Antienne

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Une antienne[1] — du grec ancien : ἀντίφωνον, antiphônon, formé de ἀντί, « contre » et φωνή, « voix », signifiant « réponse » — est le refrain, souvent bref et de préférence chanté, avant et après un psaume (ou plus rarement, entre les strophes d'une hymne). Musicalement, l'antienne est l'ancêtre du refrain.

Le mode de l'antienne impose celui du psaume (voir octoéchos). Musicalement, l'antienne met le chœur dans l'ambiance modale ou tonale du psaume (quand elle est chantée avant le psaume). Spirituellement, elle constitue un commentaire au texte du psaume, auquel elle donne un éclairage particulier. Généralement, l'antienne est elle-même empruntée au psaume pour indiquer quel aspect la liturgie du jour veut mettre en lumière. Le texte de l'antienne peut aussi être pris ailleurs, dans la Bible ou dans un texte de la Tradition chrétienne, pour faire le lien avec les lectures du bréviaire ou de la messe, ou avec la fête célébrée.

Dans le répertoire du chant grégorien, l'antienne correspond à deux genres indépendants : l'antienne de psaume, chantée avec des versets, et l'antienne libre, qui est une prière mise en musique et sans versets associés.

Familièrement, dans le langage courant, le mot a pris le sens de répétition lassante comme dans l'expression « Chanter toujours la même antienne » : répéter toujours la même chose.

Antiennes de psaumes[modifier | modifier le code]

Rite double, semi-double et simple[modifier | modifier le code]

L'antienne est toujours chantée intégralement à la fin du psaume (sauf dans la psalmodie in directum, précisément caractérisée par l'absence d'antienne). C'est la manière de chanter l'antienne au début du psaume qui donne son nom au rite :

  • Dans le rite double, l'antienne est chantée deux fois en tout, dont une intégralement avant le psaume. Cette formule est également celle de l'introït.
  • Dans le rite semi-double, seule l'intonation de l'antienne est chantée avant le psaume (jusqu'à l'astérisque). Le rite semi-double suppose que le sens de l'antienne ainsi tronquée s'adapte correctement au psaume qui doit suivre. Pour des raisons esthétiques, si ce n'est pas le cas, on peut légitimement préférer la chanter intégralement, ou l'intégralité de la première phrase des antiennes longues.
  • Dans le rite simple, l'antienne n'est pas chantée au début, mais uniquement à la fin du psaume.

Dans les heures à trois psaumes (prime, tierce, sexte, none et complies), les psaumes sont toujours chantés suivant le rite semi-double. Dans les heures à cinq psaumes (laudes et vêpres), au nocturne, et à la grand messe, le rite est celui du propre.

Formule responsoriale[modifier | modifier le code]

La psalmodie est dite responsoriale quand tout ou partie de l'antienne est reprise après chaque verset (ou strophe). Cette formule est dite responsoriale, parce que la foule répondait par l'antienne au chant du verset, exécuté par le chœur. De cet emploi répété est née l'expression familière et peu usitée "c'est toujours la même antienne", pour signifier une lassitude face à un discours ressassé.

Dans le chant des psaumes, l'antienne peut être reprise à la fin de chaque verset, pour marquer particulièrement la solennité, ou pour des processions particulièrement longues. Si l'antienne n'est pas trop complexe, elle peut alors être reprise par la foule, le chœur seul chantant les versets.

En dehors de ces cas, l'antienne n'est pas répétée entre les versets. Elle est alors exécutée par ceux qui préparent musicalement la cérémonie, soliste ou chœur.

Cas particulier : entre chaque couplet du psaume invitatoire, on chante alternativement l'antienne intégrale (couplets impairs) ou la fin de l’antienne (couplets pairs).

Antienne libre[modifier | modifier le code]

Outre l'antienne de psaume, le chant grégorien désigne également par antienne ce qui est en fait une prière chantée, sans psaume associé. Il s'agit des antiennes mariales ainsi que des antiennes de processions, normalement très ornées[2].

Quatre antiennes mariales[modifier | modifier le code]

Une variante de l'antienne Regina cœli, plus ornée.
Il faut remarquer que la notation emploie toujours le si bémol après la clef C (do). C clef neume.gifB.molle.gif.

