Stratégie

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Le mot stratégie est dérivé du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire », et par suite de l'italien strategia. Ce terme, qui est toujours lié à l'habilité à diriger et coordonner des actions afin d'atteindre un objectif, possède une connotation tellement positive qu'il est souvent utilisé avec un peu de grandiloquence (ou d'exagération) dans des domaines où en fait les termes politique, idée, concept, plan ou tactique seraient à la fois plus exact et plus honnêtes :

  • Par suite et par extension, c'est l'art de diriger et de coordonner des actions pour atteindre un objectif.

L'élaboration d'une politique, définie en fonction de ses forces et de ses faiblesses, compte tenu des menaces et des opportunités, dans d'autres domaines que celui de la défense, notamment dans les activités économiques (stratégie d'entreprise, stratégie commerciale, industrielle, financière, etc.) relève de façon éponyme de la "politique" d'une entreprise ou d'une organisation. La stratégie est une part importante du jeu d'échecs, tout comme peut l'être la tactique. On parle alors de stratégie échiquéenne. Dans le domaine de la didactique enfin, on parle aussi des stratégies d'apprentissage et stratégies de communication alors que l'on devrait plutôt parler de méthodes ou de techniques d'apprentissage et de communication. L'utilisation à dessein du mot stratégie dans tous ces domaines est en fait réalisé à des fins tactiques, plutôt que stratégiques...

Stratégie et tactique[modifier | modifier le code]

Attaque soudaine, peinture de Vassili Verechtchaguine (1871), illustrant le niveau tactique.

Par héritage de la terminologie militaire (qui fait la différence entre gagner la guerre et gagner une simple bataille) et par extension, les termes ont pris une acception plus générale :

  • La stratégie cible un objectif global et à plus long terme (équivalent civil de gagner la "guerre").
  • La tactique vise un enjeu plus local et limité dans le temps (équivalent civil de gagner une "bataille").

L'art de combiner ses moyens et ses ressources en fonction des contingences, peut s'opérer sur trois niveaux :

  • le niveau stratégique, soit le plus haut niveau de l'organisation (par exemple : conseil d'administration ou direction générale) ;
  • le niveau tactique, décliné et porté par l'encadrement supérieur de l'organisation (par exemple : comité de direction) ;
  • le niveau opérationnel, qui est celui de l'entité ou du service local, engagé dans une action particulière (par exemple : atelier de production).

Stratégie et programmation[modifier | modifier le code]

La stratégie consiste à la définition d'actions cohérentes intervenant selon une logique séquentielle pour réaliser ou pour atteindre un ou des objectifs. Elle se traduit ensuite, au niveau opérationnel en plans d'actions par domaines et par périodes, y compris éventuellement des plans alternatifs utilisables en cas d'évènements changeant fortement la situation.

Stratégie et plan[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Planification stratégique.

Le plan est l'œuvre qui découle d'un raisonnement linéaire qui privilégie la tension entre objectifs et contraintes. Il s'agit d'atteindre les objectifs tout de suite en éliminant tous les obstacles par la contrainte.
Le raisonnement stratégique est de nature plus complexe : il intègre les ressources dans les données du problème car le fait de disposer ou non des ressources suffisantes peut conditionner fortement la définition des objectifs. La "bonne" stratégie ne peut évacuer a priori la question des ressources : Elle peut conduire en effet à renoncer à des objectifs pressentis comme "irréalistes" ou du moins à les reformuler.
Une réflexion pertinente sur les ressources porte sur les vertus de ce qui existe et sur les moyens d'en tirer parti. Elle consiste en la valorisation et la mobilisation des ressources humaines, la fertilisation des réussites et des innovations, l'optimisation de l'emploi des capacités financières et des moyens matériels, la saisie de toutes les occasions et de toute conjoncture favorable, avec la minimisation des coûts et l'économie des énergies. Quant aux contraintes et aux obstacles, on essaye de les aménager, de les contourner, et mieux encore, de les transformer en ressources.

Stratégie et scénarios[modifier | modifier le code]

L'établissement d'une stratégie exige :

d'une part, l'estimation de probabilités de réalisation des éventualités susceptibles d'être retenues ;
d'autre part, l'adoption d'une règle ou d'un indicateur de préférence permettant de classer les résultats escomptés par la mise en œuvre de différents scénarios.

