Nana (roman)

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Nana
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Auteur Émile Zola
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur G. Charpentier
Lieu de parution Paris
Date de parution 1880
Chronologie
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Nana est un roman d’Émile Zola publié par Georges Charpentier en février 1880, le neuvième de la série Les Rougon-Macquart, traitant du thème de la prostitution féminine à travers le parcours d’une lorette puis cocotte dont les charmes ont affolé les plus hauts dignitaires du Second Empire. Le récit, présenté comme la suite de L'Assommoir, est d'abord publié sous forme de feuilleton dans Le Voltaire du 16 octobre 1879 au 5 février 1880, puis en volume chez Charpentier, le 14 février 1880[1].

L’histoire commence en 1867, peu avant la deuxième exposition universelle[2], et dépeint deux catégories sociales symboliques, celle des courtisanes et celle des noceurs. Zola, chef de file du mouvement naturaliste, montre la société telle qu’elle était mais choisit aussi ce sujet scandaleux car il fait vendre, 55 000 exemplaires du texte de Charpentier étant achetés dès le premier jour de sa publication[3]. Le personnage de Nana a surtout été inspiré à Zola par Blanche D'Antigny mais le romancier y a aussi mis des éléments de Valtesse de La Bigne, Delphine de Lizy[4], Anna Deslions, Hortense Schneider et Cora Pearl dont il a étudié la vie[5]. Dans L'Assommoir, Zola fait naître Nana en 1851, qui devrait donc avoir seize ans en 1867. Zola lui en donne pourtant dix-huit, afin de faire coïncider la mort de Nana avec le début de la Guerre franco-allemande de 1870 qui marquera la fin de l'Empire, chute qu'il ne pouvait prévoir au moment de la rédaction de ses fiches préparatoires en 1868[6].

Résumé[modifier | modifier le code]

Née en 1852 dans la misère du monde ouvrier, Nana est la fille de Gervaise Macquart et de Coupeau dont l’histoire est narrée dans L'Assommoir. Le début du roman la montre dans la gêne, manquant d’argent pour élever son fils Louiset qu’elle a eu à l’âge de seize ans d'un père inconnu ; elle se prostitue, faisant des passes pour arrondir ses fins de mois. Ceci ne l’empêche pas d’habiter un riche appartement où l’un de ses amants, un riche marchand de Moscou, l’a installée[7]. Son ascension commence avec un rôle de Vénus qu’elle interprète dans un théâtre parisien : elle ne sait ni parler ni chanter, mais l'habit impudique qui cache si peu de son corps de déesse affole tous les hommes.

Elle se met un moment en ménage avec un homme qu’elle aime, le comédien Fontan. Mais celui-ci est violent et finit par la battre, la tromper et la mettre à la porte[8]. Elle se met alors à côtoyer la prostituée Satin, avec qui elle entretiendra une liaison (Satin s'installera chez Nana, dans l'hôtel que lui a acheté le comte Muffat). Après avoir épuisé toutes ses économies, elle acceptera la manne financière proposée par Muffat qui désire par-dessus tout en faire sa maîtresse exclusive. Celui-ci met sa fortune à ses pieds, lui sacrifie son honneur et demande en retour la fidélité[9]. Mais cette liaison le mènera au bouleversement total de son être, de ses convictions dévotes, de son comportement probe et de ses principes intègres. Il s’abaissera à une humiliation inhumaine et une complaisance révoltante, contraint d’accepter les moindres caprices de Nana qui lui fait subir les pires infamies, jusqu’à lui faire accepter la foule d’amants qu’elle fréquente, y compris Satin (même si Nana se borne à dire que « cela ne compte pas »), alors que cela représente l'humiliation suprême pour Muffat.

Nana atteint le sommet de sa gloire lors d’un grand prix hippique auquel assistent Napoléon III et le tout-Paris. Une jument, nommée Nana en son honneur par son amant le comte Xavier de Vandeuvres, remporte la course. Tout l’hippodrome scande alors « Nana », dans un délire tournant à la frénésie.

