Écrivain voyageur

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Édition d'un recueil de poèmes de Blaise Cendrars, 1926.

Un écrivain voyageur a pour caractéristique de fonder tout ou partie de son œuvre sur une expérience personnelle du voyage. À travers le roman, la poésie, le récit, ou bien l'essai, il met à profit ses découvertes, en tire des enseignements ou bien donne à voir à son lecteur, de sorte que son aventure personnelle prend une dimension beaucoup plus large, universelle et littéraire.

Tentative de définition[modifier | modifier le code]

L'écrivain voyageur n'est pas simplement l'auteur de récits de voyages, genre dans lequel les plus grands auteurs se sont illustrés : par exemple les Choses vues de Victor Hugo, ou bien les Voyage en Italie de Stendhal ou Jean Giono. Mais là où l'écrivain traditionnel accomplit un exercice de style, se lance dans une entreprise littéraire circonscrite à une ou quelques œuvres, l'écrivain fondamentalement nomade y engage tout son être intime et littéraire : « Écrivain-voyageur : si vous le coupez en deux, vous n’aurez pas d’un côté un voyageur et de l’autre un écrivain, mais deux moitiés d’écrivain-voyageur »[1].

Quant à Jacques Lacarrière, il compare l'écrivain-voyageur à un « bernard-l'hermite planétaire » et le définit comme un « crustacé parlant dont l'esprit, dépourvu de carapace identitaire, se sent spontanément chez lui dans la culture des autres »[2].

Il ne s'agit bien sûr pas là de définitions au sens strict, mais d'une tentative poétique permettant d'approcher une notion par ailleurs plutôt mal délimitée.

Certaines grandes surfaces culturelles proposent désormais un rayon « Écrivains voyageurs ». On peut y constater que l'acception du terme y est mal définie, mêlant récits de voyage à proprement parler à divers manuels touristiques ou livres d'images.

Quelques écrivains voyageurs[modifier | modifier le code]

Jean PotockiRobert Louis StevensonStendhalGermaine de StaëlAlphonse de LamartineFrançois-René de ChateaubriandGérard de NervalArthur de GobineauPierre LotiArthur RimbaudAlexandra David-NéelJack LondonVictor SegalenEzra PoundBlaise CendrarsHenri MichauxHenry MillerJoseph KesselErnest HemingwayAndré MalrauxGeorge OrwellElias CanettiClaudio MagrisJ. M. G. Le ClézioElla MaillartNicolas BouvierJules VerneErik OrsennaJack KerouacWilliam BurroughsEdith WhartonÉmile de WoganMichel Le BrisOlivier RolinSylvain TessonJean RolinJean-Pierre VuillomenetRyszard KapuścińskiOlivier WeberPatrick Leigh FermorIsabelle AutissierCorine SombrunBruce ChatwinJean-Christophe RufinJean-Claude GuillebaudÉric-Emmanuel SchmittPaolo RumizJean-Paul Kauffmann •

Citations[modifier | modifier le code]

Jack London

« Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s'allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l'Europe. L'air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. [...]
Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'œil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retours des pays chauds. »

— Arthur Rimbaud, « Mauvais sang », Une saison en enfer, 1873

« En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16 000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur tour à tour brûlait comme le temple d'Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche. »

— Blaise Cendrars, La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, 1913.

« On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels. »

— Nicolas Bouvier, Le Poisson-scorpion, 1982.

« Ma conception du voyage avait changé : la destination importe moins que l’errance. Partir, ce n’est pas chercher, c’est tout quitter, lieux, habitudes, désirs, opinions, soi-même. Partir n’a d’autre fin que se livrer à l’inconnu, à l’imprévu, à l’infinité des possibles, voire à l’impossible. Partir consiste à abandonner ses repères, la maîtrise, l’illusion de savoir, et à creuser en soi une disposition hospitalière qui permet à l’exceptionnel de surgir. Le véritable voyageur reste sans bagage et sans but. »

— Éric-Emmanuel Schmitt, "La nuit de feu", 2015

« Corseté dans un lit, je m'étais dit à voix presque haute: "Si je m'en sors, je traverse la France à pied". Je m'étais vu sur les chemins de pierre! J'avais rêvé aux bivouacs, je m'étais imaginé fendre les herbes d'un pas de chemineau.Le rêve s'évanouissait toujours quand la porte s'ouvrait: c'était l'heure de la compote. »

— Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, 2016

Notes et références

  1. Jacques Meunier, dans Pour une littérature voyageuse, p. 148 (voir bibliographie).
  2. In Pour une littérature voyageuse (cf. bibliographie).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (Collectif), Pour une littérature voyageuse, Complexe, 1992, 1999 (ISBN 2-87027-789-X)
  • Gérard Cogez, Les Écrivains voyageurs au XXe siècle, Seuil, 2004.
  • Gérard Cogez, Partir pour écrire. Figures du voyage, Champion, 2014.
  • Laurent Maréchaux, " Ecrivains Voyageurs : ces vagabonds qui disent le monde", Arthaud, 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]