Abolitionnisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Benjamin Robert Haydon
Convention de la Société contre l'esclavage, Londres, 1840.

L'abolitionnisme est un courant de pensée qui émerge dans le dernier tiers du XVIIIe siècle dans le monde occidental[1] (notamment en Grande-Bretagne) et vise la suppression de l'esclavage. Par extension, on utilise le terme pour tous les mouvements qui cherchent la suppression d'une tradition, d'une institution ou d'une loi : abolition de la peine de mort, de la torture, du travail, des privilèges, des prisons, de la prostitution.

Un concept d'une radicale nouveauté[modifier | modifier le code]

L'abolitionnisme qui émergea à la fin des années 1770 était un concept d'une radicale nouveauté[2] dans la mesure où il avait pour objectif un bouleversement complet de l'organisation sociale et économique des espaces conquis par les Européens sur le continent américain[3]. Pourtant, le système esclavagiste en place n'apparaissait nullement comme une institution ancienne et à bout de souffle : au contraire, ces institutions « étaient efficaces, rentables et, en ce sens, modernes »[4], ce qui rendait leur remise en cause d'autant plus difficile. L'abolitionnisme ne se confond donc pas avec l'anti-esclavagisme, dans la mesure où il ne se contente pas de s'opposer à la réduction en esclavage, mais envisage les stratégies pour parvenir à sa disparition, y compris en dégageant les bases d'une organisation économique et sociale alternative[5].

Le combat abolitionniste fut peu pris en charge par les esclaves eux-mêmes, asservis ou affranchis, mais bien plutôt par les sociétés occidentales elles-mêmes, démonstration d'un « formidable renversement de valeurs » en leur sein[1]. De ce point de vue, l'abolitionnisme, qui est un positionnement politique vis-à-vis d'une institution socio-économique en place, l'esclavage, doit être distingué des résistances, individuelles ou collectives, à l'asservissement dont de nombreux esclaves furent les acteurs.

Une sortie progressive du système esclavagiste[modifier | modifier le code]

C'est par sa volonté non d'amender et d'adoucir, mais de mettre fin au système esclavagiste, que l'abolitionnisme se distingue des critiques anciennes qui étaient adressées à ce dernier au moins depuis le début du XVIIIe siècle[1]. Cela n'empêcha pas les abolitionnistes de considérer d'une manière pragmatique les moyens les plus efficaces pour atteindre leur objectif. Ils furent nombreux ainsi à choisir le « graduellisme », une doctrine visant à une sortie progressive du système esclavagiste[6]. Ainsi, l'abolition de la traite devait précéder celle de l'esclavage lui-même. Elle devait aussi y contribuer, en tarissant de manière « naturelle » les sources d'approvisionnement du système esclavagiste, dans la mesure où il ne pourrait se perpétuer que par reproduction naturelle des individus asservis préalablement à l'interdiction de la traite.

De la difficulté de différer l'abolition de l'esclavage au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Cette abolitionnisme « graduelliste » put être parfois instrumentalisé par certains, qui l'utilisèrent pour repousser le plus possible l'échéance de l'abolition effective de l'esclavage. C'est pourquoi les abolitionnistes les plus convaincus se firent de plus en plus nombreux à faire l'apologie de la suppression simultanée et rapide de la traite et de l'esclavage (« immédiatisme »)[6].

Cependant, Olivier Pétré-Grenouilleau considère que cette évolution du positionnement abolitionniste ne doit pas être envisagé comme un simple changement de stratégie[6]. En effet, si l'on pouvait au XVIIIe siècle, sans qu'il y ait là ni contradiction ni hypocrisie, voir se côtoyer, dans les mêmes pages ou les mêmes discours, à la fois de longs développements sur le caractère intolérable de réduction en esclavage et une réflexion pratique sur la mise en œuvre d'une sortie graduelle, sur le long terme, du système esclavagiste, cela semble devenir de plus en plus difficile à partir du début du XIXe siècle. Sous l'influence notamment de la pensée d'Emmanuel Kant, le décalage temporel entre impératif moral et déploiement de l'action visant à mettre fin à une situation jugée inacceptable devint de moins en moins tolérable. De ce point de vue, « le passage entre graduellisme et immédiatisme au sein du mouvement abolitionniste correspondrait à un changement beaucoup plus général en Occident »[6] : désormais, à une situation d'injustice jugée intolérable devait correspondre de manière urgente voire immédiate une action qui y mette fin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 220
  2. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 219-220
  3. Seymour Drescher, « Abolitionist expectations : Britain », Slavery and Abolition, août 2000, p. 41, cité par Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 219
  4. Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 219
  5. Schmidt 2005, p. 24
  6. a, b, c et d Olivier Pétré-Grenouilleau 2004, p. 221

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières, essai d'histoire globale, Paris, Gallimard,‎ 2004, 468 p. (ISBN 2-07-073499-4).
  • Nelly Schmidt, L'abolition de l'esclavage : cinq siècles de combats XVIe-XXe siècle, Paris, Fayard,‎ 2005, 412 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :