelles permanentes stationnées autour de Constantinople — constituent la cavalerie d’élite. Ces unités comprennent les scholai, les excubitoi, les arithmoi, les vigla, et surtout les ikatontarchiai du klibanophoros, cavaliers lourdement cuirassés chargés de la percée[104].

Le modèle emblématique du cavalier byzantin est le cataphractaire (kataphraktos), héritier des traditions sarmato-perses. Il porte un klivanion (armure lamellaire), un haubert de mailles (lorikion), des jambières (periknemides) et un casque conique parfois surmonté d’un camail. Son armement combine une lance longue (kontarion) à deux mains, une épée droite et parfois un arc composite pour le tir monté[105],[106]. Le cheval peut être recouvert d’un caparaçon métallique ou en cuir (koursiōn), nécessitant des soins vétérinaires spécialisés, comme l’attestent les traités hippiatriques[107].

Les koursōres (cavaliers moyens) et hippakontistai (légers) assurent la reconnaissance, le harcèlement et la poursuite. Leur équipement comprend une cotte de mailles plus souple, un petit bouclier rond (skoutarion), des javelots, et un arc composite d’inspiration orientale[108]. Sous les Comnènes, apparaissent les turcopouloi, cavaliers mixtes chrétiens d’origine turque, excellents archers montés, intégrés aux armées d’Alexis Ier Comnène[109].

Le cavalier byzantin est souvent un paysan-soldat libre dans les provinces, mais aussi un membre de l’aristocratie militaire dans les tagmata. Les plus riches possèdent leur cheval et leur équipement complet ; les autres reçoivent un appui de l’État par des dotations foncières. Le cheval, véritable capital militaire, est l’objet d’une science vétérinaire développée : les traités d’hippiatrie byzantine, héritiers du Corpus Hippiatricorum Graecorum, témoignent d’une culture équestre savante et d’un encadrement vétérinaire quasi institutionnel[110].

Les traités militaires insistent sur la discipline collective et la coordination cavalerie–infanterie. Les formations de cavalerie sont divisées en lignes successives, la première effectuant la charge au kontarion, la seconde assurant le tir à l’arc et la troisième la poursuite[111]. Le Strategikon décrit des manœuvres complexes : charges simulées, replis feints, encerclements, alternance de feu et de choc. L’emploi du terrain, la logistique des chevaux et la vitesse de réaction font de la cavalerie byzantine une arme d’élite, adaptée à la guerre mobile contre Arabes et Turcs. La cavalerie byzantine allie polyvalence et résilience : elle combine la tradition romaine de la discipline et l’adaptabilité tactique des nomades. En cela, elle constitue un modèle original. Dotée d'une puissante capacité de choc, elle décline à l'avenant du reste de l'outil militaire byzantin sous les Paléologues.

Poliorcétique et fortifications

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Un siège par les forces byzantines, miniature de la chronique de Skylitzès de Madrid.

Les principes de la poliorcétique

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L’art byzantin du siège, ou poliorcétique, s’inscrit dans la continuité directe des traditions romaines et hellénistiques. Les ingénieurs de l’Empire maîtrisent dès le VIe siècle les techniques héritées de Polybe, Philon de Byzance et Vitruve, adaptées aux contraintes nouvelles : fortifications massives, armes à feu primitives et défense urbaine organisée[112]. Byzance conserve une culture du siège double : offensive (assaut, siège, blocus) et défensive (architecture, contre-minage, feu grec). L’arsenal impérial de Constantinople entretient une école d’ingénieurs militaires, les mechanikoi, spécialisés dans la conception et la maintenance des machines de siège et des défenses fortifiées[113]. Les armes de siège constituent une part primordiale de l'armée byzantine, leur destruction peut suffire à annihiler la pertinence d'une campagne, à l'image de la bataille de Myrioképhalon, défaite byzantine face aux Seldjoukides marquée par la perte des engins de siège.

Les traités militaires, du Strategikon de Maurice au Taktika de Léon VI et au Parangelmata Poliorcetica attribué à Héron le Jeune (Xe siècle), exposent une doctrine méthodique : le siège est un acte d’ingénierie et de patience, fondé sur le blocus, la sape et la ruse plutôt que sur l’assaut direct. La préparation occupe une place primordiale avec l'analyse de la topographie et le contrôle de l’eau (déviation des cours, destruction de ponts, coupure des aqueducs) sont essentiels. La logistique prime : une armée assiégeante transporte ou construit sur place ses engins, protégés par des palissades et tours d’approche[114]. Le commandement distingue trois phases : l’observation, la construction des ouvrages d’approche, et la mise en œuvre des machines — suivant une discipline technique proche de celle des légions romaines.

