Sociobiologie

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De la molécule d'ADN à la cellule vivante.

La sociobiologie est, en sciences du vivant, l'étude des fondements biologiques présumés des comportements sociaux recensés dans le règne animal. En sa qualité de synthèse, elle fait appel à un vaste rassemblement des savoirs accumulés au fil du temps sur l'évolution des espèces et sur ses mécanismes de sélection.

Lors de son apparition publique, dans les années 1970 aux États-Unis et 1980 en version française, la sociobiologie a pour mauvaise fortune de raviver de violentes guerres d'idées. Dans l'ensemble, les querelles à la fois les plus coriaces et les plus universelles portent sur l'eugénisme, le nazisme, le racisme et le sexisme.

Le climat social tumultueux des années 1970 entraîne dans son courant un vent de contestations revendiquées par des étudiants de l'Université Harvard, d'où proviennent les thèses soutenues par Edward Osborne Wilson, chef de file de la sociobiologie. Des scientifiques aujourd'hui réputés, tels que Lewontin et Gould, ont tôt fait de se liguer contre ce schéma explicatif dont ils dénoncent les effets pervers éventuels notamment politiques.

Dans l'ensemble, la synthèse des connaissances proposée par la sociobiologie en motive plusieurs. Tant et si bien qu'elle favorise la naissance de disciplines et de champs de recherches, par ailleurs eux-mêmes féconds et constamment renouvelés. Par contre, certains domaines d'études, dont l'écologie comportementale, les sciences sociales et humaines, s'insurgent pour certains, et pour d'autres, tiennent encore durant la seconde décennie du XXIe siècle, à se dissocier de la sociobiologie pour cause de réputation contaminée.


Origine sémantique[modifier | modifier le code]

Le terme sociobiologie, en anglais sociobiology, est un néologisme du XXe siècle. En 1971 et 1975, le biologiste myrmécologue réputé Edward Osborne Wilson, de l'Université Harvard aux États-Unis, s'approprie le terme pour créer une nouvelle science.

Problématiques[modifier | modifier le code]

On peut recenser une multitude d'interrogations et parfois même d'accusations passées et actuelles dans l'histoire de la sociobiologie. Comment l'identifier, comment se démarque-t-elle, où la positionner ? Bref, il est question de savoir ce qu'est la sociobiologie.

Définitions de la sociobiologie[modifier | modifier le code]

En 1971, lors de ses premières avancés en matière de sociobiologie, Wilson expose ce qu'en seraient les caractéristiques[1] :

« La sociobiologie est une branche importante de la biologie behaviorale, laquelle devrait être reliée à la biologie des populations[trad 1]. »


En 1978, trois ans après la parution de son ouvrage pionnier de 1975, Wilson précise, par le menu, ce qu'il entend par sociobiologie[2] :

« La sociobiologie est définie comme étant l'étude systématique des bases biologiques de toutes les formes de comportements sociaux, sexuels et parentaux inclus, chez tous les genres d'organismes, incluant l'humain[trad 2] »

En 1998, vingt ans plus tard, Wilson approfondit encore la définition de la sociobiologie, à la précision près, dans son ouvrage Consilience publié aux États-Unis[3]. En 2007, Wilson et Wilson[4] réexaminent les bases théoriques de la sociobiologie et les repositionnent à la lumière de l'avancement et du statut des sciences contemporaines.

En 2009, aux États-Unis, le spécialiste Michael C. McGoodwin, M.D., paraphrase et cite Wilson pour définir la sociobiologie :

« La sociobiologie est l'étude scientifique, ou systématique, des bases de toutes les formes de comportements sociaux , dans tous les types d'organismes incluant l'homme, laquelle incorpore les connaissances provenant de l'éthologie, de l'écologie et de la génétique, afin d'en tirer des principes généraux en regard des propriétés biologiques de sociétés entières[trad 3],[5] »

Naissance de la théorie[modifier | modifier le code]

Titien (allégorie du temps)
Points de vue -- Titien (allégorie du temps)

Éléments sociodynamiques[modifier | modifier le code]

Tant la théorie que le programme de recherche de la sociobiologie tirent leurs origines, aux États-Unis, d'une accumulation de données et d'un éparpillement des connaissances typique des années 1950-1975.

La densité des savoirs et le fourmillement des idées émergent pour la plupart de disciplines établies. Citons à titre d'exemple, toutefois incomplet, la zoologie, l'éthologie, l'entomologie, l'écologie, la sociologie, l'anthropologie, la biologie des populations, la génétique. Il s'agit d'un tel embrouillamini, selon Wilson, qu'il risque de freiner l'avancement de la science voire d'en favoriser les dérives. De telle sorte que la nécessité et même l'urgence de regrouper les expertises à la même enseigne, s'impose à l'esprit scientifique.

Cette mission revient à la sociobiologie, estime Wilson. Car, l'un des objectifs fondamentaux de cette nouvelle science consiste, justement, à tisser des liens serrés avec les savoirs antérieurs et concomitants. Ceinturer ces connaissances, tout en tenant compte de leur mouvement perpétuel, servirait de plate-forme solidement ancrée, partant, de tremplin transdisciplinaire à la fois flexible et structuré, toujours à l'affût des percées scientifiques.

Edward Osborne Wilson[modifier | modifier le code]

Edward Osborne Wilson, en 2003.