Stratégie et théorie des jeux[modifier | modifier le code]

En théorie des jeux, une stratégie désigne un ensemble de choix d'action décidé a priori.
Représentons un jeu par un arbre de décision : à chaque nœud, un joueur ou le hasard doit décider d'une action. Un joueur peut décider par avance de la meilleure action à entreprendre à tous les nœuds qu'il peut rencontrer. L'ensemble de ces actions compose une stratégie. Une stratégie gagnante est présentée pour le jeu de Hex dans l'article associé.
À partir d'une représentation en arbre d'un jeu fini, on peut donc dénombrer les stratégies de chaque joueur. Cela permet de représenter alors le jeu sous forme matricielle, où on associe la combinaison des stratégies directement au gain à envisager pour chaque joueur.

Dans certains jeux où la coordination est incertaine, ou si la connaissance de la stratégie retenue peut permettre à un adversaire de retenir la solution la plus coûteuse, le fait d'adopter fermement une et une seule stratégie (dite alors « pure ») peut être sous-optimal. Les théoriciens ont alors imaginé la possibilité de stratégie mixte, c'est-à-dire où un joueur décide arbitrairement et aléatoirement de ses probabilités d'action sous l'hypothèse que son adversaire en fait autant.

Une stratégie mixte est nécessaire pour résoudre avec pertinence de nombreux jeux comme celui de la distinction ou d'approfondir des situations au type du jeu du rendez-vous.

John von Neumann a démontré que dans des jeux à somme nulle, il n'existe qu'une seule situation d'équilibre mixte : lorsque l'un des joueurs dévie du point-selle en changeant ses probabilités, il se défavorise automatiquement, favorisant ainsi son adversaire. Bien que ces calculs aient permis d'optimiser la formation des convois navals pendant la Deuxième Guerre mondiale, ces "stratégies" n'ont rien à voir avec la stratégie au sens militaire du terme. Elles optimisent simplement la logistique (voir la recherche opérationnelle).

Réflexion stratégique : importance et urgence[modifier | modifier le code]

Les responsables dans les organisations sont toujours confrontés à un certain nombre de tâches à accomplir. Ces tâches sont plus ou moins urgentes ou importantes. Les responsables commenceront toujours par les tâches urgentes et importantes, et délaisseront presque toujours les tâches qui ne sont ni urgentes, ni importantes. Les tâches urgentes et non importantes doivent faire l'objet d'une délégation de pouvoirs. Les tâches importantes et non urgentes sont le domaine de la réflexion stratégique. On n'est pas à une journée près pour s'y attaquer, et il y a toujours de bonnes raisons pour les repousser[1].

Domaines d'application[modifier | modifier le code]

Stratégie et défense[modifier | modifier le code]

Terrain ancien et privilégié de la réflexion et de l'application stratégique : se reporter à l'article spécifique stratégie militaire.

Stratégie et diplomatie[modifier | modifier le code]

En diplomatie, les termes de plan, de doctrine, de principes, de charte, d'engagement, de protocole ou de feuille de route sont souvent préférés pour désigner les lignes directrices des relations internationales, dans un domaine donné ou le cadre plus général d'une politique internationale.

Stratégie, croissance et développement[modifier | modifier le code]

La politique économique se réfère au concept de stratégie de développement. Si une telle stratégie veut englober toutes les dimensions de la société civile (exigences des parties prenantes, analyse du contexte de l'entreprise, prise de responsabilité, perception précoce et conscience face aux risques…), elle ne peut se limiter aux aspects strictement économiques de la stratégie, mais doit au contraire intégrer les aspects environnementaux et sociaux dans une vision globale de la gouvernance de type développement durable.

Stratégie et entreprise[modifier | modifier le code]

Certains auteurs, dont les grands cabinets dits de conseil en stratégie fournissent des services spécialisés en cette matière au senior management de grandes entreprises et font abondamment valoir qu'il existerait différents niveaux stratégiques dans l'Entreprise : stratégie marketing (le marché étant parfois comparé à un terrain de bataille), stratégie financièreetc.
Pourtant, le fait que le marché soit régulièrement comparé à un champ de bataille suggère plutôt que l'on devrait parler de cabinets de conseil et tactiques économique, car dans le domaine militaire, si la stratégie fait gagner la guerre, c'est la tactique qui permet de vaincre sur le champ de bataille (cf. Carl von Clausewitz).

