Morgue

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Une morgue est une unité de conservation des corps durant le temps nécessaire pour que les familles ou que l'entreprise de pompes funèbres viennent retirer le corps. Un institut médicolégal est une morgue particulière destinée à recevoir, à des fins d'identification et d'autopsie :

  • Les personnes décédées sur la voie publique (quelle qu'en soit la cause).
  • Les victimes de crimes ou de décès suspect.
  • Les corps non identifiés.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

En ancien français, le mot morgue a le sens de mine, attitude, comportement. Il dériverait d'un mot d'un patois occitan signifiant faire la moue, venant lui-même de murr : museau, groin[1]. Avoir de la morgue, est synonyme d’être hautain, orgueilleux. Morguer c'est traiter quelqu'un avec arrogance.

Ce terme apparait avec un autre sens dans les dictionnaires au XVIIe siècle : « Endroit à l'entrée d'une prison où l'on tient quelque temps ceux qu'on écroue, afin que les guichetier puisse les regarder fixement et les reconnaitre »[2]. Le guichetier (gardien) qui tient le guichet de la morgue porte le nom de « morgueur ».

Enfin, il existe un troisième sens découlant du précédent : « On appelle aussi morgue un endroit au Châtelet, où les corps qu'on trouve mort [ou dont se saisit la justice] sont exposés au public afin qu'on puisse les reconnaitre. »[3]

Historique de la morgue de Paris[modifier | modifier le code]

La gestion des cadavres jusqu'au milieu du XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, les cadavres trouvés dans les rues de Paris ou repêchés dans la Seine étaient recueillis par la religieuses de l’hôpital de Sainte-Catherine[4], surnommées « les catherinettes » par les parisiens, comme l'imposait les statuts de leur établissement :

« Plus, elles sont tenues de recueillir en ladite maison tous les corps morts, ès prisons, en la rivière et par la ville et aussi ceux qui ont esté tuez par ladite ville. Lesquels le plus souvent on apporte tout nuds, et néanmoins elles les ensevelissent et fournissent de linge et suaires a leurs dépens, payent le fossoyeur et les font enterrer au cimetière des Saincts Innocents. Lesquels quelques fois sont en si grande quantité, qu'il se trouve par acte signé des greffiers de justice, avoir esté portez en ladite maison en moins de quatre mois, quatre-vingts et dix-huict corps morts. »[5]

L’hôpital était situé rue Saint-Denis à environ 300 mètres du cimetière des Innocents dans lequel les sœurs détenaient un droit permanent de faire ensevelir les corps. Suite à une contestation de ce droit survenue entre les marguilliers des Saints-Innocents, le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois et la communauté de Sainte-Catherine, un arrêt du parlement de Paris en date du 29 septembre 1372, confirmant une sentence de Hugues Aubriot, Prévôt de Paris, du 23 décembre 1371 confirme que « c'est aux sœurs qu'il revient de pourvoir à l’ensevelissement des corps provenant de l'hostel-Dieu de Sainte-Catherine, soit qu'iceux corps soient apportées du Chastelet de Paris ou dudit hostel-Dieu ». C'est la première mention faisant état du Grand Châtelet comme lieu de dépôt de cadavres[6].

La basse geôle du Châtelet[modifier | modifier le code]

Une autre sentence du prévôt, du 1er septembre 1734, associe la basse geôle du Châtelet à l'identification des cadavres[7]. Ultérieurement lesdites cellules ayant été transférées dans une autre partie du Châtelet, la « morgue » fut affectée, au XVIIIe siècle et jusque vers 1807, à l'exposition des corps trouvés sur la voie publique ou noyés dans la Seine. Une ouverture pratiquée dans la porte permettait de les reconnaitre « en se pinçant le nez »[8].

Déménagement de la morgue[modifier | modifier le code]

La morgue de New-York en 1866

En 1804, le préfet de police Dubois fait déménager la morgue quai du Marché-Neuf (à l'emplacement de l'actuel square de l’Île-de-France). Cette morgue est agrandie et transférée à la pointe de l'île de la Cité en 1864, ce qui provoque la désapprobation du milieu intellectuel et artistique. Le Baron Haussmann y fera construire en 1868, un bâtiment ayant l'allure d'un petit temple grec. L'endroit constitua d'ailleurs l'une des sorties les plus en vogue de la capitale : les cadavres à identifier (notamment des victimes de noyades), étendus sur 12 tables inclinées de marbre noir, y étaient exposés pendant trois jours, dans une salle séparée du public par une vitre, un filet d'eau fraîche coulant sur la table pour les conserver[7].

Enfin, l'Institut médico-légal de Paris voit le jour en 1923, quai de la Rapée.

Typologie[modifier | modifier le code]

Il existe deux types de morgues :

  • à température positive +2 °C/+4 °C où le corps peut être conservé quelques semaines (mais la décomposition se poursuit)
  • à température négative (congélation) pour une conservation plus longue (la décomposition est arrêtée).

La législation de la majorité des pays exige un enterrement sous 48 ou 72 heures mais dans de nombreux pays, notamment en Afrique noire, les corps demeurent parfois plusieurs semaines, mois, voire des années avant que la famille ne vienne retirer le corps de la morgue pour effectuer l'enterrement. La nécessité de regrouper les membres de la famille et le coût parfois « extravagant » des funérailles demande du temps pour réunir les sommes nécessaires à des funérailles dignes.

Des hôpitaux disposent de capacités importantes (200 voire plus) ainsi que les instituts de médecine légale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, T2, 1998 p. 2288 (ISBN 2-85036-564-5)
  2. Morgue in Dictionnaire de l'Académie en deux volumes; 1740 Lire en ligne
  3. Firmin Maillard, Recherches historiques et critiques sur la morgue, A. Delahays, Paris, 1860 pp. 5-8 Lire en ligne
  4. Anciennement hôpital des Pauvres-de-Sainte-Opportune, il devint hôpital de Sainte-Catherine probablement en 1222. Il était tenu par des sœurs augustines. Voir : Jean Cheymol, L'hôpital Sainte-Catherine à Paris (1181-1794), (1982) Lire en ligne
  5. Jacques Du Breul, Le théâtre des antiquitez de Paris, C. de La Tour, Paris, 1612 p. 955 Lire en ligne
  6. Adolphe Guillot, Paris qui souffre : la basse geôle du Grand-Châtelet et les morgues modernes, P. Rouquette, Paris, 1887 p.| Lire en ligne
  7. a et b Professeur Dominique Lecomte, directeur de l’Institut médico-légal de Paris, « La médecine légale », émission Avec ou sans rendez-vous par Olivier Lyon-Caen sur France Culture 20 mars 2012
  8. Jean-Louis Chardans, Le Châtelet, 1980, Pygmallion, p.40.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • La morgue (1831) par Léon Gozlan (1803-1866).