Les engins de siège

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Catapultage de feu grégeois par-dessus une muraille. Illustration du XIXe siècle.
La prise d'Alep par les Byzantins en 962.

Les Byzantins conservent l’usage des catapultes à torsion et des balistes héritées du monde antique. À partir du VIIe siècle, ces machines sont progressivement remplacées par des trébuchets à contrepoids (mangana ou hetra), capables de projeter de lourds blocs de pierre ou des pots incendiaires à plusieurs centaines de mètres[115]. Pour autant, les balistes restent mentionnés dans certains manuels, comme les Taktika de Léon VI. Les mangana sont actionnés par un équipage de dix à vingt hommes. Des sources arabes et syriaques mentionnent leur emploi à la fois contre et par les Byzantins lors des sièges de Damas (634) et de Constantinople (717–718).

Les béliers (krioi) restent employés pour la brèche des murailles. Abrités sous une structure à toiture protectrice (chelōnē), ils sont renforcés de plaques de fer pour résister au feu[116]. Les tours d’assaut (pyrgoi), montées sur roues, permettent de franchir les murailles : elles atteignent parfois trois étages, munies de ponts-levis articulés pour déverser les fantassins. Ces engins imposants nécessitent des voies d’approche planes et un couvert de projectiles d’artillerie.

Si le feu grégeois est particulièrement connu pour son emploi par la marine byzantine, il peut également être projeté par des catapultes, voire sous forme de pots ressemblant à des grenades et manipulables par un simple soldat.

Les fortifications

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Section restaurée des remparts de Constantinople, constitués de plusieurs lignes de défenses.

Souvent sur la défensive, l'Empire byzantin développe une maîtrise très poussée des techniques de fortifications. Dès sa création, il hérite de l'Empire romain des frontières fortifiées, sous la forme de limes. Justinien fait ainsi bâtir ou restaurer un grand nombre de fortifications sur toutes les frontières de l'Empire, notamment dans les Balkans. L'incarnation de ce modèle défensif reste Constantinople. La capitale impériale, centre névralgique du pouvoir, est l'objet de toutes les convoitises des adversaires de l'Empire et subit un grand nombre de sièges, tout en ne cédant qu'à deux reprises, en 1204 puis lors de la chute de Constantinople en 1453, en partie du fait de l'apport de l'artillerie moderne. La ville doit sa résistance tant à sa configuration géographique qu'à la solidité de ses murailles terrestres, en particuliers les imposants remparts de Théodose. D'autres ouvrages défensifs ont retenu l'attention, sans faire toujours montre d'une grande efficacité, à l'instar du mur d'Anastase, dispositif défensif extérieur de Constantinople, trop coûteux à entretenir. D'autres cités de l'Empire sont particulièrement bien fortifiées, comme Thessalonique ou Dyrrachium. La compétence des Byzantins en matière de fortifications est reconnue à l'extérieur de ses frontières. Ainsi, les Khazars ont recours à un ingénieur byzantin pour bâtir la forteresse de Sarkel. Dans les dernières décennies de son existence, l'Empire continue d'entretenir des remparts pour défendre ses derniers réduits, tentant par exemple de restaurer l'antique Hexamilion qui barre l'isthme de Corinthe.

L'Empire byzantin dispose d'une tradition d'organisation administrative qui doit permettre de répondre au mieux aux besoins de l'armée, notamment en campagne[117]. Un principe de réquisitions locales (angareia) impose aux territoires traversés par les troupes de leur fournir de quoi subsister, soit des vivres, des moyens de transport ou des bêtes de somme. En outre, l'Empire entretient diverses infrastructures militaires. Au-delà des camps militaires (aplèkta)[118], particulièrement présents autour de Constantinople à l'image de Malagina, des dépôts sont positionnés aux frontières ou dans certaines zones stratégiques pour permettre à l'armée de se ravitailler aisément[119]. La marine byzantine peut également être mise à contribution et des opérations conjointes entre l'armée et la flotte sont régulièrement attestées, en particulier dans les Balkans ou les navires peuvent soutenir facilement l'armée évoluant près du rivage de la mer Noire.

En ce qui concerne la production d'armement, elle est surtout centralisée à l'époque proto-byzantine, quand l'Empire dispose d'importants moyens. Il peut alors entretenir des arsenaux militaires (les sykai) qui produisent différents types d'armements standardisés. En revanche, l'essentiel disparaît avec les conquêtes musulmanes et il revient généralement aux soldats de s'armer eux-mêmes, dans le cadre d'une organisation qui repose sur les paysans-soldats. Pour autant, Constantinople conserve des arsenaux, sous la responsabilité de l’epi tou eidikou[120]. De même, des écuries impériales sont attestées, supervisées par un comte des écuries, tandis que le logothète des troupeaux administre la gestion des terres impériales destinées à l'élevage des chevaux pour la guerre[119],[121].

