William Hogarth

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William Hogarth
William Hogarth 006.jpg

Le Peintre et son chien
Autoportrait au carlin (1745, Tate Britain)

Naissance
Décès
Activités
Autres activités
Formation
Académie St. Martin's Lane
Académie de dessin de James Thornhill.
Domiciles
Londres, Hogarth's House (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mécènes
Mary Edwards (1705–1743)
Influencé par
A influencé
Distinctions
Serjeant Painter (1757)
Œuvres réputées
A Harlot's Progress
A Rake's progress
La Marchande de crevettes
The Graham Children
Marriage A-la-Mode
Industry & Idleness
Simon Fraser 11th Baron Lovat

William Hogarth, né à Londres le et mort à Chiswick le , est un peintre, graveur et philanthrope anglais.

Enfant de la Glorieuse Révolution, très tôt reconnu par la critique et identifié en France dès 1753 par Denis Diderot comme un brillant esprit[1], Hogarth est un artiste complet, qui embrassa plusieurs modes d'expression, et dont l'influence se perpétue jusqu'au début du XXe siècle. Premier artiste libre et singulier de l'école anglaise de peinture, il n'hésite pas à utiliser la presse et ses réseaux d'amis pour défendre ses idées, tout en exprimant, tant par la plume que le pinceau, les errances, les plaisirs et les contradictions morales de son époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

William Hogarth est né Bartholomew Close à Londres de Richard Hogarth, un professeur de latin et rédacteur de manuels d'enseignement, et Ann Gibbons, le couple a trois enfants, dont deux filles, Mary et Ann. Le père, originaire du Westmorland, fait modestement vivre sa famille de son métier de maître d'école. Il décide d'ouvrir en 1703 une sorte de coffee-house réservé aux adeptes de la langue latine, mais il fait faillite en 1707 et écope de cinq ans de prison à Fleet pour dettes : son épouse Ann et ses trois enfants sont contraints de vivre à proximité de la prison dans un local réservé aux familles de débiteurs. En 1712, Richard est libéré, et devient correcteur d'épreuves d'imprimerie et la famille emménage sur Long Lane, quartier de Smithfields (celui des graveurs et des orfèvres)[2].

L'année suivante, à seize ans, l'adolescent entre comme apprenti dans l'atelier d'un graveur sur argent métal, Ellis Gamble (actif de 1712 à 1733), membre de la Merchant Taylor's Company, sur Blue Cross Street (Leicester Fields), où il cisèle des emblèmes sur des pièces d'orfèvrerie jusqu'en 1720, ainsi que des cartes-adresses (trade card), petite pièce de gravure reportée sur papier épais destinée aux artisans et fournisseurs londoniens, et des ex-libris[3],[4].

En 1718, le père de William meurt. Le voici chargé de famille[5].

Premiers travaux gravés[modifier | modifier le code]

Décidé à gagner de l'argent par ses propres moyens et à aider ses proches, Hogarth se lance à son compte à partir d'avril 1720, date à laquelle il édite sa propre carte de visite commmerciale : installé chez sa mère, il se présente comme graveur. Ses premiers clients sont des commerçants et des éditeurs. La même année, il entre à l'académie de peinture de St Martin's Lane fondée par Louis Chéron et John Vanderbank[5], au moment où Londres est en proie à une fièvre financière qui conduit à l'effondrement durant l'automne de la South Sea Company, un désastre ruineux qui va traumatiser la capitale.

Il exécute en 1721 sa première pièce gravée à connaître un certain succès, Emblematical Print on the South Sea Scheme, d'une part, parce qu'il inaugure là un nouveau genre avec une originalité qui trouve son public, la satire, et d'autre part, parce qu'il va tenter de rompre le monopôle du marché des estampes détenu par la Stationers' Company (en), et, s'associant avec ses amis graveurs, réveille le milieu londonien de l'illustration, plutôt conformiste[6]. Durant les quatre années suivantes, il produit de nombreuses estampes satiriques, comme The Bad Taste of the Town (1724), dont l'un des points d'ancrage est le théâtre (la scène mais aussi celui de la vie londonienne, de ses manies et ses hypocrisies).

