Massacre de Melouza

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Le massacre de Melouza fut un crime de masse perpétré par le FLN contre les 303 habitants du village de Melouza (Mechta-Kasbah) en 1957 sous prétexte qu'ils soutenaient le mouvement indépendantiste MNA, rival du FLN. Par le biais de tracts de propagande, le FLN a accusé l'armée française d'avoir perpétré le massacre à sa place[1].

Le massacre de Melouza, photographié par l'armée française.

Melouza[modifier | modifier le code]

Melouza est un bourg situé sur les hauts plateaux au nord de la ville de M'Sila, à la charnière du Constantinois et de la Kabylie, Algérie.

Rivalité FLN / MNA[modifier | modifier le code]

Il était pourtant gagné aux idées nationalistes, mais dans les premiers mois de 1957 en pleine guerre d'Algérie, il passe sous l'influence du Mouvement national algérien (MNA) qui se réclame de Messali Hadj et s'oppose au Front de libération national (FLN).

Les deux tendances s'affrontent très durement de 1955 à 1962. Tous les moyens sont bons pour semer la terreur au sein des populations villageoises : pièges, paroles trahies, infiltrations et assassinats.

Les violences en France métropolitaine entre ces deux mouvements causèrent, selon les chiffres officiels des autorités françaises entre le 1er janvier 1956 et le 23 janvier 1962, 10 223 victimes (dont 3 957 tués)[2].

Les troupes du MNA commandées par le « général » Bellounis bénéficient de la neutralité, voire d'un soutien discret de l'armée française qui trouve là un moyen de contrer le FLN. Celui-ci, pour lequel la région de Melouza revêt une grande importance stratégique, s'en voit peu à peu éliminé. Certains émissaires sont abattus. Les clivages culturels enveniment le conflit, une grande partie de la population étant arabophone et supportant mal les exigences des maquisards kabyles.

Massacre[modifier | modifier le code]

Massacre de Melouza. (3 juin 1957)
Victimes du massacre de Melouza portant des signes de torture. (juin 1957)

Une première expédition armée ayant été repoussée définitivement, le chef de la Wilaya III (Kabylie), le colonel Saïd Mohammedi, décide de reprendre, au matin du 28 mai 1957, la situation en main et de faire un exemple en employant les grands moyens. Six Katibas de l'Armée de libération nationale (ALN), branche armée du FLN, commandées par le capitaine Arab assisté du lieutenant Abdelkader El Bariki[3] convergent sur Melouza et encerclent le douar. Elles regroupent au total 350 hommes bien armés. Les maquisards de Bellounis, présents sur les lieux, tentent de les stopper mais la résistance est brisée.

Au début de l'après-midi, les troupes du FLN, maitresses des lieux, font sortir des gourbis (huttes) tous les hommes du village et les rassemblent sur la place. Les prisonniers sont conduits à Mechta Kasba, un hameau situé à proximité et qui était le QG de Bellounis. Là, ils sont systématiquement massacrés à coup de pioche, de couteau, de hache. Dans les maisons et les ruelles transformées en abattoir, l'armée française, à son arrivée sur les lieux deux jours plus tard, dénombrera 315 cadavres[4].

Bilan[modifier | modifier le code]

Le martyre de Melouza provoqua une émotion mondiale et fut abondamment exploité par la propagande française qui organisa à bord de plusieurs hélicoptères un voyage de presse avec journalistes, magistrats et qui expliqua le massacre par les sentiments pro-français des habitants du village, alors qu'il s'agissait d'un conflit fratricide[5]. Le résultat recherché par le FLN fut atteint. Le « général » Bellounis, effrayé par le carnage, demanda quelques jours plus tard un rendez-vous au capitaine Jean Combette, capitaine d'une SAS, et lui annonça qu'il se ralliait à l'armée française, ce qui le discrédita aux yeux des nationalistes. Il fut conclu l'« opération Olivier » : en échange du ralliement de Bellounis, l'armée française lui fournit toute l'aide matérielle dont il a besoin.

Accusation de la responsabilité de l'Armée française par le FLN[modifier | modifier le code]

Le FLN a tenté de faire porter la responsabilité du massacre à l'armée française par le biais de sa radio basée au Caire et de tracts accusateurs et mensongers[5], tel :

« Un drame affreux vient d’ensanglanter la terre algérienne déjà si éprouvée par les crimes sans nom d’un colonialisme aux abois. Toute la population mâle du douar de Melouza a été sauvagement assassinée. Si ce carnage s’inscrit normalement dans la longue liste des crimes collectifs organisés avec préméditation et exécutés froidement par l’armée française dite de « pacification », il dépasse de beaucoup tout ce que tout esprit sain peut imaginer. Aux crimes délibérés s’ajoute cette fois une exploitation politique savamment orchestrée. [...] En fait, l’abominable machination politico-militaire tend à démontrer qu’avec le départ de la France, l’Algérie serait à feu et à sang. [...] C’est pourquoi, le F.L.N. peut s’adresser solennellement à la conscience universelle pour proclamer à la face du monde civilisé son indignation devant la sauvagerie de cette tuerie dont seule l’armée française assume l’entière responsabilité. »[1]

Revendication du FLN[modifier | modifier le code]

Dans le documentaire Les années algériennes de Benjamin Stora, diffusé la première fois en septembre 1991 sur Antenne 2, le colonel Saïd Mohammedi reconnaît avoir donné l'ordre d'exécuter les villageois de Melouza, vus comme des traîtres[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Projet de tract FLN tentant de rejeter sur la France la responsabilité du massacre (perpétré en fait par le FLN) de la totalité des 303 habitants de Mechta-Kasbah à Mélouza
  2. Un tournant de la " Bataille de Paris ", Rémy Valat, Revue d'Histoire : Outre-Mers, 1er semestre 2004, n° 342-343
  3. Yves Courrière, le désigna sous le nom de Sahnoun (In La guerre d'Algérie Tome III : L'heure des colonels, pp. 57-59)
  4. Le nombre exact des victimes du massacre, les sources françaises avancent le chiffre de 315 alors que le principal protagoniste du côté du FLN, Saïd Mohammedi, retient le chiffre de 41 « Et ce des deux côtés, car ne l'oublions pas, ce n'est pas une paisible communauté villageoise que le FLN a attaqué, mais un véritable camp de guerre du MNA, dont les hommes utilisaient la population comme bouclier » (Voir Saïd Mohammedi.- Pourquoi Mélouza ? In Algérie Actualité n° 1359, du 31 octobre au 6 novembre 1991, p. 19).
  5. a et b Patrick Pesnot, « Le massacre de Melouza : manipulations et mensonges », émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 23 mars 2013
  6. (fr) Les années algériennes, de Benjamin Stora, série documentaire sur la guerre d'Algérie Ina/France 2 - Nouvel Observateur - 1991

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaire

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Achour Cheurfi, Dictionnaire de la Révolution Algérienne - (1954-1962), Casbah Éditions, 2004, (ISBN 9961 64 4786).
  • Jean-Louis Gérard, Dictionnaire historique et biographique de la guerre d'Algérie, Éditions Jean Curtuchet, 2001, (ISBN 9782912932273).
  • La guerre d'Algérie 1954 - 1962, éditeur Librio - Le Monde, n° 608 - sept 2003 (ISBN 229033569X).
  • Benjamin Stora, Les mots de la guerre d'Algérie, Édition Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2006, (ISBN 2-858 16-777-X).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]