Soldats étrangers et mercenaires

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Pièce de l'empereur Basile II, fondateur de la Garde varangienne.
La garde varègue, très certainement représentée sur cette planche du manuscrit Skylitzès (XIIe siècle) est reconnaissable aux haches portées par les guerriers (Merrony 2004, p. 57).

Pendant toute la durée de son existence, depuis la fondation de Constantinople comme capitale de l'empire le , jusqu'à la prise de la cité par les Ottomans le , l'armée byzantine recrute des troupes de diverses nationalités et groupes ethniques (Francs, Turcs, Grecs, Slaves, Normands, Saxons, Huns et Sarmates...). Souvent, ces troupes complètent ou assistent les forces régulières de l'empire, sur le modèle des auxiliaires de l'armée romaine. Parfois, elles forment même la plus grande part de l'armée byzantine. Mais pour la plupart de la longue histoire de l'armée byzantine, les soldats étrangers et militaires reflétaient la prospérité et la puissance de l'Empire byzantin, pour l'empereur qui est capable de rassembler des armées composé de soldats originaires de toutes les régions du monde connu. Il était fréquent que des chefs de guerre nordiques (angles, saxons, slaves) recherchent l'appui de Byzance contre un autre peuple, ou des richesses voire des territoires, en s'intégrant dans l'armée byzantine.

Dans les premiers siècles de l'Empire, c'est le modèle des Fédérés qui s'impose. Déjà présents dans l'Empire romain unifié. Il s'agit d'une sorte de contrat (un foedus) conclu avec une ethnie qualifiée de barbares. Cette dernière se met au service de l'armée romaine, tout en conservant son autonomie et bénéficie parfois d'un droit d'installation. Des foedus sont notamment conclus avec les Goths. Ces troupes sont supervisées par un comte des Fédérés, avec des résultats divers puisqu'il arrive périodiquement qu'ils se soulèvent, avec l'exemple de Vitalien sous Anastase. Ce modèle se retrouve aussi avec certains peuples arabes de la frontière orientale, comme les Ghassanides, qui constituent une sorte de royaume client et soutient l'effort de guerre byzantin face aux Sassanides[122]. Il ne faut alors pas confondre les mercenaires engagés au sein de l'armée byzantine et l'apport de troupes extérieures, qui se joignent à Byzance dans une logique d'alliance ou d'intérêt ponctuel, les symmachoi. Les Coumans se joignent ainsi à Alexis Ier contre les Petchénègues en 1091, de même que les Khazars ont pu rallier Héraclius en 627[123].

Roger de Flor, chef de la compagnie catalane, se présente devant Andronic II Paléologue. Tableau de José Moreno Carbonero.

Durant la période méso-byzantine, l'Empire continue d'avoir recours à des mercenaires, parfois regroupés dans des unités dédiées que sont les Hétairies. Ils se distinguent alors des ethnikoi, soldats locaux. L'origine de ces troupes est diverse mais il s'agit surtout d'Arméniens et éventuellement de Slaves, l'Empire piochant alors dans les peuples à ses frontières, plus ou moins bien intégrés mais qui enrichissent son appareil militaire. Au fur et à mesure de la résurgence de la puissance byzantine, l'Empire recrute de plus en plus de mercenaires. Des Arabes chrétiens sont mentionnés dans l'armée byzantine au IXe siècle et apparaissent aussi des soldats venus de pays plus nordiques. Au Xe siècle, la garde varangienne est créée, constituant l'une des plus prestigieuses unités de mercenaires de l'Empire et regroupe des soldats d'origine Rus' mais aussi des Normands ou des Anglo-saxons. L'un de ses chefs les plus connus, Harald Hardrada, devient ensuite roi de Norvège sous le nom d'Harald III. Le service dans ce régiment est particulièrement prestigieux puisqu'elle s'apparente à une véritable garde impériale, capable d'intervenir également sur le champ de bataille et elle survit presque jusqu'aux derniers temps de l'Empire. Sous les Comnènes, les empereurs font de plus en plus appel à des mercenaires occidentaux, qu'ils soient normands ou francs comme Roussel de Bailleul ou Robert Crispin. Le recours à ces mercenaires peut parfois faire courir le risque de perdre le contrôle sur ces unités. Les Normands recrutés en Italie se mettent ainsi à conquérir le catépanat d'Italie au milieu du XIe siècle, tandis que la compagnie catalane dévaste les alentours de Constantinople sous Andronic II Paléologue. Néanmoins, en de nombreuses occasions, les mercenaires se distinguent au combat et font montre d'une loyauté plutôt solide[124]. En outre, ils enrichissent aussi les possibilités tactiques de l'armée byzantine, à l'image des chevaliers latins particulièrement appréciés par les empereurs Comnènes. PLus largement, le recours aux mercenaires vise parfois à pallier le manque de troupes régulières, incitant l'Empire à faire appel à des forces étrangères dont il peut acheter les services. La compagnie catalane est utilisée par Andronic II comme palliatif à la crise militaire de l'Empire. Dans l'ensemble, les chroniqueurs byzantins oscillent entre admiration et méfiance pour ces mercenaires. Les Varègues incarnent la loyauté exemplaire, tandis que les Latins ou les Turcopoules sont souvent décrits comme cupides ou indisciplinés[125]. Dans tous les cas, l'usage de troupes étrangères se poursuit jusqu'à la toute fin de l'histoire byzantine puisque la défense de Constantinople en 1453 est largement assurée par des troupes étrangères, notamment la compagnie génoise de Giovanni Giustiniani, venue au secours de l'empereur de Constantin XI qui le récompense du titre de protostrator.