Vers cette époque, il commence à fréquenter le Rose and Crown Club, et se lie aux artistes George Vertue, Peter Tillemans, et Michael Dahl, entre autres membres[7].

En 1724, William tient boutique à l'enseigne de la Boule d'or, à l'angle de Cranbourne Alley et Little Newport Street. Il découvre que sa gravure Masquerades & Operas a été piratée, et il achève la commande de dix-sept gravures pour un ouvrage, le Hudibras, de Samuel Butler, qui lui fournit également le sujet de douze estampes publiées séparément. Parallèlement, le jeune homme entre cette même année dans l'académie de dessin fondée trois ans auparavant par James Thornhill à Covent Garden. Peu de temps après, Hogarth tombe amoureux et s'enfuit avec la fille du maître, Jane, qui du coup n'aura point de dot[3]. De leurs côtés, les sœurs de William ouvrent une boutique de modiste sur Long Walk près de l'hôpital de St Bartholomew[8].

Entre temps, il renonce à une commande de cartonnier en tapisserie en 1727, au prétexte qu'il est « un graveur, pas un peintre » : l'affaire tourne mal, et le conduit à un procès, qu'il remporte le 28 mai 1728[9].

Nullement courtisan, il produit des planches satiriques sur le roi George II, sur Henri VIII et Anne Boleyn, sur Horace Walpole (1726-1727)[8].

Jane Thornhill et William se marient le 23 mars 1729 et emménagent non loin des Thornhill, à Little Piazza, face à Covent Garden[8].

Le peintre[modifier | modifier le code]

Autoportrait d'Hogarth vers 1735, Yale Center for British Art.

En fait, depuis déjà une année, le jeune homme, qui continue de graver, s'affirme aussi comme peintre. Pour gagner de l'argent, il s'essaye d'abord à partir de 1727-1728 au tableau de conversation de petits formats, des scènes de genre à la mode, dans la lignée de Joseph Highmore[3]. Sa première commande provient du vicomte de Castelmaine, Richard Child (1680-1750), pour un portrait de groupe en conversation commémorant sa réception à Wanstead House (en)[8].

Comme ses gravures, certaines de ses premières toiles — qui d'ailleurs seront souvent portées en gravure par lui et ses assistants — témoignent de ses qualités de satiriste. D'autres manifestent une sensibilité particulière à la puissance d'expression du théâtre qui ne le quittera jamais. Ainsi illustre-t-il dès 1728 par deux toiles The Beggar's Opera (L'Opéra des gueux), pièce de John Gay qui connaissait à Londres le succès, puis, vers 1737-38, Scene from The Tempest (Une scène de « La Tempête ») de Shakespeare, et en 1745, David Garrick in the Character of Richard III (L'acteur Garrick dans le rôle de Richard III). « Ma peinture est ma scène, écrira Hogarth, et mes personnages sont des acteurs qui y donnent une pantomime silencieuse »[10].

Satire des mœurs électorales (Triumph of the Deputies, huile sur toile, 1754-1755).

C'est sans doute dans la représentation de gens simples ou bourgeois fraichement arrivés qu'il parvient à la plus grande expressivité. Hogarth atteint à une grande virtuosité dans les sujets contemporains et moraux qu'il appelait ses « pièces morales », dont on pourraît trouver l'origine conceptuelle chez Jacques Callot et certains maîtres hollandais du siècle précédent. Sous la forme satirique que connaît alors la littérature anglaise avec Daniel Defoe ou Jonathan Swift, le peintre fustige les mœurs de la société britannique. Il est à ce titre considéré comme le père de l'estampe satirique anglaise et un précurseur de la caricature[11]. Il s'intéresse aux réformes sociales, il est l'ami d'écrivains comme Tobias Smollett et Henry Fielding, dont il partage le mépris pour la corruption politique. Aussi, malgré le succès de ses portraits, Hogarth, comme il l'écrira dans ses autobiographical notes (notes autobiographiques), tourne ses pensées « vers un genre encore plus original : la peinture et la gravure de sujets moraux modernes, un champ qui [n'a] encore été exploité à aucune époque et dans aucun pays ».