Puis le déclin s'amorce. Le comte de Vandeuvre, accusé de tricherie devant la victoire suspecte car trop improbable de sa pouliche, se suicide en mettant le feu à ses écuries. Philipe Hugon est emprisonné après que ses vols dans la caisse de sa caserne ont été découverts. Son frère Georges se suicide chez Nana, après avoir compris qu'elle couchait aussi avec Philippe depuis plusieurs mois. Le comte Muffat se retrouve ruiné et endetté.

Accablée de dettes contractées malgré la ruine de ses amants, comprenant qu'elle ne peut pas continuer une telle fuite en avant, elle quitte Paris après avoir vendu aux enchères tous ses biens, sauf son précieux et symbolique lit.

Plus personne ne sait rien d’elle pendant plusieurs mois, jusqu’au moment où elle regagne la capitale pour aller au chevet de son fils atteint de la petite vérole. Son fils la contamine et elle tombe à son tour très malade. La nouvelle de son retour se propage comme une traînée de poudre et ses anciens courtisans accourent dans son antichambre. Et c'est son ancienne rivale, Rose Mignon, qui finalement l'assiste dans son trépas, à ses propres risques et périls.

Elle qui quelques mois avant affolait encore tous les hommes de Paris meurt défigurée par la maladie, à vingt et un ans, et au moment où meurt le Second Empire avec la déclaration de guerre à la Prusse[10].

Édition[modifier | modifier le code]

  • Édition sur Wikisource Nana, Paris, G. Charpentier,  Fac-similé disponible sur Wikisource Télécharger cette édition au format ePub

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Nana d'Édouard Manet, tableau de 1877.
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  • Colette Becker, « Dire la femme en régime réaliste/naturaliste : du lys à 'la chienne en chaleur' », Diversités des réalismes européens : Convergences et différences, St. Ingbert, Röhrig Universitätsverlag, 2001, p. 263-75.
  • Janet L. Beizer, « Uncovering Nana: The Courtesan’s New Clothes », L’Esprit Créateur, Summer 1985, no 25 (2), p. 45-56.
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  • Peter Brooks, « Le Corps-Récit, ou Nana enfin dévoilée », Romantisme, 1989, no 18 (63), p. 66-86.
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Adaptations[modifier | modifier le code]

Le roman a souvent été adapté au cinéma et au théâtre. On peut retenir notamment une première adaptation en Suède en 1910 par Kund Lumbye. Un autre Suédois, Mac Ahlberg, a traité le sujet en 1970. Entre-temps, on notera surtout l’adaptation de Jean Renoir en 1926 (voir Nana) et celle de Christian-Jaque (1955), avec Martine Carol et Charles Boyer (voir Nana). Une version anglaise Nana a été tournée à Hollywood en 1934. Plus récemment, Nana a été adapté à la télévision, en 1981, sous forme d’un feuilleton en quatre épisodes réalisé par Maurice Cazeneuve et, en 2001, sous forme d’un feuilleton en deux parties réalisé par Édouard Molinaro.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Juliette Vion-Dury, Destinées féminines dans le contexte du naturalisme européen, Éditions Sedes, , p. 37.
  2. Nana, Zola, Le livre de poche, p. 50.
  3. Marie-Aude de Langenhagen et Gilbert Guislain, Zola, Studyrama, , p. 30.
  4. Notes de Zola sur Delphine de Lizy.
  5. Jacques Robichon, Le Roman des chefs-d'œuvre, Perrin, , p. 439.
  6. Nana, Zola, Le livre de poche, p. 39, note 2.
  7. Philippe Hamon et Alexandrine Viboud, Dictionnaire thématique du roman de mœurs en France, 1814-1914, Presses Sorbonne Nouvelle, , p. 296.
  8. Anna Gural-Migdal, L'écriture du féminin chez Zola et dans la fiction naturaliste, Peter Lang, , p. 33.
  9. Maryse Adam-Maillet, Étude sur Zola et le roman, Ellipses-Marketing, , p. 64-68.
  10. Éléonore Reverzy, Nana d'Émile Zola, Éditions Gallimard, , p. 126.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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