Rôle politique de l'armée

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L'armée et le pouvoir impérial

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L'empereur Nicéphore II Phocas d'après un manuscrit du XVIe siècle conservé à la Biblioteca Marciana de Venise. Il incarne la figure de l'empereur militaire, général victorieux avant d'accéder au trône.
Photographie d'une tapisserie en soie dégradée représentant trois personnages, dont un à cheval.
La pièce en soie, parfois appelée Gunthertuch, représentant le retour triomphal d'un souverain byzantin, vraisemblablement Jean Tzimiskès. Les deux personnages, vêtus de bleu et de vert, pourraient porter les couleurs des factions de l'Hippodrome. Cette pièce est aujourd'hui conservée au musée diocésain de Bamberg, en Allemagne.

L’armée byzantine hérite du rôle central qu’elle joue déjà dans la vie politique de la Rome impériale. Depuis la fin du IIIe siècle, le pouvoir du basileus repose autant sur la reconnaissance religieuse que sur le consentement de l’armée. La proclamation impériale se déroule souvent au sein des camps militaires : les troupes acclament le souverain, le revêtent de la chlamyde pourpre et l’élèvent sur le bouclier, geste symbolique d’origine romaine et germanique[126]. Le couronnement ecclésiastique, officialisé à partir de Léon Ier (457–474), ne fait qu’entériner une légitimité déjà acquise auprès des soldats. L’armée constitue ainsi le premier corps électoral de l’Empire — un pouvoir de fait dont la portée se maintient tout au long du Moyen Âge byzantin[127].

Cette légitimité militaire s’exprime surtout dans les périodes de transition : le soutien de l’armée conditionne la survie d’un régime. Les empereurs de la période isaurienne (VIIIᵉ s.) et macédonienne (IXᵉ–Xᵉ s.) soignent ainsi leur image de chefs de guerre victorieux, garants de la paix. L'iconoclasme trouve ainsi son soutien dans le succès militaire de son fondateur, Léon III l'Isaurien et cette doctrine est particulièrement populaire au sein de l'armée.

L’empereur byzantin demeure avant tout un chef de guerre (stratēgos autokrator). Le Strategikon de Maurice définit son devoir comme « celui d’un chef présent, instruit et pieux », mêlant autorité technique et exemplarité morale[128]. Pour autant, dans les premiers siècles, l'empereur délègue son autorité sur le champ de bataille, même quand il a une expérience militaire, à l'image de Maurice. Par la suite, face aux crises répétées et aux dangers qui menacent parfois jusqu'à la survie de l'Empire, de nombreux souverains — Héraclius, Nicéphore Phocas, Basile II ou Jean Tzimiscès — conduisent eux-mêmes les opérations, incarnant la fusion du pouvoir politique et militaire. La victoire revêt alors une dimension religieuse : elle confirme la faveur divine et consacre la légitimité du souverain, à tel point que des souverains dénués d'expérience martiale s'aventurent à la guerre, au risque d'y perdre la vie comme Nicéphore Ier lors de la bataille de Pliska. Les cérémonials impériaux, décrits dans le De ceremoniis de Constantin VII, exaltent ce rôle à travers des triomphes réglés, où le retour du basileus victorieux devient un acte de théologie politique[129].