En 1731, les William et son épouse emménage dans la maison des Thornhill, à Great Piazza (Covent Garden). En 1733, quelques jours avant son exécution par pendaison, il rend visite en prison à Sarah Malcolm, en compagnie de son beau-père James Thornhill : de ses esquisses, il tire une gravure puis un tableau[12]. C'est aussi cette année-là qu'il reçoit ses premières commandes royales mais où il se heurte à quelques ennemis et intriguants, dont l'architecte William Kent et Charles FitzRoy, duc de Grafton (1683-1757). Il finit par déménager, laissant la maison de James Thornhill à son beau-frère John, en sa propre maison située sur Leicester Fields, où il a son atelier et son échoppe à l'enseigne du « Golden Head ». Il constate que ses gravures sont de plus en plus piratées, signe également de leur succès[8].

Ayant peint une toile représentant le lever d'une prostituée, Hogarth la montre à ses amis, qui l'en félicitent. Peut-être inspiré par un roman contemporain de Daniel Defoe (Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders), il décide alors de lui donner un pendant, et enfin de l'intégrer dans un ensemble de six tableaux qui content l'histoire malheureuse, mais au dénouement édifiant, d'une fille de la campagne : A Harlot's Progress (La Carrière d'une prostituée) est achevée à la fin de 1731, son succès encourage l'artiste à mettre en chantier dès la fin 1733 une nouvelle série, A Rake's Progress (La Carrière d'un libertin[13]), achevée en 1735.

Au début des années 1730, il se lie à Mary Edwards (1705–43), l'une des femmes les plus riches et indépendantes du pays, qui avait été répudiée par son mari, lequel avait déclaré leur fils illégitime. Elle devient durant dix ans, la plus proche amie d'Hogarth et son principal mécène. Le peintre exécute en 1742 un grand portrait d'elle, l'un de ses plus accomplis[14].

Un artiste qui s'affirme[modifier | modifier le code]

Portrait de David Garrick et sa femme Eva-Maria Veigel (huile sur toile, 1755), Royal Collection.

En 1735, l'artiste est l'un des signataires d'une pétition qui aboutit quelques semaines plus tard au vote par le Parlement de la « Loi Hogarth » (Engraver Copyright Act), laquelle interdit de tirer des estampes d'une œuvre d'art sans l'accord contractuel de l'auteur. Le souci de toucher le plus de monde possible, et dans toutes les couches de la société, pousse également le graveur à varier le style de ses estampes. Cette même année, il réouvre la St Martin's Lane Academy, qui avait fait faillite, et où il accueille entre autres le français Hubert-François Gravelot dont le style fera école, ainsi que le sculpteur Roubillac. 1735 est aussi l'année où il refonde avec le comédien John Rich et le peintre George Lambert la « Sublime Society of Beefsteaks », qui deviendra le Beefsteak Club (en) : leur principale « tête de turc » est Robert Walpole.

Si Hogarth réussit pleinement comme « peintre d'histoire comique » ainsi que le qualifie Henry Fielding à la fois dans sa gazette, The Champion, et dans la préface à son roman Joseph Andrews, il s'essaye également à la grande peinture d'histoire et à la peinture religieuse : répondant à des commandes qu'il estime acceptable, il réalise notamment en 1735-1736 Le Bon Samaritain et La Piscine de Béthesda pour l'escalier d'honneur du St. Bartholomew's Hospital, le Saint Paul devant Félix (1746) pour le Lincoln'Inn, et plus tard, en 1756, le grand triptyque pour St. Mary Redcliffe, à Bristol. Mais dans la protestante Angleterre, la peinture religieuse est peu prisée.