Même de nos jours, les quatre antiennes mariales[3] sont très fréquemment exécutées toute l'année selon le calendrier liturgique. Elles sont chantées notamment à la fin des célébrations catholiques, y compris de la messe, à l'exception des Jeudi saint ainsi que Vendredi saint. Ces antiennes étaient, d'abord, chantées à la fin de l'office des complies, dernière célébration du jour[2] :

  1. Alma Redemptoris Mater : à partir des vêpres du samedi avant le premier dimanche de l'Avent jusuq'aux secondes vêpres de la Purification incluses ;
  2. Ave Regina : depuis la fin de complies du 2 février jusqu'aux complies du Mercredi saint ; pas d'antienne mariale pour les Jeudi saint et Vendredi saint ;
  3. Regina Cœli : dès les complies du Samedi saint jusqu'à none du samedi après la Pentecôte inclus ;
  4. Salve Regina : à partir des premières vêpres de la fête de la Sainte Trinité jusqu'à none du samedi avant le premier dimanche de l'Avent.

Dans le contexte musical, les versions actuelles sont en fait des antiennes tardives, à savoir, plus proches de la musique classique. De fait, ces mélodies sont en usage, depuis le XIIIe siècle[2]. Alors que les Alma Redemptoris Mater et Salve Regina conservent encore le mode V, les Ave Regina et Regina Cœli adoptent le mode VI mais toujours avec si bémol tel le Credo III (XVIIe siècle). La modalité fut quasiment perdue dans ces œuvres, notamment Ave Regina qui ne garde plus la teneur la[ve 1]. Si elles se trouvent dans les livres du chant grégorien, leur caractéristique rassemble au mode majeur de la musique contemporaine. Cependant, cette modernité peut expliquer paradoxalement leur popularité dans la célébration.

Quoi qu'il en soit, l'origine des antiennes mariales est, en revanche, vraiment ancienne. En effet, certains textes se trouvent dans la tradition ambrosienne, et notamment l'antienne mariale ambrosienne Sub tuum præsidium n'était autre que la traduction d'un texte en grec remontant au IIIe siècle[2]. Quant aux mélodies grégoriennes, leur notation apparut fréquemment à partir du XIe siècle[2].

Antienne de processions[modifier | modifier le code]

La trace des antiennes de processions se trouve dans le rite gallican, plus précisément dans d'anciens fonds de répons ou d'offertoire au VIIIe siècle environ[2], avant que ce rite ne soit remplacé, en faveur du rite romain, par la dynastie carolingienne, surtout Charlemagne.

D'où, il n'est pas bizarre que l'antienne de procession restât liturgie locale. Ainsi, l'antienne Ego sum Alpha et Omega[4] était toujours pratiquée en France, notamment dans la région parisienne[5]. Celle-ci fut à nouveau autorisée en 1923 par le cardinal Louis-Ernest Dubois, spécialiste du chant grégorien et fondateur de l'Institut grégorien de Paris. L'équipe de la Schola Sainte-Cécile considère que l'origine de cette œuvre peut être ancien rite gallican [notation en ligne].

Genre musical[modifier | modifier le code]

Les antiennes chantées pendant les offices sont généralement assez simples et courtes, de style syllabique. Seules les antiennes du Magnificat sont un peu plus ornées, généralement neumatiques.

Ces antiennes de l'office sont rassemblées dans un antiphonaire.

Au contraire, les antiennes de la messe sont beaucoup plus ornées, et le psaume associé est réduit à sa plus simple expression, généralement un verset, très rarement plus.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Dictionnaire en ligne[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. p.  21
  • Daniel Saulnier, Des variantes musicales dans la tradition manuscrite des antiennes du répertoire romano-franc,
    description, typologie, perspectives
    (thèse de doctrat, Sorbonne - Paris IV, 2005) [lire en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prononcé /ãntjɛn/ et non comme ancienne. Écouter la prononciation exacte sur Forvo.com.
  2. a, b, c, d, e et f https://books.google.fr/books?id=JoEpuVk_H9QC&pg=PT48
  3. Psautier latin-français du bréviaire monastique, p. 556 - 558, Desclée et Cie., 1938, réimpression 2003 (ISBN 2-906972-10-X)
  4. Il ne faut pas confondre avec l'antienne grégorienne Ego sum Alpha et O ... et stella matutina ... (http://gregorien.info/chant/id/4057/0/fr)
  5. Sa notation se trouve certainement dans un antiphonaire du cheour de Notre-Dame de Paris, attribué au XIIIe siècle. Voir la référence suivante.