À partir du XIe siècle, la présence effective de l’empereur sur le champ de bataille se raréfie, mais la symbolique militaire demeure. Les empereurs comnènes conservent le titre de stratēgos tōn stratēgōn (« général des généraux »), et la tenue militaire impériale, cuirassée et armée, reste un attribut iconographique essentiel du pouvoir[130]. Cette tradition martiale se poursuit jusqu'à Constantin XI, actif lors de la défense de la ville à l'occasion de la chute de Constantinople.

L'armée comme facteur de révoltes

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Miniature du manuscrit Skylitzès représentant la défaite des forces loyales de Michel II face aux troupes rebelles de Thomas le Slave.

Le poids politique de l’armée rend les coups d’État fréquents, même si les premiers siècles sont caractérisés par une certaine stabilité politique. En revanche, de 602 à 1204, plus d’un tiers des empereurs accèdent au trône par la force. Ainsi, les guerres civiles parsèment l'histoire de l'Empire et de son armée, laquelle est souvent utilisée pour des luttes fratricides. Les révoltes militaires sont de nature variée, elles peuvent avoir pour origine un soulèvement local, en lien avec la régionalisation des forces militaires dans le cadre des thèmes mais aussi prendre le parti d'un général ou exprimer plus largement un mécontentement à l'endroit d'un souverain devenu impopulaire. Walter Emil Kaegi a souligné que cette récurrence des révoltes militaires incarnent le rôle politique fondamental joué par l'armée à Byzance. C'est surtout le cas à partir de la crise du VIIe siècle où les armées thématiques deviennent des facteurs de troubles, capables de soutenir un stratège contre l'empereur. Jean-Claude Cheynet note d'ailleurs que le soldat byzantin semble plus fidèle à son général qu'à l'Empire en tant que tel, à la différence du soldat romain[131] Par conséquent, les souverains byzantins n'ont de cesse de tenter de limiter l'influence possible de ces corps d'armée provinciaux. De telles rébellions régionales se retrouvent pourtant régulièrement, avec Thomas le Slave ou encore Bardas Sklèros. L'empereur, pour être légitime, doit garantir sa stature de général en chef. La loyauté des troupes demeure donc conditionnelle : elle dépend du prestige, de la compétence et de la générosité du chef. Les manuels militaires recommandent au commandant de traiter ses soldats avec « mesure et largesse », de les nourrir avant de leur ordonner de combattre, et d’éviter toute dévalorisation publique[132]. C'est notamment l'insatisfaction des troupes engagées dans les Balkans lors des campagnes de l'empereur Maurice qui explique leur mutinerie en 602, menée par Phocas.

Au plan idéologique, cette dépendance se double d’une tension permanente entre l’obéissance au souverain et la fidélité à Dieu. La littérature militaire — du Strategikon au Taktika — insiste sur la hiérarchie comme expression de l’ordre divin : trahir l’empereur, c’est désobéir à Dieu[133]. Cependant, dans les faits, les révoltes militaires sont souvent perçues comme des corrections légitimes d’une autorité déchue, une forme de jugement providentiel sur un souverain injuste ou incompétent[134]. Quoi qu'il en soit, la récurrence des guerres civiles est un facteur profond de l'affaiblissement politique de l'Empire. Ainsi, la défaite de Manzikert en 1071 est surtout grave en raison de la crise qu'elle ouvre entre l'empereur prisonnier puis libéré, Romain IV Diogène et le camp des Doukas qui l'a trahi sur le champ de bataille et s'empare du pouvoir[135]. En outre, la crainte qu'un général devienne trop puissant et ne menace l'empereur en place demeure tout au long de l'histoire byzantine, de Bélisaire soupçonné de vouloir s'emparer du trône par Justinien Ier jusqu'à Andronic II Paléologue qui congédie Alexis Philanthropénos ou Jean Tarchaniotès malgré leurs succès contre les Turcs[136].

Tactique et stratégie militaire

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La cavalerie pouvait se disposer de différentes façons : sur dix rangs, quatre de lanciers, quatre d'archers, deux de lanciers ; sur cinq rangs, deux de lanciers, deux d'archers et un de lanciers.

Les unités de fantassins avaient une profondeur variable selon la nécessité.

Lors des combats, les unités de recrues étaient moins étirées, plus profondes. Cela renforçait leur moral. Les unités n'étaient pas forcément mixtes. Ainsi, certaines unités n'étaient constituées que d'archers, d'autres de lanciers. Les généraux devaient, dans ce cas-là, améliorer la coordination de l'armée. Pour ce faire, les boucliers, fanions de lances et autres décorations de casques sont de même couleur au sein d'une même unité.