En 1739, étant sans enfant, il s'intéresse aux orphelins du Foundling Hospital : devenu l'ami du capitaine philanthrope et fondateur du lieu, Thomas Coram, il exécute les costumes et le blason de l'orphelinat, puis persuade Coram d'y accueillir des expositions de peintures afin de transformer le produit des ventes en donation pour l'éducation et le soin des enfants. La gestion des expositions est confiée bientôt à la Société des Dilettanti dont Hogarth est membre. Le salon de charité du Foundling Hospital, qui se doubla de concerts, entre autres offerts par George Frideric Handel lui-même en 1749 et 1750, est le premier espace d'exposition dédié aux arts en Angleterre[15].

Hogarth voyagea peu : il ne fit pas le Grand Tour en Italie, contrairement à nombre de ses collègues, méprisant ce qu'il considérait comme une perte de temps. En 1743, toutefois, il se rend à Paris pour un voyage[16] assez bref — peut-être conseillé par Gravelot et Jacques-Philippe Le Bas — afin de solliciter « les plus grands maîtres de Paris », comme il l'annonce sur le bulletin de souscription de six gravures sur cuivre du Marriage A-la-Mode [sic], d'après John Dryden, achevées en 1745, description satirique mais raffinée d'« une aventure moderne dans la plus haute société ». Aucun artiste n'est en fait venu de France, la guerre l'empêchant.

En 1748, durant un voyage d'étude en compagnie des peintres Francis Hayman et Thomas Hudson qui les mènent en Flandre, il effectue juste un petit saut à Calais, la France et l'Angleterre sont toujours en guerre, on l'accuse d'espionnage, on l'emprisonne, le voyage est donc mouvementé, et lui donne l'idée d'une nouvelle toile satirique surnommée La Porte de Calais (1748)[3], suivie par Le Départ de la garde pour Finchley (1749), une toile qui se moque des soldats partant la fleur au fusil, tout en manifestant son nationalisme, certes ambigu. C'est l'époque où apparaissent certains tableaux plus intimistes, possédant une palette à la fois éclaircie et intense : d'abord son Autoportrait au chien (1745), contemporain du L'Acteur David Garrick en Richard III, puis ses sœurs, puis, avec une grande force expressive, les traits de Lord Salvat (1746), qui fut le dernier condamné à la décapitation en Angleterre, tendance qui s'affirme encore avec la toile Serviteurs du peintre (Hogarth's Servants, vers 1754) qui touche le spectateur par sa lumineuse humanité[3].

Le moraliste, l'essayiste et les honneurs[modifier | modifier le code]

Hogarth se rapproche de plus en plus de l'estampe populaire pour opposer les effets bienfaisants de la bière aux désastres provoqués par le gin (Beer Street and Gin Lane - La Rue de la Bière et la Ruelle du Gin, 1751) ou pour « écrire » les douze chapitres truculents d'une fable où s'opposent les carrières de deux apprentis (Industry and Idleness - Le Zèle et la Paresse, 1747). Les vertus de l'un l'amènent à devenir lord-maire de Londres, les vices de l'autre sont sanctionnés par l'échafaud.

Dans son essai Analysis of Beauty, written with the view of fixing the fluctuating ideas of taste (Analyse de la beauté, 1753)[17], Hogarth affirme que le principe de la beauté réside dans la ligne ondulée ou serpentine baptisée par lui du nom de « ligne de beauté ». Dans la préface, Hogarth fait part des grandes motivations qui animent son projet : s'inscrivant dans la logique des Lumières, il s'agit, dans ce domaine comme dans tant d'autres, de sortir le discours sur la beauté et sur la grâce des brumes élitistes (le je-ne-sais-quoi, le « mystère de la création ») et des hiérarchies académiques (seule la copie des modèles anciens permet d'atteindre le beau idéal). Le traité est ensuite divisé en 17 chapitres : 6 consacrés aux grands principes de la composition picturale, 5 à une théorie des lignes, 3 à l'éclairage et la couleur, et 3 au visage, à l'attitude et enfin à l'action.