Cet usage relève d'une tentative quelque peu abusive de tirer parti de la connotation très positive du terme stratégie du point de vue du rayonnement intellectuel, de la force de décision et de la capacité à obtenir des résultats; car une stratégie qui ne porte pas ses fruits n'est rien d'autre qu'une mauvaise stratégie et une stratégie non exécutée n'est qu'un projet de stratégie, ou plus simplement un projet (ou une idée, un concept, une orientation ou un doux rêve) : pour éviter de faire un usage abusif du terme de stratégie, il semble donc préférable d'utiliser pour ces sous-domaines subordonnés à la gouvernance d'entreprise le terme de « Politique ». (Le terme tactique , pourtant parfois bien plus honnête, présentent un caractère moins "noble" au premier abord, peut-être plus opportuniste et davantage utilisé pour décrire des politiques de court terme).

  • Stratégie à une activité ou stratégie de créneaux
    • Stratégie de concentration : Le fait de s'engager dans un segment de marché généralement de taille moyenne ou peu de concurrents sont présents.
    • Stratégie de spécialisation : Démarche offensive qui consiste pour l'entreprise à se focaliser sur un seul marché et un seul produit. C 'est ce qui la différencie de la stratégie de niche.
    • Stratégie d’interstice ou de niche : Sélection d'un petit segment de marché laissé totalement vacant par les grosses entreprises
  • Stratégie de diversification à plusieurs activités
    • Diversification horizontale  : Proposer de nouveaux produits à nos clients actuels
    • Diversification verticale  : Intégrer des activités de nos fournisseurs et/ou distributeurs
    • Diversification concentrique : Proposer plusieurs activités ayant un lien avec le métier d'origine
    • Diversification conglomérale ou hétérogène : Aucune logique entre les activités. On diversifie l’activité dans des domaines rentables. On utilise souvent des structures divisionelles (des directeurs de divisions collaborent avec un DG).
  • Stratégie d’intégration verticale

C’est une stratégie de diversification en amont (fournisseurs) ou en aval (distributeurs) de l’activité. Exemple : L’achat d’une forêt pour produire des jouets ou l’ouverture d’un magasin pour distribuer la production.

  • Stratégie et communication

«Stratégies» est aussi le nom d'un hebdomadaire de langue française, consacré au marketing, aux médias, à la communication des entreprises et à la publicité.

Stratégie et activité[modifier | modifier le code]

  • Mode de croissance
    • 1. La croissance (interne par développement ou externe par rachat)
    • 2. Le maintien
    • 3. L’abandon
    • 4. Le recentrage
  • Les stratégies génériques de Porter[2]
    • 1. Domination par les coûts
    • 2. Différentiation hors coûts (qualité, délais, service, innovation, etc.)
    • 3. Stratégie de focalisation : on joue sur le coût et le hors coût : meilleur rapport qualité/prix. Elle se fait sur un petit segment de marché.
  • Autres stratégies d’activité
    • 1. Stratégies technologiques : Peut se faire au niveau du processus ou du produit
    • 2. Stratégie relationnel : basé sur des partenariats fournisseurs, clients, des accords avec la concurrence (laboratoires communs etc.).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Collé, le guide stratégique du responsable d'entreprise, réaffirmer les priorités, faire évoluer le management des hommes, maîtriser les techniques financières, première partie, chapitre 3 : pour une bonne réflexion stratégique, Maxima Laurent du Mesnil éditeur, pp. 31-32
  2. Dans Le prix de l'excellence (1982), Tom Peters (en) et Robert Waterman identifiaient huit facteurs stratégiques de réussite : Le parti pris de l’action, L’écoute du client, L’autonomie et l’esprit novateur, La motivation du personnel, La mobilisation autour d’une valeur clé, S’en tenir à ce qu’on sait faire, Alliance de la souplesse et de la rigueur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]