L'unité de base, formée de dix hommes, est appelée dekarchiai au sein de la cavalerie, et formée de seize fantassins, locharghiai, dans l’infanterie. Il s'agit là d'une rupture d'avec la tradition romaine décimale et d'une restauration du système hellénistique (comme la recréation d'un mérarche, commandant de 2 000 soldats, soit une « mérarchie » de la phalange macédonienne).

Philosophie militaire byzantine

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Délégation envoyée par le dirigeant bulgare Omourtag à l’empereur Michel II (Chronique de Jean Skylitzès), vers 820. La diplomatie est fortement complémentaire de l'armée.
Icône du XIVe siècle représentant Saint Georges, conservée au musée byzantin et chrétien d'Athènes, exemple de saint militaire vénéré à Byzance.

Dans La Grande stratégie de l'Empire byzantin, le penseur stratégiste Edward Luttwak développe l'idée que l'Empire byzantin ne dispose pas des mêmes atouts que l'Empire romain unifié. Sa géographie lui impose une guerre sur deux fronts bien distincts, en Occident sur la frontière danubienne et en Orient, face à des empires souvent très puissants voire plus puissants, comme les Sassanides puis les Omeyyades et enfin les Ottomans. A ce défaut géographique s'ajoute une contrainte militaire liée à de moindres ressources en hommes, en particulier après la peste justinienne et les pertes territoriales du VIIe siècle. L'auteur souligne que l'Empire parvient à assurer sa survie en se dotant d'une capacité d'action bien supérieure à sa seule force militaire, laquelle n'est qu'un instrument parmi d'autres de sa survie et de sa lutte d'influence contre ses voisins[137],[138].

La guerre à Byzance n’est jamais conçue comme un acte autonome ou glorieux. Elle s’inscrit dans une cosmologie impériale et théologique : le basileus gouverne l'Empire romain, image terrestre de l’ordre divin, et la défense de cet ordre relève d’un devoir sacré. Louis Bréhier montre que, contrairement à l’Occident latin où s’impose la notion de bellum iustum (guerre juste), la pensée byzantine privilégie une conception fonctionnelle et hiérarchique de la guerre : celle-ci est juste parce qu’elle émane du pouvoir légitime, non parce qu’elle répond à une cause morale. Ainsi, le soldat combat par obéissance, non par choix personnel : il agit dans le cadre d’une mission confiée par Dieu au souverain, protecteur de la foi et garant de la eirènè, la paix.

Dans la théologie byzantine, l’Empire est le corps du Christ sur terre (sōma Christou). L’ennemi extérieur, qu’il soit perse, arabe ou latin, représente une menace contre ce corps mystique. La guerre devient donc défensive par nature : elle vise à préserver la continuité de l’ordre chrétien plutôt qu’à convertir ou conquérir et toute guerre contre des chrétiens est hautement condamnable[139]. Les écrits de Léon VI (Taktika) et les sermons impériaux confirment cette orientation : la guerre est légitime si elle protège les chrétiens, repousse l’injustice ou restaure l’équilibre voulu par Dieu. En revanche, les conquêtes entreprises sans nécessité sont suspectes de philopolemia (amour de la guerre), vice condamnable, à tel point que Léon VI déplore un manque de martialité chez les Byzantins, comparativement aux musulmans qu'il combat[139].

Malgré des tentatives de théorisation — notamment sous Nicéphore II Phocas, qui demande au patriarche de reconnaître les soldats tombés pour la foi comme martyrs — la notion de « guerre sainte » n’est jamais adoptée à Byzance[140]. Le patriarche refuse en effet de placer la guerre sur le même plan que le martyre : le combat, même défensif, implique le meurtre, incompatible avec la perfection chrétienne[141],[140]. Cette tension fonde l’éthique militaire byzantine : la guerre est un mal nécessaire, toléré et sanctifié par la prière, mais jamais glorifié. Les rites de bénédiction des armes ou de purification des soldats traduisent la volonté de racheter la violence plutôt que de l’exalter. De même, la notion de croisade est étrangère à la pratique militaire byzantine. La religion peut être invoquée mais pas de manière équivalente à ce qui motive le mouvement occidental des Croisades. La guerre menée par Héraclius contre les Sassanides a souvent été associée à une forme de guerre sainte, tout en restant fondamentalement une guerre de reconquête de territoires perdus[142],[143]. De même, les Byzantins sont dépassés par le mouvement des Croisades, dans lequel ils espèrent avant tout l'apport de troupes extérieures sur le modèle des mercenaires qu'ils engagent régulièrement. Jean-Claude Cheynet a plus largement mis en exergue la difficulté à transposer dans le monde byzantin le modèle de la guerre sainte, tel que défini et appliqué en Europe occidentale voire dans le monde islamique. Dans les deux cas de figure, il ne présente pas vraiment de sens au regard de la conception byzantine de la guerre. Cela n'empêche pas la religiosité d'être très présente chez les soldats, qui vouent notamment un culte à certains saints militaires comme Démétrios ou Saint Georges, voire à certains officiers tombés au combat comme les martyrs d'Amorium[144],[145].