En 1755, son essai, en dépit de quelques critiques, lui vaut d'être élu membre de la Royal Society of Arts, dont il démissionnera deux ans plus tard[18].

En 1757, il est nommé Serjeant Painter (en) par le roi George II, une charge honorifique, relativement différente de celle de peintre de cour, ou de celle de premier peintre du roi en France, en remplacement de son beau-frère, John Thornhill, mort la même année[19]. Depuis quelque temps, il s'oppose publiquement à l'idée d'une académie officielle des arts, qui remplacerait St Martin's Lane. Le peintre Joshua Reynolds publie une satire de Hogarth dans The Idler (1759). Ayant renoncé à la peinture d'histoire, il accepte néanmoins des commandes de James Caulfeild of Charlemont (1728-1799). Il se fatigue beaucoup et tombe malade, subissant une première attaque au début de 1760 qui l'immobilise pendant près d'une année[18].

Un mauvais climat[modifier | modifier le code]

Au début des années 1760, ses plus proches amis sont, outre Garrick, Francis Hayman, Henry Fielding, et Laurence Sterne. En 1761, il devient membre de la Society of Artists et expose avec eux à Spring Gardens, soit sept tableaux. Hogarth publie encore des gravures satiriques contre la nouvelle guerre qui oppose Britanniques et Français, et se heurte au parti des bellicistes, et à ceux qui attaquent la Society of Artists. Fin 1761, il subit une seconde crise, sa santé vacille. Il ne peut achever sa suite prévue, L'Époque (The Times I et II, 1762), qui vilipendait les tueurs de la paix et le climat anti-français et de paranoïa qui jetait en prison le moindre opposant aux va-t-en-guerre, mais surtout, qui montre que son auteur demeure profondément un libre esprit, ne rejoignant au fond aucun parti, saut celui de la lucidité. En découvrant The Times I, des journalistes s'en prennent à lui, dont le polémiste John Wilkes — qui se veut le champion de la liberté mais que certains jugent comme un laquais de William Pitt l'Ancien —, auquel Hogarth répond par une gravure en mai 1763 qui se vendit à plus de 4 000 exemplaires. Hogarth fustige dans la foulée l'esprit de crédulité et de superstition, avec une nouvelle gravure. Le climat politico-social de Londres n'est pas bon : amer, il s'installe dans sa maison de campagne à Chiswick. En 1763, toujours, le prélat et journaliste Charles Churchill attaque Hogarth via une épître, et le peintre répond par la gravure L'Homme de main (qui aurait soit-disant tué Churchill !). Épuisé par ces joutes souvent violentes, Hogarth est victime d'une paralysie à la fin de cette année-là[19].

Hogarth meurt le 26 octobre 1764, après une année passée à lutter contre la maladie. Il est enterré le 2 novembre dans l'église de Chiswick. Sa maison, près de la route nationale A4 Londres-Bristol, très fréquentée, est devenue un musée qui lui est consacré. Garrick composa des vers de circonstances, une épitaphe. Il est mort sans descendance ; son épouse Jane (1709-1789) lui survit et durant vingt-cinq ans, gère son œuvre[20].

La Chute, ultime gravure d'Hogarth imprimée en mars 1764.

Influence et postérité[modifier | modifier le code]

Buste de William Hogarth (1874), œuvre de Joseph Durham, Leicester Square (Londres).

Hogarth fréquentait une certaine élite intellectuelle de Londres, mais aussi pas mal d'excentriques, d'iconoclastes, et des gens du peuple ; il passait beaucoup de temps avec des dramaturges, des acteurs et des artistes, au sein de nombreux gentlemen's clubs où l'on pouvait débattre, faire de la musique, lire, boire et manger en toute liberté[3].