C'est en 1965, au cours d'un voyage en train entre Boston et Miami, que le professeur Edward Osborne Wilson, grand spécialiste des insectes sociaux, découvre le travail d'Hamilton. Il le consulte avec admiration et incrédulité, cherchant des heures durant une faille dans le raisonnement ; arrivé à Miami il était convaincu : « Je dus admettre qu'Hamilton, qui connaissait infiniment moins de choses que moi sur les insectes sociaux, avait réalisé sur eux l'unique grande découverte de ce siècle. »[6]. Durant les années suivantes, Wilson exposa la théorie d'Hamilton au cours de nombreuses conférences.

En 1971, la communauté scientifique internationale découvrait la théorie d'Hamilton grâce à la parution de The Insect Societies, qui est le premier grand ouvrage de Wilson. En 1975, en successeur de Darwin, voulant généraliser l'application de la théorie à l'ensemble du règne animal, y compris l'homme, il publie Sociobiology: The New Synthesis. Le dernier des vingt-sept chapitres, portant sur la formation des sociétés humaines, provoqua des remous comparables à ceux de De l'origine des espèces ou La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe de Darwin, en particulier aux États-Unis et en France. Selon Wilson, la sociobiologie est une science majeure qui permet de considérer l’histoire, l’anthropologie et la sociologie comme des « branches spécialisées de la biologie […] d’une même espèce de primates »[7].

Réactions instantanées 1975-1976[modifier | modifier le code]

Préalable 1972. Science for the People[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, durant les décennies 1970 et 1980, le climat d'agitation sociale provoque la naissance du groupe « Science pour le peuple[trad 4]» d'orientation marxiste. L'idée directrice du groupe consiste à faire ressortir les aspects politiques sous-jacents de la science :

« la science est forcément politique, et dans le contexte du capitalisme d'entreprise de l'Amérique contemporaine, elle contribue largement à l'exploitation et à l'oppression de la plus grande partie de la population tant dans notre pays qu'à l'étranger[8], [trad 5]. »

Sociobiology Study Group 1975[modifier | modifier le code]

Marshall David Sahlins, à l'université de St Andrew (Écosse), en 2003.

Dans la même période, le Sociobiology Study Group (en) (Groupe d'Études sur la Sociobiologie), une organisation académique, est spécifiquement fondée pour contrer les explications sociobiologiques du comportement humain, en particulier celles exposées par l'entomologiste de Harvard, E. O. Wilson, dans son livre Sociobiology: The New Synthesis (en)

Son principale objectif est de « dénoncer le message politique implicite de la sociobiologie[9] ». Marshall David Sahlins, en 1976, publie un ouvrage intitulé The Use and Abuse of Biology : An Anthropological Critic of Sociobiology[9].

État de la question[modifier | modifier le code]

Milieu de l'enseignement[modifier | modifier le code]

Milieux éthique et juridique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Citations originales[modifier | modifier le code]

  1. (en) « This important branch of behavioral biology should be joined with population biology. »
  2. (en) « Sociobiology is defined as the systematic study of the biological basis of all forms of social behavior, including sexual and parental behavior, in all kinds of organisms including humans. »
  3. (en) « Sociobiology is defined as the scientific or systematic study of the biological basis of all forms of social behavior, in all kinds of organisms including man, and incorporating knowledge from ethology, ecology, and genetics, in order to derive general principles concerning the biological properties of entire societies »
  4. Science for the People
  5. (en) « We will argue below that science is inevitably political, and in the context of contemporary American corporate capitalism, that it contributes greatly to the exploitation and oppression of most of the people both in this country and abroad. »

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Wilson 1971 Chapitre 22.
  2. Wilson 1978dans Gregory, Silvers et Sutch 1978, chapitre I
  3. Wilson 1998
  4. Wilson et Wilson 2007 p. 327-348.
  5. Wilson 2009, pages 16 et 222. : On Human Nature - Summary by Michael McGoodwin, 1978, reviewed 1991, minor revisions 2009. Lire en ligne Résumé 2009. Consulté le 22 octobre 2014
  6. E. O. Wilson, In the Queendom of the Ants : A Brief Autobiography (1985), Bucknell University Press, Cranbury, NJ, États-Unis.
  7. Edward O. Wilson, Sociobiologie, Le Rocher,‎ 1987, p. 523
  8. Zimmerman et al. 1972. Extrait.
  9. a et b Alain de Benoist, Vu de droite : anthologie critique des idées contemporaines, Édition du Labyrinthe,‎ (ISBN 9782869800519, lire en ligne), p. 174.

Bibliographie en cours[modifier | modifier le code]

  • (en) Bill Zimmerman, Len Radinsy, Mel Rothenberg et Bart Meyers, « Towards A Science For The People », Cursos, investigaciones y materiales de divulgación crítica, Natural Science Society,‎ (lire en ligne). Consulté 2014-10-27. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Point de vue historique[modifier | modifier le code]

Jean-Louis Labarrière, Langage, vie politique et mouvements des animaux, Vrin,‎ (présentation en ligne)

Voir 1. Le compte rendu de Valérie Cordonier dans André Laks, Présocratiques, coll. « Philosophie antique »,‎ (ISSN 1634-4561, lire en ligne), p. 255 et suiv. ; 2. Georges Chapouthier, « Analyses et Comptes rendus », Revue philosophique de la France et de l'étranger, t. 131, no 4,‎ (DOI 10.3917/rphi.064.0497, lire en ligne)

Sociobiologie et approche évolutionniste[modifier | modifier le code]

Ouvrages critiques de la sociobiologie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]