Sur le plan politique, la guerre sert à maintenir l’équilibre des puissances autour de l’Empire. Edward Luttwak a souligné que la « grande stratégie byzantine » privilégie la diplomatie, la corruption, les alliances et le renseignement avant le recours aux armes . La guerre n’est envisagée qu’en dernier ressort, lorsque la paix négociée ne garantit plus la sécurité. L’usage de la force doit être économique et exemplaire : les campagnes visent à punir, dissuader ou contraindre, non à anéantir. Ce réalisme politique s’accorde à la vision chrétienne d’un Empire chargé de maintenir la paix dans un monde déchu. Dans l’Alexiade, Anne Comnène écrit que « la paix est le but de la guerre ; mais toujours opter pour celle-ci d'emblée et toujours négliger la fin salutaire, c'est le fait de généraux insensés, de démagogues, d'individus qui intriguent pour ruiner l'Ètat ». Nicolas Drocourt a mis en évidence les liens forts entre la diplomatie et la guerre dans la conception politique byzantine. La diplomatie sert autant à préparer qu'à accompagner et à interrompre la guerre ; elle sert de méthode de renseignement pour mieux connaître l'adversaire et peut s'appuyer sur l'armée comme levier de négociation[146],[147].

La paix (εἰρήνη) occupe une place centrale dans la pensée impériale. Elle est la marque de la victoire spirituelle : le bon empereur n’est pas celui qui multiplie les conquêtes, mais celui qui ramène la stabilité et la prospérité. Dans le De administrando imperio, Constantin VII rappelle que la guerre n’est qu’un moyen pour obtenir une paix avantageuse ; elle doit être conclue dès que les intérêts de l’Empire sont sauvegardés. Les traités de paix sont célébrés comme des triomphes, et les cérémonies de réconciliation ont souvent un caractère liturgique, traduisant la restauration de l’ordre divin. Cette conception rejoint l’idée développée par Cheynet selon laquelle la paix byzantine est une paix politique, non pacifiste, résultat d’un calcul rationnel et d’une morale d’État. Nicolas Drocourt souligne par ailleurs que l'adage Si vis pacem, para bellum subsiste dans le monde byzantin : l'empereur doit tout autant préserver la paix que préparer la guerre et il n'est grand que dans ces deux dimensions, pacifique et militaire[148].

Principales batailles de l'Empire byzantin

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Cette gravure de Gustave Doré représente l'embuscade tendue par les Turcs lors de la bataille de Myriokephalon (1176).

Époque protobyzantine

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Époque mésobyzantine

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Époque tardive

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Notes et références

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Articles connexes

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Bibliographie

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Sources primaires

Ouvrages généraux

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Ouvrages d'histoire militaire

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  • (en) Dennis Hupchick, The Bulgarian-Byzantine Wars For Early Medieval Balkan Hegemony: Silver-Lined Skulls and Blinded Armies, Palgrave MacMillan, (ISBN 978-3-319-56205-6)
  • (en) Walter Kaegi, Byzantium and the Early Islamic Conquests, Cambridge University Press, .
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Ouvrages sur l'armée byzantine