Dès les années 1730, le poète John Bancks loue la « grâce variée » des images d'Hogarth, et George Vertue, graveur à succès et commentateur assidu de la scène artistique londonienne, souligne la « grande variété » de ses tableaux. À la fin du XVIIIe siècle, les mêmes expressions seront reprises pour décrire l'œuvre peint et gravé de l'artiste. Ainsi, en 1792, Jonathan Richardson célèbre-t-il « la variété infinie qui s'exprime dans les œuvres d'Hogarth »[21].

En 1935, Gavin Gordon (1901-1970) créé le balet The Rake's Progress, avec Ninette de Valois, qui s'inspire directement de la suite d'Hogarth. En 1951, Igor Stravinsky compose l'opéra The Rake's Progress, sur un livret de W. H. Auden, plus ou moins inspiré des images d'Hogarth.

Premier peintre anglais à permettre à son pays de s'émanciper de l'influence de la peinture flamande et française[3], Hogarth apparaît, avec le recul, comme une figure majeure de l'Europe artistique du XVIIIe siècle. Par son œuvre de théoricien, Hogarth ouvre la voie à une reconnaissance des genres mineurs que sont le portrait des humbles, le paysage urbain et la gravure satirique, qui joueront un rôle essentiel dans l'affirmation d'une école anglaise, celle de Joshua Reynolds et Thomas Gainsborough, jusqu’à Joseph Mallord William Turner et John Constable, en passant par Thomas Rowlandson, William Blake et James Gillray.

En octobre 2006, s'ouvre au musée du Louvre, en partenariat avec la Tate Britain, la première grande exposition jamais organisée en France sur Hogarth, où l'on découvre des artiste contemporains qui s'inspirent du maître, comme Paula Rego, David Hockney, Yinka Shonibare ou Jake et Dinos Chapman[21],[20].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Œuvre gravé sur cuivre[modifier | modifier le code]

Caracteres and Caricaturas (1743).
  • Emblematical Print on the South Sea Scheme (1721), eau-forte et pointe sèche, British Museum.
  • The Bad Taste of the Town ou Masquerades and Operas (1724), idem.
  • The Lottery (1724), idem.
  • The Mystery of Masonry brought to Light by the Gormogons (1724), idem.
  • A Just View of the British Stage (1724), idem.
  • A Burlesque on Kent’s Altarpiece... (1725), satire contre William Kent, idem.
  • Tiré à part (1726) sur grandes planches des pièces du Hudibras.
  • The Large Masquerade Ticket (1727), idem.
  • A Harlot's Progress (1732), suite gravée tirée de ses peintures disparues (1731).
  • The Four Times of the Day (Les Quatre Parties du jour, 1738), suite de 4 pièces d'après ses toiles (1736).
  • Caracteres and Caricaturas (Caractères et caricatures, avril 1743), une planche.
  • Marriage A-la-Mode (Le Mariage à la mode, avril 1745), suite de six pièces, avec Simon François Ravenet, Bernard Baron, Gérard Jean-Baptiste Scotin[22].
  • Simon Lord Lovat (août 1746), une planche.
  • Industry and Idleness (Le Zèle et la Paresse, septembre 1747), suite de 12 pièces.
  • The Stage Coach or The Country Inn Yard (1747).
  • Beer Street and Gin Lane et son pendant Gin Lane (février 1751).
  • The Four Stages of Cruelty (vers 1751), suite de quatre pièces.
  • The Invasion (L'Invasion, mars 1756), deux planches, la France (I) et l'Angleterre (II).
  • The Cockpit (Le Combat de coqs, novembre 1759), une planche.
  • Credulity, Superstition, and Fanaticism: Medley (plusieurs états entre 1760 et mars 1762).
  • The Times (L'Époque, 1762), deux planches.
  • The Bruiser (L'Homme de main, août-octobre 1763).
  • John Wilkes, Esq. (août 1763).
  • Tail Piece, ou The Bathos (Cul-de-lampe ou La Chute, mars 1764).

Œuvre peint : une sélection[modifier | modifier le code]

Miss Mary Edwards (huile sur toile, 1742), Frick Collection.
Simon Fraser, 11th Baron Lovat (huile sur toile, vers 1747), National Portrait Gallery, Londres.
Hogarth's Servants (huile sur toile, vers 1750-55), Tate Britain.

Les travaux ci-dessous sont présentés avec leurs titres originaux sont tous des huiles sur toile, sauf mention contraire, et par ordre chronologique :

  • The Beggar's Opera (L'Opéra des gueux, 1728), National Gallery of Art.
  • The Wedding of Stephen Beckingham and Mary Cox (v. 1729), 128,3 × 103 cm, The MET, New York.
  • The Fountaine Family (vers 1730-1732).
  • The Assembly at Wanstead House, idem.
  • The House of Commons examining Bambridge, idem.
  • A Midnight Modern Conversation (1733)
  • Southwark Fair (1733)
  • A Rake's Progress (La Carrière d'un libertin ou d'un roué, 1733-1735), suite de huit toiles, Sir John Soane's Museum.
  • Autoportrait (vers 1735), Yale Center for British Art.
  • The Sleeping Congregation (1736)
  • Before and After (1736), diptyque.
  • Scholars at a Lecture (1736)
  • The Company of Undertakers (Consultation of Quacks) (1736)
  • The Distrest Poet (1736)
  • The Four Times of the Day (Les Quatre Heures du jour, 1738)
  • Strolling Actresses Dressing in a Barn (1738)
  • The Strode Family (1738), 87 × 91,5 cm, Tate Britain.
  • The Shrimp Merchant (La Marchande de crevettes, vers 1740), inachevée, 63,5 × 52,5 cm, National Gallery of Art.
  • Portrait d'une jeune femme (v. 1740), 76,5 × 63,5 cm, musée des beaux-arts, Gand.
  • The Captain Thomas Coram (1740), Foundling Museum, Londres.
  • Miss Mary Edwards (1742), Frick Collection.
  • The Graham Children (1742), Londres, National Gallery.
  • Marriage à-la-Mode (Le Mariage à la mode, 1743), série de six toiles, 70 × 91 cm, National Gallery, Londres — traduites en gravures.
  • David Garrick as Richard III (1745)
  • Le Bal (vers 1745), 68,5 × 90 cm, Tate Britain.
  • Autoportrait avec son chien (1745), 90 × 70 cm, Tate Britain.
  • Simon Fraser 11th Baron Lovat (1746-47), Londres, National Portrait Gallery.
  • O the Roast Beef of Old EnglandThe Gate of Calais (1748), Tate Britain.
  • The March of the Guards to Finchley (1750), Foundling Museum, Londres.
  • Hogarth's Servants (Les Domestiques du peintre, vers 1754), Tate Britain.
  • Humours of an Election (Les Solliciteurs de voix électorales, 1755-1758), série de quatre toiles, 101,6 × 127 cm, Sir John Soane's Museum, Londres.
  • Eva Marie Veigel and husband David Garrick (vers 1757–1764), Royal Collection, château de Windsor.

Ouvrages illustrés[modifier | modifier le code]

  • Planches (1722) pour Travels through Europe, Asia and into part of Africa (1723) d'Aubry de La Mottraye.
  • Planches pour les New Metamorphosis (1723) de Charles Gildon d'après Apulée[23].
  • Suite d'eaux-fortes (1723-1724) pour Hudibras (1726) de Samuel Butler.
  • Suite pour The Analysis of Beauty, son essai de 1753.
  • Satire on False Perspective (Satire de la perspective, 1754) frontispice pour l'essai de Joshua Kirby.