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  • (en) John W. Birkenmeier, The Development of the Komnenian Army : 1081–1180, Leiden ; Köln ; Boston, Brill, coll. « History of warfare » (no 5), , 263 p. (ISBN 978-90-04-11710-5, présentation en ligne)
  • Jean-Claude Cheynet, « Les effectifs de l'armée byzantine aux Xe-XIIe siècles », Cahiers de civilisation médiévale, vol. 38-152,‎ , p. 319-335 (lire en ligne)
  • Jean-Claude Cheynet, « La guerre sainte à Byzance au Moyen Âge : un malentendu », dans Regards croisés sur la guerre sainte - Guerre, idéologie et religion dans l’espace méditerranéen latin (XIe-XIIIe siècle), Presses universitaires du Midi, (ISBN 978-2-912025-30-2, lire en ligne), p. 13-32
  • Jean-Claude Cheynet (dir.), The Byzantine Aristocracy and its Military Function, Ashgate Variorum, 2006b (ISBN 978-0754659020)
  • Nicolas Drocourt, L'autre Empire du Milieu, la diplomatie byzantine (VIIe : XIIe siècles), Presses Universitaires de Rennes,
  • (en) Hugh Elton, Warfare in Roman Europe, AD 350-425, Oxford, Clarendon Press, , 312 p. (ISBN 978-0-19-815241-5).
  • (en) John Haldon, Warfare, state, and society in the Byzantine world, 565-1204, Londres, UCL Press, , 344 p. (ISBN 978-1-85728-494-2 et 978-1-857-28495-9, lire en ligne).
  • (en) John Haldon, Byzantine Praetorians : an administrative, institutional, and social survey of the Opsikion and tagmata, c.580-900, Bonn, R. Habelt, coll. « Poikila byzantina » (no 3), , 669 p. (ISBN 978-3-7749-2004-0).
  • John Haldon, « L'armée au XIe siècles, quelques questions », dans Autour du premier humanisme byzantin & des cinq études sur le XIe siècle, quarante ans après Paul Lemerle, Collège de France - CNRS, Centre de recherche d'histoire et civilisation de Byzance, (ISBN 978-2-916716-64-0), p. 581-592
  • (en) Ian Heath (ill. Angus McBride), Byzantine armies, 886-1118, Londres, Osprey, coll. « Men-At-Arms » (no 89), , 40 p. (ISBN 978-0-85045-306-5).
  • (en) Ian Heath (ill. Angus McBride), Byzantine Armies, 1118-1461, Londres, Osprey, coll. « Men-at-Arms » (no 287), (ISBN 978-1-85532-347-6).
  • (en) Walter Emil Kaegi, Byzantine Military Unrest, 471-843 : An Interpretation, Amsterdam, Adolf M. Hakkert, , 404 p. (ISBN 9025609023).
  • (en) Walter Kaegi, Army, Society, and Religion in Byzantium, London: Variorum Reprints, (ISBN 978-0-86078-110-3)
  • (fr) Stavros Lazaris, "Essor de la production littéraire hippiatrique et développement de la cavalerie : contribution à l’histoire du cheval dans l’Antiquité tardive", in: Actes du colloque international sur la médecine vétérinaire dans l’Antiquité (Brest, 9-11 septembre 2004), M.-Th. Cam (éd.), Rennes, 2007, p. 87-108 [1]
  • (en) Simon MacDowall (ill. Gerry Embleton), Late Roman infantrymen 236-565 A.D, Londres, Osprey, coll. « Warrior » (no 9), , 64 p. (ISBN 978-1-85532-419-0).
  • (en) Simon MacDowall, Late Roman cavalryman, 236-565 AD, Londres, Osprey, coll. « Warrior series » (no 15), (ISBN 978-1-85532-567-8).
  • (en) Irina Moroz, « The Idea of Holy War in the Orthodox World », dans Quaestiones medii aevi novae v. 4
  • Cécile Morrisson, « Le coût de la guerre à Byzance (VIe-XVe siècle) », dans Guerre et histoire, Hermann, (ISBN 9782705695606), p. 151-160
  • (en) David Nicolle et A. McBride, Romano-Byzantine armies 4th-9th centuries, Londres, Osprey, coll. « Men-at-Arms » (no 247), , 48 p. (ISBN 978-1-85532-224-0).
  • (en) Michael Simkins, The Roman army from Hadrian to Constantine, Londres, Osprey, coll. « Men-at-Arms » (no 93), (ISBN 978-0-85045-333-1).
  • (en) Warren Treadgold, Byzantium and its army, 284-1081, Stanford, Calif, Stanford University Press, , 284 p. (ISBN 978-0-8047-3163-8, lire en ligne).
  • (en) Terence Wise, Armies of the Crusades, Londres, Osprey Pub, coll. « Men-at-arms series » (no 75), , 40 p. (ISBN 978-0-85045-125-2).

Ouvrages de stratégie

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  • Gilbert Dagron et Haralambie Mihaescu, Le traité sur la guérilla de l'empereur Nicéphore Phocas, CNRS éditions, .
  • (en) George T. Dennis, Three Byzantine Military Treatises (Volume 9), Dumbarton Oaks, Research Library and Collection, (ISBN 9780884021407)
  • Edward Luttwak, La Grande stratégie de l'Empire byzantin, Odile Jacob, (ISBN 9782738125217)
  • (en) Eric McGeer, Sowing the Dragon's Teeth : Byzantine Warfare in the Tenth Century, Washington (D.C.), Dumbarton Oaks, , 405 p. (ISBN 0-88402-224-2 et 0-88402-224-2)
  • (en) Philip R. Rance, « The Roman Art of War in Late Antiquity. The Strategikon of the Emperor Maurice », dans Birmingham Byzantine and Ottoman Studies, Farnham, Ashgate Variorum, 2011, (ISBN 978-0-7546-0810-3).