Iconographie[modifier | modifier le code]

William Hogarth s'est peint lui-même plusieurs fois — au moins trois huiles sur toile — et a été le sujet de représentations, dont une miniature attribuée à Jean-André Rouquet et un buste signé Roubiliac. En regardant son autoportrait de 1745 — celui au carlin nommé Trump —, on distingue sur son front une cicatrice dont on ignore l'origine mais dont il était fier. Une analyse du tableau au rayon X démontre que l'esquisse originelle prévoyait une perruque et une tenue de ville. Quant au chien, il est en avant, et veut symboliser, comme dans une vanité, que le caractère principal d'Hogarth est la ténacité et la fidélité. Physiquement, Hogarth était plutôt de petite taille et assez râblé[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Thinking Like an Artist: Hogarth, Diderot, and the Aesthetics of Technique » , par Abigail Zitin, In: 18th Century Studies, tome 46, 4, été 2013, pp. 555-570[PDF] extrait sur Project Muse.
  2. Fait rapporté par le dixhuitièmiste américain Ronald Paulson (en), In: Hogarth. Volume 1: The Modern Moral Subject 1697-1732, New Brunswick, Rutgers University Press, 1991, pp. 26–37.
  3. a, b, c, d, e, f et g Digeon 1959, p. 30-40
  4. (en) Notice biographique sur Ellis Gamble, British Museum.
  5. a et b Hallett 2006, p. 249
  6. (en) Andrew Stevens, Hogarth and the Shows of London, Chazen Museum of Art, (ISBN 978-0-932900-42-5, lire en ligne), p. 8
  7. (en) Matthew Hargraves, Candidates for Fame: The Society of Artists of Great Britain, 1760-1791, New Haven/Londres, Paul Mellon Centre for Studies in British Art/Yale University Press, 2005, p. 10.
  8. a, b, c, d et e Hallett 2006, p. 250
  9. [??] Ronald Paulson, Hogarth. Volume 3, New Brunswick, 1993, pp. 213-216.
  10. The Hogarth Archives, « Autobiographical Notes », University of Wales, Lampeter, en ligne.
  11. Catherine Clerc, La caricature contre Napoléon, Cercle De La Librairie, , p. 32
  12. Exposé à la Hogarth Room, The Tate Britain, Londres.
  13. Le mot anglais rake se traduit en réalité par « roué », qui est proche du débauché, celui qui s'égare un temps dans l'alcool et le sexe, avant de le regretter.
  14. (en) Notice du tableau exposé à la Frick Collection — en ligne.
  15. (en) [article] « Foundling Hospitals », In: Hugh Chisholm (éditeur), Encyclopædia Britannica, volume 10, Cambridge University Press, 1911, pp. 746–747en ligne.
  16. Hallett 2006, p. 251
  17. La première traduction en français remonte, sauf erreur, à 1805, et paraît sous le titre Analyse de la beauté : destinee a fixer les idées vagues qu'on a du gout, traduite de l'anglais de Guillaume Hogarth en 2 tomes — cf. Notice sur Gallica, tome I
  18. a et b Hallett 2006, p. 252
  19. a et b Hallett 2006, p. 253
  20. a et b (en) The Great Showman par Jenny Uglow, In: The Guardian, du 13 janvier 2007.
  21. a et b Hallett 2006, p. 13-21
  22. (en) Marriage à la Mode, Isaac & Ede Antic Prints, notice détaillée en ligne.
  23. (en) Notice du MET, New York, en ligne.
  24. « Hogarth, hier et aujourd'hui », par Christine Riding, In: William Hogarth, catalogue d'exposition, Paris, Hazan, 2006, p. 38-44.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

  • Aurélien Digeon, L'École anglaise peinture, Pierre Tisné (Paris), 1959 [réédition], p. 30-40 — « William Hogarth »
  • Mark Hallett et Olivier Meslay, William Hogarth, RMN/Hazan, (ISBN 9782754101158, lire en ligne), chap. 1 — La variété d'Hogarthcatalogue de l'exposition au musée du Louvre du 20 octobre 2006 au 8 janvier 2007.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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